Bonjour chères lectrices !

-aucun homme ne s'est encore manifesté jusqu'à présent... mais comme il s'agit d'une fiction parlant des femmes, ceci explique peut-être cela...- hum, nous verrons...

Voici un chapitre un peu spécial – bref, je ne pense pas que vous vous attendez à un tel chapitre -encore que ! sait-on jamais ? - d'où le stress de savoir comment vous allez l'accueillir et réagir... Je n'en dis pas plus ! Je vous laisse lire...

Bonne lecture !


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Titre de la fiction : Sous X

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Enjoy !

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Chapitre XI – Vivre à Deux

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Seconde Partie

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Très ponctuelle, Madame Clearwather se présenta à neuf heures tapantes à la porte de l'appartement de Monsieur et Madame Edward Cullen.

Au premier coup d'œil, Bella sut qu'elle s'entendrait bien avec elle.

C'était une femme avenante et réservée, que la vie n'avait pas épargnée.

Bien qu'elle n'ait pas atteint la cinquantaine, ses cheveux bruns étaient déjà presque tous grisonnants. Ses traits étaient marqués par les épreuves subies : la perte de son fils unique écrasé par un chauffeur ivre à l'âge de dix ans, puis celle de son époux, ouvrier du bâtiment emporté par la maladie de l'amiante.

Ce dernier décès l'avait contrainte à rechercher à nouveau du travail. Elle avait trouvé, il y a quelques années, une place de nourrice chez des voisins d'Edward, complétée par un emploi de gouvernante chez ce dernier lorsqu'il était revenu des États-Unis.

Madame Clearwather tenait à faire bonne impression sur la jeune Madame Cullen. Elle avait bien conscience que son poste était en jeu et qu'une nouvelle épousée commençait souvent par licencier le personnel choisi par son époux ou sa belle-mère pour imposer sa marque et son style de vie dans la maisonnée.

-Bonjour Madame Clearwather, l'accueillit Bella lorsqu'elle lui ouvrit la porte d'entrée.

-Madame Edward, la salua la gouvernante.

Bella tressaillit à l'entente de ce nom. Ayant été appelée tout au long de sa Lune de Miel « Madame Cullen », elle en avait presque oublié que ce nom-là était prioritairement réservé à sa belle-mère, Esmé Cullen. Elle n'était que la jeune Madame Cullen et, lorsque les domestiques connaissaient sa belle-mère, elle avait bien conscience qu'elle serait nommée par le prénom de son époux.

-Je vous en prie, entrez donc, offrit-elle.

Elle se dirigea vers la cuisine, où elle avait préparé du thé pour faire connaissance avec sa nouvelle gouvernante. Madame Clearwather la suivit de près et fut surprise de voir sa nouvelle maitresse lui offrir un thé et lui proposer de s'asseoir.

-Je ne crois pas que cela se fasse habituellement... J'ai juste pensé que ce serait mieux... Murmura Bella en voyant la mine ébahie, voir presque choquée, de Sue Clearwather.

-Je vous remercie, Madame Edward, accepta Sue Clearwather pour ne pas déplaire à sa nouvelle patronne.

-Puis-je vous demander depuis quand vous travaillez pour mon époux ? Questionna Bella en levant sa tasse de thé de manière distinguée près de ses lèvres.

Encore une fois, Madame Clearwather était étonnée.

-Ne vous l'a-t-il pas dit ? Bella remua négativement la tête. Vous a-t-il parlé de moi et de mon travail ici ?

-Pas vraiment, confirma Bella. Nous sommes de jeunes mariés, voyez-vous, à peine une semaine ! Je ne vous cache pas que durant notre Lune de Miel, nous avons plus appris à nous connaître qu'à découvrir qui composait notre entourage et comment se déroulerait notre vie ici. Elle rajouta en souriant. De plus, vous savez comment sont les hommes ? Ils ne s'intéressent pas vraiment à ce genre de futilité que sont la cuisine, le linge et le ménage.

-Et votre époux, encore moins qu'un autre ! Affirma plaisamment Madame Clearwather.

-Tout à fait ! Avez-vous vu ce qu'il y a dans ses placards ? J'ai été bien en peine de lui préparer un petit-déjeuner correct ce matin.

-Monsieur Edward ne vivait pas vraiment ici, le défendit la gouvernante qui appréciait son employeur. Cet appartement était un logement pour dormir, mais il ne mangeait pratiquement jamais là, entre ses repas d'affaire, ceux chez ses parents et les soirées auxquelles il participait...

-J'en ai bien conscience, l'interrompit gentiment Bella. Aussi j'espère changer cela maintenant !

-Cela me ferait plaisir de voir plus de vie dans cet appartement, affirma la domestique. Pour répondre à votre première question, j'ai été recrutée par Madame Cullen au printemps dernier. Elle précisa. Je ne venais que trois fois par semaine pour quelques heures en matinée, car je m'occupais également des enfants d'un voisin de Monsieur Edward. Mais lorsqu'il m'a fait par de son projet de mariage, il m'a demandé de venir plus souvent, de manière quotidienne, et plus longtemps.

-Oui, il m'en a parlé rapidement ce matin. J'espère que cela ne vous posera pas trop de contraintes de cumuler les deux emplois...

-Ne vous inquiétez pas pour cela, Madame. Sue Clearwather respira difficilement. Elle ne pouvait pas se permettre de perdre son emploi. Il était essentiel qu'elle réussisse à composer avec la jeune Madame Edward. Mes heures chez les Richard ont considérablement réduit depuis que leurs deux ainés sont entrés en pension au début du mois de septembre.

-Je suis jeune, Madame Clearwather. Bella tenait à être franche avec elle dès le départ. De toute façon, elle ne pouvait guère le cacher. Elle était sûre qu'elle pourrait ainsi s'appuyer sur elle et profiter de ses conseils. Même si j'ai vu ma mère diriger sa nombreuse domesticité d'une main de fer depuis mon enfance, je ne l'ai encore jamais fait moi-même. Bella reprit sa respiration. Elle était ravie de n'avoir qu'une personne en face d'elle, et non pas des dizaines comme le faisait sa mère. Je souhaiterai donc connaître quelles étaient vos attributions ici. Je sais aussi que mon époux apprécie votre travail et votre discrétion. Aussi j'espère que nous saurons nous entendre pour gérer l'appartement.

Madame Clearwather souffla de soulagement. Sa jeune maitresse était aussi stressée qu'elle. D'où certainement l'idée du thé pour se détendre et ne pas perdre contenance.

-Je l'espère aussi, Madame Edward. Je ferai tout pour.

-Alors, dites-moi tout ! Quels sont les secrets de l'appartement de mon époux ?

-Comme vous le savez, Monsieur Edward ne vivait pas réellement là. Je faisais donc rarement la cuisine, sauf quand il recevait le docteur Cullen et son épouse, ou des amis. Par contre, je m'occupais du ménage et surtout la majorité de mes heures était consacrée au linge, lessive, essorage et repassage. Parfois, un peu de couture, s'il y avait besoin.

-D'accord ! Bella avait écouté attentivement le discours de sa gouvernante. Seriez-vous d'accord pour continuer de vous occuper du linge et du ménage ?

-Bien sûr, Madame Edward. Cela fait partie de mes fonctions.

-Je crois que tout est clair désormais, conclut Bella. Ah ! Oui ! J'oubliais : c'est mon époux qui continuera de payer vos gages à la fin du mois, en fonction des heures réalisées.

-Je vous remercie, Madame Edward, répondit Madame Clearwather en inclinant la tête. Madame, puis-je vous demander qui sera en charge de la cuisine ? Comptez-vous embaucher une nouvelle employée de cuisine ?

La gouvernante était curieuse de savoir si elle devait rester vigilante au cas où une nouvelle personne entrerait dans la place. Elle connaissait la concurrence déloyale, voir parfois la perversité, qui existaient entre les domestiques, prêts à tout parfois pour gagner les faveurs de leurs employeurs.

-Oh ! Non ! Répliqua Bella. J'aime cuisiner. J'ai envie de cuisiner des petits plats pour Edward. Je souhaite lui faire plaisir après ses longues journées de travail au cabinet ou au tribunal.

-C'est une bonne idée, Madame Edward. Je cuisine également. Si vous avez besoin de conseils ou d'idées de recettes, je vous aiderai avec plaisir.

-Je vous remercie, Madame Clearwather.

-Je vous en prie, appelez-moi Sue.

-Merci Sue, lui sourit la jeune fille qui avait bien senti son employée se décontracter une fois qu'elle avait compris que sa place n'était pas menacée. Serait-il déplacé si je vous demandais de m'appeler par mon prénom ?

-Je le pense, Madame Edward.

-Oh ! Souffla Bella. Je n'ose même pas imaginer les propos que ma mère hurlerait si elle apprenait que je vous ai proposé une telle inconvenance. Les yeux de Bella s'attristèrent à l'évocation de sa mère. Sue comprit immédiatement que cette dernière était un sujet sensible pour sa nouvelle maitresse. Elle réfléchissait à toute allure à un nouveau sujet qui pourrait la distraire, mais Bella la devança en lui demandant quels commerces existaient dans le quartier. C'est un arrondissement que je connais peu, j'habitais encore dans le seizième il y a une semaine.

-La boulangerie est au pied de l'immeuble, je pense que vous avez déjà dû la voir. J'en ai d'ailleurs ramené du pain frais, comme Monsieur Edward me le demandait avant son mariage, raconta Sue en désignant le pain qu'elle avait posé sur la paillasse de la cuisine. Il y a une épicerie au coin de la rue. Cent mètres plus loin se trouve une excellente boucherie. Le lundi, elle est fermée, mais si vous le souhaitez, j'irai une fois avec vous pour être sûre que le boucher vous réserve ses meilleurs morceaux. Le marché, sur la place sous la halle, a lieu trois fois par semaine le matin : le mardi, le jeudi et le samedi. Il propose d'excellents fruits et légumes. Pour la poissonnerie, par contre, il faut aller plus loin...

-Cela en fait des magasins ! S'exclama Bella ravie. J'ai bien envie d'aller faire un tour pour acheter de quoi manger pour ce midi et ce soir.

Elle n'avait jamais été faire les courses alimentaires. Selon sa mère, cela ne convenait pas aux jeunes filles distinguées dont elle devait faire partie.

-Le lundi, il n'y a que l'épicerie qui est ouverte, Madame Edward.

-Alors, je vais commencer par elle ! Savez-vous si mon époux dissimule quelque part un filet à provisions ?

-Oui, Monsieur Edward possède, même s'il ne doit pas le savoir, un panier et un cabas à roulettes. Sue expliqua. J'utilise le second quand je fais le réapprovisionnement complet, cela m'évite de porter trop lourd.

-Bien ! Je vais donc prendre le panier pour mes premiers achats à l'épicerie.

Sue se leva et montra à Bella dans quel placard il était rangé.

Bella chaussa ses chaussures à talon, enfila son trench-coat blanc cassé et un chapeau.

Lorsqu'elle ouvrit la porte, elle sourit à Sue tellement elle était fière d'elle. C'était la première fois qu'elle sortait seule, sans l'un de ses parents, sans un domestique, sans une gouvernante, sans Edward... à l'exception des deux balades à cheval en Charente, durant lesquelles elle avait rencontré celui qui lui avait pris sa vertu.

-Pendant votre absence, Madame, je vais commencer à m'occuper du linge de Monsieur... et du votre, compléta Sue pensant aux valises du voyage de noces qu'il lui faudra défaire.

-Je vous remercie, Sue. À toute à l'heure. Je ne devrais pas en avoir pour très longtemps.

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Au pied de l'immeuble, Bella respira profondément l'air frais de cette fin du mois de septembre. Elle se sentait libre, sans compte à rendre à personne, et surtout pas à sa mère.

Elle avait hâte de découvrir l'épicerie, ses rayons et les produits qu'elle proposait. Elle souhaitait choisir le meilleur pour réussir son repas pour son époux, qui était si prévenant avec elle.

Elle raffermit sa main sur l'anse du panier et longea le trottoir pour arriver au bout de la rue, où Sue lui avait indiqué l'emplacement de l'épicerie.

Elle poussa avec ravissement la porte vitrée de l'épicerie. Tout l'émerveillait : le rayon des conserves, le rayon des féculents, le rayon des produits frais, le rayon des biscuits et autres sucreries, l'étalage des fruits et légumes si colorés...

Elle déambula plusieurs fois de suite dans l'ensemble des rayons afin de se familiariser avec les produits exposés et repérer ceux qui lui plairait de prendre. Elle avait déjà noté mentalement dans sa tête de prendre du beurre, des œufs, du lait, du fromage, du riz, de la farine, des petits pois, des lardons, une salade verte, des oranges et des tomates.

Excitée par le fait de remplir son panier, concentrée sur le choix des produits alimentaires qui l'intéressaient, elle fut soudainement agacée par un bruit répétitif.

Bip... bip... bip... bip...

Elle détourna la tête pour en trouver l'origine et fut ébahie lorsqu'elle comprit qu'il s'agissait du scanner de la caisse enregistreuse, qui permettait d'additionner le prix des différents produits. Par la suite, les clients pouvaient régler aisément leurs commissions.

La caissière, qui trônait fièrement dans son uniforme derrière sa gigantesque machine, annonça d'une voix claire et distincte :

-Cela vous fera 48 francs et soixante-quinze centimes, Madame Bertrand.

La cliente en question chargea ses achats dans son cabas puis sortit de son sac à main son porte-monnaie d'où elle tira un billet de cinquante francs. L'hôtesse d'accueil ouvrit alors son tiroir-caisse dans un bruit monumental afin de lui rendre sa monnaie. Puis, elle lui tendit le ticket de caisse avant de la saluer.

Bella était impressionnée. Elle n'avait jamais vu une telle machine fonctionner.

Outre ce sentiment, il y en avait un autre que la jeune fille ne savait pas identifier. Il lui semblait en effet avoir oublié quelque chose de primordial, mais elle ne savait pas quoi. Elle repensait à sa liste de provisions, faisant le point sur chaque aliment dont elle avait besoin pour sa recette, quand tout à coup elle sursauta et pâlit.

Elle n'avait pas d'argent, ni chéquier pour régler ses achats.

Comment allait-elle faire ?

Elle ne pouvait pas non plus demander une ardoise à la caissière, puisqu'elle n'était pas connue dans ce quartier.

Des larmes parurent dans ses yeux chocolat et coulèrent sur ses joues rosées. Elle voulait bien faire, elle voulait que son époux soit heureux en constatant qu'elle cuisinait bien, et voilà que dès la première difficulté, elle s'affolait et s'effondrait.

Elle était perdue. Elle ne savait que faire.

La jeune femme en pleurs était vêtue de vêtements réalisés sur mesure par un couturier qui avait pignon sur rue, elle portait des chaussures à talon de marque, elle était coiffée d'un chapeau de créateur. Elle avait à son annuaire une bague de fiançailles et une alliance, qui valaient chacune leur pesant d'or.

Toutefois, elle n'avait même pas un billet de cinquante francs sur elle pour payer de simples provisions.

Elle se sentait ridicule.

Naïve.

Trop jeune.

Incompétente.

Elle pensait n'avoir aucun sens pratique, aucune logique.

Et surtout elle se jugeait sotte.

Bête et sotte.

Elle avait la désagréable impression d'être incapable de réaliser quoique ce soit sans la présence de ses parents ou sans celle de son époux.

Elle ne savait même pas où elle pouvait se procurer l'argent nécessaire pour les commissions.

Elle n'avait jamais eu d'argent en main jusqu'à maintenant. Lorsqu'elle n'était pas avec ses parents et qu'elle passait ses étés en Charente, c'était toujours sa gouvernante ou l'un des domestiques qui réglait avec la monnaie donnée par sa mère si elle avait besoin d'une chose à acheter.

Elle se rappelait aussi que seul son père allait régulièrement à la banque pour retirer l'argent nécessaire pour la bonne marche de leur foyer. Il remettait de manière hebdomadaire une enveloppe de billets à sa mère. Edward ne lui avait rien remis de tout cela.

Elle frissonnait de honte en constatant son inaptitude à être autonome.

Faisant face aux regards curieux de clients qui la dévisageaient sans scrupule se demandant pourquoi cette jolie jeune fille brune était en pleurs, elle respira profondément et essuya ses larmes avec le mouchoir brodé qui était dissimulé dans l'une des poches de son trench-coat.

Il fallait au moins qu'elle se ressaisisse, qu'elle dépose à leur bon emplacement les produits alimentaires qu'elle avait déjà placés dans son panier. Elle ne voulait surtout pas être accusée de vol.

Une fois que ce fut fait, elle sortit aussi dignement qu'elle en était capable de l'épicerie, son panier à la main. Ce dernier était encore vide bien qu'elle se soit, au préalable, fait une joie de le remplir.

Elle regagna l'appartement de son époux d'un pas rapide, espérant que Sue était toujours présente. Elle n'avait même pas pensé à emmener les clés et elle craignait désormais d'être à la porte de chez elle.

Si tel était le cas, elle ne connaissait même pas le numéro de téléphone du cabinet d'avocat d'Edward par cœur. Ce matin, il lui avait appris qu'il était noté dans le répertoire téléphonique sur la commode de l'entrée... qui était donc à l'intérieur de l'appartement dont elle n'avait pas les clés.

Le seul numéro de téléphone qu'elle savait par cœur était celui du domicile parental.

Si elle appelait là-bas, elle n'osait imaginer les foudres de sa mère, qui la critiquerait d'être allée faire les courses alors que ce n'était pas son rôle. De toute façon, elle n'avait pas une seule pièce de monnaie pour appeler d'une cabine téléphonique. Elle ne pouvait donc pas envisager cette solution, qui la mettait d'avance fort mal à l'aise.

Elle pénétra dans l'immeuble et grimpa l'escalier jusqu'au deuxième étage. Elle appuya sur la sonnette de la porte d'une main tremblante, espérant de tout cœur que Sue était présente et qu'elle ne s'était pas absentée pour une quelconque tâche.

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Lorsque Madame Edward fut sortie, Sue se dirigea vers la salle de bain, où elle trouva une panière pleine de linge de Monsieur Edward.

Elle commença par séparer le linge blanc des vêtements noirs ou colorés. Elle détacha au savon de Marseille les chemises qui en éprouvaient le besoin, nettoya également leurs cols. Puis, elle chargea le lave-linge avec le linge de couleurs et lança le programme de lavage.

Elle remit momentanément le linge blanc dans la panière et sortit de la salle de bain pour gagner la chambre dans laquelle elle espérait trouver les valises des jeunes mariés qu'il lui faudrait défaire.

La sonnette de la porte d'entrée retentit dans tout l'appartement.

Se demandant de qui il pouvait s'agir puisque sa jeune maîtresse était partie il y a peu, elle alla ouvrir et fut surprise de découvrir Madame Edward, les yeux rougis, les mains tremblantes, son panier vide.

-Mon Dieu ! Madame ! Que s'est-il donc passé ? Vous a-t-on fait du mal ?

La voix de Sue était chaleureuse même si on pouvait deviner légèrement l'inquiétude qu'elle avait pour la jeune fille une fois qu'elle eut remarqué son chagrin.

Ce souci ressenti fut le déclic pour Bella qui se précipita dans les bras de sa gouvernante pour chercher du réconfort, comme elle avait l'habitude de le faire avec Nanou lorsqu'elle passait ses étés en Charente.

-Oh ! Sue ! Je n'avais rien pour payer les commissions.

Sue respira soulagée que cela ne soit que cela. Elle avait craint un moment le pire, et n'osait imaginer la réaction de son employeur si tel avait été le cas. Constatant que la jeune fille avait besoin de soutien, elle referma ses bras sur elle et la consola comme une mère ferait avec son enfant.

Pour l'apaiser, Sue la conduisit à la cuisine où elle fit réchauffer l'eau du thé et où elle lui fit ôter son chapeau et son trench-coat. La gouvernante ne pouvait s'empêcher que sa jeune maîtresse avait sur-réagi. Elle n'aurait jamais dû se mettre dans un tel état pour si peu.

-Je pensais que vous aviez de quoi payer, sinon je vous aurais donné l'argent des courses que Monsieur Edward me remet.

Sue lui désigna une boite en métal sur l'une des étagères de la cuisine.

-Je n'y ai pas pensé. Je n'ai jamais eu ni monnaie, ni billets en main. Je n'avais jamais fait les courses avant aujourd'hui, expliqua Bella en grimaçant. Ma mère ne l'aurait jamais voulu.

-Votre père ne vous a-il jamais ouvert de compte bancaire ?

-Non, je ne pense pas ou, si tel est le cas, je ne le sais pas. Je ne suis jamais allée dans une banque.

-Monsieur Edward était-il d'accord pour que vous vous occupiez des courses ? Questionna une Sue, un peu gênée, se réprimandant que savoir son épouse de sortie dans une épicerie n'aurait peut-être pas plu à son patron.

Elle pensait, à juste titre, que s'il avait agréé cette idée, il aurait donné de l'argent à sa femme pour régler ses achats.

-Oui, nous en avons parlé ce matin. Tant que j'en ai envie, il m'a dit me soutenir dans ma démarche.

-Il faudra que vous lui demandiez un moyen de paiement ce soir, suggéra Sue, soulagée par la réponse franche de Madame Edward. Il a certainement dû penser que vous aviez accès à un compte bancaire, à moins qu'il pensait vous en ouvrir un prochainement. Il me semble que vous êtes rentrés tard hier soir de votre séjour en Normandie, il n'a certainement pas eu le temps de s'en occuper.

-C'est possible, répondit Bella, légèrement réconfortée par le bon sens de Sue.

-Veuillez m'excuser Madame, je dois me retirer, la machine à laver le linge va entrer en essorage. Si vous voulez, nous irons ensuite ensemble faire les courses à l'épicerie.

-Je vous remercie ! Accepta la jeune fille. Puis-je venir voir la machine à laver le linge ?

-Si vous le désirez, répondit Sue, déconcertée par la réaction de sa patronne.

C'était bien la première fois que la femme du patron lui manifestait une telle lubie.

Sue gagna la salle de bains, suivie de près par Bella. Elle enclencha le programme essorage sur la machine après avoir mis le tuyau d'évacuation des eaux sales dans la baignoire. Puis elle tourna la manivelle, action qui permettait de vider l'eau devenue superflue de la machine à laver dans le but d'essorer le linge.

Bella la regardait faire avec admiration. Elle n'avait jamais vu de machine à laver le linge. Chez ses parents, sa mère mettait un point d'honneur à embaucher suffisamment de lingères pour que le linge de maison et les vêtements soient lavés et battus à la main, au lavoir.

Quel gain de temps c'était cette invention ! Elle était bien plus bruyante que le lavage à la main mais tellement plus pratique !

Lorsque toute l'eau se fut écoulée, Sue ouvrit le couvercle de la machine et sortit les vêtements de son patron. Elle les suspendit, l'un après l'autre, à l'aide de pinces à linge sur l'étendage qui se trouvait au-dessus de la baignoire.

Une fois sa tâche de Sue achevée, les deux femmes enfilèrent leur manteau puis sortirent de l'appartement, l'une d'entre elle chargée du panier, l'autre de l'argent des commissions.

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De retour à l'appartement, la plus jeune, heureuse, s'affaira à la cuisine pour tester le repas qu'elle comptait réaliser pour son mari le soir même pendant que la plus âgée s'occupait de défaire les valises des nouveaux mariés. Sue lança alors un nouveau programme de linge de couleur pour les vêtements de Madame Edward.

Vers midi et quart, alors qu'elles allaient toutes s'attabler, Sue avec la salade qu'elle avait préparée chez elle, Bella avec le repas test qu'elle comptait servir ce soir s'il était une réussite, le téléphone sonna dans le vestibule.

Les deux femmes se regardèrent l'une l'autre, se demandant mentalement laquelle devait aller répondre.

-Je ne sais pas si je dois... Bella était hésitante.

Chez ses parents, c'était toujours la gouvernante qui répondait avant de transmettre l'appel.

-Je m'en occupe, réagit Sue en se levant. Elle décrocha le combiné et répondit. Appartement de Monsieur et Madame Cullen ... Oh ! Bonjour Monsieur Edward ... Oui, nous avons fait connaissance... Bien entendu, je vous la passe, d'autant que je crois qu'elle souhaite vous demander quelque chose...

Bella entendait toute la conversation de la cuisine. C'était son époux qui appelait, et il voulait lui parler. Elle était heureuse. Longue était cette première séparation. Elle était ravie de pouvoir entendre sa voix de ténor.

Elle se leva et rejoignit le vestibule.

-Madame, c'est pour vous, lui confirma Sue en lui tendant le combiné. C'est votre mari.

-Merci Sue, répondit Bella en réceptionnant l'écouteur. Edward ?

-Bella ! Ma chérie ! Comment vas-tu ?

-Oh ! Edward ! Que je suis contente de t'entendre !

-Comment se déroule ta première matinée ? Commences-tu à prendre tes repaires dans l'appartement ? Est-ce que tout va bien avec Sue ?

-Oui, Sue est adorable. Elle m'explique plein de choses. Elle m'a montré comment fonctionnait la machine à laver le linge. Je te prépare aussi une surprise pour ce soir.

Edward sourit au téléphone. Connaître le fonctionnement d'un lave-linge ressemblait tant à un caprice de sa petite femme !

Toutefois, à long terme, il craignait qu'elle ne s'ennuie à rester à la maison, ne s'occupant que sa gestion, ne pratiquant pas d'activité intellectuelle. C'est un sujet qui lui tenait à cœur, qu'il espérait pouvoir aborder prochainement avec elle. Le jeune homme ne comprenait en effet toujours pas pourquoi Monsieur et Madame Swan avaient interdit à leur fille, si brillante, de s'inscrire à l'université dans une filière littéraire.

-Je te vois bien occupée, dis donc !

-Oui, la matinée a vite passé, approuva Bella, alors que ses joues rougirent de sa bêtise d'être partie à l'épicerie sans argent. Elle n'osait pas en parler à son époux maintenant, ne voulant pas l'ennuyer avec ces petites tracasseries domestiques alors qu'il était sur son lieu de travail. Et toi, comment s'est passée la reprise ?

-Bien, mes rendez-vous se sont enchainés très rapidement, je n'ai absolument pas eu le temps de souffler ce matin. Edward se rappela soudain que Sue avait évoqué une chose que Bella voulait lui demander. Bella, n'oublierais-tu pas quelque chose ?

-Oh ! Edward ! Cela peut attendre ton retour ce soir ! Il n'y a pas d'urgence !

-Bella, dis-moi ! Devant le silence de sa femme, il rajouta. Si tu ne me dis rien, je vais envisager le pire.

Bella souffla dans le combiné.

-Ce n'est pas vraiment important, c'est juste que ce matin, je suis allée à l'épicerie et …

-Et... ? L'encouragea son mari.

-Et je n'avais rien pour payer mes achats. J'ai dû remonter chez nous et Sue m'a donné l'argent que tu laisses dans une petite boite en métal pour les courses.

La mémoire d'Edward fit un saut vertigineux dans le passé, remontant au soir où il avait eu une discussion sérieuse et confidentielle avec Charlie Swan concernant la dot de sa fille. Lorsque le commissaire Swan avait évoqué le montant financier de cette dot, il n'avait jamais souligné le fait que Bella possédait déjà un compte bancaire. Le virement avait d'ailleurs était fait directement sur le compte d'Edward au lendemain de la cérémonie du mariage.

Edward siffla dans le téléphone, maugréant contre lui, il n'avait pas pensé au fait que Bella serait incapable de régler un achat quotidien, ni qu'elle serait intimidée de lui demander un moyen de paiement. L'argent donné par son père lui revenait avant tout à elle, et non pas seulement à lui ou à leur couple.

Edward était également furieux contre Monsieur Swan qui n'avait pas pris la peine d'ouvrir un compte bancaire à sa fille, qui n'avait pas fait l'effort de la rendre autonome, la laissant sous la dépendance entière de son époux.

Edward rageait !

Certes, une femme était toujours sous l'autorité de son père puis son mari, mais cela ne signifiait pas qu'elle soit incapable de se débrouiller au quotidien comme ce fut le cas de son épouse ce matin. Bella était si sensible. Edward imaginait déjà qu'elle avait dû paniquer.

Il ne comprenait vraiment pas le fait que Bella n'ait pas de compte bancaire en son nom propre. Même sa jeune cousine Kate, pourtant mineure, en avait déjà un. Elle pourrait l'utiliser dès sa majorité atteinte. Et son épouse n'avait rien alors que son père lui avait remis une partie de son héritage. Quelle bizarrerie de la part de la famille Swan !

-Oh ! Bella ! Que imbécile je fais ! Je suis désolé, je n'ai pas pensé à te faire ouvrir un compte bancaire. De toute façon, Edward savait qu'il n'aurait pas eu le droit de le faire avant la cérémonie civile. Je prends un rendez-vous à la banque pour demain, nous irons ensemble et nous ouvrirons un compte joint.

De toute façon, comme ils n'avaient pas signé de contrat pré-nuptial, Edward savait qu'avoir deux comptes à leurs deux noms différents leur compliquerait plus la tâche, sans pour autant être nécessaires. Un seul compte commun, sur lequel seraient regroupés la dot de Bella et l'argent gagné par Edward dans son étude d'avocat serait le plus simple pour gérer les ressources financières du jeune ménage.

-Merci Edward, répondit Bella d'une voix douce, même si elle n'était pas sûre d'avoir compris ce qu'était un compte joint.

-À ce soir, chérie ! Je pense être là vers 18 heures.

-Bon après-midi ! Je t'aime Edward !

-Moi aussi, chérie.

Bella raccrocha heureuse et rejoignit la cuisine pour déjeuner.

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L'après-midi fila à toute allure : pendant que Madame Clearwather amidonnait, repassait, pliait et rangeait le linge lavé le matin même, Bella défit ses cartons personnels, rangeant ses livres dans sa bibliothèque à côté de ceux d'Edward, déposant la lampe de chevet de son enfance sur sa table de nuit, égayant le salon par des coussins colorés qu'elle disposa de manière agréable sur le sofa et les fauteuils...

Puis elle s'attela à la préparation de son repas pour le diner -son test avait été réussi ce midi : une salade verte, du riz cantonné, un plateau de fromage et un gâteau à l'orange. Concentrée sur le glaçage de son dessert, elle fit à peine attention à Sue lorsque cette dernière lui annonça son départ vers 17h30, lui précisant qu'elle serait là mardi dès 9h.

Le téléphone sonna juste lorsqu'elle eut terminé de dresser la table. Sa belle-mère lui proposait de venir avec Edward pour le diner mercredi soir. Bella accepta l'invitation avec grand plaisir.

Quand elle raccrocha le téléphone, elle sentit deux mains ceinturer sa fine taille.

-Que... ? Oh ! Edward ! S'écria-t-elle surprise. Je ne t'ai pas entendu rentrer !

-Je vois cela... Murmura-t-il en la faisant pivoter dans ses bras pour pouvoir cueillir un baiser sur ses lèvres. Ta journée s'est-elle bien passée avec Sue ?

-Oui, elle est vraiment très gentille. Bella lui rendit son baiser en retour, humant le parfum si viril de son homme qui lui avait tant manqué.

-Que voulait Esmé ? Questionna-t-il en reprenant les lèvres de sa belle.

-Nous inviter pour le diner de mercredi soir, répondit Bella haletante, une fois qu'elle put reprendre son souffle.

-Quelle bonne idée ! As-tu accepté ?

-Oui, bien sûr !

Edward mena son épouse dans le salon, laissant ainsi vide le vestibule d'entrée. Lorsqu'il passa devant la cuisine, il ne put s'empêcher de remarquer :

-Hum ! Quelle bonne odeur ! Qu'as-tu donc préparé de bon pour le diner ?

-C'est une surprise... Rougit Bella. J'espère que cela te plaira...

-Je sens déjà que je vais me régaler, susurra Edward dans le creux de son oreille.

Il s'assit sur le canapé du salon et prit son épouse sur ses genoux, dans ses bras, pour profiter de quelques instants de ses beaux yeux chocolat, de la douceur de ses joues rosées, de la fraicheur de ses lèvres pulpeuses, de la chaleur de sa langue si délicieuse.

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Notes auteur :

Lorsque la fiction rejoint la vraie Histoire...

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+ Quelques précisions sur les femmes et leur compte bancaire :

1943 : l'épouse peut ouvrir un compte bancaire sans l'autorisation de son mari.

1965 : les maris français perdent leur droit de veto sur le travail de leurs épouses, qui peuvent avoir leur compte en banque.

La première loi, parue pendant la Seconde Guerre mondiale, est passée inaperçue dans la société française. De plus, pratiquement toutes les lois émises par le gouvernement de Vichy ont été supprimées par le Gouvernement Provisoire de la République Française en 1944. Dans l'après-guerre, il était donc encore courant que les femmes mariées doivent demander l'autorisation de leur mari pour ouvrir un compte bancaire.

Dans la fiction, nous sommes à l'automne 1958, la seconde loi n'existe pas encore. Monsieur Swan n'a pas ouvert de compte bancaire à sa fille, cette dernière se retrouve donc sans ressources et est entièrement à charge de son époux (et de son bon vouloir de lui ouvrir un compte bancaire ou non).

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+ Quelques précisions sur les premières machines à laver le linge.

J'imagine qu'en lisant cela, vous avez dû beaucoup rire ! Vous comprenez maintenant pourquoi il était d'usage courant que les familles bourgeoises aient du personnel pour s'occuper du linge.

J'imagine également que toutes mes lectrices ont dû bénir leur lave-linge moderne, qui fait tout (lavage, essorage, voir séchage pour certaines) une fois qu'il est lancé, après avoir simplement appuyé sur un petit bouton. Vive la modernité !

Il n'en a pas été de même pour nos ancêtres. Les premières machines étaient appelées lessiveuses datent du XIXe siècle et étaient de grandes marmites dans lesquelles on faisait bouillir le linge. Elles étaient d'un usage peu pratique, plutôt utilisées dans les milieux ouvriers où le linge était quotidiennement sali. Il n'était donc pas rare que nos grands-mères lavent le linge à la main au lavoir, au bassin, à la mare... ou dans tout autre point d'eau.

Ainsi, les femmes des petits villages dans lequel les habitants n'avaient pas l'eau courante (vivent les puits !), ont connu le lavage et battage du linge au lavoir jusque dans le milieu des années soixante. Le lavoir était alors un haut lieu de sociabilité féminine, où les femmes se rencontraient, échangeant potins et nouvelles...

Certaines mariées chanceuses reçoivent au début des années soixante-dix une machine à laver du type décrit dans la fiction (elles sont assez coûteuses à l'époque). J'ai donc peut-être fait un léger anachronisme puisque ma fiction se déroule en 1957.

Les machines à laver le linge automatiques telles que nous les connaissons aujourd'hui (lavage et essorage automatique) ont été crées aux États-Unis dans les années cinquante. Quelques premiers exemplaires sont arrivées dans les foyers français dans les années 1970, et ce modèle s'est largement diffusé dans la majorité des foyers français au début des années 1980. Il est le symbole de l'amélioration de la condition féminine, puisque le lavage et l'entretien du linge de maison et des habitants du foyer étaient deux tâches ménagères fatigantes car quotidiennes et surtout qui prenaient beaucoup de temps aux femmes.

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Chapitre publié le 26 avril 2012

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Prochain chapitre : Vivre à Deux (partie 3).

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Pour la publication du prochain chapitre, je préfère vous annoncer deux semaines d'attente. Comme cela, si je publie avant, ce sera encore une fois une surprise !

N'hésitez pas à me motiver pour j'écrive plus vite ! D'autant que le début du mois de mai est toujours très chargé professionnellement pour moi.

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Je vous remercie pour toutes vos nombreuses reviews sur le dernier chapitre. Elles me touchent toujours autant. Je sais que vous êtes nombreuses à attendre le retour de Renée Swan : vous serez exaucées au prochain chapitre.

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Portez-vous bien !

À bientôt ! AliLouane

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