Bonsoir !

Il est tard, mais je suis encore dans le temps puisque minuit n'a pas encore sonné !

J'espère que ce chapitre vous plaira, même s'il ne se transforme pas en pugilat, comme certaines lectrices l'espéraient d'après leurs reviews ! Je n'en dis pas plus et vous souhaite une belle lecture !


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Titre de la fiction : Sous X

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Enjoy !

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Chapitre XIX – Confrontation

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-Il faudrait pouvoir récupérer son dossier médical, il nous éclaircirait bien des aspects encore sombres, constata Carlisle. Outre l'aspect psychologique qui mène parfois le corps à répéter ce qu'il a vécu sans pour autant que l'esprit en soit conscient, peut-être même que son dossier nous expliquerait pourquoi elle a fait une fausse couche hier. Sais-tu dans quel hôpital parisien elle a accouché ? Demanda-t-il. Je pourrais voir avec un confrère pour l'obtenir.

-Elle n'a pas accouché à Paris, déclara Edward. Sa mère l'a éloignée de leurs connaissances pour ne pas qu'un scandale éclate. Elle a vécu à Bordeaux les derniers mois de sa grossesse. C'est là-bas qu'elle a accouché dans une clinique privée.

-À la clinique des Lilas ? S'exclamèrent conjointement Carlisle et Maggie.

-Euh... Bafouilla Edward un peu confus par leur étonnement respectif. Il me semble que c'est le nom qu'elle m'a donné... Mais pourquoi une telle stupéfaction ?

Le docteur Cullen et l'infirmière Maggie se regardèrent rapidement avant de se détourner l'un de l'autre pour observer l'un son fils, l'autre l'époux de sa patiente.

Devant leur silence, Esmé reprit la parole pour les pousser à révéler ce que le corps médical savait à ce sujet.

-Que se passe-t-il ? Que savez-vous à propos de cet endroit pour avoir réagi au même moment ?

-Edward, la clinique des Lilas est connue pour... Carlisle s'interrompit, se demandant s'il devait être direct ou pas face à son fils.

-Papa ? Que n'oses-tu pas me révéler ?

Constatant le silence du docteur Cullen, Maggie poursuivit :

-Dans le milieu médical, la clinique des Lilas est surtout connue pour son personnel soignant à la moralité plus ou moins douteuse et qui garde le silence sur leurs actes en échange d'une motivation pécuniaire. Elle hésita à son tour mais continua. Ils se sont spécialisés dans l'accouchement sous X des filles de bonne famille qui se sont mises dans une position délicate qui ne doit pas être connue par peur d'un scandale.

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-Un accouchement sous X ? souffla Edward, sidéré par la révélation de Maggie. Il eut subitement besoin de s'asseoir, ne tenant plus sur ses jambes. On lui aurait fait croire qu'elle avait accouché d'un enfant mort-né pour lui voler son bébé ? Bon Dieu ! Mais ce n'est pas possible ! Qui peut-être responsable d'une telle horreur ? S'emporta-t-il.

-Ce n'est pas légal de faire une telle chose ? Questionna Esmé s'asseyant aux côtés de son beau-fils dont la détresse faisait mal à voir.

-Non, on ne peut pas prendre l'enfant d'une femme sans son consentement... Avança doucement Maggie.

-Bella n'a pas évoqué cela, elle n'est au courant de rien. Pour elle, son enfant est mort lors de l'accouchement, l'interrompit Edward qui ne voulait pas que l'on doute encore de son épouse. Elle est suffisamment traumatisée ainsi, ce n'est pas la peine d'en rajouter.

-Pour un accouchement sous X, reprit Maggie faisant fi de l'intervention du jeune avocat, il faut soit le consentement de la mère, soit celui de son responsable légal si elle est encore mineure.

-Comment ont-ils pu faire cela ? Se lamenta Edward.

-Mon Dieu ! S'exclama Esmé outrée quand elle eut saisit toute la gravité de la situation.

-Non pas que je veuille les défendre, mais ses parents ont dû certainement pensé que c'était mieux pour leur fille de croire que l'enfant était mort plutôt qu'abandonné, qu'elle s'en relèverait plus vite, suggéra Carlisle. Il est clair qu'ils ont été dépassés par la situation et qu'ils n'ont pas forcément agi au mieux pour leur fille, même si c'est ce qu'ils ont pensé au départ.

-Et puis, ce n'est pas parce que cette clinique est connue pour sa pratique abusive de l'accouchement sous X qu'il a été pratiqué avec le premier enfant de Madame Cullen, précisa Maggie. Elle a peut-être réellement perdu l'enfant lors de l'accouchement.

-En effet, approuva Carlisle, ne faisons pas de conclusions hâtives tant que nous ne connaissons pas la vérité dans sa totalité.

-Que vais-je dire à Bella lorsqu'elle se réveillera ? Demanda Edward angoissé. Il se pinçait l'arête du nez toutes les trente secondes ne sachant comment agir au mieux pour son épouse. Je ne veux pas lui mentir ! Si son enfant n'est pas mort, elle est en droit de le savoir ! D'autant plus que quelque part ce sera pour elle un soulagement car elle aura ainsi la confirmation qu'elle n'a pas tué pas tous ses enfants... Malgré sa confession, elle culpabilise toujours à ce sujet-là.

-Pour l'instant, tu ne lui dis rien, lui conseilla son père. Il faut d'abord que nous ayons la confirmation du décès ou de l'abandon de son enfant. Carlisle réfléchit un moment. Par contre, j'ai bien peur que la clinique refuse de nous transmettre par courrier postal le dossier de Bella, surtout si on leur a bien graissé la patte.

-Il faudrait sans doute mieux se déplacer sur place, suggéra Maggie. Mais Bordeaux est loin de Paris, vous n'aurez pas les réponses que vous attendez dans les heures prochaines...

-Et bien dans ce cas, il faut aller à la source...

-Pardon ? Edward était interloqué.

-Esmé, je ne comprends pas ce que tu veux dire, commenta Carlisle.

-Si nous ne sommes pas en mesure d'apprendre les faits par le dossier médical, il faut aller là où se trouvent les réponses, à leur source... C'est-à-dire questionner les parents de Bella, précisa Esmé. Ils ne pourront plus se retrancher derrière l'honneur de leur fille pour garder le silence, puisqu'elle est désormais mariée.

-Bella ne semblait pas vraiment avoir envie de les voir tout à l'heure... La contrecarra Edward.

-Erreur ! L'interrompit sa belle-mère. Elle n'avait pas envie de voir sa mère. Elle a même dit que sa mère détestait les hôpitaux. À mon avis, la précédente grossesse y est pour beaucoup dans ce dégoût hospitalier.

-Ok, conclut Carlisle, je contacte les parents de Bella et leur annonce la fausse couche de leur fille et son hospitalisation. Je les préviens que nous les attendons à l'hôpital. Bella dort pour le moment, ils ne pourront pas la voir. Et si elle refuse de les voir, je pense pouvoir compter sur le soutien du docteur Laurent pour leur faire comprendre qu'elle est trop affaiblie pour recevoir des visites autre que celle de son époux, n'est-ce pas ?

Il se tourna vers Maggie pour avoir son avis.

-Aucun problème, docteur Cullen. Je le mets au courant, indiqua-t-elle. Et je vais faire mettre à votre disposition la salle de repos des infirmières. J'imagine que cette conversation ne sera pas simple et que ni votre famille, ni celle des Swan ne souhaiteront étaler leur vie privée aux yeux de tous dans un couloir sans âme.

-Je vous remercie beaucoup pour cette délicatesse, Maggie.

-Vous pouvez utiliser le téléphone du bureau des admissions, proposa-t-elle.

-Papa, je retourne auprès de Bella. Préviens-moi quand Monsieur et Madame Swan seront arrivés.

-Je viendrai te chercher, déclara Esmé d'une voix douce pendant que Carlisle se dirigeait vers le bureau des admissions pour téléphone.

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Le commissaire Swan et son épouse arrivèrent moins d'une demie heure après avoir reçu l'appel du docteur Cullen.

S'il était évident que les traits du commissaire trahissaient son inquiétude pour sa fille, ceux de Madame Swan étaient totalement hiératiques. Il était difficile de s'imaginer ce qu'elle pensait ou ressentait.

Alors qu'Esmé partit chercher Edward qui était toujours au chevet de Bella endormie, Maggie et le docteur Cullen guidèrent le couple Swan vers la salle de repos des infirmières.

Maggie se présenta alors qu'Edward et Esmé entraient à leur tout dans la pièce :

-Bonjour Madame, Monsieur. Je m'appelle Maggie et je suis infirmière de bloc dans cet hôpital. J'ai assisté le docteur Laurent lors de l'opération qu'a subie votre fille.

-Quelle opération ? Questionna immédiatement Charlie Swan, montrant ainsi ses réflexes et son flair de flic qui ne lui faisaient jamais faux bond. Je croyais qu'elle avait fait une fausse couche.

Il se tourna vers Carlisle, à qui il manifesta son incompréhension.

-Charlie, je n'ai pas voulu vous donner tous les détails par téléphone. Je préférais vous les donner de vive voix.

-Je vous en prie, asseyez-vous, proposa Maggie en désignant la table et les chaises qui l'entouraient. Monsieur Cullen et son père vont vous donner toutes les informations qui vous manquent.

Les Cullen et les Swan prirent tous place autour de la table qui servait habituellement pour le repas des infirmières de garde. Maggie s'assit en bout de table, afin de temporiser si besoin était, les réaction des deux familles.

-Cette nuit, Bella s'est réveillée, commença Edward. Elle souffrait atrocement de douleurs aiguës dans le bas ventre, et...

-Bella s'est toujours plainte facilement, attaqua Renée. Edward, il ne faut pas croire tout ce qu'elle raconte...

-Sauf que lorsque j'ai allumé notre lampe de chevet, nous avons tous deux remarqué qu'elle perdait du sang. Nos draps en étaient tâchés.

-Oh ! Mon Dieu ! S'exclama Renée, qui semblait désormais émue par la détresse de sa fille.

-Je l'ai conduite immédiatement aux Urgences, reprit Edward. Elle a été examinée par le docteur Laurent, qui a conclu que le fœtus avait été expulsé et que rien ne pouvait être fait pour empêcher la fausse couche.

-Mais pourquoi a-t-elle eu besoin d'une opération ? Relança Charlie Swan.

-Si le foetus avait été évacué naturellement, il restait des débris du sac gestationnel et du placenta, expliqua Maggie. Le médecin a donc dû pratiquer un curetage sur Madame Cullen afin d'éviter une possible hémorragie et/ou une infection intra-utérine.

-Comment se porte-t-elle maintenant ? Demanda Charlie.

-En ce moment, elle est en train de dormir, leur apprit Edward. Elle est épuisée entre la fausse couche, l'opération, et ce matin à son réveil elle a fait une grave crise de nerfs, refusant d'accepter la réalité.

-Mais elle va bien ? Redemanda Charlie en se tournant vers l'infirmière.

-Oui, elle se repose, elle récupère des forces. Son second réveil s'est mieux passé.

-Quand sortira-t-elle de l'hôpital ? Intervint Renée.

-Dans deux jours si elle se remet bien, trois si le médecin la trouve encore affaiblie, résuma Carlisle.

-Pourra-t-elle ravoir des enfants ? Demanda à nouveau Renée. Sa question fit sursauter tout le monde autour de la table. Elle donnait l'impression que la santé de sa fille passait après le fait qu'elle puisse enfanter ou non. Quoi ? Reprit Renée qui ne comprenait pas leur réaction. Elle va rester stérile, c'est cela que vous n'osez pas nous dire ?

-Non, le médecin n'a pas évoqué ce fait, répliqua Carlisle voyant que son fils était trop ahuri pour se donner la peine de lui répondre. Le docteur Laurent a affirmé qu'une fois reposée et remise de cet accident, Bella serait tout à fait capable de procréer à nouveau. Il faut juste lui laisser quelques mois pour se remettre d'aplomb.

-Bien, bien, apprécia Madame Swan. Elle pourra à nouveau être enceinte le mois proch...

-Madame Swan, la coupa froidement Carlisle alors qu'Esmé soupirait de voir une attitude si désinvolte chez cette mère qu'elle considérait désormais comme indigne, je pense que cette question regarde le jeune couple que votre fille forme avec mon fils. En aucun cas, elle ne nous concerne.

-Si tel est le cas, pourquoi nous avoir fait venir aussi vite ? Riposta-t-elle. Nous n'avons aucune décision médicale à prendre qui justifiait notre présence immédiate.

-De toute façon, si cela avait été le cas, c'est Edward qui aurait tranché et choisi la solution la plus adéquate pour son épouse, rétorqua le docteur Cullen, outré par le comportement de la mère de Bella.

-Renée, tenta de la calmer Charlie, nous sommes ses parents, c'est normal qu'ils nous aient prévenu. Bella aura besoin de notre soutien autant que du leur.

-Pour l'instant, elle dort, déclara Renée. Je ne vois pas trop ce que nous pourrions faire pour elle. Tu sais combien je déteste les hôpitaux, se plaignit-elle.

-Si votre présence nous sera utile, avança lentement Edward. Vous pourriez nous raconter ce qu'il s'est passé avant...

-Avant quoi ? Se braqua immédiatement Renée en lui coupant la parole. Sa voix avait résonné de manière sèche et glaciale.

Même si l'un des membres de la famille Cullen avait douté de la véracité des dires de Bella, par cette réponse tendue et fulgurante, Madame Swan venait de confirmer qu'il existait bel et bien un secret dans le passé de sa fille, secret qu'elle continuait de nier.

-Lorsque Bella a eu sa crise de nerfs, poursuivit son époux, elle a eu des paroles incohérentes certes, mais certaines étaient pour le moins étonnantes.

Pour la première fois de sa vie, Charlie Swan, qui était connu de tout Paris comme étant le commissaire qui avait le plus de répartie, restait muet. Il se demandait s'il était préférable de révéler à la nouvelle famille de sa fille la vérité alors que Renée Swan grinçait des dents, à la recherche de tout mensonge qui lui permettrait d'épargner sa fille pour sauvegarder sa réputation et sa dignité.

Constatant le silence des parents de sa femme, Edward reprit :

-Bella a évoqué le fait qu'elle... Ce ne sont pas des propos faciles à entendre, les prévint-il. Elle a dit qu'elle tuait tous ses enfants...

-Non ! Claqua la voix de Renée Swan.

-C'est pour cette raison que nous avons pensé qu'elle avait déjà eu un enfant qu'elle avait perdu, expliqua Esmé d'une voix douce et calme, ignorant l'intervention de Madame Swan.

-Non ! Ma fille n'a jamais eu d'autres enfants que celui qu'elle vient de perdre, répéta Renée.

-Lors de l'opération, le docteur Laurent a relevé les signes d'une précédente grossesse, soutint Maggie. Il a même supposé que Madame Cullen avait déjà avorté illégalement.

-Non ! Non ! Non ! S'entêta Renée. Je connais ma fille ! Elle n'a jamais été enceinte, si ce n'est cette fois-ci. Comment aurait-elle pu puisqu'elle n'était pas mariée ?

Edward et ses parents restaient cois devant de tels mensonges.

-Madame, sans vouloir vous offenser, il n'est pas nécessaire d'être mariée pour enfanter, la contrecarra Maggie. Il serait préférable que vous nous racontiez ce dont vous êtes au courant si vous souhaitez que votre fille aille mieux...

-Ma fille se porte bien ! S'écria une Renée rougie et furieuse. Elle a simplement fait une fausse couche, comme cela peut arriver à tant de femmes. Elle prit à partie son gendre. De toute façon, son époux peut confirmer l'innocence et la vertu de ma fille. Si tel n'avait pas été le cas, croyez-vous qu'il resterait marié avec elle ? N'aurait-il pas déjà demandé le divorce ?

Interpellé par sa belle-mère, Edward retrouva la parole.

-Bella m'a raconté...

-Un tissu de mensonges, j'imagine !

-Non, Bella m'a raconté ce qui s'était passé avec Démétri...

-Charlie, viens ! Nous partons !

Madame Swan se leva vivement de son siège et se dirigea vers la porte de la pièce.

-Renée, attends, je pense qu'il serait bon de les écout...

-Reste si tu le souhaites ! Personnellement, je préfère partir que les écouter salir l'honneur de ma fille. Je t'attends à l'entrée puisque j'imagine que quoique je fasse ou je dise, je n'aurai pas le droit de voir ma fille ici.

Elle quitta la pièce d'un pas précipité, sans attendre la réponse de son époux.

-Devons-nous interpréter ce départ soudain comme un aveu ? Questionna sans acrimonie Maggie, ne voulant pas que Monsieur Swan se sente jugé aux yeux de tous.

-Je pense qu'il serait bon que nous mettions cartes sur table, proposa Charlie d'un ton clair et déterminé, qu'il utilisait d'habitude lorsqu'il chargeait ses subalternes de missions périlleuses et importantes. Je tiens néanmoins à à exiger de votre part que ce qui sera dit ici ne sortira pas de cette pièce, ni que cela nuira à ma fille.

Edward acquiesça rapidement, promettant ainsi le silence sur les révélations que Charlie allait leur apporter. Il fut également approuvé par le docteur Cullen, son épouse et Maggie.

-Nous vous écoutons, Charlie, l'encouragea Carlisle.

-L'an passé, commença-t-il lentement, Bella s'est retrouvée dans une situation délicate qui nous a surpris ma femme et moi, mais qui nous a surtout choqués. Nous n'étions vraiment pas préparés à cela. Pas du tout ! Il se tut un long moment avant de reprendre. J'imagine bien qu'aucun parent ne peut l'être, soupira-t-il empêchant Esmé d'intervenir d'un regard. Toutefois, c'était encore plus inattendu et bouleversant pour nous, puisque nous n'aurions jamais envisagé cela de la part de notre fille, dont la conduite jusqu'alors avait été toujours irréprochable et plutôt digne des petites filles modèles.

-Quelle que fut votre stupeur, la principale victime dans cette histoire est avant tout votre fille, rappela Edward, qui savait oh combien sa femme avait été manipulée par un jeune homme charmeur et sans vergogne.

-Certes, accepta Charlie d'un ton condescendant, c'est pour cela que Renée et moi avons voulu tout faire pour la protéger d'un scandale qui, s'il avait éclaté, aurait entaché sa réputation pour toujours. Après un nouveau court instant de silence, Charlie reprit ses explications. Nous avons tout fait pour agir au mieux pour elle. Nous avons d'abord pensé l'envoyer en Suisse pour … résoudre le problème -il se refusait à employer le terme honni d'avortement- mais c'était trop tard. Il poursuivit sa tirade tout en pesant chacun de ses mots. Les Cullen et Maggie avaient bien noté que jamais le commissaire Swan n'employait les mots « grossesse » ou « nourrisson ». Nous avons alors trouvé une clinique discrète à Bordeaux qui l'accueillerait pour « le moment-clé ». Renée et Bella ont donc quitté Paris, avec comme prétexte la santé altérée de Renée qui avait besoin de calme et de soleil. La rumeur a donc circulé que ma femme et ma fille étaient parties en Espagne pour quelques mois, et personne n'a jamais soupçonné quoique ce soit d'immoral à propos de Bella. Nous l'avons ainsi protégée contre les médisances et commérages de la bonne société parisienne.

-Comment se fait-il que votre épouse refuse d'en parler ? Voir même d'y songer ? Questionna Esmé curieuse de comprendre la réaction de Renée.

-Renée a tellement été choquée par cette affreuse nouvelle. Elle s'est aussi culpabilisée de n'avoir pas pu se rendre en Charente comme cela était initialement prévu, déclara Charlie. Il essayait de justifier la conduite de son épouse. De plus, elle a tout fait pour étouffer cet état de fait que je pense qu'elle en est venue à le nier totalement, comme si cette situation délicate et scandaleuse n'avait jamais existé pour notre fille, si ce n'est dans son imagination. Cela explique pourquoi elle a insisté auprès de Bella pour qu'elle garde le silence à ce sujet-là, qu'elle ne le révèle jamais. Elle a pensé, et avec mon soutien, que ce serait le mieux pour notre fille.

-Croyez-vous réellement que voler son bébé à votre fille en lui faisant croire qu'il était mort était le mieux pour votre fille ? Demanda froidement Edward.

-Je vous demande pardon ? Charlie était autant ébahi par le ton de son gendre que par le sous-entendu de sa question.

-Je pense que vous avez bien entendu et compris ma question.

-Je n'en suis pas sûr ! Le contrecarra-t-il d'un ton dur et méfiant. S'il est certain que nous aurions proposé à Bella de faire adopter son enfant par un couple marié qui serait amène matériellement et moralement parlant de s'en occuper, comment pouvez-vous supposer de tels actes ? Bella a mis au monde un enfant mort-né.

-En êtes-vous certain ?

-Tout à fait, affirma-t-il d'un ton franc, et je ne vous permets pas de douter de cela. Si j'avais pu éviter à ma petite fille de vivre une telle souffrance, croyez-moi, je la lui aurai épargnée.

Edward ne pouvait faire autrement que de faire confiance à Charlie Swan. Tout en lui respirait la vérité : la tonalité de sa voix comme son regard brun chaleureux qui ressemblait tant à celui de celle qu'il aimait. Le chef Swan n'avait pas bafouillé, ni ne semblait chercher à dissimuler quoique que ce soit.

Pourtant, le jeune homme semblait certain qu'il y avait encore une incohérence dans le passé de sa femme. Il ne pouvait pas mettre le doigt dessus, mais un élément le troublait encore. Si Carlisle et Esmé adhéraient aux propos du commissaire, Maggie restait quant à elle sur ses gardes. Alors que le docteur Cullen reprenait la parole, elle ne put s'empêcher de jeter un coup d'oeil au mari de sa patiente, le seul qui possédait encore des doutes.

-Je vous remercie de nous avoir raconter toute la vérité, Charlie. Pensez-vous qu'il soit possible de faire transférer le dossier médical de votre fille afin de comprendre la raison du décès de l'enfant de Bella ?

-Hum... Je n'y connais pas grand chose en transfert de dossier médical, Carlisle, avoua Charlie. Vous devez être plus informés que moi sur la procédure. Si vous avez besoin de ma signature puisqu'à l'époque Bella était sous mon autorité, je vous signe une lettre immédiatement. Charlie tirailla sa moustache, un geste qui chez lui montrait une hésitation sur ce qu'il souhaitait dire. Pourquoi avoir pensé que nous avions construit cet horrible scénario qui consistait à dissimuler la vérité à Bella, lui faire croire que son enfant était mort pour le faire adopter ?

La famille Cullen resta stupéfaite mais aussi muette devant la question osée du chef Swan.

Ce dernier n'était pas un lâche. Il avait été attaqué violemment par son gendre sur sa prétendue hypocrisie envers sa fille. Il voulait comprendre pourquoi Edward avait été capable d'inventer une telle théorie, il voulait comprendre quels étaient ses arguments et ses motivations.

Le jeune avocat restait silencieux par peur de relancer les hostilités. Il culpabilisait d'avoir douté si fortement de Charlie Swan, un homme qu'il estimait dans le cadre professionnel. Il se rappelait les propos de Bella concernant son père : elle l'aimait, elle était en admiration devant lui, il ne l'avait jamais fait souffrir, ni battue.

L'infirmière Maggie reprit alors la parole, espérant ainsi que la situation ne dégénère pas entre les deux familles.

-Nous avons pensé à cette hypothèse car la clinique des Lilas est connue dans le monde médical pour sa pratique des accouchements sous X. Si la patte de certains docteurs, sages-femmes et infirmières est suffisamment graissée, ils garderont le silence, quitte à répandre une fausse rumeur, et feront même disparaître le dossier médicale de la patiente afin qu'aucune trace ne subsiste. Comprenez-vous pourquoi nous avons douté de la véracité de vos propos ?

-C'était une théorie abracadabrante, nous nous en excusons, parla Carlisle au nom de tous.

-Nous voulions simplement que Bella connaisse la vérité pour qu'elle se sente mieux, continua Esmé, pour qu'elle puisse avancer dans sa vie aux côtés d'Edward...

Charlie Swan restait inattentif aux excuses de la belle-famille de sa fille. Son regard était dans le vide, sans être fixé sur quoique ce soir. Il donnait l'air de réfléchir de manière si intense qu'il en oubliait tout autour de lui, y compris la présence des quatre autres personnes dans la pièce.

-Charlie ? L'appela Carlisle constatant son air absent.

Le docteur Cullen craignait d'avoir vexé son ami en insinuant de telles idées.

-Sont-ils versés en liquide ?

-Pardon ? Carlisle ne comprenait pas où voulait en venir le commissaire Swan.

Il se demandait si son ami n'était pas en train de perdre le Nord.

-Les pots de vin donnés au personnel médical de la clinique sont-ils versés en argent liquide ? Demanda le commissaire d'un ton implacable comme s'il était en mode interrogatoire d'un criminel.

-Euh... Je ne sais pas, commenta Carlisle. On ne m'en a jamais proposé et de toute façon, je n'en aurai jamais accepté. Mais j'imagine que cela doit être le cas pour qu'il n'y ait pas de mouvement sur les comptes bancaires. Le docteur Cullen rajouta. De toute façon, c'est vous le commissaire, vous devriez savoir comment cela fonctionne mieux que moi...

-C'est effectivement l'usage dans la mafia et les milieux troubles... Je me demandais si c'était également le cas dans le milieu médical... Je me souviens que Renée a retiré de nombreuses sommes d'argent en espèces le mois précédent l'hospitalisation de Bella.

-Quoi ? Edward était sorti de sa léthargie.

Finalement, il n'avait peut-être pas eu tort de soupçonner les parents de Bella, mais il aurait dû concentrer sa colère et son ressentiment contre Renée Swan uniquement.

-Je sais que tout ce que mon épouse a pu faire, elle l'a réalisé en pensant agir au mieux pour notre fille, avança le chef Swan fermement convaincu de ses dires. C'est pour cela que j'ai réellement peine à croire au fait qu'elle ait monté cet horrible scénario toute seule, sans m'en parler au préalable.

-Mais elle aurait pu agir ainsi ? Questionna doucement le docteur Cullen.

-Je ne sais pas, avoua Charlie en passant une main dans ses cheveux. D'un côté, je ne pense pas car elle m'en aurait parlé. Nous communiquons beaucoup tous les deux. Mais, de l'autre, si elle était intimement persuadé que cela serait bénéfique pour notre fille, pour sauvegarder sa réputation, elle était tout à fait capable de procéder ainsi.

-Peut-être pourriez-vous le lui demander ? Suggéra Esmé pragmatique. Elle ne voulait pas parler devant nous tout à l'heure, mais ce soir, chez vous dans un face à face, elle se livrera certainement davantage.

-Je ne pense pas, la contredit Charlie. Je connais bien mon épouse et tout à l'heure, elle s'est sentie accusée et accablée de reproches alors qu'elle reste persuadée qu'elle a agi au mieux pour notre fille. Elle ne me confiera rien sur ce qui s'est réellement passé ce soir... Ou alors cela prendra du temps, beaucoup de temps, insista-t-il, car Renée peut être aussi têtue pour protéger sa fille que moi pour interroger un criminel et le faire avouer.

-Et elle restera campée sur ses positions encore plus fermement, rajouta Maggie qui avait bien cerné le comportement de Madame Swan entre ce qu'elle avait pu observer d'elle et les réponses de son époux, car son esprit nie les faits précédents. Il est en effet convaincu que Bella n'a jamais été enceinte avant son mariage, tant cela aurait été indécent pour la moral, tant cela aurait ruiné sa réputation de jeune fille bien rangée. Madame Swan croit avoir agi comme toute mère normale en se contentant d'étouffer l'affaire. Elle ne voit pas que sa fille en a souffert et qu'elle en souffre encore.

-Quelle perspicacité, Maggie ! Constata le docteur Cullen. Vous devriez vous présenter à l'examen pour devenir psychologue.

-Vous savez, docteur Cullen, j'ai malheureusement vu tant de jeunes filles souffrir des conséquences d'un avortement ou d'un accouchement sous X. Elles avaient été forcées par leur famille afin de sauvegarder les apparences mondaines. C'est pour cela que je pense avoir pratiquement connu toutes les réactions potentielles que ces jeunes victimes pouvaient avoir, relativisa-t-elle en haussant les épaules, le compliment du docteur Cullen ayant mis mal à l'aise sa modestie et son dévouement inaltérable envers ses patientes. Dans tous ces cas de figure, il y a toujours une constante qui revient : la famille bourgeoise qui a persuadé la jeune fille compromise d'avorter ou de faire adopter son enfant est convaincue qu'elle agit au mieux pour leur fille, et il m'est impossible de la faire changer d'avis. Elle rajouta alors, envisageant toutes les hypothèses qu'elle avait croisées. Parfois, c'est effectivement le cas, car cette jeune fille immature n'aurait pas été en mesure d'élever l'enfant né d'une relation éphémère ou forcée. Parfois, comme cela m'a l'air d'être le cas de Madame Cullen, c'est loin d'être le cas... La jeune patiente en souffre davantage au point de compromettre ses grossesses ultérieures... Pour s'en relever, elle a besoin de connaître la vérité et de suivre une thérapie.

-Ma fille n'est pas folle, la coupa Charlie par un grognement.

-Je n'ai jamais prétendu cela, reprit l'infirmière.

-Ce que Maggie veut dire, intervint Carlisle pour éviter toute discorde, c'est que du fait de cette grossesse qu'elle a dû dissimuler aux yeux de tous, du fait qu'on lui a interdit d'en parler à quiconque, Bella est désormais fragile sur le plan émotionnel, notamment dans tout ce qui a trait aux nourrissons et à une potentielle future grossesse. Voilà pourquoi Maggie proposait qu'elle soit suivi par un psychologue. Cela pourrait l'aider à surmonter ses peurs et ses peines. De toute façon, c'est une décision qui reviendra à Bella et à Edward. Nous ne la prendrons pas pour eux.

Edward remercia d'un regard chaleureux son père tout en se promettant d'aborder l'idée d'une thérapie avec son épouse lorsqu'elle serait réveillée. Puis, il reprit doucement la parole pour faire le bilan de tout ce qui avait été dit dans cette pièce.

-Pour l'instant, si nous voulons que ma femme aille mieux, l'essentiel est que nous découvrions rapidement la vérité au sujet du séjour de Bella dans cette fameuse clinique.

Tous approuvèrent les dires d'Edward.

-C'est pour cela que je compte prendre le premier train pour Bordeaux, demain matin, rajouta Carlisle. Nous obtiendrons des résultats plus rapides et plus sûrs si je vais mener mon enquête là-bas.

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Chapitre publié le 21 octobre 2012

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Prochain chapitre : Enquête.

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Pour la publication du prochain chapitre : comptez environ une dizaine de jours... !

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Réponses aux anonymes :

Anges0112 : Merci pour ta review. J'ai bien conscience que la réaction de Renée a pu être excessivement violente, mais malheureusement c'est un exemple parmi tant d'autre de réaction de mère choquée et déçue découvrant que leur fille était enceinte sans être mariée. Dans les années cinquante-soixante, être mère sans être mariée était une humiliation pour certaines familles, d'où des réactions excessives... et certes condamnables (mais malheureusement pas à l'époque). Pour savoir si l'enfant est mort ou pas, en fait, je te dirai que la réponse est dans le titre de la fiction. J'espère que ce nouveau chapitre t'a plu. À bientôt !

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À vos claviers !

Tous les avis, même les plus courts, sont les bienvenus et sont un moteur d'encouragement pour la suite !

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Portez-vous bien !

À bientôt ! AliLouane

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