Bonsoir,

Je poste tard...

Mais j'ai bien failli ne pouvoir poster ce soir !

La cause : le froid intense qui percute de plein fouet la France et qui a surtout saboté et bousillé ma batterie de voiture ! Je suis gelée et frigorifiée (même après une douche chaude et une tasse de thé fumante). Heureusement que j'ai pu compter sur des amis motivés pour m'aider à déplacer ma voiture et éviter d'appeler le dépanneur (mon porte-feuille les remercie bien), et me ramener chez moi. Enfin, grande motivation : demain, je dois aller à pied à la gare ! Ouh ! Je sens que je vais adoré me lever demain matin ! Bref, je ferme le bureau des plaintes : assez parlé de moi !

J'en profite pour clamer un grand merci à vous toutes pour vos reviews, vos nombreuses mises en alerte et en favoris (très nombreuses sur le dernier chapitre). Merci également à tous ceux qui passent par là !

Ce chapitre est le premier flash back sur le passé de Bella. Comme il est long, il est divisé en deux parties (donc pas d'Edward pendant deux semaines : allez-vous pouvoir survivre ?). Sachez que j'ai même hésité à le diviser en trois parties, mais là, je me suis dit que vous alliez me maudire...

Il révèle la date exacte à laquelle se passe la fiction ! Enfin un an avant le mariage de B&E.

Bonne lecture !

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Titre de la fiction : Sous X

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Enjoy !

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Chapitre VIII – Désabusée, Manipulée... et Abusée.

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FLASH BACK

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Première Partie

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Été 1957

C'était le cœur de l'été. Au bord de l'océan Atlantique, en Charentes maritime.

Le soleil brillait haut dans le ciel éclatant. L'écume scintillait dans la mer si bleue. Les vagues épousaient temporairement la plage de sable fin avant de se retirer au loin dans un bruit .régulier et assourdissant laissant au passage des trainées d'algues vertes. Ce paysage avait tout d'idyllique.

En cette fin d'après-midi, une jeune fille brune de seize ans se baladait seule pieds nus sur cette jolie plage de sable blanc.

Elle était de taille moyenne et portait un gilet à manches courtes de laine rouge fine sur un pantalon en lin blanc dont elle avait relevé le bas pour qu'il ne soit pas mouillé par l'eau salée. Elle tenait d'une main ses sandales et de l'autre un chapeau de paille à la main, chapeau qu'elle aurait dû porter sur sa tête pour protéger son teint blanc du soleil éclatant.

Elle observait l'océan, rêvant de voyages et de découvertes de nouveaux pays. Ses yeux chocolat étaient empreints de tristesse, mais surtout pensifs et rêvant d'avenir. Un avenir où elle pourrait faire ses propres choix, décider ce qu'elle voulait faire, un avenir dans lequel elle serait heureuse, aimée et appréciée.

Elle se retourna lorsqu'elle entendit des cris derrière elle :

-Mademoiselle ! Mademoiselle Bella !

Sa gouvernante courait sur la plage pour la rejoindre.

-Oui, Nanou ?

-Il faut rentrer maintenant. La fin de l'après-midi est proche et le repas vous sera bientôt servi.

Bella soupira. Elle aimait tant se promener sur cette plage. Elle avait l'impression de respirer. Elle avait l'impression d'être libre. Elle avait l'impression d'avoir droit au bonheur. Tout le contraire de l'atmosphère étouffante et oppressante de la vaste maison qu'elle habitait pendant ses vacances.

Cette splendide maison était d'ailleurs plus un manoir qu'une simple maison. Elle était construite sur dans le style architectural de l'art nouveau et datait de la toute fin du XIXe siècle.

Elle s'étageait trois niveaux : elle possédait au rez-de-chaussée une grande salle à manger, un immense salon, une bibliothèque avec des centaines de livres, un bureau, une salle de billard, un salon de musique où trônaient un piano et une harpe, une véranda, un fumoir, une cuisine, une buanderie, un office pour les domestiques.

Au premier étage se trouvaient la suite parentale composée d'une chambre immense, d'un dressing, d'un boudoir pour sa mère, d'un bureau pour son père, d'un petit salon et d'une salle de bain. Il y avait aussi la suite de grand-mère qui était interdite d'accès depuis son décès, et qui était encore plus vaste que celle de ses parents.

Au second étage prenait place la nurserie fermée pour le moment du fait de l'absence d'enfant, la chambre de Bella grande si on la comparait à la taille d'une chambre d'adolescent classique mais si petite par rapport à la taille des pièces de cette maison, deux chambres d'amis et une salle de bains.

Enfin, le troisième et dernier étage abritait les dix chambrées des domestiques présents dans la maison.

La maison possédait également des dépendances : des garages, des écuries, une cour dallée avec un puits, des jardins fleuris et des potagers, une immense pelouse verte au centre de laquelle trônait une tonnelle et au fond de laquelle se situait un mini-lac qui avait été creusé lorsque Bella était enfant.

Bella ne vivait pas seule : elle était bien entourée par une domesticité efficace, opérationnelle, rodée à l'usage et sans faille. Il y avait là sa gouvernante, une cuisinière et une aide-cuisinière, deux femmes de chambre, une lingère, un chauffeur, deux jardiniers, un garçon d'écurie.

Cependant, même si elle était bien entourée, elle était et restait toujours seule.

Les domestiques ne la tutoyaient jamais, ils ne l'appelaient pas par son prénom, ils n'étaient ni sa famille, ni ses amis. Ils obéissaient aux ordres de ses parents et ne les contredisaient jamais par peur de perdre leur place, dont le salaire était plus qu'attractif. Ils n'éprouvaient aucun sentiment vis-à-vis d'elle, la fille des patrons, à part peut-être de la compassion de voir une jeune fille si seule et si triste dans un splendide et grand manoir, une jeune fille qui semblait perdue et était abandonnée de tous.

Seule la gouvernante avait quelques gestes maternels et réconfortants pour Mademoiselle Bella.

Tout cela expliquait le fait que Bella se sentait oppressée dans cette demeure si vaste pour elle, qu'elle se sentait mal à l'aise en compagnie de la domesticité qui ne lui manifestait aucun signe d'attachement, qu'elle se sentait rejetée par toutes les personnes qui l'entouraient... Ou qui étaient absentes de sa vie.

Sur le chemin du retour de la plage à la maison, sa gouvernante lui apprit :

-Mademoiselle, votre mère a appelé tout à l'heure.

-Oh ! Mère ! A quelle heure arrive-t-elle demain ? Je suis heureuse de la revoir enfin.

-Heu... Je suis désolée, Mademoiselle. Mais Madame Swan a appelé pour prévenir qu'elle reportait son arrivée ici. Votre père a besoin d'elle pour l'organisation d'un gala de charité.

-Oh ! … Il ne faisait aucun doute que la jeune fille était très déçue. Ses paupières battirent un peu plus vite que la normale. De toute façon, j'aurais dû m'en douter. Elle a déjà reporté trois fois son arrivée ici depuis le début de l'été, prononça la jeune fille d'une voix sourde. Elle essuya une larme qui glissait sur sa joue.

-Mademoiselle, répondit la gouvernante voyant le chagrin de la jeune fille. Elle lui caressa le dos pour lui montrer son affection. Si je peux faire quoique ce soit pour vous, dites le moi.

-Oh ! Oui ! Sourit franchement la jeune fille alors que l'un des jardiniers ouvrait le portail de la cour pour les laisser entrer dans l'enceinte du domaine. C'était son premier vrai sourire depuis le début de la journée, même ses yeux s'étaient animés. J'ai déjà terminé les livres que j'ai amené de Paris. Pourrais-je, s'il vous plait, aller dans la bibliothèque en choisir un nouveau ?

-Mademoiselle, souffla la gouvernante réticente à devoir refuser la demande de sa protégée. Elles entraient toutes les deux dans la maison et se dirigeaient vers l'immense salle à manger aux tentures de brocart sombres, où un couvert avait été dressé au bout de l'immense table en chêne massif, qui aurait pu accueillir une vingtaine de convives. Vous savez que je ne peux agréer votre demande. C'est avec plaisir que je le ferai, mais votre mère m'a donné des ordres stricts à ce sujet. Elle trouve d'ailleurs que vous lisez trop.

-J'en ai marre ! Cria la jeune fille. Elle était en colère. Elle en était surprise. C'était la première fois qu'elle se permettait de crier, elle qui acceptait toujours tout sans rien dire, sans s'opposer à ce qu'on décidait pour elle. Je n'ai rien le droit de faire !

-Mademoiselle, ne vous emportez pas ! Vous ne pouvez pas dire cela !

-Ah, oui ? Alors dites-moi ce que j'ai le droit de faire ? Soupira Bella.

La gouvernante resta sans voix face à cette demande.

Elle voyait bien que même si Mademoiselle Bella avait à manger tous les jours et plus qu'il n'en fallait, si elle était correctement et joliment habillée, si elle dormait dans des draps en soie, elle n'était pas heureuse. Loin de là ! Son regard parlait pour elle, pour ce qu'elle essayait de taire, de cacher, comme elle avait été éduquée, comme les convenances l'exigeaient.

-Je n'ai pas le droit de lire alors que la bibliothèque recèle de trésors littéraires, reprit Bella. Je ne vais quand même pas passer l'été à lire et relire les six livres que j'ai amenés de Paris. Je n'ai pas eu le droit d'inviter mon amie Alice, comme j'avais pu le faire l'an passé. Il paraîtrait qu'elle aurait une mauvaise influence sur moi. Je me demande bien laquelle ! S'énerva la jeune fille. Je n'ai pas le droit de fréquenter d'autres jeunes de mon âge ici. Je n'ai pas le droit de manger avec l'un d'entre vous. Je suppose que si je demandais à faire la cuisine ou à jardiner, je n'aurai pas le droit de le faire non plus. La gouvernante secoua négativement la tête. Je suis toujours seule et je m'ennuie. Ça fait déjà un mois que je n'ai personne avec qui parler. Je m'ennuie surtout de mes parents. J'aimerai bien qu'ils fassent un peu attention à moi de temps en temps. J'ai l'impression que je ne compte pas pour eux !

Crier et vider son sac avait permis à Bella de se sentir mieux.

D'être soulagée.

Mais cela ne résolvait pas pour autant son problème.

Elle savait qu'elle allait passer deux mois ici, dans un décor soit disant idyllique et dans une maison soit disant de rêves... Deux mois estivaux à s'ennuyer, à se sentir oppressée et surtout à se sentir rejetée par ses propres parents.

-Mademoiselle, je sais que tout cela est difficile, mais soyez raisonnable maintenant. Il vous faut manger. Votre repas est prêt. Bella soupira en regardant son assiette unique sur cette immense table désespérément vide. Si vous le voulez, je vais rester à vos côtés pendant votre dîner, rajouta la gouvernante pour la réconforter.

Bella savait qu'il ne servait à rien de lui demander de diner avec elle. Elle n'aurait pas gain de cause. Elle avait déjà essayé l'été passé, sans succès, et depuis qu'elle était arrivée il y a un mois. La gouvernante ne fléchissait pas, par peur de reproches de la part de ses employeurs pourtant si absents.

Une fois son repas avalé, Bella monta dans sa chambre, prit une douche fraîche, enfila une longue chemise de nuit blanche en coton et se coucha, les larmes aux yeux, se demandant pourquoi ses parents ne l'aimaient pas, s'interrogeant sur ce qu'elle avait pu faire de mal et surtout se demandant ce qu'elle pourrait bien faire pour s'occuper demain.

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Bella s'éveilla au son des pépiements des oiseaux.

Il était encore tôt.

La fraîcheur et la rosée de l'aube commençaient tout juste à s'éloigner.

Bella s'étira dans ses draps de soie et se leva rapidement. Elle avait envie de partager un moment avec sa jument blanche, Apamée.

Oui, ce matin était l'idéal pour une balade avec Apamée.

Elle attrapa son pantalon d'équitation, ses bottes noires, et ses gants noirs. Elle enfila un pull bleu marine en laine fine et légère qui avait un liseré blanc au col et aux poignets. Elle attacha ses cheveux en queue de cheval basse, ce qui lui permettrait de porter sa bombe.

Puis elle descendis à la cuisine où la cuisinière lui préparait son petit-déjeuner.

-Bonjour Mademoiselle Bella, vous vous levez bien tôt aujourd'hui. Avez-vous bien dormi ?

-Oui, pas trop mal. J'ai été réveillée par le chant des oiseaux et le bruit des vagues, sourit-elle. Comme le temps est agréable ce matin, j'ai envie de monter Apamée pour une balade sur les dunes.

-C'est une bonne idée ! Je termine de préparer votre petit-déjeuner. Elle servit déjà à Bella une tasse de thé et toasta quelques tartines. Amélie, ordonna-t-elle à sa jeune aide-cuisinière, va aux écuries prévenir Gustave de seller la jument de Mademoiselle Bella.

Après une rapide révérence en direction de Bella pour la saluer, la jeune aide cuisinière âgée de vingt ans sortit rapidement de la cuisine en direction des écuries. Elle avait le sourire aux lèvres d'aller faire cette commission. Bella avait l'impression qu'elle s'entendait plus que bien avec Gustave, le garçon d'écurie.

La jeune fille s'assit à la table de la cuisine. Elle aimait particulièrement ce moment de la journée.

C'était le seul repas qu'elle avait le droit de prendre dans cette cuisine claire et chaleureuse, à taille humaine, où flottaient de délicieuses odeurs culinaires. La cuisinière était d'humeur agréable bien qu'elle ronchonnait souvent sur ses rhumatisme et son avancée en âge. Elle connaissait parfaitement les petits plats préférés de Bella qu'elle lui confectionnait de manière régulière et lui tendit de la confiture de myrtilles dont Bella se régalait.

Alors que Bella achevait son petit-déjeuner, Gustave et Amélie revinrent dans la cuisine. Ce dernier salua Bella en ôtant sa casquette et lui annonça :

-Mademoiselle, les chevaux sont prêts. Nous pouvons partir en promenade quand vous voulez.

En effet, si Bella avait le droit de monter à cheval, elle n'avait pas l'autorisation de se promener seule. Gustave, le garçon d'écurie embauché par ses parents pour l'été, avait la charge de prendre soin des quatre chevaux, de nettoyer l'écurie et surtout d'accompagner Bella dans ses balades.

-Merci Gustave. Je termine cette tartine et je suis prête, lui répondit-elle en souriant.

La sonnette de la porte d'entrée de l'immense manoir retentit faisant sursauter tout le monde. Elle était rarement utilisée, puisque Bella et la domesticité ne s'en servaient jamais et que les rares visiteurs étaient toujours annoncés, donc un domestique les guettait pour les accueillir.

Ils entendirent la porte s'ouvrir et la gouvernante de Bella parler.

Cette dernière arriva peu de temps après dans la cuisine, suivie du facteur qui tenait un télégramme.

-Gustave, le facteur a un télégramme pour vous, annonça la gouvernante d'une voix triste.

Tout le monde savait que recevoir un télégramme était toujours une urgence, bien souvent une nouvelle dramatique.

-Oh ! Pâlit Gustave en tendant la main vers le facteur qui salua l'assemblée présente pendant que la cuisinière lui servait une tasse de café. Amélie s'était rapprochée de Gustave pour le soutenir. Il ouvrit le télégramme et pâlit encore plus. Madame, dit-il en se tournant vers la gouvernante, je vais devoir vous demander trois jours de congés. Ma mère vient de s'éteindre et la cérémonie religieuse aura lieu demain. Je dois rentrer dans mon village natal en Charentes pour assister mon père.

-Bien sûr, Gustave. C'est tout à fait normal. J'en ferai part à M. et Mme Swan. Je vous présente mes plus sincères condoléances.

-Gustave, je suis désolée d'apprendre pour votre mère. Je vous souhaite bien du courage. Cela ne doit pas être facile quand c'est si soudain..., dit Bella en se dirigeant vers le garçon d'écurie et en lui tendant la main. Si je peux faire quelque chose pour vous...

-Oh, Mademoiselle Bella est bien gentille de s'inquiéter pour ma pauvre mère, mais sa morte n'est pas si subite. Elle était bien malade depuis plusieurs mois et le médecin nous avait averti qu'elle ne passerait pas l'été. Je vous remercie aussi de proposer votre aide, mais cela devrait être bon maintenant que ces trois jours m'ont été accordés. Je suis confus de devoir abandonner Mademoiselle et qu'elle ne puisse pas monter à cheval ce matin.

-Ne vous inquiétez pas de cela, Gustave. Vous avez plus important à faire.

Le facteur prit alors la parole :

-Le prochain train pour Angoulême part dans 15 minutes. Il faut vous dépêcher si vous voulez l'avoir. Sinon, vous devrez attendre celui de ce soir.

-Oh ! Mais je ne peux pas prendre le premier train. Il faut que je dételle les chevaux. Je ne peux les laisser ainsi.

-Laissez-moi faire Gustave. Je suis capable de m'en occuper, proposa Bella.

-Mais Mademoiselle, ce n'est pas votre rôle. Vos parents seraient mécontents de savoir cela.

-Je sais, mais j'en ai envie. Votre père a besoin de vous et mes parents ne sont pas là. Ils ne sauront rien.

-Bien, j'accepte votre proposition avec plaisir si votre gouvernante l'agrée. Nanou affirma positivement de la tête, sachant le plaisir qu'en aurait Bella. Par contre, il est hors de question que vous nourrissiez les chevaux. Les jardiniers s'en occuperont. Ils savent comment faire.

Bella accepta le marché.

Gustave prit congé de tous, regardant une dernière fois dans la direction d'Amélie. Il monta dans sa chambrée chercher une besace avec le nécessaire pour voyager et partit en même temps que le facteur.

De son côté, Bella se dirigea vers les écuries et commença par dételer Ajax, le cheval noir qu'aurait dû monter Gustave. Elle le brossa tendrement et le cajola.

Puis elle regarda Apamée. Elle aurait vraiment voulu monter sa jument ce matin. Le regard d'Apamée semblait d'ailleurs le lui demander. Et le temps était vraiment idéal pour une balade.

Bella chuchota à l'oreille de la jument, comme si cette dernière était capable de l'entendre et la comprendre :

-Ne bouge pas, ma belle, je reviens !

Elle courut jusqu'à la maison, ouvrit la porte de la cuisine où elle trouva la cuisinière, Amélie, la lingère et sa gouvernante en train de prendre le café. Devant l'entrée inopinée de Bella, toutes les quatre se levèrent gauchement et rapidement. Bella leur fit signe de s'asseoir, cela ne la préoccupait pas le moins du monde.

-Nanou ?

-Oui, Mademoiselle ?

-Puis-je aller me promener à cheval seule ? S'il vous plait ? C'est un peu un cas de force majeure puisque Gustave a dû s'absenter pour raisons personnelles impromptues. C'est vraiment la journée idéale et j'en ai vraiment envie !

La gouvernante hésita.

Normalement, si elle respectait scrupuleusement les indications de M. et Mme Swan, Mademoiselle Bella n'avait pas le droit de sortir seule à cheval ou à pied en ville, à l'exception de la courte balade qu'elle faisait chaque soir sur la plage. Elle se devait donc de refuser ce plaisir à la demoiselle.

Mais la gouvernante savait aussi que M. et Mme Swan étaient extrêmement sévères alors que Mademoiselle Bella était si sage et si responsable. Peut-être pouvait-elle accepter et faire de cette journée une exception ?

Toutefois s'il se passait le moindre problème, elle serait licenciée immédiatement, sans lettre de recommandation, et cela elle ne pouvait pas se le permettre. Si encore, un autre domestique pouvait accompagner Bella dans sa balade. Mais cela n'était pas possible : seul Gustave savait monter à cheval.

La gouvernante réfléchissait, cogitait, hésitait, ne sachant pas vers quelle solution pencher.

-Écoutez, Mademoiselle, je vous propose d'appeler votre mère pour connaître son avis.

Bella soupira. Si Nanou appelait sa mère, alors la réponse serait non.

Elle suivit néanmoins sa gouvernante au bureau où se trouvait le téléphone. Nanou décrocha le combiné et donna à la demoiselle des Postes l'indicatif des parents de Bella à Paris.

Une fois en ligne, ma gouvernante demanda à parler à ma mère. Elle attendit un moment avant que la gouvernante de l'appartement de Paris lui réponde une réponse qui ne lui plut pas. Puis elle raccrocha. Elle était perplexe.

La jeune fille brune sur laquelle elle devait veiller l'interrogea :

-Qu'a donc répondu ma mère ?

-Elle était très occupée, je n'ai pu l'avoir en ligne. Bella soupira. Encore une fois, elle avait l'impression de gêner sa mère, d'être une charge bien inutile pour ses parents. Cette réponse avait aussi mis mal à l'aise la gouvernante, qui ne savait que faire et qui voyait surtout que ses patrons n'en avaient cure de leur fille. Elle a fait transmettre comme message par l'intermédiaire de votre gouvernante à Paris de bien respecter les consignes, mais de faire en sorte que vous soyez satisfaite.

La mère de Bella n'avait même pas utilisé le mot « heureuse ».

-Qu'est-ce que cela signifie ?

La jeune fille croisa les doigts pour que l'on l'autorise à sortir seule avec Apamée. Elle commençait à espérer.

-Tout et son contraire ! Lui répondit confusément la gouvernante. Si je respecte les consignes, je n'ai pas le droit de vous laisser sortir seule, mais si je fais en sorte que vous soyez … « satisfaite », la gouvernante utilisait ce mot avec gêne, je peux vous autoriser à faire cette sortie.

-Et qu'allez-vous décider Nanou ? Bella n'osait plus respirer tellement elle attendais que Nanou lui dise oui.

La gouvernante la regarda droit dans les yeux, avec beaucoup de sérieux.

-Écoutez Mademoiselle Bella, je sais que vous êtes une jeune fille bien responsable. Je vais vous autoriser à sortir seule. Mais vous devez me promettre de faire très attention, de ne pas galoper trop vite, ni de tomber, ni de vous égarer. Vous devez rester sur le bord de mer et faire la promenade que vous faites habituellement avec Gustave. Et vous devez être revenue avant 11h30. Cela vous laisse deux heures de balade. Est-ce clair ?

-Oh ! Oui ! Merci mille fois Nanou ! Je vous adore !

La jeune fille riait et sautait aux éclats ! Sa gouvernante n'avait jamais vu une telle joie sur son visage.

Elle précisa néanmoins :

-Mademoiselle Bella ! Vous serez bien ponctuelle ! Ne me faites pas regretter ce choix !

-Oui, c'est promis ! Je serai rentrée à l'heure ! Et tout ira bien ! J'y vais !

Bella sortit du bureau, traversa la cuisine en saluant gaiment la cuisinière et Amélie, courut en direction des écuries, où elle arriva essoufflée et souriante. Elle caressa Apamée, resserra la sangle de sa selle et grimpa sur sa belle jument.

-Allez ! C'est parti, ma belle ! A nous deux ! Allons profiter de la liberté !

Bella sortit au pas de la propriété de ses parents, sous l'œil vigilant de sa gouvernante. Puis, arrivée le long de la plage, elle passa sa monture au trot puis au galop. Quelques mèches de ses cheveux s'étaient échappées de sa bombe et volaient au vent.

La jeune fille se sentait enfin libre et heureuse. Elle riait aux éclats face à ses nouvelles sensations. Ses yeux bruns brillaient de mille et une merveilles renforçant alors sa beauté naturelle.

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Bella galopa sur Apamée durant plus d'une demi-heure. Elle admirait les paysages et l'océan, elle respirait l'air marin et le souffle du vent, elle profitait de la douce caresse du soleil matinal, elle caressait l'encolure de sa jument pour l'encourager dans son galop.

Elle était heureuse et libre !

Elle arriva au bout de la plage. Ensuite, la plage disparaissait au profit de marais salants. C'était une propriété privée, Bella savait qu'elle ne pouvait aller s'y balader avec Apamée. Habituellement, avec Gustave, elle remontait sur la gauche en direction des dunes de sable puis des rares collines boisées. Elle savait qu'au pied de l'une de ses collines, elle trouverait une mare pour abreuver Apamée.

Elle poursuivit donc son chemin de la même manière qu'elle l'aurait fait si Gustave avait été là.

Lorsque Bella arriva à la mare, quelle ne fut pas sa surprise de constater qu'elle n'était pas la seule cavalière à avoir cette idée. La mare était suffisamment grande pour abreuver plusieurs chevaux. Bella s'approcha donc, descendit de cheval, attrapa les rênes et laissa du lest pour permettre à Apamée de s'abreuver.

Les quatre cavaliers l'observaient attentivement, ce qui fut rougir Bella. Ce groupe était composé d'une fille et trois garçons. La jeune fille blonde s'approcha de Bella et entama la conversation. Elle avait un léger accent.

-Bonjour ! Je m'appelle Jane et je suis en vacances ici avec mes frères et mes parents.

-Bonjour, murmura Bella.

Elle ne savait pas si elle devait répondre davantage ou non. Habituellement, elle n'avait pas le droit de parler à des inconnus.

-Comment t'appelles-tu ? Es-tu française ? Nous, nous venons d'Italie.

Bella observa la jeune fille. Elle devait avoir son âge ou presque. Elle était habillée de manière similaire, ce qui indiquait qu'elle appartenait comme Bella à une classe bourgeoise, ou tout au moins aisée.

Devant le tutoiement de Jane, Bella s'affirma et osa répondre.

-Je m'appelle Bella. Et oui, je suis française.

-Super ! Moi qui avait envie de travailler mon français ! Est-ce que tu acceptes qu'on fasse un peu connaissance ? Je vais te présenter à mes frères.

-Pourquoi pas ? Répondit évasivement Bella.

Elle n'avait rien à perdre et avait un peu de temps devant elle sans pour autant dépasser l'horaire promis.

-Hey ! Les garçons ! Appela Jane. Venez par là, j'ai une amie à vous présenter !

Bella dé-serra la sangle de la selle d'Apamée et l'attacha, comme le faisaient les garçons avec leurs propres chevaux et celui de leur sœur, à l'un des arbres proches de la petite mare.

-Bonjour ! Hello ! Ciao ! Entendit Bella de trois voix différentes.

-Alors, Bella, je te présente mon plus jeune frère Félix qui a 13 ans, Alec qui a 15 ans, moi Jane, j'ai 17 ans et voici Démétri, l'ainé, il a 21 ans. Et toi, quel âge as-tu ?

Bella était impressionnée.

Déjà qu'elle avait trouvé Jane ravissante et très gracieuse avec ses longs cheveux blonds et son regard bleuté qui resplendissait sur son teint de porcelaine. Mais ses trois frères étaient tous aussi beaux les uns des autres.

Alec était celui qui ressemblait le plus à Jane : blond comme elle, avec le même regard bleuté. Il était d'ailleurs pratiquement aussi grand que sa sœur. Si Bella ne l'avait pas su, elle les aurait pris pour des jumeaux.

Démétri et Félix possédaient tous les deux une chevelure brune avec un regard noir perçant.

C'est surtout le regard de Démétri qui marqua Bella. Peut-être parce qu'il était le plus grand et qu'il la regardait de plus haut. Mais Bella trouvait son regard hypnotique du haut de son corps d'athlète, qui semblait bien musclé. Sous son regard, Bella se sentait s'embraser qu'elle en perdit tout sens de la réalité et n'écoutait plus Jane qui lui posait des questions.

-Ouh ! Ouh ! Bella ! Quel âge as-tu ?

-Excuse-moi ! Bella remua la tête doucement pour se défaire de l'emprise visuelle de Démétri, qui laissa apparaître un petit sourire satisfait sur son visage. J'ai 16 ans et demi, j'aurais 17 ans en septembre.

-Ah ! Tu es un peu plus jeune que moi : je fêterai mes 18 bougies en novembre.

-Et comment s'appelle ton cheval ? Questionna Félix.

-C'est une jument et elle s'appelle Apamée, sourit Bella.

Quand elle devait évoquer sa jument blanche, Bella était toujours heureuse.

-Et cela fait-il longtemps que tu pratiques l'équitation ? Continua-t-il.

-Oui, un petit moment déjà ! La première fois que je suis montée sur un cheval, j'avais six ans !

-Puis-je caresser ta jument ? En voyant l'admiration que Félix avait dans les yeux pour Apamée, Bella accepta avec grand plaisir. Le petit garçon se leva et se dirigea vers la jument blanche.

-Habites-tu ici toute l'année ? Interrogea Alec. L'été, ça a l'air bien, c'est actif. Il y a la mer, le soleil, la plage... Mais tu dois vraiment t'ennuyer le reste de l'année ici !

Bella sourit encore une fois à cette question. S'ils savaient combien elle s'ennuyait depuis un mois qu'elle était ici, et pourtant c'était l'été !

-Non, j'habite à Paris. Mais mes parents ont une résidence secondaire ici. Nous en profitions l'été. Et vous, où logez-vous ?

-Au Royal Palace Hôtel ! Répondirent en chœur Jane et Alec.

-Oh ! C'est un très bel hôtel !

-Tu m'étonnes ! C'est le plus bel hôtel de la côte ! Le plus luxueux ! S'exclama Alec en riant fortement.

Il était fier d'y résider, ce qui montrait la richesse et le statut social de sa famille.

-Le connais-tu ? Demanda Démétri.

C'était la première fois qu'il parlait : Bella frissonna et se sentit rougir.

-Oui, répondit-elle en baissant la tête. J'y suis déjà allée plusieurs fois pour des réceptions avec mes parents.

Démétri était sous le charme de cette jeune fille aux boucles brunes. Elle possédait un regard marron si doux et brillant de mille feux, les feux de la liberté. Il adorait particulièrement lorsque ses joues rosissaient lorsqu'elle était gênée. Elle était vraiment timide. D'autant plus qu'il était sûr qu'elle l'avait détaillé minutieusement lorsque Jane avait fait les présentations. Il savait qu'il lui avait fait de l'effet.

En tout cas, même si la jeune fille brune ne ressemblait pas aux conquêtes habituelles de Démétri, conquêtes qui étaient généralement des blondes plantureuses audacieuses avec peu de cervelle, elle lui plaisait bien : elle était de taille moyenne avec des formes gracieuses, ni trop développées, ni trop minimes. Elle était très réfléchie dans ses réponses et ses actions, peut-être même un peu trop.

Mais surtout elle n'avait pas conscience de son potentiel de séduction, notamment lorsqu'elle mordillait sa lèvre inférieure, ne sachant que dire de plus.

-Et que fais-tu de tes journées, ma belle, demanda Démétri d'une voix sensuelle.

Bella rougit encore plus en entendant le surnom qu'il lui avait donné.

-Oh ! Bella aurait aimé répondre « pas grand chose », ce qui était la vérité... Mais elle ne voulait pas paraître … différente d'eux en admettant qu'elle s'ennuyait. Je monte à cheval, je lis beaucoup, j'aime lire..., soupira-t-elle doucement en pensant aux livres qu'elle avait déjà lus, déjà terminés, et à tous ceux qu'elle aurait aimé lire mais que sa mère lui interdisait par peur d'être trop instruite, je me promène sur la plage, …

-Donc, tu t'ennuies un peu, affirma Démétri sûr de lui.

-Non ! S'exclama Bella, surprise qu'il l'ait cernée si vite. Il lui envoya une œillade noire lui indiquant que ce n'était même pas la peine qu'elle le contredise, qu'il verrait son mensonge immédiatement. Si, un peu, admit donc Bella à contre cœur. Mais je n'ai pas souvent l'autorisation de sortir me promener seule. Et le choix des activités présentes au manoir est plus que réduit.

-Et bien, ma belle, tu as de la chance de nous avoir rencontrés ! Répondit Démétri. Nous allons changer tout cela !

-Cela m'étonnerait ! J'ai rarement le droit de sortir donc nous ne risquons pas de nous recroiser. D'ailleurs, je vais devoir rentrer...

-Si, si, il faut que nous nous revoyons, la contredit Jane en la coupant. Demain matin, on se retrouve ici à la même heure pour que tu nous fasses visiter à cheval les coins les plus beaux et les plus sympas de la côte. Et pour te remercier, je demanderai à Maman que l'on puisse t'inviter à l'hôtel le surlendemain pour une partie de tennis à l'hôtel.

-Oh ! Oui ! Tu dois revenir demain matin pour nous faire visiter la région ! Alec appuyait la demande de sa sœur.

-Et moi, je veux pouvoir revoir Apamée demain, s'écria Félix qui revenait vers le groupe après avoir caressé longuement la jument blanche.

-En plus, nous avons à peine eu le temps de faire connaissance, reprit Jane.

Seul Démétri ne disait rien.

Mais son regard ne laissait aucun doute : il indiquait à Bella qu'il voulait clairement la revoir.

-Je vais essayer de revenir demain matin pour une balade à cheval, mais je ne vous promets rien. Cela dit, si je veux avoir une chance de pouvoir sortir à nouveau, il faut absolument que je sois rentrée à l'heure.

Bella me leva de la pierre où elle s'était assise pour ces quelques minutes de conversation avec ces jeunes italiens. Jane s'approcha d'elle, l'embrassa sur la joue et lui murmura :

-A demain, Bella ! Je suis vraiment contente de t'avoir rencontrée.

Les deux garçons les plus jeunes saluèrent d'un geste la jeune fille brune alors que Démétri se leva également pour l'accompagner vers sa jument blanche. Il resserra la sangle de la selle d'Apamée avant qu'elle n'ait le temps de le faire, défit les rênes de la branche où elles étaient accrochées et les maintint d'une poignée ferme le temps que Bella monte sur sa jument.

Lorsqu'il les lui transmis, il attrapa sa main qu'il baisa doucement, lui murmurant un tendre « A demain ».

Ce simple geste la fit rougir et surtout fit accélérer les battements de son cœur. C'était la première fois que la jeune fille brune se trouvait si proche d'un garçon.

Il relâcha sa main doucement et Bella fit claquer sa langue contre son palais pour qu'Apamée parte au pas. Elle s'éloigna un peu, puis se retourna alors que sa jument continuait d'avancer. Le garçon italien à la belle prestance lui fit un tendre geste de la main avec un grand sourire révélant ses dents blanches auquel la jeune fille répondit gaiement. Son cœur continuait de battre un peu plus fort dans sa poitrine. Elle se sentait bien.

Pour la première fois de sa vie, la jeune fille brune bien trop souvent isolée de tous ses proches avait l'impression de compter pour quelqu'un.

Lorsqu'elle arriva au manoir, elle put constater qu'elle était en avance de 10 minutes. Elle espérait de tout cœur que Nanou lui permettrait de sortir seule à nouveau demain.

Une fois Apamée dans son box, Bella courut à la cuisine prévenir Nanou de son retour et lui indiquer qu'elle restait un moment dans l'étable pour dé-seller et bouchonner sa jument. Elle voulait profiter également de ce petit temps pour se reprendre, pour être sûre de ne pas se trahir.

Mais elle était encore toute excitée d'avoir parlé à des jeunes de son âge et surtout du petit échange qu'elle avait eu avec Démétri. Repenser à lui, à son ravissant visage et à son corps d'athlète la fit à nouveau rougir.

Toute à ses pensées, brossant Apamée, elle n'entendit pas Nanou arriver derrière elle. La gouvernante fit sursauter la jeune fille.

-Mademoiselle Bella, vous m'avez l'air bien heureuse. Je suppose que la balade à cheval vous a bien plu.

-Oh ! Oui ! Nanou, c'était vraiment bien ! J'espère que je pourrais recommencer demain ! Tout s'est bien passé. Merci de m'avoir donné cette autorisation, rajouta la jeune fille espérant faire fléchir sa gouvernante pour demain.

-Quand je vois vos yeux briller de joie, je pense que c'est une bonne idée. Si vous me promettez d'être aussi raisonnable qu'aujourd'hui.

La gouvernante était ravie de pouvoir faire plaisir à cette jeune fille si solitaire et si sage, qui était constamment brimée par des règles sévères imposées par ses parents absents.

-Oh ! Merci Nanou ! S'exclama la jeune fille heureuse à l'idée de retrouver ses nouveaux amis.

Pour la première fois depuis son arrivée au début de l'été, Bella ne rechigna pas à déjeuner seule dans l'immense salle à manger sombre qui habituellement l'oppressait tant.

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Lorsqu'elle entendit les oiseaux chanter qui la réveillaient, la jeune fille sourit aux anges de son lit.

Elle s'étira et se précipita sur ses vêtements d'équitation, puis descendit rapidement à la cuisine où l'odeur du café et des toasts grillés flottaient déjà dans l'air. Elle déjeuna sous le regard amusé de sa gouvernante et de la cuisinière qui voyaient son empressement.

Puis elle partit en direction des écuries où elle caressa longuement Apamée avant de la seller et de lui passer le mords. Elle enfila sa bombe sous l'œil attentif de sa gouvernante qui l'avait rejointe.

Cette dernière lui rappela les consignes à respecter. Bella acquiesça aux propos de sa gouvernante, puis sortit Apamée dehors puis elle se hissa sur sa jument et partit au pas en saluant d'un geste Nanou.

Lorsqu'elle fut sortie de la propriété parentale, Bella accéléra progressivement l'allure. Se sentant libre de ses rênes, sa jument Apamée s'en donnait à cœur joie et la menait rapidement près de la mare où Bella avait rencontré cette famille italienne qui lui semblait si sympathique.

Elle riait à l'avance d'imaginer comment allait se comporter Félix avec Apamée. Par contre, elle ne savait pas trop quoi penser d'Alec : elle avait du mal à le cerner et demeurait méfiante à son égard. Elle avait aussi envie de pouvoir mieux apprendre à connaître Jane et souhaitait qu'elle lui parle de ses études et de sa vie en Italie.

Elle espérait aussi secrètement pouvoir regarder discrètement le beau Démétri et pourquoi pas parler un peu avec lui, même s'il l'intimidait, notamment du fait des réactions que pouvaient avoir son corps et son cœur en sa présence.

Elle avait une idée d'où emmener cette famille qui découvrait la région. Elle pensait les mener au village de Talmont-sur-Gironde où une église romane dominait les falaises et l'estuaire de la Gironde. Ce paysage était magnifique et Bella l'aimait particulièrement. Elle espérait que ses amis italiens l'apprécieraient également.

Quelle ne fut donc pas la surprise de Bella de constater lorsqu'elle arriva à la mare que seul était présent Démétri.

-Bonjour Bella, lui dit-il en souriant royalement.

Il attrapait déjà les rênes de la jument blanche pour lui permettre de glisser à terre.

-Bonjour Démétri, lui répondit la jeune fille aux boucles brunes dont les joues rosirent légèrement. Où sont tes frères et ta sœur ? Demanda-t-elle en regardant aux alentours.

-Et bien, mon père a proposé une sortie en mer à mes deux frères sur le voilier. Quant à Jane, elle était bien partie pour m'accompagner, mais au moment où nous sortions de l'hôtel en direction des écuries, on lui a proposé un double en tennis. Et entre l'équitation et le tennis, ma sœur a vite fait son choix. Même si elle était un peu déçue de te faire faux bond ! Elle espère que tu l'excuseras et qu'elle aura l'occasion de te voir demain.

Tout en expliquant à Bella les raisons de l'absence de sa fratrie, Démétri accrochait solidement les rênes d'Apamée sur une branche d'un chêne.

-Oh ! Répondit Bella un peu tristement. Immédiatement, elle eut à l'esprit qu'elle avait dû décevoir leurs attentes hier, ce qui expliquait leur absence aujourd'hui. Elle pensa également que Démétri s'était forcé pour venir la retrouver, elle qui se faisait une joie de revoir toute cette joyeuse famille italienne. Elle proposa de suite au jeune homme de 21 ans : Si tu veux toi aussi rentrer, je comprendrai. Je ne veux pas t'imposer ma présence.

-Mais tu ne m'imposes pas du tout ta présence, jolie poupée, répondit-il en lui caressant la joue d'un toucher délicat. La joue de la jeune fille s'enflamma immédiatement. Cela me fait très plaisir de te revoir et de passer un moment seul avec toi. D'ailleurs, comme tu aimes tant lire, je t'ai amené un de mes livres favoris : Le Prince, écrit par un auteur italien, Machiavel. L'as-tu déjà lu ?

-Non, je ne le connais pas. De quoi parle-t-il ? Questionna Bella curieuse en acceptant le présent.

C'était un livre de poche dont la couverture était un peu flétrie et dont certaines pages étaient cornées. En le feuilletant, Bella pouvait voir que certains passages avaient été soulignés au crayon de papier ou annotés de la main de Démétri.

-Ne regarde pas trop l'état du livre ! Je l'ai tellement lu et relu et cela se voit ! Mais cela me fait plaisir de te le prêter pour que tu le lises. Il parle de l'art et la manière de gouverner en jouant sur les humeurs et les caractères antagonistes des princes, des grands et du peuple. L'auteur n'explique pas « comment user du pouvoir selon les vertus morales et chrétiennes », mais plutôt « comment obtenir le pouvoir et le conserver ».

-Cela m'a l'air très intéressant, répondit Bella curieuse. Elle savait que ce n'était pas le type de livre que ces parents auraient apprécié qu'elle lise. Mais elle était ravie, elle qui aimait tant lire avait enfin un nouveau livre à découvrir et à parcourir. C'est peut-être un peu philosophique, mais cela me fait très plaisir. Merci de me le prêter. J'en prendrai soin.

-Il est déjà bien abîmé, tu sais ! Si tu cornes une page de plus, je en t'en voudrais pas ! Rigola Démétri.

Devant la moquerie, Bella rougit. Pour détourner son attention, elle demanda :

-Est-ce du nom de l'auteur que vient l'adjectif « machiavélique » ?

-Oui, tout à fait, s'enthousiasma Démétri. A l'origine, le machiavélisme désigne une conception de politique qui prône la conquête et la conversation du pouvoir par tousles moyens, y compris par la manipulation.

Démétri avait insisté sur deux mots : « tous » et « manipulation ». Bella buvait ses paroles comme du petit lait. Elle avait déjà hâte de dévorer ce traité politique. Elle le rangea dans la sacoche qui était accrochée sur sa jument.

-Serais-tu d'accord pour que nous marchions un peu sur ce sentier ? Rajouta Démétri en désignant un chemin agricole de terre battue. Il lui souriait franchement.

Cette question fit redescendre Bella de son petit nuage littéraire. Elle ne savait pas si ses parents auraient accepté qu'elle se retrouve seule avec un garçon qu'elle connaissait à peine. Elle se disait que c'était certainement contraire à la bienséance et à leur bon vouloir. Mais elle en avait envie et après tout, elle ne faisait rien de mal. Ils n'allaient que se promener. Et de toute façon, ses parents n'en sauraient rien.

-A pied ? Ne serait-ce pas mieux à cheval ?

-Et bien, disons que si nous voulons faire plus ample connaissance et parler littérature, c'est plus facile de se parler à pied qu'à cheval. N'est-ce pas ? Démétri se penchait vers Bella pour la regarder droit dans ses yeux. Bella sentait son souffle chaud et musqué sur son visage. Elle battit des paupières devant une telle proximité. Elle était incapable de répondre à la question posée. C'est aussi plus simple pour moi de tenir ta main si douce. Les paroles rajoutées par Démétri eurent raison de Bella qui accepta de marcher à pied plutôt qu'à cheval.

-Allons-y alors ! Accepta Bella, sentant la chaude main de Démétri dans sa paume moite.

Les deux jeunes gens se promenèrent main dans la main durant une vingtaine de minutes main dans la main parlant littérature.

Lorsque la jeune fille émit le souhait de retourner en direction de leurs montures pour qu'elle puisse rentrer à l'heure, le jeune homme brun s'approcha d'elle, ceinturant sa taille si fine de son bras, ce qui lui permettait d'être ainsi face à elle. Sous la surprise, le souffle de la jeune fille s'accéléra en même temps que ses joues rosissaient : tous ces signaux indiquaient à Démétri son émoi.

Démétri était ravi des signes inconsciemment émis par Bella, elle n'en était que plus désirable. Il souleva lentement son menton en plaçant un doigt dessous pour pouvoir la regarder droit dans ses yeux si bruns. Puis, alors que Belle battit un peu plus rapidement des cils, il se pencha délicatement sur ses lèvres si sensuelles pour y déposer un simple baiser.

Bella fut certes surprise par ce baiser, mais elle apprécia la douce caresse des lèvres chaudes de Démétri sur les siennes. C'était son premier baiser. Même si elle ne s'y attendait pas, elle l'appréciait. Elle s'abandonna alors dans les bras du jeune homme brun en s'appuyant contre son torse musclé. Ce fut le déclic pour Démétri qui avait craint au départ d'être repoussé : il taquina avec sa langue la lèvre inférieure de la jeune fille afin de pouvoir approfondir son baiser.

Encore une fois, la jeune fille fut surprise devant la demande qui lui était faite ce qui la conduit à gémir. Démétri profita alors du faible interstice entre ses lèvres pour forcer ce barrage et pousser sa langue dans la bouche de Bella afin de la faire sienne.

Devant l'intrusion, Bella choquée essaya de s'écarter, mais Démétri la retenait fermement contre lui, ses mains sur ses hanches, et posséda sa bouche de manière vigoureuse et égoïste. Le jeune homme pensait davantage à son plaisir qu'à celui de la jeune fille innocente qui découvrait cette première caresse buccale.

Devant l'avalanche de sensations que la jeune fille ressentait, elle sentit ses battements de cœur battre la chamade. Puis elle eut la tête qui tournait par manque d'oxygène et elle s'accrocha davantage aux épaules du jeune homme brun par peur de s'effondrer.

Ce dernier en profita pour coller davantage son corps contre le sien pour qu'elle ressente l'effet qu'elle avait sur lui. En sentant une masse dure et longue contre le bas de son ventre, Bella eut un hoquet de frayeur et éloigna ses lèvres de celles de Démétri afin de pouvoir le regarder : elle fut surprise de voir une lueur de désir qui s'amplifiait et qui noircissait les prunelles du jeune homme.

De son regard diabolique, Démétri observait attentivement la jeune fille fragile qu'il tenait entre ses bras : elle lui plaisait tant, elle le faisait bander comme un taureau. Il aurait voulu la prendre ici et maintenant à même le sol terreux de ce chemin. Mais il savait que s'il faisait cela, il la choquerait. Peut-être même appellerait-elle à l'aide et crierait-elle au viol. Or, même s'il crevait d'envie de la posséder, il ne voulait pas attirer l'attention. Il devait maitriser ses pulsions.

-Tu n'as jamais fait cela, souffla-t-il d'un ton sarcastique à l'oreille de la jeune fille en lui picorant le cou de baisers pour la faire craquer.

-Non, répondit-elle d'un murmure à peine audible.

-C'était ton premier baiser avec un garçon ? Les rougeurs de la jeune fille lui confirmèrent ce dont il se doutait déjà. Et c'était parfait ! La jeune fille soupira d'aise. Elle était soulagée. Elle craignait tant de se faire rejeter. Tu étais tellement parfaite que je t'en redemande ! Rajouta-t-il avant de l'embrasser à nouveau d'une manière forte et insistante afin de rudoyer sa langue de la sienne pour la conquérir et la dominer.

Les deux jeunes gens gémirent et ne se séparèrent qu'à bout de souffle, les lèvres gonflées de plaisir.

Alors que Démétri se penchait à nouveau sur Bella pour prendre ses lèvres et la distraire, il en profita pour faire glisser l'une de ses mains sur sa délicate poitrine d'un arrondi si parfait. Ressentant ce geste inconnu et bien osé pour elle, Bella sursauta et s'éloigna à nouveau du jeune homme.

-Un jour très prochain, tu seras prête pour de telles caresses, susurra de manière démoniaque Démétri à l'oreille de la jeune fille afin de rapprocher à nouveau d'elle. Tu verras, tu m'en demanderas même davantage.

Mais Bella demeurait tremblante et méfiante. Elle avait l'impression d'être intoxiquée par l'odeur musquée de Démétri et par ses paroles machiavéliques. Elle s'éloigna à nouveau du jeune homme pour qu'il ne puisse plus du tout la toucher.

Cette action vexa Démétri, bien qu'il essaya de ne rien en laisser paraître.

Elle lui plaisait, il savait donc d'ores et déjà qu'il la posséderait... Et rapidement !

Il ne s'appelait pas Démétri Volturi pour rien !

Habituellement, sa réputation le devançait. Il aimait le sexe, il en raffolait même ! Il était un amateur de belles femmes ! Il était un chasseur né et elle était sa proie, même si elle ne le savait pas encore.

L'éloignement qu'elle avait mis entre eux permit à Bella de reprendre ses esprits. Elle prit alors la parole :

-Nous devrions retourner aux chevaux. Si je tarde, je n'aurai plus le droit de sortir me balader.

-Alors, allons-y ! Jane et moi tenons à jouer cette partie de tennis demain avec toi ! Il serait dommage que tu ne puisses venir.

Démétri reprit la main de Bella, un peu de force, car la jeune fille était hésitante à la lui confier à nouveau. Puis il la reconduit à sa jument et l'aida à se mettre en selle.

-Explique-moi précisément où se trouve le manoir de tes parents ? Questionna gentiment Démétri en regardant sa proie d'un regard doux et persuasif. Il écouta attentivement la réponse de Bella. Alors, à demain, jolie poupée ! Je me fais une joie de te revoir. Jane passera te prendre chez toi.

Comme la veille, il baisa doucement la main de la jeune fille.

Comme la veille, les joues de Bella s'empourprèrent alors que les battements de son cœur reprenaient une course effrénée, comme lorsque Démétri l'avait embrassé sur les lèvres.

Comme la veille, Démétri tapota le fessier de la jument de Bella pour qu'elle se mette à avancer.

C'est confuse et un peu déboussolée que Bella rentra au galop au manoir.

D'un côté, elle ne pouvait pas se cacher qu'elle avait pris du plaisir aux baisers de Démétri, qu'elle avait apprécié qu'il lui tienne la main, qu'elle avait aimé leur discussion littéraire, que l'on fasse attention à elle. Mais, de l'autre, elle ne pouvait s'empêcher d'éprouver un malaise en sa présence.

Certes, elle savait qu'une telle proximité avec un garçon qu'elle connaissait à peine déplairait à ses parents.

Toutefois, il y avait autre chose qu'elle ne saisissait pas, autre chose qui lui faisait redouter sa prochaine rencontre avec Démétri. Qu'avait-il voulu dire par « Tu verras, tu m'en demanderas même davantage » ? Que sous-entendait-il ? Quant à la caresse qu'il avait tenté sur sa poitrine, Bella en avait été à la fois gênée mais tout aussi mise en transe. Elle n'avait cessé de ressentir des émotions contradictoires cette après-midi !

Bella ne rêvait que d'une chose : pouvoir parler de tout cela à quelqu'un ! À une personne de confiance.

Mais elle savait que si elle évoquait cette rencontre avec sa mère au téléphone ou avec Nanou au manoir, elle serait non seulement privée de le revoir, mais aussi de toute sortie à cheval pour le restant de l'été.

Et cela, elle ne le voulait pas.

Bella aurait aimé pouvoir parler à son amie Alice. Elle savait qu'Alice aurait pu la conseiller, l'éclairer, la rassurer, la guider. Alice lui avait déjà confiée qu'elle avait embrassé un garçon. Mais elle n'avait plus le droit de la fréquenter, ni de lui téléphoner depuis que sa mère avait eu connaissance de ce fait.

Bella aurait apprécié continuer de voir Alice. Mais elle n'en avait pas eu la permission : sa mère avait refusé de manière catégorique qu'elle revoit son amie, la seule amie qu'elle avait au lycée, la seule fille qui avait autre chose qu'un pois chiche dans son cerveau, les autres filles de l'école n'étant que des nanas prétentieuses et pouffiasses qui n'attendaient que d'être mariées à des hommes pleins aux as.

Toujours aussi perplexe et embarrassée par ce qui venait de se passer avec Démétri, Bella arriva juste à l'heure au manoir. Elle ôta la selle Apamée et son mords, étrilla puis bouchonna sa jument sous l'œil attentif de sa gouvernante. Puis la jeune fille remit sa jument dans son box, où l'attendait sa ration alimentaire déposée par un jardinier durant la matinée.

Lorsque Bella entra dans la salle à manger, son repas était déjà prêt.

Elle réfléchissait toujours à l'attitude de Démétri avec elle. Elle était toujours aussi partagée entre l'envie qu'elle avait de le revoir pour goûter à nouveau ses lèvres et la frayeur qu'elle avait ressentie lorsqu'il lui avait caressé la poitrine, son regard noirci par le désir.

Une fois son repas terminé, la jeune fille s'éclipsa discrètement vers l'écurie où elle avait laissé le livre que Démétri lui avait prêté dans la sacoche de sa jument. Elle n'avait pas osé le sortir devant Nanou.

Puis elle monta dans sa chambre pour s'allonger pour une courte sieste (la jeune fille n'avait en effet pas le droit de sortir aux heures les plus chaudes de la journée pour ne pas gâter son si beau teint blanc). Elle comptait profiter de sa sieste pour débuter sa nouvelle lecture.

Soudain, elle songea qu'elle ne reverrait plus ce garçon aux yeux noirs si troublants et si affolants.

Il avait promis que demain il viendrait au manoir avec sa sœur pour la chercher pour une partie de tennis. Mais Bella savait très bien qu'elle n'aurait pas l'autorisation de sortir, d'autant plus qu'elle ne savait pas jouer au tennis et qu'elle n'avait pas dit à Nanou qu'elle avait rencontré des amis lors de sa balade à cheval.

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Chapitre publié le 5 février 2012

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Prochain chapitre : Désabusée, Manipulée et Abusée

(Flash Back)

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PARTIE 2

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J'espère n'avoir perdu personne... Ce chapitre très détaillé peut paraitre un peu répétitif par rapport à tout ce qui a été plus ou moins sous-entendu dans les précédents chapitres... Mais il me semblait important de détailler l'état d'esprit dans lequel se trouvait Bella, son innocence, son isolement et sa recherche d'ami-e-s.

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A dimanche prochain pour un nouveau chapitre ! (et avec des meilleures températures, j'espère !)

Passez une bonne semaine. Bye ! AliLouane.

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