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Titre de la fiction : Sous X
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Enjoy !
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Chapitre IV – Courtisée
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Dès le lundi, arrivèrent les premiers prétendants à la main de Bella.
Il s'agissait de Mike Newton et de Jacob Black.
Renée était ravie de la présence de Mike, beaucoup moins de celle de Jacob.
Elle les recevait en compagnie de sa fille dans le salon et leur proposait du thé accompagné de petits fours. Charlie était absent : il travaillait.
Mike expliquait qu'il était ravi d'être aux côtés de la jeune fille, assise sur le sofa.
Renée avait réussi à placer les garçons comme elle l'entendait : Mike aux côtés de sa fille sur le sofa, Jacob de l'autre côté de la table basse dans un fauteuil. Elle se frottait les mains de ce succès, aussi minime soit-il.
Jacob racontait à Bella qu'il profitait de ne pas être en service actuellement pour lui rendre visite. Il reprenait les airs et son rôle de pilote en fin de semaine, pour un vol entre Paris et Rio de Janeiro. A ce nom si exotique, les prunelles de Bella brillèrent.
-Il faudra que tu viennes me raconter ton séjour, lorsque tu seras de retour, lui demanda-t-elle.
-Avec grand plaisir ! Accepta Jacob. Alors, qu'as-tu fait de ton dimanche, jeune fille ?
-J'ai été en balade à cheval avec mon père, répondit-elle gaiement.
Toutefois elle baissa les yeux lorsqu'elle vit l'avertissement que sa mère lui lança. Renée Swan n'aimait pas que sa fille vante ses prouesses hippiques.
-Quel beau sport ! Je ne savais pas que tu montais à cheval. Bella rougit mais n'osa pas répondre. Jacob, ayant perçu la tension entre la mère et la fille, détourna alors la conversation sur Mike qui se goinfrait de petits fours. Et toi, Mike, où as-tu passé ton dimanche ?
-Oh ! Et bien, mes parents et moi-même étions invités pour le déjeuner dominical chez la famille Stanley.
Sa réponse fit bondir mentalement Madame Swan de son siège. Elle était furieuse de ne pas avoir eu connaissance de cette information au bal de samedi soir. Pendant que sa fille montait à cheval avec son père, l'imbécile de Jessica marquait son territoire chez les Newton. Cela ne lui plaisait pas ! Pas du tout !
-Tes parents sont-ils au courant de ta présence ici ? Le questionna adroitement Renée.
-Oh ! Non ! N'allez pas en parler à mon père ! Je suis censé être au travail. Mais c'était vraiment barbant et j'ai trouvé plus intéressant de venir te faire la cour, expliqua Mike en se tournant vers Bella et en lui caressant la joue de ses doigts.
Comme samedi soir dernier, la jeune fille n'apprécia pas ce contact et lui ôta rapidement de sa main les doigts qui trainaient sur sa joue.
Renée Swan bouillait d'impatience et de fureur.
Elle se rendait compte de l'imbécilité de ce Newton dont lui avait parlé son mari hier. Elle ne pouvait même pas marquer des points en racontant à Madame Newton où se trouvait son rejeton cette après-midi, sinon cela pourrait supposer que Mike, outre le fait qu'il était un faignant et un menteur, traitait Isabella comme une fille facile puisqu'il ne prenait même pas la peine de prévenir ses parents de l'endroit où il se rendait.
Jacob souriait doucement des bourdes que commettaient Mike sans que ce dernier ne s'en rende compte. Il n'était pas bien malin. C'était hilarant. Par contre, il souffrait pour la jeune fille qui se sentait mal à l'aise aux côtés de cet idiot de première catégorie.
Jacob Black décida alors de prendre congé des deux femmes et d'entrainer Mike dans son sillage pour qu'il ne les importune plus.
-Madame Swan, Mademoiselle, je vous remercie de m'avoir accueilli pour le thé. Ce fut un moment très agréable.
-Je vous remercie de votre passage, Monsieur Black, le salua cordialement Renée Swan.
-Au revoir Jacob, rajouta Bella en se levant pour lui faire une révérence.
-Ah ! Bella ! Je suis ravi de t'avoir enfin pour moi tout seul, s'enthousiasma Mike, qui espérait un peu que la mère quitte le salon pour raccompagner son hôte à la porte.
Renée lui jeta un regard furibond et ne daigna surtout pas bouger.
Toutefois, avant qu'elle ne puisse dire quoique ce soit, Jacob intervint :
-Newton, moi qui pensait que nous pourrions faire un bout de chemin ensemble. J'avais à te parler d'un nouvel... Il laissa volontairement sa phrase en suspens afin de faire travailler la petite imagination de Mike. Je voulais te parler d'un nouvel « endroit » qui vient d'ouvrir en ville.
-Ah oui ? Lequel ? Où cela ? Es-tu sûr que je ne le connais pas ?
Mike le dragueur et le collectionneur de filles était de sortie, il se fichait royalement de son auditoire, ignorant dès lors la présence des deux femmes issues de la bonne société parisienne.
-Newton ! Je te prie de rester poli devant ces dames. Ce n'est pas un lieu pour parler de cela ici, le tança Jacob.
-Ah oui, tu as raison. Veuillez m'excuser, Madame Swan, Bella, mais je dois prendre congé immédiatement. J'ai été ravi de te revoir, Bella. Au plaisir d'une nouvelle rencontre.
Il salua rapidement les deux femmes puis sortit du salon à grande enjambée, entièrement focalisé sur la nouvelle dont voulait lui parler Jacob.
-Excusez-le, reprit Jacob. Sans vouloir vous offenser, Madame, Mademoiselle, je crois que c'est un abruti.
Bella commença à rire à la phrase de Jacob mais le regard sévère de sa mère l'en dissuada. Elle se mordit alors violemment la lèvre afin de ne pas céder à fou rire.
Une fois que le second jeune homme fut sorti du salon, la mère d'Isabella s'effondra sur sa bergère en s'exclamant :
-Oh ! Mon Dieu ! Que vais-je bien pouvoir faire de toi, ma fille ?
Bella rougit à cette remontrance. Des larmes naquirent dans ses yeux : elle avait l'impression de faire honte à sa mère. Pourtant, elle savait qu'elle devait retenir ses pleurs sous peine d'être souffletée.
Elle s'excusa alors auprès de sa mère, demandant à se retirer dans sa chambre, pour courir vers son confident le plus cher, son oreiller.
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La journée du mardi vit à nouveau la venue de Mike, mais Victor, le domestique qui lui ouvrit la porte, lui apprit que :
-Madame et Mademoiselle sont sorties. Toutefois, elles vous font savoir que vous êtes le bienvenu pour le thé demain-après midi avec Madame votre mère.
Mike Newton bougonna dans sa barbe inexistante, expliquant alors que sa mère appellerait dans la soirée si elle était disponible pour l'accompagner demain.
D'une fenêtre du premier étage, Madame Swan l'observa descendre les marches du perron : il était fort mécontent, mais elle était ravie de voir son plan réussir : soit il venait accompagné de sa mère demain et ce rendez-vous prendrait des allures officielles, soit il ne venait pas et ce serait alors clair qu'il n'avait qu'un faible intérêt pour Isabella ou que sa famille souhaitait empêcher cette union.
En fin d'après-midi vinrent se présentèrent Tyler Crowley et Paul Des Fontaines.
Renée accepta qu'ils furent reçus au salon en sa présence et celle de sa fille, mais elle n'appréciait nettement pas ce Paul Des Fontaines, dont la famille avait été récemment ruinée par des mauvais placements boursiers, qui avaient entrainé la banqueroute de leur entreprise.
Cette visite de courtoisie s'était parfaitement bien déroulée, même si Bella s'était largement ennuyée. Ces deux jeunes hommes n'avaient strictement rien d'intéressant. Heureusement que Jacob et ses pitreries étaient arrivés pour détendre l'atmosphère.
Toutefois, si Bella se sentait bien en compagnie de Jacob, elle avait bien conscience de ne pas ressentir les mêmes émotions que lorsqu'elle avait été en présence d'Edward Cullen. Elle n'espérait qu'une seule chose, que ce dernier se manifeste rapidement. Elle voulait voir si son cœur s'accélérerait à nouveau en présence du jeune homme aux yeux vert-émeraude.
Le soir, lorsque son père rentra, ils dinèrent tous les trois dans la bonne humeur.
Charlie avait entendu parler des exploits de Mike par Billy à qui Jacob s'était confié. Madame Swan ne pouvait s'empêcher de sourire au récit de son époux même si, dans son fort intérieur, elle était furieuse car Madame Newton n'avait pas appelé pour préciser sa venue pour le thé demain après-midi.
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Mercredi après-midi.
C'était déjà le troisième jour que Bella et sa mère recevaient le fameux potentiel futur époux de la jeune fille.
Elle saturait déjà de ces visites quotidiennes, durant lesquelles elle devait faire semblant de charmer ces jeunes gens pour lesquels elle n'éprouvait aucun intérêt.
Elle avait l'impression d'être une marchandise, telle une dinde de Noël dans sa vitrine, qui était présentée sous son meilleur jour et qui devait être choisie avant la fin de la semaine, sous peine de représailles maternelles.
Heureusement que les histoires passionnantes sur les voyages de Jacob et ses drôles de blagues venaient la distraire.
Bella était dans sa chambre, allongée sur son lit, en train de relire pour la centième fois un livre de Maupassant lorsque la sonnerie de la porte d'entrée se fit entendre.
Elle espérait de tout cœur qu'il s'agisse d'une livraison ou bien du postier qui apportait une lettre recommandée. Elle n'avait absolument pas envie d'interrompre sa lecture pour un Mike, un Paul ou un Tyler.
Quelques minutes après que la cloche ait retenti dans toute la maisonnée, Bella entendit frapper à la porte de sa chambre. Elle souffla fortement contrariée : cela devait encore être l'un d'eux. Puis elle se reprit, se redressa et s'assied sur son lit.
-Entrez !
-Mademoiselle Isabella, prononça d'une voix douce la femme de chambre de sa mère, Camille. Votre mère vous attend au salon.
-Encore ? Soupira-t-elle en refermant lentement son livre. De qui s'agit-il cette fois ?
-Madame votre mère reçoit actuellement Monsieur Edward Cullen.
Au nom de l'invité prononcé, Bella pâlit puis rougit. Ses cils battirent rapidement ses paupières. Elle se leva de son lit rapidement.
-J'arrive ! Dites à ma mère que j'arrive dans cinq minutes.
Camille sortit de la chambre de la demoiselle pour aller l'annoncer à sa mère.
Le cœur de Bella battait la chamade.
Edward !
Elle allait revoir Edward ! L'apprécierait-elle toujours autant ? Et lui ?
Elle, qui avait toujours détester se mettre en frais, lissa sa robe légèrement froissée par le fait qu'elle s'était allongée sur son lit pour lire au lieu de s'asseoir dans un fauteuil comme le ferait toute jeune fille de sa condition. Puis, elle se précipita devant sa coiffeuse pour repiquer quelques mèches éparses de son chignon, rajouter un peu de mascara pour souligner son regard brun et repoudrer son visage pour dissimuler ses rougeurs involontaires de ses joues.
Ensuite, elle descendit lentement les marches des deux étages qui la mèneraient au salon.
Inspirant profondément, elle entra lentement dans le salon, où le jeune homme en costume sombre et cravate rouge bordeaux se leva pour la saluer lorsqu'il l'entendit.
-Bonjour Bella.
-Edward, murmura-t-elle avec un grand sourire sur son visage. Je vous en prie, rajouta-t-elle en lui désignant le fauteuil d'où il s'était levé lorsqu'elle entrait.
Le jeune homme se rassied à nouveau alors qu'elle alla se positionner aux côtés de sa mère sur le sofa.
Le regard de sa mère sur la tenue qu'elle portait et sur sa coiffe semblait satisfait.
-Edward, vous disiez donc ? Reprit Renée.
-Je n'ai pu venir plutôt vous présenter mes respects, Madame. Lundi et mardi, j'étais en déplacement professionnel à Lyon, où une plaidoirie importante et programmée depuis quelques mois m'attendait.
Renée acquiesça à ses propos, ce qui signifiait qu'elle acceptait l'explication du jeune homme.
-Voulez-vous une tasse de thé ?
-Avec plaisir, Madame.
-Isabella ?
-Oui, mère, répondit sagement la jeune fille en tendant sa tasse.
-Que faisais-tu dans ta chambre ? Lui demanda Renée pendant qu'elle versait un thé vert dans la tasse de sa fille.
-Oh ! Je lisais, murmura-t-elle doucement, les joues rosissantes.
-Quel livre ? Demanda gentiment Edward, s'insérant alors dans la conversation.
-Un livre de Maupassant. J'aime beaucoup la littérature du XIXe siècle.
-C'est en effet un siècle de grands écrivains, qu'ils soient français, anglais ou américains, répliqua Edward. J'avoue cependant avoir une préférence pour Émile Zola.
-Je ne connais pas cet auteur, je n'ai encore jamais lu ses écrits, à l'exception de son très célèbre article « J'Accuse » qu'il a publié pour défendre la cause de Capitaine Dreyfus.
-Oh ! Comment cela se fait-il ? Edward était étonné. Zola, avec Balzac et Flaubert, est l'un des écrivains incontournables du XIXe siècle. Ses livres sur la famille des Rougon-Macquart sous le Second Empire sont absolument fabuleux de réalisme.
-C'est tout à fait exact, l'interrompit Madame Swan, mais jusqu'à présent ma fille était trop jeune pour les lire.
Edward comprit aussitôt qu'outre l'âge de Bella, sa mère se referait à son innocence.
Il aurait été malaisé et inconvenant pour une jeune fille de lire L'Assommoir, roman qui présentait les mœurs de la classe ouvrière ravagée par l'alcoolisme et la misère, ainsi que la déchéance dans laquelle on pouvait sombrer par paresse ou du fait du chômage tout comme d'étudier Nana, livre qui racontait la vie d'une prostituée de luxe qui subissait les pires infamies possibles jusqu'à sombrer dans la misère la plus totale.
Il n'empêche que certains romans de cette série des Rougon-Macquart étaient tout de même accessibles pour une jeune fille, tel le livre Au bonheur des Dames, qui présentait le monde des grands magasins, une des innovations du Second Empire. C'était donc tout à fait dommage que la jeune fille ne puisse les découvrir, les lire, les analyser.
Edward comprenait ainsi que Madame Swan était très sévère avec sa fille et choisissait toutes ses lectures.
Il décida alors de se rattraper sur les classiques du XVIIe siècle, qui étaient des livres incontournables pour réussir son baccalauréat littéraires.
-Je suppose que tu connais les auteurs du XVIIe siècle, lui demanda-t-il souhaitant relancer la conversation avec la jeune fille, et non avec sa mère.
-Oui, bien sûr, affirma chaleureusement Bella.
-Alors, dis-moi, préfères-tu les tragédies de Racine ou les comédies de Molière ?
-Hum... Vaste question ! Les deux auteurs sont agréables à lire. Je crois que cela dépend sujet choisi dans leur livre. J'apprécie tout autant rire avec L'Avare, les Fourberies de Scapin et Le Malade Imaginaire de Molière que pleurer avec Britannicus et Bérénice de Racine.
Edward ne fut pas surpris de voir que la jeune fille ne connaissait que les plus grands classiques de ces auteurs-là. Elle n'avait pas cité dans sa liste ni Tartuffe de Molière, pièce de théâtre qui présentait sous son plus mauvais jour les dévots catholiques, ni Dom Juan qui était une réflexion sur le libertinage et ses excès.
-Le Malade Imaginaire est l'une de mes pièces préférées de Molière, reprit le jeune homme. Même si c'était il y a longtemps, je me souviens quand je l'avais étudié. J'avais bien taquiné mon père sur l'imposture de la médecine du XVIIe siècle, qui est mise en avant par l'auteur.
-Oh ! Cela devait être drôle ! Rit Bella. Il y a même une anecdote qui raconte que Molière est mort dans ce rôle, sur scène. Au fait, je suis sûre que ton père t'a fait remarquer que les temps avaient changé et la médecine avait bien évolué depuis ce siècle-là.
-Bien entendu ! Rigola également Edward, accompagnant le son rire frais de clochettes de la jeune fille. Le Cid de Corneille est aussi une belle histoire, à mi-chemin entre la comédie et la tragédie...
-Exact ! Le coupa Bella alors que Madame Swan levait les yeux au ciel lorsqu'elle constatait que la seule chose qui intéressait sa fille était les livres, les livres et rien que les livres. Toutefois, Corneille ne respecte pas la règle des trois unités...
-Qu'en un lieu, qu'en un jour, un seul fait soit accompli !S'exclamèrent conjointement les deux amis.
Ils rirent de leur exactitude. Ils connaissaient tous deux leurs classiques et les appréciaient.
Monsieur Swan entra à ce moment-là dans le salon. Il fut sidéré de voir les pupilles chocolat de sa fille rayonner de plaisir, mais surtout de constater un vrai sourire sur son visage.
-Papa ! S'écria-t-elle lorsqu'elle l'aperçut.
-Charlie, se leva Renée pour l'accueillir alors que son époux se penchait sur sa joue pour l'embrasser, tu rentres bien tôt.
-Pas si tôt que cela, il est presque 19 heures, reprit Charlie. Bonsoir Edward.
-Bonsoir Monsieur Swan, le salua aimablement le jeune homme qui s'était levé à son approche.
-Alors, peut-on savoir qu'est-ce qui vous fait tant rire ? Demanda Charlie en leur indiquant à tous de s'asseoir à nouveau.
-Nous parlons littérature ! Les yeux de Bella rêvaient et brillaient. C'est très intéressant ! Edward connait tous les livres que j'ai lus. Et plus encore, je crois... Acheva-t-elle en murmurant, moins sûre d'elle et craignant de s'être un peu trop emballée pour la satisfaction de sa mère.
Elle rechercha alors l'approbation de cette dernière, mais ce fut son père qui lui répondit.
-Je n'en doute pas un instant, ma chère. Il faut avoir une sacrée culture littéraire pour réussir l'examen du barreau.
-Entre autre, acquiesça Edward, qui demeurait toutefois fort modeste. Madame Swan, reprit-il en se tournant vers l'épouse de Charlie, Esmé aimerait vous inviter à prendre le thé vous et votre fille demain dans l'après-midi si vous êtes disponibles.
Renée hésita.
Longtemps.
Pour elle, Edward Cullen n'était pas le meilleur parti auquel pourrait prétendre Bella. En plus, elle ne savait vraiment pas ce qu'elle allait pouvoir raconter à cette femme qui lui semblait si bizarre et si intrigante, une femme qu'elle avait toujours accusée d'avoir brisé un ménage heureux.
Accepter cette invitation était une manière détournée de rapprocher les dames des deux familles en vue d'une alliance prochaine.
Mais lorsqu'elle sentit les regards conjoints de sa fille et de son mari sur elle lui demandant silencieusement d'y consentir, elle répondit favorablement à la demande du jeune homme.
-C'est entendu, Edward, tu peux lui dire que nous serons là vers 16 heures.
-Seras-tu présent ? Osa demander Bella d'une toute petite voix.
La jeune fille brune avait envie de revoir ce charmant jeune homme qui faisait battre son cœur un peu plus vite, qui savait si bien parler littérature avec elle.
-Non, malheureusement, ce ne sera pas possible. Bella baissa la tête, déçue. J'aurai bien aimé être là, reprit le jeune homme pour atténuer la peine de la jeune fille, mais j'ai un procès prévu depuis bien longtemps au tribunal demain après-midi. Je ne peux le déplacer. Par contre, si tu es d'accord, ainsi que tes parents, je pourrais passer un moment demain soir avant le diner, vers 18h30.
La jeune fille acquiesça en souriant à la demande du jeune homme, se tournant vers ses parents pour connaître leur avis.
-C'est entendu, Edward, tu es le bienvenu chez nous demain soir avant le diner.
-Je vous remercie, Monsieur Swan.
Sur ces dernières paroles, il se leva et prit congé des trois membres de la famille Swan, serrant un peu plus longtemps dans sa chaude main la petite main blanche et fine d'Isabella.
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Bella Swan était ravissante.
Elle ne possédait pas une beauté traditionnelle : elle était trop petite, trop maigre, trop brune, trop naturelle. Son visage était marqué par les stigmates de la tristesse, comme si elle semblait avoir traversé récemment une épreuve terrible.
Pourtant c'était tout cet ensemble -et bien plus encore- qui faisait tout son charme et qui plaisait tant à Edward.
Au premier regard, la jeune fille aux boucles brunes et aux joues rosissantes lui avait plu.
Son sourire timide et discret l'avait entièrement séduit.
Discuter avec elle de littérature l'avait totalement soumis à la jeune fille, même si elle n'en avait aucunement conscience. Il était si rare qu'une jeune et jolie fille soit si cultivée. Habituellement, on ne leur enseignait que les bonnes manières, la danse et l'art de la séduction.
Même s'il s'était promis de ne plus jamais tomber amoureux, Edward ne pouvait empêcher son cœur de battre un peu plus vite lorsqu'il était en présence de Bella. Il appréciait le fait d'attendre avec impatience chaque fin d'après-midi, qui lui permettait, une fois sa journée de travail achevée, de retrouver la jeune fille chez ses parents pour lui conter fleurette.
Toutefois, un détail le chagrinait.
Le magnifique regard chocolat de Bella l'avait charmé tout en le laissant perplexe : qu'avait-elle vécu de si grave pour sembler porter tous les malheurs du monde sur ses frêles épaules.
Cette fragilité si apparente ne donnait qu'une seule envie à Edward, outre la curiosité de connaître son passé : celle de la serrer dans ses bras pour la réconforter et la protéger de tous ceux qui lui voulaient du mal.
Il avait bien conscience que les rapports entre la mère et la fille paraissaient difficiles.
Bella semblait tant rechercher l'approbation de sa mère dans tous ses faits et gestes. Or, cette dernière ne l'encourageait jamais, l'approuvait rarement, la contredisait régulièrement et la gourmandait souvent.
Edward ne pouvait s'empêcher de bouillir lorsqu'il constatait ses relations si peu cordiales entre la mère et la fille. Il savait ce que c'était que manquer d'amour maternel. Il aurait voulu forcer Madame Swan à mieux considérer sa fille. Toutefois, il avait bien conscience que c'était chose impossible.
Autant il appréciait le commissaire Charlie Swan, qui était un grand ami de son père et un homme intègre dans son travail ; autant il détestait Madame Swan, qui ne semblait être intéressée que par les potins, le chiffre d'affaire de l'entreprise des Newton ou le prochain mariage de Sam Uley avec Emily.
De plus, Edward avait bien conscience que le seul but de Renée Swan était de marier sa fille rapidement, comme si elle cherchait à se débarrasser d'elle. En aucun cas, elle ne laisserait le choix à sa fille et donnerait la main de Bella au premier prétendant recommandable qui se présenterait.
Cette attitude horripilait Edward : d'une part, il estimait que Bella était encore bien jeune pour un mariage ; d'autre part, il stressait du fait que Bella n'ait pas son mot à dire s'il demandait sa main à ses parents. Il ne souhaitait pas que la jeune fille accepte sa demande si elle ne l'appréciait pas, ne serait-ce qu'un peu.
Or, il avait véritablement la hantise que, forcée par sa mère, elle consente à ce mariage qu'elle ne souhaitait peut-être pas. Ou qu'elle accepte la demande d'un autre de ses prétendants.
Edward sentait bien qu'elle était heureuse de ses visites presque quotidiennes et qu'elle affectionnait discuter littérature avec lui.
Il espérait tant qu'elle accepte sa demande sans y être contrainte, qu'elle ait envie de vivre avec lui de son plein gré, qu'elle apprécie de partager sa vie. Il aurait tellement aimé lui parler un moment, seul à seule.
Mais, à chaque fois qu'il venait courtiser la jeune fille chez ses parents, Renée Swan était présente que les jeunes gens soient ensemble dans le salon ou sur la terrasse ombragée.
Parfois, le chef Swan était également présent. Il semblait plus tolérant que son épouse sur ce qui apparaissait, aux yeux de l'avocat brillant et prometteur qu'Edward était, comme une surveillance constante de sa cour, des gestes qu'il avait envers leur fille, des paroles qu'ils pouvaient tous deux échanger. Charlie réussissait suffisamment à distraire son épouse si peu affable envers le jeune homme afin que le couple juvénile ait un semblant d'intimité et puisse imaginer qu'ils n'étaient pas écoutés. Toutefois, il ne faisait pas le moindre effort pour essayer de convaincre son épouse de quitter le salon afin de les laisser seuls.
Même après que Renée et Bella aient été reçues chaleureusement par Esmé dans la demeure familiale des Cullen, Renée n'avait ni relâché sa vigilance, ni laissé, ne serait-ce qu'un court moment, Bella et Edward seuls dans la même pièce.
Esmé avait accepté avec enthousiasme la demande d'Edward d'inviter pour un thé Madame Swan et sa fille. Elle avait perçu dès les premiers regards échangés au bal que les jeunes gens se plaisaient. Elle comptait donc faire tout ce qui était en son pouvoir pour cette idylle se concrétise, même si elle devait pour cela en venir aux mains avec Madame Swan, qu'elle n'appréciait guère. Il fallait aussi dire que cette dernière le lui rendait bien.
Compte-tenu du passé de son beau-fils, Esmé savait combien il lui était difficile de faire à nouveau confiance à une femme. Elle savait combien il redoutait de se lancer dans une nouvelle relation amoureuse et que ce fait, il se l'interdisait.
Mais elle savait que Bella serait une jeune fille différente de celle qu'il avait précédemment aimée et adulée.
Bella serait parfaite pour Edward. Ils avaient les mêmes passions : la littérature, l'envie de voyager, l'équitation. Ils s'accordaient si bien lorsqu'ils dansaient. La jeune fille devait probablement apprécier la musique classique, même si elle ne l'avait pas évoquée.
Esmé avait bien observé les yeux tristes de Bella, mais elle avait encore plus remarqué que ces derniers ne s'égayaient qu'en présence de son beau-fils.
Tous deux semblaient avoir étrangement souffert dans leur jeune passé.
Esmé était sûre que cette douleur commune les rapprocherait et permettrait l'éclosion d'un grand amour, entrainerait l'épanouissement d'un bonheur immense et éternel.
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Bella tournait en rond dans le salon de ses parents.
Au cœur de ce mois d'août bien chaud, elle aurait été bien plus à son aise sur la terrasse ombragée du jardin, en compagnie de sa mère et ses amies, Mesdames Black et Uley. Elles discutaient du prochain mariage de Sam et Emily, qui devait avoir lieu le week-end suivant le 15 août.
Mais Bella préférait rester seule dans le salon, attendant avec impatience l'arrivée d'un jeune homme, qui commençait à se faire désirer sérieusement.
Bella était soulagée : ces deux dernières semaines, la ronde de ses prétendants s'était tout d'abord atténuée, et puis désormais presque éteinte. Le seul qui persévérait dans ses visites quotidiennes était celui qui lui plaisait le plus, qui se faisait tant attendre aujourd'hui.
Les autres ne venaient plus, orientant leurs faveurs vers une autre demoiselle. Le seul dont elle regrettait la venue était Jacob et son humour décadent, mais il était parti sous d'autres cieux piloter ses avions. Mike, Tyler, Paul et les autres ne manquaient pas à la jeune fille, qui s'était tant ennuyée en leur compagnie.
Lorsque la jeune fille entendit la cloche de l'entrée retentir dans la maisonnée, elle sourit. Il était enfin là ! Elle aurait aimé se précipiter dans le hall, mais elle savait que sa mère n'apprécierait pas un tel comportement.
Alors que sa mère passait la porte-fenêtre et pénétrait dans le salon pour accueillir l'invité de sa fille, des éclats de voix bruyants retentirent en provenance de l'entrée.
-Non, Monsieur ! Je vous interdis d'entrer ! Criait Victor, l'un des nombreux domestiques de ses parents.
-Où est la demoiselle de la maison ? Grinça une voix que Bella reconnut sans peine et qui l'affola.
-Monsieur, tenta à nouveau Victor.
-Mademoiselle Swan est absente, répliqua Madeleine, la gouvernante de la maison d'une voix sèche et contenue.
-Hum... Je suis sûr qu'elle est là et que vous m'empêchez de la voir !
-Monsieur, que Mademoiselle soit présente ou non, Monsieur Swan vous a interdit d'entrer dans son domicile, reprit la gouvernante. Je vous prierai donc de sortir immédiatement de cette maison.
-Hors de question ! Je veux la voir ! Hurla une voix qui effrayait toujours autant la jeune fille.
Paniquée, elle regarda sa mère alors que la porte du salon s'ouvrait sur un James Gigandet furibond, que Victor essayait sans succès de retenir.
-Ah ! Bella ! Je savais bien que tu étais là ! S'écria James en apercevant la jeune fille. Viendrais-tu un moment te promener avec moi ?
Bella, apeurée, se recula vers le fond du salon alors que sa mère prenait la parole et que ses invitées arrivaient du jardin pour savoir ce qu'il se passait.
-Monsieur, j'exige que vous sortiez immédiatement de mon domicile.
-Je le ferai avec grand plaisir avec votre fille à mon bras, répliqua-t-il arrogant.
-Il en est hors de question ! Le coupa brutalement Renée Swan choquée par son insolence. Victor, faites-le sortir immédiatement ! Ordonna-t-elle. Madeleine, appelez le commissariat pour faire venir un policier au besoin.
-Oui, Madame, répondit de suite la gouvernante qui sortit du salon en courant.
-Monsieur, je vous prierai de sortir, reprit Victor poliment.
Il savait qu'il n'aurait pas le dessus physiquement sur le jeune homme.
-James, vous n'avez pas être là, essaya de temporiser Madame Black. Respectez la demande de Madame Swan et partez d'ici avant d'avoir des problèmes.
-Hors de question ! James frappa Victor et l'envoya violemment valser sur le tapis. Il s'approcha alors de Bella, contournant Madame Swan. Toi, viens donc près de moi ! Il attrapa son bras. Il paraît que tu apprécies d'être courtisée.
-Non ! Cria Bella, essayant de se défendre.
-Lâchez ma fille !
Alors que Victor, sonné et toujours au sol, essayait de se relever, une autre personne entra dans le salon, suivie de la gouvernante.
-James, lâche-la immédiatement ! Exigea ce nouvel arrivant.
-Edward Cullen ! Le sauveur de toute demoiselle en détresse ! Ricana James. À ces propos, Edward se renfrogna comme s'il craignait que James en disent un tant soit trop. Que feras-tu si je refuse ?
-Ce que j'aurai dû faire il y a 3 ans, grogna-t-il d'une voix sourde en attrapant James par le col de sa chemise, ce qui le força à lâcher la jeune fille brune, qui se massa automatiquement le bras. Ne te donne pas en spectacle devant ces dames et sors aussi dignement que tu puisses encore le faire, rajouta Edward en constatant que James commençait à s'agiter pour se débattre.
Victor se redressa, le nez ensanglanté, et aida Edward à reconduire calmement James à la porte.
Au salon, les dames se ressaisissaient. Si Madame Swan haletait toujours, Bella tremblait encore.
Renée Swan s'assit subitement sur sa bergère, plaçant une main sur son cœur.
-Renée, comment vous sentez-vous ? La questionna Madame Uley, inquiète pour son amie.
-Est-ce encore votre cœur ? L'interrogea Madame Black. Doit-on faire appeler le médecin ?
Si l'attitude de Renée renforçait encore la rumeur lancée il y a quelques mois, ce n'était pas le choc de l'impertinence de James envers sa fille et leur famille qui la faisait se sentir si mal. Renée venait simplement de constater combien son époux avait eu raison lorsqu'il avait soutenu, il y a quelques jours, que Edward Cullen ferait tout pour leur fille et que, dès lors, il accepterait de lui donner la main d'Isabella s'il la demandait.
Certes, Edward n'était pas le meilleur parti auquel pouvait prétendre Isabella et que Renée espérait tant. Avoir un père divorcé, une mère aux abonnés absents et une belle-mère illuminée était loin d'être l'idéal de Renée Swan, qui aurait tant voulu renforcer son prestige et son pouvoir au sein de la bonne société parisienne. De plus, le jeune homme n'était pas le plus fortuné parmi leurs connaissances dans cette même société parisienne.
Toutefois, il était un avocat respecté et valeureux, lui permettant de gagner correctement sa vie et d'entretenir une famille. Son époux admirait sa droiture. Et ce jeune homme semblait aimer leur fille.
Même si cette union n'avait pas sa préférence et que Renée regretterait toujours d'avoir laissé échappé Mike Newton, elle plierait donc et accepterait ce mariage si il devait avoir lieu.
Peut-être que le jeune Edward, qui semblait amoureux, ne rejetterait-il pas sa fille ? Si cette dernière ne parvenait pas à mener à bien le stratagème qui prouverait son innocence et sa vertu lors de leur nuit de noces, et s'il devait ainsi se rendre compte qu'elle n'était plus pure.
-Madame Swan ? L'appela doucement Edward voyant l'absence de cette dernière et constatant l'inefficacité des appels de ses amies. Souhaitez-vous que je fasse venir mon père à votre chevet ?
Bella s'était assise aux côtés de sa mère.
-Non, non, ce n'est pas la peine, se reprit Madame Swan. Elle ne voulait surtout pas être examinée par un médecin, qui pourrait déceler ses mensonges. La rumeur se devait de courir encore, tant qu'Isabella n'était pas mariée. Bella ?
-Tout va bien, Mère, la rassura cette dernière.
Quelques dizaines de minutes plus tard, Mesdames Black et Uley prirent congés de la famille Swan, éprouvée par cette intervention violente.
Edward avait quant à lui promis à ces dames de rester auprès d'elles jusqu'au retour du commissaire Swan dans la maisonnée.
Il le faisait bien volontiers puisqu'il appréciait passer du temps avec Bella, même si sa mère était constamment présente, et parce qu'il souhaitait s'entretenir avec le patriarche de la famille pour une raison bien précise.
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Chapitre publié le 8 janvier 2012
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Prochain chapitre : Repas de Fiançailles
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Je vous remercie beaucoup pour vos reviews, vos mises en favoris ou en alerte, et pour tous vos vœux pour 2012 !
Un clin d'œil à tous ceux qui se contentent de passer par là et de me lire tout simplement.
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Petit rappel : la fiction de Louise Malone, Sans un regard (lien dans mes favoris) qui traite du même thème que celui que j'aborde dans cette fiction, mais d'un angle et d'un style différents, va bientôt s'achever. Le dernier chapitre publié est juste généralissime ! Courez vite le lire !
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Instant PUB : pour celles qui sont avides de dévorer de nouvelles lectures, j'ai découvert un petit bijou entre Noël et le jour de l'an : La vie est une larme de Leausy (lien dans mes favoris).
Résumé : Quand la vie qu'on avait imaginée, espérée se concrétise pour finalement s'écrouler sans prévenir, peut-on réussir à trouver un moyen d'être heureux malgré tout ? Nos deux héros arriveront-ils à surmonter les épreuves du destin ?
Cette fiction est un pur régal à lire, et vous avez de la chance : la fic étant terminée, vous pouvez la lire d'une traite ou à votre rythme. J'ai particulièrement apprécié le fait que chaque chapitre débute par une citation, qui trouve son sens au cours de la lecture du chapitre.
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Bonne lecture à toutes ! Et n'oubliez pas de leur laisser une review. Même petite, elle fera toujours plaisir à l'auteur !
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Je vous retrouve dimanche prochain pour un nouveau chapitre de Sous X ! Passez une bonne semaine. Bye ! AliLouane.
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PS/ Tout le monde n'a pas encore trouvé la date à laquelle se déroule cette fiction, même si pour certaines lectrices, la fourchette se réduit... !
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