J'aurais probablement dû faire ça dès le début, mais bon. Vous avez dû comprendre à présent. Quand même, je le fais : Avertissement pour violence et sang et mort.

Pour le rythme au niveau des chapitres, j'écris quand j'ai le temps et je poste dès que j'ai fini une partie, donc ce ne sera pas du tout régulier.

Quelques autres notes en bas de chapitre. Oh, et bonne lecture. (J'espère.)


3. Des relations


Certaines nuits, quand elle pouvait encore sentir les douleurs fantômes des hématomes que la magie restauratrice de Cora avait effacés, quand elle se sentait submergée par ce sentiment de honte de ne pas être assez, quand elle priait en silence et en vain que son père vienne la prendre dans ses bras, Regina avait pris l'habitude de se blottir dans un coin de sa chambre, une poupée en chiffon bien serrée dans ses bras.

De son coin, la petite Regina avait une vue d'ensemble de la pièce. La porte close, par laquelle sa mère aurait pu entrer (en réalité, les soirs comme celui-ci, personne n'entrait jamais dans la chambre de l'enfant). La fenêtre, par laquelle elle pouvait voir les étoiles auprès desquelles elle avait si souvent prié (mais les fées n'aimaient pas les petites filles qui ne savaient pas se comporter en Lady). Le miroir, trop grand, trop menaçant, qui lui renvoyait sans arrêt l'image de cette enfant qui ne savait même pas être une bonne fille (pourtant elle essayait, elle essayait tellement).

Elle pouvait voir aussi les ombres sous son lit, derrière les rideaux, vers le placard, ces ténèbres si souvent sources d'une angoisse profonde qu'elle ne pouvait -et ne pourrait- jamais avouer à quiconque (une dame n'avait aucune crainte et ne dérangeait pas autrui avec des sentiments inutiles).

Ces nuits-là, la terreur et le malaise ne laissaient aucun répit à la petite fille qui se montrait incapable de s'endormir. Incapable de tout à fait se sentir à sa place dans cette grande demeure de laquelle ses parents s'absentaient souvent, incapable de se sentir rassurée même si son père lui avait dit que tout allait bien et que sa mère lui avait murmuré ne vouloir que son bien en caressant ses cheveux et en soignant ses contusions.

Alors elle se blottissait dans le coin, contre les murs, la poupée qu'elle cachait à Cora du mieux qu'elle le pouvait serrée contre son ventre. (Ingrid la lui avait donnée, juste avant qu'elle arrête de lui parler ou même de la regarder, parce qu'Ingrid était toujours là, mais elle n'était plus vraiment Ingrid.)

Sur ses joues pâles, les larmes coulaient en silence (parce que les dames ne pleuraient pas) tandis qu'elle se demandait ce qui n'allait pas chez elle, pourquoi elle était incapable d'être la fille que sa mère aurait tellement aimée.

Et puis elle essayait aussi, essayait d'ignorer ces petits picotements parcourant sa peau, laissés là par la magie étouffante de sa mère, celle qui l'emprisonnait et la serrait quand elle la décevait, et l'autre qui effaçait les traces à la fin de la journée mais qui laissait toujours cette impression glacée dans son cœur. Et avant tout, elle essayait d'ignorer ce bruit, ce son menaçant avec lequel elle avait grandi, qui avait toujours été là mais qui ne semblait déranger qu'elle, toujours, qui résonnait partout dans la maison, comme un bruit de fond, qui bourdonnait dans ses oreilles et serrait son estomac dès qu'elle y prêtait attention.

Zoump zoump. Zoump zoump. Zoump zoump.

Ce bruit, c'était Ingrid, qui l'avait serrée contre elle lorsqu'elle l'avait trouvée en pleurs dans le cellier et qui lui avait donné une poupée.

C'était le vieux Oswald, qui n'avait pas su prévenir assez vite Cora qu'un émissaire du duc de Kenswick était arrivé et qui ne souriait plus ce si grand sourire plein de soleil lorsqu'il croisait Regina.

C'était Lynn aussi. Lynn, la cuisinière, cette dame que Regina avait tant aimée, qui ne lui avait jamais crié dessus quand elle était venue dans les cuisines pour l'observer travailler, qui l'avait laissée goûter tous ses plats et qui avait écouté son avis, qui lui avait appris à faire une tarte et qui avait passé des heures à lui raconter des histoires en travaillant quand la petite s'était montrée dans la cuisine, le visage un peu trop blanc, pour s'asseoir dans un coin et ne plus bouger jusqu'à ce qu'Henry la trouve.

C'était eux, et c'était bien d'autres, parce que Cora avait montré à Regina sa salle magique, et que le bruit là-bas était presque insoutenable, et qu'il y avait des murs entiers de boites. Quand Regina s'était figée avec terreur au milieu de la descente, sa mère s'était mise en colère contre elle, l'avait remontée et lui avait dit qu'elle était faible et qu'elle devait grandir et se comporter comme la princesse qu'elle aurait dû être.

Mais Regina avait à peine écouté, parce que…

Zoump zoump. Zoump zoump. Zoump zoump.

Elle se demandait si sa mère pouvait les entendre. Si son père les entendait.

Ingrid, Oswald et Lynn ne souriaient plus, ne la regardaient plus, ne lui parlaient plus. Comme le reste de leur personnel, ils étaient efficaces et silencieux. Parfois, Regina aurait voulu les serrer dans ses bras tellement elle se sentait triste pour eux, le cœur lourd, le ventre noué, parce que c'était de sa faute, n'est-ce pas ? Et parfois, leur simple mention lui donnait envie de crier (elle ne savait pas quoi ni à qui, par contre).

La plupart du temps, elle se contentait de les éviter, de ne surtout pas les regarder.

Mais elle ne pouvait rien faire contre le bruit qui résonnait jusque dans son estomac. Comme elle ne pouvait rien faire contre ses larmes qui confirmaient qu'elle n'était pas une bonne fille ni une dame.

Alors elle pleurait en silence, seule, dans un coin, fermait très fort les yeux et plaquait ses mains contre ses oreilles.

Ça ne servait à rien, pourtant.

Elle continuait à les entendre.

O

C'était une habitude de l'enfance qu'elle n'avait jamais tout à fait su enrayer, et Regina se maudissait mais elle ne parvenait pas à faire autrement.

Elle se sentait ridicule, ainsi assise dans un coin de sa chambre, habillée d'un short et d'un débardeur de pyjama dans lesquels seul un petit Henry l'avait déjà vue.

Elle n'était plus une petite fille. Et pourtant, étrangement, elle se sentait un peu plus au contrôle avec un mur dans son dos et contre son côté, avec une bonne vision des différentes entrées de la pièce et des coins sombres. Cela faisait bien longtemps qu'elle n'avait plus pensé à son enfance. Elle préférait généralement l'ignorer, ignorer ce qui en découlait, ignorer ce qu'elle était incapable de reconnaître.

Il restait qu'elle se sentait un peu plus en sécurité prostrée dans un coin de sa chambre dans le noir, même si la maison était totalement silencieuse. Et bien sûr qu'elle l'était, cela faisait des mois que rien ne venait plus troubler le silence de la demeure. Avant même la venue d'Emma Swan, Henry n'avait presque plus fait de bruit, avait passé le moins de temps possible chez eux et moins encore en sa compagnie.

Et dans le silence, avec chacun de ses pas qui résonnaient, malgré l'absence du chant des cœurs, cette maison ressemblait un peu trop à celle de son enfance et à ce château trop souvent vides.

Il semblerait que Regina était tout simplement destinée à être seule.

Son réveil indiqua 2H57. Mais elle ne voulait pas dormir, en était incapable. Toutes ses nuits étaient hantées par ces horribles cauchemars, ces visions terribles, et elle était épuisée d'essayer de les étouffer, de combattre son esprit malade.

L'état dans lequel ils la plongeaient, entre terreur, confusion et douleur, était simplement pathétique.

Deux jours auparavant, Storybrooke avait comme chaque mois fait des essais d'alerte à la sirène. Pendant un instant, elle avait été replongée dans ses rêves, incapable d'en sortir. Ils avaient toujours l'air si réels.

Elle sentait encore les cendres s'accrocher à sa peau. Le sang sur ses mains. Le goût de la magie impressionnante qu'elle déployait pour aider ou combattre. Le vide en elle, dans ses émotions, dans son cœur.

Elle baissa les yeux sur ses mains, s'attendit presque à y voir les cicatrices, mais sa peau ne portait aucun défaut. Pourtant, elle pouvait se souvenir de la douleur lorsque les coupe-papiers tranchants avaient été plantés à travers ses paumes jusqu'au sol de son bureau à la Mairie. La même chose avait été faite à ses chevilles.

Mais il n'y avait rien. Rien, sauf ses rêves et son imagination macabre.

Dans ce cauchemar, elle s'était réveillée dans un lit, fiévreuse, sous terre, au chaud. Ses blessures avaient été soignées par la magie mais elle restait affaiblie par la perte de sang. Et Emma s'était excusée de ne rien avoir pu faire pour les cicatrices.

Emma, qui l'avait regardée avec des yeux sombres, la voix tremblante d'une peur encore trop vive et d'une rage qu'elle tentait toujours en vain de garder pour elle. Qui avait été là, assise près d'elle, éreintée, anxieuse, qui avait tendu la main vers elle pour caresser son front, légèrement, tendrement, et l'inciter à se rendormir.

Regina ne voulait pas s'endormir.

3H02.

Elle savait qu'aucun monstre né de cendres n'allait soudain surgir pour massacrer les habitants de Storybrooke. Des créatures issues de l'imagination sans limite d'un sorcier sans pitié.

Mais il y avait cette petite part en elle, cette petite part qui n'était plus tout à fait à elle, qui l'incitait à rester éveillée, à craindre, à se méfier.

Il faisait nuit. C'était une bonne chose.

La plupart du temps, dans les cauchemars, il faisait jour. Sauf celui de cette nuit-là, du tout début de la guerre, qui avait précédé le jour où le temps s'était figé dans une seconde sans fin. Alors la nuit, Regina se sentait un peu mieux. Elle était même soulagée de voir le soleil se coucher chaque jour. Ça ne voulait pas dire qu'elle était prête à dormir pour autant.

Il faisait froid dans la maison.

Tout était silencieux.

Elle était seule. Elle ne s'endormit pas.

Mais à quelques rues au sud, quelqu'un d'autre rêvait.

O

« Emma, il faut que tu manges quelque chose. »

« Ça va. »

Mary-Margaret soupira et s'assit près de sa fille, sur un arbre tombé, au milieu des bois, près d'une des entrées du souterrain où leur groupe vivait depuis quelques semaines.

« Est-ce que tu dors bien ? »

« Génial. »

« Emma, ne me repousse pas. »

L'autre femme resta silencieuse, les yeux fixés droit devant elle, le visage dur. Elle était pâle, éreintée sans doute, et comment en aurait-il pu être autrement ?

« Je suis désolée pour Neal. »

Un haussement d'épaules.

« Même si vous étiez séparés depuis deux ans, je sais qu'il restait ton meilleur ami. Emma, personne n'aurait pu deviner qu'il découvrirait leur cachette. »

« Est-ce que tu peux juste… me laisser ? »

« Non. Tu sais bien que non. »

« C'était Neal. Neal ! Et il est mort ! » Elle se leva, fit les cent pas, braqua un regard sombre et tourmenté vers Mary-Margaret qui sentit son cœur tomber en miettes. « Je ne sais même pas pourquoi je suis surprise ! » s'exclama Emma avec un petit rire terrible. « Il n'a montré aucune pitié jusque-là ! Je veux dire… combien de personnes sont déjà mortes ? Même les enfants ! »

« Emma… »

Sa fille braqua un doigt vers elle, une menace, une prière.

« Non, je ne veux pas en parler. »

« Plus personne ne le mentionne plus depuis trop longtemps, on évite même de dire son prénom, mais il faut l'accepter ! »

« Oh, je l'ai accepté, je veux simplement pas en parler ! »

« Henry est – »

« Tais-toi ! »

Elle avança dans le tunnel, s'arrêta devant une porte. La magie leur avait au moins permis un semblant de normalité, même s'ils vivaient plus ou moins les uns sur les autres. Elle frappa, n'obtint aucune réponse et ignora le silence.

Lorsqu'elle poussa la porte, elle trouva Regina assise en tailleur sur son lit simple, le regard face elle, sur le mur vide. Comme les autres, sa 'chambre' était à peine plus grande qu'un placard.

« Hey, » souffla Mary-Margaret en faisant un pas à l'intérieur. Puisqu'il n'y avait ni table de nuit ni bureau, elle posa la bouteille d'eau, le fruit et le bout de pain sur le lit. « Je suis venue voir si tu as besoin de quelque chose. »

L'autre femme ne lui répondit pas. Ne bougea même pas.

« Il faut que tu manges. Tu devrais nous rejoindre à l'heure des repas. »

« Je suis sûre que tout le monde serait ravi. »

« Ce n'est de la faute de personne, » contredit-elle, sa voix posée, mais elle sonnait comme un disque rayé et elle était épuisée d'avoir à répéter sans arrêt les mêmes choses.

« C'est toujours de la faute de quelqu'un. Si Emma et moi sommes toujours en vie, c'est uniquement parce qu'ils ont besoin de notre magie pour survivre. »

« C'est de – »

« C'est ironique, non ? Qu'ils aient besoin de notre magie pour survivre, quand c'est exactement ça qui a tout provoqué. »

« C'est faux. Et on s'en sortira. »

Regina tourna la tête vers elle alors, et elle avait le même regard qu'Emma, vide et plein de souffrance.

« On s'en sortira, » répéta Mary-Margaret avec toute la force dont elle était capable, parce qu'il fallait bien que quelqu'un maintienne l'espoir, que quelqu'un garde leur famille unie. « On doit croire. »

« J'ai cessé de croire il y a longtemps. »

Parfois, tout n'était pas noir.

La première année avait été la pire, mais ils avaient appris et les pertes se faisaient plus rares. Les attaques s'espaçaient, leur laissaient le temps de faire leur deuil, de s'organiser.

Dans ces instants, le cœur des habitants de Storybrooke se montrait sous sa véritable force. L'entraide, la compassion, la résistance, il y avait tellement en chacun d'entre eux. Ils étaient décidés à survivre, se sentaient partie d'un tout plus grand qu'eux, d'une unité qui avait su briller malgré les ombres étouffantes.

Leur espoir et leur force résidaient dans ce qu'il leur restait de plus précieux : les enfants. Ces petits qui n'avaient pas conscience de ce qu'il se passait, du temps s'écoulant, et qui devaient continuer à apprendre et à manger et à rire.

Alors ils leur faisaient classe. Leur racontaient des histoires. Les orphelins étaient adoptés sans que jamais la mémoire des défunts ne soit bafouée, et de temps en temps, ils faisaient la fête. Ils jouaient de la musique et dansaient et riaient et buvaient à la santé des héros tombés et des centaines de morts qu'ils n'oublieraient jamais et dont les noms restaient gravés sur la stèle qu'Emma et Regina avaient créée au tout début de la guerre.

Pour les enfants, ils vivaient, ils survivaient, ils rêvaient à la fin de la guerre, à un nouveau monde. Ils racontaient des histoires de la Forêt Enchantée et de l'ancienne Storybrooke, ils passaient l'éponge sur les rancoeurs et sur les douleurs, ils se tendaient la main et ne brisaient jamais le cercle.

Tout ce dont ils avaient besoin pour tenir, c'était ces étincelles innocentes dans les yeux de leurs enfants.

Tout ce dont ils avaient besoin pour continuer, c'était cette vie que seuls les enfants de Storybrooke détenaient encore.

« Elle a l'air mieux. »

Mary-Margaret leva la tête de son livre et suivit le regard de son époux vers le bout de la salle. Regina hochait la tête à ce que lui disait Hook et semblait effectivement un peu moins pâle.

« Emma l'a aidée à récupérer son énergie, » confirma t-elle. « Elle en avait trop usé pour créer les nouveaux abris. Elle devra utiliser le moins de magie possible dans les jours qui viennent. »

« On peut toujours espérer, » s'amusa David en s'asseyant près d'elle. « Qui aurait cru que ces deux-là pouvaient être de si bons amis ? »

« Cinq années coincés dans des souterrains peuvent créer d'étonnants liens, » remarqua t-elle en jetant un œil à Emma, en pleine conversation avec Eric.

Le jeune homme n'était plus le même depuis qu'Ariel avait été noyée.

« Alors, on parie sur lesquels ? »

Mary-Margaret haussa un sourcil en levant la tête vers Ruby.

« Pardon ? »

« Lesquels vont concrétiser en premier ? »

« Ruby ! »

« Quoi ? Remarquez, pour Hook et Regina, ça m'étonnerait grandement que ce ne soit pas déjà fait. »

« Je ne veux vraiment pas savoir, » protesta immédiatement David, l'air horrifié. Puis il leur jeta un coup d'œil et fronça les sourcils. « Tu crois ? »

« La vie privée des autres ne nous regarde pas, » rabroua Mary-Margaret. « On vit vraiment bien trop proches les uns des autres pour commencer à se mêler de ce genre d'histoires. Et même si c'était le cas, je doute fort qu'il y ait plus entre Hook et Regina qu'une simple et peut-être unique expérience physique. »

« Donc, tu y as pensé. »

« Non ! »

« Il faut bien dire que les distractions se font rares. Où sont passés Emma et Eric ? »

David se leva rapidement pour s'éloigner.

« Ça, je ne veux vraiment pas le savoir. »

« Ruby ! Ruby, regarde-moi, ça va aller, ça va aller »

« S – Snow… »

« Non, non, Ruby, regarde-moi. Tout va bien se passer, ok ? Emma sera là très rapidement. »

« Je… »

Elle fit son possible pour essayer d'arrêter le sang, pour la maintenir éveillée, mais les lacérations étaient trop profondes, il y avait trop de…

« Ruby ? Ruby ! »

« Je… j – suis… »

« Shshsh, ça va, ça va aller. »

Elle la serra contre elle, ignora les larmes qui coulaient sur ses joues et allaient s'écraser sur la peau de sa meilleure amie parce qu'elle était stupide et incapable de retenir ses sanglots.

« Ruby… » gémit-elle comme une petite fille, comme une frêle et idiote petite princesse.

« …déso – lée. »

Le murmure de Ruby s'échappa d'un râle douloureux, des bulles de sang remontèrent jusqu'à ses lèvres et son corps se figea, son regard perdit ses dernières étincelles de vie et Snow fut incapable de faire quoi que ce soit à part la serrer contre elle et pleurer sur un cadavre à moitié déchiqueté.

Il faisait jour alors qu'il devrait faire nuit, les loups de cendres hurlaient à l'extérieur, cherchaient à entrer, et Mary-Margaret berçait un corps sans vie.

O

« 'lo ? Y a intérêt à c'qu'ce soit important. »

Mary-Margaret ferma les yeux, tenta de retenir le sanglot qui monta dans sa poitrine, avala difficilement sa salive pour tenter de desserrer sa gorge.

« Ruby ? »

« Ouais. Qu'est-ce qui y a ? »

« Rien, je… j'avais juste… »

« Snow ? Il est quatre heures du mat'. Il s'est passé quelque chose ? »

Avec une inspiration tremblante, Mary-Margaret chassa les larmes qui coulèrent malgré ses efforts et secoua la tête.

« Non, non. Je suis désolée, j'avais juste besoin… Rendors-toi, je suis désolée. »

« T'es sûre ? Parce que je peux venir, je peux être là dans quelques minutes. »

« Non ! Non, ça va, je t'assure. »

« Snow… » grogna presque Ruby. « Je peux t'entendre pleurer, tu sais. »

« Je sais, mais ça va je t'assure. C'était juste un stupide cauchemar. Je suis désolée, c'est ridicule, » souffla Mary-Margaret.

A présent que les tremblements s'estompaient, que les rêves s'éloignaient dans son esprit, elle se trouvait stupide et maudissait sa réaction impulsive.

« Bon, t'es sûre ? »

« Oui. Promis. »

« Ok, mais je veux te voir plus tard. Tu passes sans faute au café. »

« Ok, très bien. Désolée. Rendors-toi. »

Elle raccrocha rapidement en fermant les yeux et secoua la tête.

Bien sûr que Ruby allait bien.

Ce n'était que des cauchemars, rien d'autre.

Rien d'autre.

Elle se dirigea vers le coin où ils avaient installé Mary. Emma lui avait acheté tout ce dont elle avait besoin et la petite dormait paisiblement, couchée dans un petit lit pliable. L'enfant ne semblait pas tout à fait à l'aise avec eux, comme si elle pouvait sentir qu'elle n'était pas chez elle. Il lui arrivait d'appeler sa mère régulièrement, de pleurer sans qu'ils ne comprennent pourquoi, mais dans l'ensemble c'était une fillette adorable, lumineuse et calme.

Il y avait juste quelque chose chez elle…

Quelque chose de spécial.

Mary-Margaret n'arrivait pas à déterminer quoi.

Parfois, elle avait l'impression que Mary observait le monde autour d'elle avait un regard qu'un bébé ne devrait avoir.

Qui était-elle ?

Ce mot, et les cendres sur ses vêtements…

Se pouvait-il que son arrivée soit liée à ces cauchemars ?

Etaient-ils vraiment des cauchemars ?

Pourquoi les faisait-elle ?

Et si Mary venait du futur, et que le futur s'accompagnait de cendres, les rêves annonçaient-ils cet avenir ?

Elle n'avait jamais vu Mary dans ses cauchemars. Personne ne l'avait mentionnée. Malgré le fait que la guerre avait démarré en 2018, elle n'avait pas semblé avoir d'autres enfants qu'Emma. Si Emma et Neal s'étaient apparemment remis ensemble pendant quelques temps, ils n'avaient pas eu de bébé non plus.

Peut-être venait-elle après ?

Elle se souvenait de l'amitié entre Eric et Emma, de la main de l'homme sur le bras de sa fille, un geste intime.

Peut-être… ?

Mary-Margaret secoua la tête et soupira.

Quelle importance, au fond ?

Elle devenait probablement folle, tout simplement.

O

« Qu'est-ce que tu veux ? Hein ? »

Mary pointa du doigt la télécommande et David sourit.

« La télécommande ? C'est ça que tu veux ? »

« Womande ? »

« Oui, télécommande. »

Depuis le premier soir, Mary se montrait absolument fascinée par la télé. Alors quand il rentrait, David aimait la prendre sur ses genoux pour regarder les dessins animés avec elle. Le bébé était là depuis quatre jours et ce moment était presque devenu un rituel.

Il donna la télécommande à la fillette qui la prit et faillit la laisser tomber, alors il l'aida à la tenir. Mary pressa les touches comme elle avait vu David le faire tant de fois et fit une moue adorable quand rien ne se passa.

L'homme eut un petit rire.

« Attends, » indiqua t-il tendrement en se redressant. « Je crois que tu n'as pas assez de force dans les doigts, princesse. »

« Vid ? »

« Oui. Je vais t'aider. Sur quel bouton on appuie ? » Il se laissa guider par la petite main de Mary et l'aida à presser un bouton. « Celui-là ? Voilà. »

Ils découvrirent une pub qui ne sembla pas satisfaire le bébé. Ils changèrent de chaîne trois fois puis tombèrent sur un documentaire animalier. La petite fille sourit en grand et joignit ses mains avec une joie enthousiaste.

« Toutous ! »

« Ah oui, ce sont des chiens. »

« Toutous ! »

« Tu aimes les chiens ? Tu veux qu'on regarde ? »

Mary secoua la tête négativement.

« Vi ! »

David éclata de rire.

« Il va falloir que je t'apprenne à dire oui de la tête. »

« Tu es un naturel, » remarqua une voix derrière lui.

Il tourna la tête vers Emma qui l'observait, un sourire aux lèvres et le regard un peu sombre.

« Tu trouves ? Je ne crois pas. »

« Elle t'adore. »

« Cette petite adore tout le monde. »

C'était vrai. Malgré sa crainte et les quelques crises de larmes dues au fait de ne reconnaître personne ni l'endroit où elle se trouvait, Mary était un bébé simplement lumineux. Elle avait le don incroyable de faire apparaître un sourire sur le visage de tous les gens qui l'entouraient.

« Ma ? »

« Bonsoir, minipousse. »

« Ma'y. »

« Pardon. Mary. »

Le bébé tendit un doit vers la télé, ses grands yeux noisette braqués sur Emma.

« Toutous ! »

« Je vois. »

Mary avait cessé de l'appeler 'mama' à son plus grand soulagement. Emma ne s'occupait jamais de l'enfant mais Mary semblait déterminée à attirer l'attention de toutes les personnes présentes.

« Où est Mary-Margaret ? » demanda Emma lorsque l'enfant recentra son attention sur la télé.

« Dans la salle de bains. Et Henry est dans la chambre. »

« Ok, merci. »

Elle grimpa les escaliers et poussa doucement la porte de la chambre qu'elle partageait avec son fils. Son cœur se serra un peu en voyant le matelas d'appoint sur le sol. Lorsque les choses seraient plus calmes, il allait falloir qu'elle trouve un appartement avec deux chambres, un endroit où le garçon ne dormirait pas par terre.

« Hey. »

« Hey, » salua Henry avec un petit sourire, un cahier sur l'un de ses genoux. « Je faisais mes devoirs dans le salon, mais Mary n'arrêtait pas de me regarder ou de m'appeler. »

« Ouais, elle est pleine d'énergie. »

« Je suis content. Que grand-mère aille mieux. »

« Mmh. »

Emma aussi était heureuse de la voir se reprendre, de voir le sourire sur son visage lorsque Mary le provoquait, mais elle sentait qu'il y avait des choses que sa mère ne leur disait pas. Elle semblait fatiguée, son regard était sombre, pensif.

« Emma ? »

« Quoi ? »

Henry hésita un instant.

« Tu as vu Regina ? »

« Non. Pourquoi ? »

« Comme ça. »

« Si tu veux la voir ou si tu veux des nouvelles, gamin, il te suffit de prendre le téléphone. »

Il fronça le nez et haussa les épaules, fit mine de se reconcentrer sur son manuel de maths.

« Tu ne veux pas l'appeler ? » Aucune réponse. Elle soupira, un peu exaspérée. « Henry, cet accord qu'on essaye de faire marcher, on le fait pour toi. Je ne vais pas rendre visite à Regina ou organiser moi-même des rendez-vous parce que tu es trop fier pour l'appeler. »

« Elle a eu tort ! »

« Et alors ? Ça ne t'ait jamais arrivé ? Ne me regarde pas comme ça. Laisse-tomber l'attitude, gamin. Si tu veux voir ta mère ou lui parler, tu l'appelles, point final. Ce n'est pas comme si tu perdais une bataille ou je ne sais quelle connerie. Je ne sais pas de qui tu tiens cette fierté mal placée, d'ailleurs. De Regina ou de moi ? »

Elle leva les yeux au ciel et, agacée, sortit de la chambre. Pourquoi est-ce que tout le monde attendait toujours d'elle des choses qu'elle n'avait pas envie de donner ?

Qu'ils se débrouillent tous un peu tous seuls, pour une fois.

O

Ça sonnait. Et ça sonnait. Et ça sonnait.

Franchement, Henry Mills n'était pas la personne la plus patiente de l'univers. Quand les choses ne se passaient pas comme il le souhaitait, il agissait et poussait et imposait jusqu'à ce que tout aille dans son sens. Il n'attendait pas, et il ne tolérait pas l'échec.

La deuxième fois qu'il composa le numéro de Regina parce qu'elle ne répondait pas, son sentiment de nervosité se transforma en frustration. La troisième fois, une vague inquiétude le gagna.

Et si sa mère était absente ? Si elle était sortie ? Si elle préparait quelque chose ?

Et si elle était malade ? Henry ne l'avait jamais vue malade, mais une fois il avait eu tellement de fièvre qu'il s'était évanoui. Sa mère l'avait rattrapé au dernier moment et l'avait porté jusqu'à l'hôpital. Et si elle était malade et qu'elle s'était évanouie ? Personne n'était avec elle pour l'aider.

Et si quelqu'un l'avait attaquée ? Kidnappée, peut-être ? Certaines personnes, comme Gold, ne l'aimaient pas du tout à cause de ce qu'elle avait fait. Et il lui avait fait promettre une nouvelle fois de ne plus utiliser la magie, et elle avait l'air décidée à tenir sa promesse… Comment se défendrait-elle, sans magie ?

Il composa le numéro du fixe de la maison et lorsqu'il découvrit que la ligne était déconnectée, il bondit sur ses pieds sans plus réfléchir et se précipita dans les escaliers.

« Henry, pas si vite, » reprocha David, occupé à préparer à manger à Mary.

« Où est Emma ? »

« Dans la salle de bains. Et Snow est partie voir Ruby. »

Mais le garçon était déjà debout devant la porte de la salle d'eau, en train de frapper avec insistance.

« Emma ? Emma ? Emma ! »

« Quoi ? Je sors juste de la douche, j'en ai pour dix minutes ! Tu peux pas attendre ? »

« Emma, sors ! C'est important ! »

« Deux secondes, gamin ! »

« Allez, Emma ! »

La porte s'ouvrit avec force, laissant voir une Emma ruisselante d'eau, agacée, un peignoir rapidement passé autour d'elle.

« Quoi ? »

« Il faut que tu m'emmènes chez ma mère ! »

« Maintenant ? Henry, je suis d'accord pour que tu la voies mais tu pourrais quand même me prévenir à l'av- »

« Tu comprends pas ! Elle répond pas, il faut qu'on aille la voir ! Il y a peut-être un problème ! Dépêche-toi ! »

Il fut soulagé quand Emma fronça les sourcils et ferma la porte.

« Calme-toi, Henry, » conseilla David quand le garçon s'agita impatiemment. « Je suis sûr que ça ira. »

« Ny ? »

« Tu vois ? Tu inquiètes la princesse. »

Il vit la petite l'observer de sa chaise-haute, avec ses grands yeux innocents et tout chauds, et quelque chose se serra dans son ventre mais il ne comprit pas pourquoi.

« Désolé, Mary. »

« Ny, pain ! »

« Non, merci. J'ai pas très faim. »

« Bon, je suis prête, » annonça Emma en sortant rapidement de la salle d'eau, les cheveux humides. « En route. Mais je suis sûre qu'on s'en fait pour rien. »

Il ne manqua pas le regard inquiet qu'elle échangea avec son grand-père et leva les yeux au ciel. Le prenaient-ils vraiment pour un imbécile ?

Le trajet en voiture se fit dans le silence, alors que la nuit commençait à tomber sur la ville. Lorsqu'elle se gara devant la maison où il avait passé dix ans, il sauta presque hors de la voiture pour se précipiter à la porte et frappa.

Emma le rattrapa rapidement et attendit avec lui. Quand deux minutes plus tard ils patientaient toujours, il plongea sa main dans sa poche, en sortit les clés qu'il avait gardées et déverrouilla l'entrée.

Un doux bruit arriva immédiatement jusqu'à ses oreilles mais il était trop tôt pour souffler de soulagement. Il se dirigea vers la bibliothèque et poussa doucement la porte, pendant quelques secondes assailli par tous les souvenirs qu'il avait de cette pièce. Les après-midi pluvieux, passés à jouer avec sa mère. Les soirées, lorsqu'elle lui lisait toutes les histoires qu'il réclamait. Les matinées, quand il dessinait et qu'elle lisait, dans un silence parfait, avant qu'il ne s'ennuie et s'applique à la faire rire pour avoir une chance de la voir délaisser le roman du jour et le poursuivre dans la maison.

Cette pièce si importante dans son enfance, cette musique qu'il avait presque oubliée, parce qu'il n'avait plus mis les pieds dans cet endroit depuis qu'il avait appris son adoption.

Il sentit Emma s'arrêter dans son dos, et comme lui elle ne fit pas un geste pendant quelques secondes. Regina était presque dos à eux, assise devant le piano, et elle jouait.

Autrefois, il se serait approché pour s'asseoir près d'elle, et elle aurait joué un air plus simple, et il aurait participé (maladroitement), et elle aurait souri comme s'il était le plus grand artiste de tous les temps.

Ce soir-là, il fut presque stupéfait qu'elle en soit encore capable. Encore capable de faire naître une si belle et douce musique qui retentissait presque dans son estomac. Petit, il avait été fasciné par la grâce avec laquelle elle jouait, cette facilité apparente, mais elle avait ri, lui avait dit qu'elle avait appris par elle-même, qu'elle n'était pas si douée, qu'elle ne jouait pas des airs compliqués.

Pour lui, elle avait été parfaite.

Il fit un autre pas dans la bibliothèque, et ce fut tout ce qu'il fallut pour qu'elle perçoive leur présence. Elle se figea, cessa de jouer et se tourna rapidement vers eux. Ses yeux brillèrent.

« Henry ? Qu'est-ce que tu fais ici ? »

Il fronça les sourcils.

« Tu n'as pas répondu à mes appels ! » reprocha t-il sèchement.

« Je te demande pardon ? »

Encore un an auparavant, son ton aurait détenu cet avertissement clair qu'elle utilisait pour le prévenir qu'il dépassait les bornes et qu'il devait corriger son attitude. Mais elle n'osait plus prendre ce ton avec lui à présent et sa question sortit surtout confuse.

Il en fut plutôt heureux, il n'aimait pas quand elle lui disait comment se comporter.

« Pourquoi t'as pas répondu quand je t'ai appelée ? »

Elle se leva, posa le regard sur Emma, avança un peu et se figea de nouveau. Il savait qu'elle avait envie de le toucher, de le prendre dans ses bras, et il détourna les yeux, mal à l'aise. Lui, il n'en avait pas vraiment envie.

Il ne voulait pas qu'elle pense qu'il lui pardonnait aussi facilement. Il ne savait pas s'il pouvait lui faire confiance. Il avait peur de lui faire confiance.

« Je n'ai pas entendu. »

« Tu n'as pas entendu ? » répéta t-il, incrédule.

« Je ne sais pas où est mon téléphone. »

« Celui de la maison est en panne. »

« Je l'ai déconnecté. »

« Pourquoi ? »

« Je n'en ai plus besoin, » répondit-elle simplement, mais il vit qu'elle ne lui disait pas tout. « Bonsoir, Miss Swan. »

« Bonsoir, » répondit Emma, et Henry tourna la tête vers elle pour la trouver, figée à l'entrée, les mains dans les poches de son jean.

Il ne comprenait pas pourquoi elle semblait aussi mal à l'aise. D'ailleurs, Regina se tenait trop droite, mais il ne l'avait plus vue tranquille depuis bien longtemps. Elle ne portait qu'un pantalon noir confortable et un pull bleu pâle, et elle était pieds nus. Henry se rendit compte qu'il grandissait, qu'il atteignait facilement ses épaules.

« Je suis désolée, Henry, » lui dit Regina doucement en avançant vers la porte. « Je ne sais pas où j'ai laissé mon téléphone. »

Il la suivit dans le couloir, puis dans le petit salon. Elle alla au bureau, ouvrit deux tiroirs, les referma. Jeta un œil aux étagères. Henry regarda autour de lui et aperçut un objet noir sous un coussin sur le canapé. Il le rejoignit et attrapa l'appareil qui s'avéra être le téléphone.

« Tiens. »

« Merci, » lui sourit Regina en lui prenant le smartphone.

« Tu devrais le garder sur toi. »

« J'y veillerai. »

Il détourna le regard, s'en voulut d'être aussi mal à l'aise. Il connaissait cette maison, avait longtemps cherché à la quitter, connaissait cette femme aussi, qui l'avait élevé. Et pourtant il ne comprenait pas comment sa mère si organisée et maniaque avait pu perdre son téléphone.

« Tu voulais me joindre ? »

« Oui, » concéda t-il à contrecoeur, en colère pour une raison qu'il avait du mal à discerner.

« Pourquoi ? »

Il lui en voulut d'insister, alors il haussa les épaules, tourna la tête vers Emma.

« On y va ? »

Elle haussa les sourcils, surprise, ne lui répondit pas. Alors il se tourna vers Regina, qui resta debout dans ce salon trop propre et trop froid et trop silencieux, et qui l'observait avec ce regard sombre et ce visage trop neutre sur lequel il pouvait presque lire toutes ses émotions.

« Au revoir. »

Elle hocha la tête et il se détourna pour quitter la maison avant qu'elle puisse dire quoi que ce soit.

Emma le rejoignit quelques minutes plus tard, claqua la porte un peu trop fort et démarra. Il l'ignora et elle ne parla pas. Ce ne fut qu'une fois sur le point d'entrer dans l'immeuble qu'Emma l'arrêta.

Jamais elle ne l'avait regardé comme ça auparavant.

Il détourna les yeux, mais avec un mot elle le força à recentrer son attention sur elle.

« Je peux savoir ce que tu fabriques ? »

« Rien. »

« Ne m'ignore pas ! » avertit-elle. « Tu as été impoli et je sais que tu as tes raisons, mais ce n'est pas la première fois et la situation est bien assez fragile comme ça, Henry. Tu ne peux pas te comporter comme un sale gosse comme ça dès que l'occasion se présente. »

« Je n'ai pas – »

« Je n'ai pas fini ! Je comprends que tu as eu peur, et que quand on a peur pour quelqu'un parfois on ne sait pas comment réagir et que la colère est la solution la plus facile, crois-moi je comprends ça. Je sais que ce n'est certainement pas à toi de porter ces responsabilités sur tes épaules, mais tu sais bien que ta mère est fragile et te comporter comme tu le fais avec elle est stupide et cruel, gamin. Soit tu veux la voir et tu te comportes correctement, soit tu n'es pas prêt et tu restes loin d'elle. »

« Je voulais pas… »

« Tu sais très bien ce que tu fais, ne me dis pas le contraire. Tu as décidé de vivre avec moi alors tu vas m'écouter et vivre selon mes règles. Et je sais que la situation est compliquée pour toi, mais je sais que tu peux être mieux que ça. Tu peux être tellement plus, Henry. »

« Je suis désolé. »

Sa voix se serra, il ne continua pas, détourna le regard, se sentant honteux pour la première fois de sa vie. Elle soupira et passa un bras autour de ses épaules.

« Je sais. Demain, on partira plus tôt et on passera chez ta mère et tu le lui diras. »

« Tu crois ? »

« Oui. Et moi, je vais essayer de me remettre du choc. »

« Quoi ? »

« Je ne savais pas que Regina pouvait avoir l'air aussi normale. »

O

Le lendemain matin, Emma descendit les escaliers seulement pour tomber face à face avec une toute petite humaine dans une robe adorable.

« Ouah, elle marche ? »

Mary-Margaret arriva derrière le bébé, un sourire aux lèvres.

« Tu l'aurais vu plus tôt si David ne s'évertuait pas à la porter partout. »

« Eh, » protesta l'homme en question en sortant de la salle d'eau, fraîchement douché. « Ce n'est pas de ma faute si elle est aussi craquante. »

« Elle a dû commencer très peu de temps avant d'arriver ici, » observa sa femme avec un sourire. « C'est encore bien hésitant. »

Justement, Mary faisait quelques pas maladroits vers Emma quand elle tomba soudain sur les fesses.

« Oh ! » s'exclama t-elle avec un petit rire.

Emma s'amusa de sa réaction.

« Oh ? »

« Oh oh ! »

« Qu'est-ce qui s'est passé ? »

« Ma'y tombée ! »

« Je vois ça, » sourit le shérif avant de se pencher et de la prendre dans ses bras, incapable de s'en empêcher.

La petite se blottit immédiatement contre elle.

« Ma, » souffla t-elle, ravie de l'attention.

Surprise par ses propres instincts et par ces émotions si tendres et puissantes que Mary faisait naître en elle, Emma ferma les yeux et inspira l'odeur si caractéristique du bébé.

« Tu as bien dormi, minipousse ? »

« Ma, zoue ? »

« Non, je n'ai pas le temps de jouer avec toi ce matin. Mais Mary-Margaret va bien s'occuper de toi, et je te verrai plus tard. »

Emma se pencha pour déposer Mary sur ses pieds au sol. Elle fut surprise quand l'enfant attrapa son visage pour coller un bisou tout mouillé et maladroit sur sa joue droite.

« Merci, » sourit le shérif.

« Ien. »

« Quoi ? »

« Ien ! »

« Oh, de rien ? »

« Ien ! »

« C'est ce que j'ai dit ! »

L'air frustré du bébé lui rappela vaguement quelque chose et l'amusa grandement, mais Emma fut forcée de l'ignorer lorsqu'Henry descendit.

« Paré au départ ? »

« Oui. »

« C'est parti. »

O

« Tu crois qu'elle va rester là combien de temps, Mary ? »

« Je ne sais pas. »

Emma se gara devant la maison et descendit de voiture avant de suivre Henry jusque devant la porte. Il sonna et, quelques minutes plus tard, Regina leur ouvrit. Elle parut surprise de les trouver là et, après ce qu'il s'était passé la veille, Emma comprenait le sentiment.

« Bonjour, » salua t-elle le plus aimablement possible.

Elle fut à la fois déçue et soulagée de voir que l'autre femme portait un tailleur, des chaussures et était de nouveau maquillée. A sa place, Emma serait toujours en pyjama et probablement toujours couchée.

« Bonjour, Miss Swan, Henry. »

« Bonjour, » marmonna Henry en baissant la tête. Il tendit vers sa mère le petit plateau en carton qu'il transportait. « Je t'ai apporté du café. Et des pancakes. Pour m'excuser. Pour hier. »

« Oh, » souffla Regina, la stupéfaction dans son regard clairement visible.

Elle prit le petit-déjeuner (qui avait été une idée du gamin) après un court instant d'hésitation. Emma plissa les yeux. Elle tremblait. C'était léger, mais perceptible.

« Merci, chéri. »

« De rien, » offrit-il en relevant la tête.

Regina jeta un œil à sa montre, sans doute pour vérifier que le gamin ne serait pas en retard.

« Tu veux entrer ? »

Henry acquiesça et Emma se retrouva bien vite dans la cuisine des Mills à siroter une tasse de café. Elle se souvint avec un petit flash de méfiance que la dernière fois qu'elle avait accepté quelque chose dans cette pièce, Henry avait terminé dans un lit d'hôpital.

Le garçon, lui, semblait plus calme. Il attrapa la tasse de chocolat à la cannelle que sa mère lui fit avec une apparente joie.

Les deux Mills partagèrent le petit-déjeuner avec des gestes qui semblaient aussi hésitants que naturels. Apparemment, ils aimaient leurs pancakes de la même façon, avec un mélange de sirop d'érable, de pépites de chocolat et de caramel que même Emma trouvait plus qu'étrange, et elle pouvait les imaginer dans cette cuisine, quelques années en arrière, partager une assiette tard un dimanche matin en discutant de ce qu'ils allaient faire dans la journée.

Elle s'aperçut qu'entre le piano, la tenue décontractée et les pancakes, Emma avait plus appris en deux jours sur Regina Mills qu'en un an. Et franchement, si à chaque fois que Regina mangeait sucré elle y allait aussi franchement, ses tendances strictes quant à la fréquence des encas gourmands ne paraissaient plus si déraisonnées.

Bien qu'ils mangèrent pendant dix minutes, ils discutèrent très peu, ce qui mit Emma plutôt mal à l'aise. Mais Henry et Regina devaient avancer à leur rythme et elle garda le silence. Lorsque le garçon se leva pour aller se débarbouiller et se laver les mains, Emma en profita pour briser cette atmosphère lourde qui semblait régner partout dans la demeure.

« Vous semblez fatiguée. »

« Je vous remercie, » railla Regina platement.

« Je posais juste une question. »

« Ce n'était pas une question, Miss Swan. »

« Est-ce que vous dormez ? »

« En quoi cela vous regarde t-il ? »

Emma soupira de frustration.

« Laissez tomber. »

« Avec joie. »

« Je veux juste… » Elle s'interrompit, contrôla sa colère. « Je veux juste ce qu'il y a de mieux pour Henry. »

« Nous sommes deux. »

« Il voit bien que tout ne tourne pas rond. Vous êtes trop pâle et vous tremblez. »

Regina passa ses mains sur ses genoux, invisibles sous la table.

« J'ai eu quelques insomnies, rien qui devrait inquiéter Henry. »

« Est-ce qu'il est arrivé d'autres trucs magiques bizarres ? »

« Des trucs magiques bizarres ? »

« Vous savez de quoi je veux parler. »

« Non, Miss Swan, il n'est pas arrivé plus de trucs magiques bizarres. »

Sentant l'ironie et la moquerie dans le ton de Regina, Emma croisa les bras.

« Et vous savez ce que c'était ? »

« Je l'ignore. Est-ce que vous essayez de déterminer si je mens ? Parce que ce petit don que vous prétendez avoir n'est pas franchement au point. Maintenant je crois qu'il est temps de l'emmener en classe ou il arrivera en retard. »

« Bien, comme vous voudrez, majesté. »

« J'ignorais que vous aviez des manières. »

« Je n'en ai aucune. »

« Un point sur lequel je ne vous contredirai jamais. »

« Je suis prêt, » annonça Henry.

Emma se leva.

« Bien. »

Regina les raccompagna à la porte et il y eut cet instant une nouvelle fois. Ce petit moment bizarre et maladroit durant lequel la mère retint visiblement son envie de passer les doigts dans les cheveux d'Henry ou de l'étreindre, et le fils fourra ses mains dans ses poches, réfractaire à tout contact.

C'était trois pas en avant et deux en arrière, avec ces deux-là.

« Passe une bonne journée, » invita finalement Regina d'un ton un peu serré.

Henry hocha la tête.

« Merci. Toi aussi. »

Emma suivit son – leur fils jusqu'à la voiture, en se disant qu'il allait vite falloir qu'ils arrêtent avec leurs hésitations et leur maladresse et cette douleur vibrante entre eux parce qu'elle n'arrivait plus à discerner ses propres émotions au milieu de ce bordel.

Elle ne savait plus si ça lui brisait le cœur ou si ça l'agaçait royalement.

O

Avec un petit soupir, Regina termina d'essuyer la vaisselle et de la ranger.

Si Emma et Henry étaient capables de voir à quel point elle était épuisée, ça voulait probablement dire qu'il était temps de dormir.

Elle n'en était pas ravie. Elle aurait préféré se remettre au piano pour étouffer le silence, se plonger dans un livre pour éviter aux flashs de revenir. Mais il était vrai qu'elle tremblait, même après les pancakes, et la migraine la tuait.

Alors elle finit par s'avouer vaincue, s'assura que toutes les issues étaient verrouillées et alla s'allonger dans sa chambre, dans le noir.

Elle s'endormit immédiatement.

« Tu travailles trop, tu vas finir par t'épuiser. »

« C'est sûr que je ne suis pas comme certains qui se plaisent à ne rien faire de leurs journées. »

Hook haussa les épaules.

« Je fais ma part. Mais contre ces tas de cendres, mon crochet ne peut pas grand-chose. On rentre. »

« Pardon ? »

« J'ai dit que je venais te chercher. Les champs magiques sont clairement toujours en place, et tu es sur le point de t'écrouler, majesté. On rentre. »

« Je n'ai aucun ordre à recevoir de toi ! »

« Désolé, mais ces temps-ci, Emma m'inquiète bien plus que toi et elle a clairement menacé ma masculinité si je ne te ramenais pas. »

« Tu prends tes ordres d'Emma, maintenant ? »

« Quoi ? Pas toi ? »

La boule de feu fit sans doute roussir quelques mèches de ses cheveux et il sourit.

« J'ai touché un point sensible, amour ? »

O

« C'est là que tu te cachais ? »

« Je ne supporte tes parents qu'à petites doses. »

« Même après toutes ces années ? Et moi qui croyais que Mary-Margaret et toi étiez les meilleures amies du monde. »

« Tu as encore terminé la bouteille de whisky ? »

« Il n'y a plus de whisky depuis des mois, » se plaignit Emma en fermant la porte de la chambre derrière elle.

Regina haussa les épaules, n'ayant pas l'énergie nécessaire à l'entretien de ces plaisanteries. Les yeux verts d'Emma brillaient à la lueur des boules de lumière magique. Elle l'observa passer une main dans ses cheveux bouclés et nota quelque chose de terriblement beau dans les traits de son visage.

Elle détourna le regard.

« Cette guerre… Quelque part, je ne l'ai pas vue venir. »

« Personne ne l'a vue venir, Emma. »

« Mais on aurait dû, pas vrai ? Toi et moi, on aurait dû. Et d'un côté… on a su. Avant cette nuit-là l'année dernière, avant que tout commence… On aurait pu l'arrêter. »

« Tais-toi. »

« Je savais… Je savais que quelque chose ne tournait pas rond. Toi aussi. Mais on a décidé de l'ignorer. »

« Tais-toi. »

« On a décidé de l'ignorer, et maintenant… » La voix d'Emma se serra, Regina refusa de lever les yeux pour voir les larmes dans ceux de l'autre femme. « Maintenant ils sont morts ! »

« Tais-toi ! »

« Pourquoi ? » rétorqua Emma avec colère. « Je ne peux pas être leur Sauveuse quand je suis aussi celle qui les a condamnés ! C'est de ma faute ! Si je n'avais pas débarqué à Storybrooke il y a six ans, si je ne vous avais pas tous sauvés, si… On n'en serait pas là ! »

Une vibration, un avertissement courut sur la peau de Regina qui fut forcée de se lever lorsque les lumières magiques s'intensifièrent trop brusquement. Une lueur bleutée émanait d'Emma avec la force de ses émotions, des sentiments qu'elle retenait depuis trop longtemps.

Depuis des mois.

« Tu dois te calmer. »

« Non ! J'en ai ras le bol de devoir me calmer ! » Un sanglot déchira ses mots, les larmes coulèrent sur ses joues pâles et elle pointa un doigt vers Regina. « J'aurais dû faire quelque chose ! J'aurais dû vous sauver, non ? C'est pas mon rôle ? C'est pas mon rôle, Regina ? »

« Non. »

« J'aurais dû le tuer ! »

« Tais-toi et calme-toi, ta magie – »

« C'est pas tout le problème, ma magie ?! » Le halo de pouvoir autour d'Emma absorba la lumière et chauffa la pièce presque douloureusement. « Si je n'étais pas une putain d'enfant faite d'Amour Véritable, on n'en serait pas là aujourd'hui ! Je hais la magie, je déteste cet endroit et cette vie et tous ces hypocrites qui sont partagés entre nous détester et nous prendre en pitié chaque fois qu'ils posent le regard sur nous ! »

« Emma ! Reprends-toi ! »

« Je les emmerde, je les emmerde tous ! Je voudrais revenir en arrière et je te jure, je te promets que je le tuerai cette fois ! Je… »

Le reste des mots d'Emma mourut dans sa gorge lorsque Regina fit un dernier pas vers elle, passa ses bras autour d'elle et la serra contre elle, sans prendre garde à la magie pure qui l'entourait, aux brûlures qu'elle y gagna. Avec des sanglots provenant du plus profond de son être, Emma s'écroula contre elle, des mots inintelligibles s'échappant de sa gorge en petits gargouillis essoufflés.

Elles glissèrent jusqu'au sol et Regina la berça, murmura des paroles sans intérêt pour la calmer, usa de sa magie pour contrôler la sienne. Ses bras autour d'elle ne s'affaiblirent jamais et Emma se blottit un peu plus contre elle quelques minutes plus tard, quand ses pleurs se calmèrent un peu.

« Je suis juste… très fatiguée, » gémit Emma entre deux hoquets.

« Je sais, » murmura Regina. « Je sais. »

« Je suis désolée. Je suis tellement désolée. »

« Je sais. »

Elle déposa un baiser sur ses cheveux, sans vraiment y penser, et Emma n'essaya même pas de contrôler ses derniers pleurs, d'essuyer les larmes qui glissaient toujours sur ses joues.

« On a vraiment merdé, pas vrai ? »

Regina ne répondit pas, était incapable de répondre à ce genre de raisonnement. Ces derniers temps, alors qu'Emma laissait par défaut la colère la dominer, Regina préférait s'effacer. Rester en marge, garder ses pensées pour elle.

Elle ne ressassait pas le passé, ne songeait pas à l'avenir et préférait éviter de penser au présent.

Lorsqu'elle sentit la magie danser sur sa peau, elle ne la combattit pas. Elle connaissait le goût du pouvoir d'Emma depuis longtemps, depuis cette première fois quelques années auparavant, lorsqu'elles avaient fait fonctionné le chapeau de Jefferson ensemble. La plupart du temps, Emma se servait de sa magie sans subtilité, avec une force brute et un instinct terriblement efficace.

Mais ce contact était doux, comme une caresse, l'énergie glissa sur sa peau, guérit les brûlures, même les quelques égratignures que Regina avait récoltées lors de sa dernière sortie dans les bois. La magie tourbillonna sur elle, en elle, dansa avec la sienne avec une familiarité un peu effrayante et laissa sur son passage une douce chaleur rassurante.

« Je voudrais juste recommencer. Juste… »

« On ne peut pas revenir dans le passé, Emma. »

« Est-ce que tu crois qu'ils couchent ensemble ? »

Regina fronça les sourcils, dégoûtée, et leva la tête de son livre pour poser le regard sur Hook.

« Excuse-moi ? »

« Juste une question, » remarqua l'homme en levant une main et un moignon. « Tu ne vas pas me dire que je suis le seul à avoir remarqué que notre chère princesse et le petit prince aux cheveux soyeux ont tendance à disparaître de temps à autres. »

« Tu es écoeurant. »

« Je m'ennuie. »

« Va faire un tour dans la ville et tu t'ennuieras bien moins. »

« Hilarante. »

Il se laissa tomber assis sur son lit et Regina le fusilla du regard. De quel droit entrait-il ainsi dans sa chambre et s'installait-il ?

« Tu n'as pas du travail ? »

« Je suis un capitaine de navire. Et franchement ils me tapent sur les nerfs. Je croyais que c'était ce qui nous rapprochait ? »

« Sors d'ici. »

« Donc, aucune théorie sur Emma et Eric le Pathétique ? Je croyais que vous étiez amies ? »

« Nous ne parlons pas de ce genre de choses. Je devrais te couper la main restante pour le temps que tu me fais perdre sans parler des idées que tu me mets dans la tête. »

Il sourit et se leva.

« Tu sais, je suis plutôt certain que de telles rumeurs courent sur nous aussi. »

« Des rumeurs ? »

« Tu sais… »

Elle comprit et fronça le nez.

« Merveilleux. »

Il haussa un sourcil.

« Ce n'est pas comme s'ils avaient exactement tort. »

« Dehors ! »

Avec un dernier clin d'œil, il quitta la pièce.

Elle avait passé deux heures à attendre et à soigner les blessés.

Le groupe d'Emma était tombé dans une embuscade alors qu'ils avaient tenté d'atteindre la pharmacie. Un mort, un blessé grave qui ne s'en sortirait pas, trois autres blessés.

Ça ne s'arrêterait jamais.

Lentement, Regina retira sa veste, puis ses bottes. Elle enleva son pull, resta en débardeur, s'approcha de la bassine pour se laver les mains et en chasser des traces de sang qui avaient déjà été nettoyées.

Elle n'arrivait plus à se sentir propre depuis longtemps. Trois ans, à présent.

Elle avait commis beaucoup de crimes, provoqué une guerre par vengeance, arraché des cœurs, et pourtant c'étaient ces morts dont elle était seulement indirectement responsable qui semblaient peser le plus lourd sur sa conscience.

Cette existence ne valait plus rien.

Si elle n'avait pas toutes ces responsabilités vis-à-vis des survivants et de la situation, elle aurait sans doute pris l'une de ces armes que le shérif affectionnait tant, serait partie dans les bois et aurait braqué le pistolet sur sa tempe avant d'appuyer sur la détente.

Mais elle ne le pouvait pas. Forcée de se tenir debout, de répondre aux appels des autres, certains ses amis à présent, du moins ses alliés, et de prétendre croire qu'un jour, la situation s'améliorerait.

Lorsque la porte de sa chambre s'ouvrit, elle sursauta, se tourna pour voir Emma refermer derrière elle. Il y avait du sang sur sa veste, elle était trop pâle, ses yeux brillaient.

Mais elle allait bien.

Un poids immense se retira du cœur de Regina.

« Emma, » souffla t-elle, incapable de refréner son soulagement.

Elle fut aussi incapable de cacher sa surprise quand l'autre femme combla la petite distance entre elles pour placer une main sur sa nuque, l'autre contre sa joue, et l'embrasser sans préambule.

C'était déjà arrivé, une fois, bien avant tout ça, mais il y avait eu de la colère et bien trop de frustration et le contact avait été brusque et presque violent.

Ce baiser-là était différent. Il avait le goût du désespoir et d'une douleur partagée, de la passion et des larmes. Mais il était doux aussi, et tendre, bien trop tendre, comme ses mains qui la tenaient, ses petites caresses qu'elle pouvait sentir à la racine de ses cheveux et sur sa pommette.

Elle répondit au baiser, bien sûr, aurait été incapable de faire autrement.

« Emma ? Qu'est-ce que tu fais ? » murmura t-elle, les mains levées pour éviter de toucher l'autre femme.

« Tais-toi. »

« Pardon ? »

Un petit sourire, étrange et triste, et Emma l'embrassa encore, et il y avait bien trop d'émotions dans ses gestes, c'était dangereux, c'était exactement ce qu'elles combattaient depuis longtemps.

Et il y avait du sang sur les vêtements d'Emma et des cendres dans ses cheveux et elles étaient épuisées et elles ne pensaient sans doute pas clairement.

Pourtant, quand Emma se détacha un peu d'elle, son regard plein de questions, demandant un million de permissions, Regina fut incapable de résister à cette lueur, cette petite étincelle chaude dans son corps d'ordinaire si froid, et elle captura ses lèvres sans plus d'hésitation.

Elles n'en parlaient pas.

Ne qualifiaient rien.

Elles avaient passé la nuit ensemble, et elles avaient oublié le monde extérieur dans les bras de l'autre, et ça avait été spécial.

Parfois, Emma passait du temps dans sa chambre. Elles lisaient, parlaient de la situation, discutaient des plans et de ce qu'il fallait faire dans les souterrains, quel groupe il valait mieux relocaliser ce mois-là. Parfois, Regina la rejoignait dans la sienne, et elles dormaient côte à côte après avoir passé des heures à parler de tout et de rien, des films qui leur manquaient, de leurs anciens centres d'intérêt, de la meilleure façon de faire des pancakes (ou de les brûler). Elles ne mentionnaient jamais les morts. Ou Henry.

Et parfois, ça allait plus loin.

Elles avaient été amies avant, oui, mais il y avait toujours eu cette barrière entre elles. Elles l'avaient pulvérisée. Et peut-être que ce lien qui les unissait serait leur ligne de vie, peut-être que cette étincelle qu'elles avaient allumée saurait les sauver.

Elles n'en parlaient pas, et Regina préférait vraiment ne surtout pas qualifier les choses. Pourtant, ce qu'elle ressentait lorsqu'elle voyait Emma et Eric discuter ou même travailler ensemble ressemblait un peu trop à de la jalousie.

Ce qui était idiot, avec tout ce qu'il se passait, comment pouvait-elle ressentir une émotion aussi triviale ?

Elle ne savait pas ce qu'il y avait vraiment entre Emma et Eric. Les rumeurs n'étaient bien souvent que ça, des rumeurs. Elle ignorait tout et ne demanderait rien, parce que ça ne la regardait pas et qu'elle avait bien trop de respect pour Emma. Et elle appréciait assez Eric, ce côté sombre qu'il avait depuis la mort d'Ariel qui ne le submergeait jamais vraiment. C'était sans doute aucun une chose qu'Emma appréciait chez lui.

« Tu as l'air bien pensive. »

« Snow, » grogna presque Regina pour couvrir son sursaut.

« Bonjour à toi aussi. »

La façon dont l'autre femme réussissait à maintenir cette lumière dans ses yeux était complètement ahurissante et écoeurante. Et pourtant Regina lui en était reconnaissante, parce qu'ils en avaient tous besoin, de ces leaders lumineux, porteurs d'espoir, sans lesquels ils se seraient tous déjà noyés depuis longtemps dans les ombres.

Et Regina et Emma étaient beaucoup de choses, mais elles n'étaient certainement pas lumineuses.

Snow se sortit une tasse, puis une petite cuillère. Elle remplit le récipient avec de l'eau et attrapa la boite de thé. Celle-ci lui échappa des mains lorsqu'elle chercha à l'ouvrir.

« Merde. »

« Laisse, » offrit Regina en se baissant pour ramasser.

Depuis sa blessure à l'épaule, Snow n'avait jamais récupéré la totalité de sa motricité dans le bras droit. Elle se montrait incapable d'utiliser un arc, et même certains gestes du quotidien lui étaient difficiles.

Elle prépara le thé et tendit la tasse à Snow, qui lui offrit un petit sourire un peu trop tiré.

« Merci. »

Pendant un instant, elles restèrent seules dans le silence, dans la petite cuisine. Regina rêvait de fenêtres, de grands espaces, d'étoiles et de musique. Elle se demandait à quoi rêvait les autres, songeait que ce qui les unissait peut-être, c'était justement la simplicité de leurs désirs.

« On a de la chance. »

Regina leva le regard vers Snow et espéra que son expression portait toute son incrédulité.

« De vous avoir, Emma et toi, » précisa l'autre femme. « Vous formez une équipe extraordinaire. Nous serions déjà tous morts sans vous. »

Puisqu'elle n'avait pas envie de débattre de la véracité de ces propos, Regina se leva et quitta la pièce sans un mot.

Emma et elle formaient peut-être un incroyable duo, mais ce qui les unissait, c'était surtout leurs erreurs.

...

Elle ne se réveilla pas en sursaut.

Ni avec l'envie de vomir.

Mais sa migraine n'était pas passée, et il n'y avait aucun mot pour qualifier son incrédulité.

Ses rêves avaient atteint des sommets d'imbécilité et de ridicule.

Les images lui revinrent à l'esprit et elle soupira et passa une main sur ses yeux clos.

Qu'est-ce qui n'allait pas chez elle ?

Et son corps qui réagissait à ces stupides songes !

Emma Swan, sérieusement ?

Sérieusement ?

Elle tenta de rassembler ses pensées. Non, elle était catégorique. Pas une seule fois l'idée ne lui avait traversé l'esprit depuis qu'elle connaissait la mère biologique de son fils qui était aussi la fille de Snow-White !

Elle n'avait absolument jamais ressenti la moindre attirance pour elle. Pas qu'elle se souvienne du moins.

Dans son rêve, tout avait été différent. Leur complicité, leur amitié. Leur attirance. La façon dont elle avait trouvé Emma belle, tout simplement, physiquement et émotionnellement. L'admiration. Cette compréhension aussi, pour ses démons, pour ses pires sentiments tout comme pour cette lumière en elle.

Regina s'assit dans la pénombre, jeta un œil à l'heure. Il était près de midi. Elle devrait probablement aller manger quelque chose, mais elle n'arrivait pas à se détacher de ses rêves.

De la sensation des bras d'Emma autour d'elle, de la force de leur alliance, de la façon dont le moindre de ses rares sourires avaient réchauffé son cœur en miettes.

Avec un petit gémissement, Regina se leva, dépitée, épuisée.

Il fallait que ces rêves cessent, ou elle y laisserait sa santé mentale.

(Si santé mentale elle avait encore.)

O

« Miou ! »

« Un chat, oui. »

Après le documentaire animalier, il n'avait pas fallu très longtemps à Mary-Margaret pour découvrir que Mary avait une certaine passion pour le règne animal. Elle aida Mary à tourner la page du livre cartonné.

« Pinou ! »

« Un lapin, exact. Tu aimes les lapins ? »

« Vi. »

« Tu as un lapin à la maison ? »

« Non. Mama ? »

Mary leva le regard vers elle et la femme sentit son cœur se serrer.

« Ta maman te manque ? »

Pour toute réponse, la petite fille mit son pouce dans sa bouche et serra contre elle le doudou en forme de chien que David lui avait ramené.

« Je suis désolée, ma puce. Je suis sûre que tu manques beaucoup à ta maman. »

Elle déposa un baiser sur les cheveux de Mary, se demanda comment ça aurait été, d'élever Emma ainsi. De la tenir dans ses bras, d'essayer d'agrandir son vocabulaire, d'encourager ses progrès.

Plus le temps avançait, et plus Mary-Margaret se trouvait persuadée que ses cauchemars et Mary étaient bel et bien liés. Avec une grimace, elle fit rouler son épaule droite et la frotta légèrement. Dans un de ses rêves, elle subissait une attaque et son épaule était gravement touchée, les dommages trop profonds pour être correctement guéris par l'intervention tardive d'Emma. Et malgré le fait que ce n'était que ça, un rêve, de temps à autres un picotement lui parcourait tout le bras et enserrait son épaule.

Ce qui la terrifiait, c'était tout ça. Ces effets, ces sentiments qui restaient en elle. Ça ne pouvait pas simplement être des songes, c'était impossible, et Mary…

L'enfant n'avait jamais vu de télévision avant, s'était montrée curieuse de tout, et chaque fois qu'elle portait le bébé et le serrait contre elle, Mary-Margaret ressentait cet étrange tourbillon d'émotions en elle. D'une façon ou d'une autre, elles étaient liées.

Elle savait ce qu'ils avaient décidé quelques jours auparavant mais la curiosité la rongeait, alors elle assit la petite à côté d'elle sur le canapé et lui fit face.

« Mary, et ton papa, il te manque ? »

La petite l'observa, suçant son pouce, comme perdue.

« Ton papa, il te manque ? »

Alors Mary secoua la tête, fronça le nez dans une moue adorable et sortit le pouce de sa bouche.

« Mama. »

« Tu n'as pas de papa ? »

« Mama. » Puis elle tendit son doudou vers elle et sourit ce petit sourire angélique qu'elle avait. « Aget, toutou ? »

« Tu veux me prêter ton chien ? »

« Aget, toutou ! »

« Merci. »

Elle le prit et le posa sur ses genoux, ressentant ce petit pique de tristesse qui l'envahissait parfois ces derniers temps. Lorsqu'elle songeait à Emma. A David. A Henry. A ce qu'elle avait fait. A Regina.

Brusquement, de tout petits bras serrèrent sa taille et Mary se blottit contre elle.

« Aget, » souffla t-elle contre le pull de Mary-Margaret qui sursauta presque.

Une bouffée de chaude affection monta en elle et chassa tout le reste, les ombres furent balayées par la lumière si brillante émanant du cœur de cette enfant.

Elle rendit son étreinte au bébé et ferma les yeux.

« Merci, Mary. »

O

« David, on va devoir la rendre, tu en as conscience ? »

Mary-Margaret et Henry cachèrent sans discrétion leur petit rire alors que David levait ses grands yeux innocents vers Emma.

« Quoi ? »

« Tu sais très bien ce que je veux dire, » s'amusa le shérif en passant la bouteille d'eau à Henry.

David, assis près de la chaise-haute, jouait depuis plusieurs minutes à la guerre des couverts en plastique rose avec Mary, ignorant totalement son repas qui refroidissait.

« Vid ! » cria Mary joyeusement, exigeant son attention une nouvelle fois.

Il rencontra la cuillère qu'elle tenait avec la sienne et sourit.

« Aha, attention ! » lui dit-il en faisant mine d'essayer de pénétrer ses défenses. Tout en jouant, il tourna son air de chien battu vers Emma. « T'es sûre que je peux pas la garder ? »

Sa fille leva les yeux au ciel.

« Elle est attachante, mais ce n'est pas un chien errant. Cette gosse a vraisemblablement au moins une mère qui l'attend quelque part. »

« Si elle est en vie. »

« On pourrait essayer de rester positifs ? Et restez sur vos gardes. On ne sait pas ce qui pourrait la suivre. »

David se redressa et cessa de jouer avec le bébé, un peu plus sérieux.

« Ça va faire une semaine. Je me demande bien combien de temps ça va durer. »

« Pain, 'plaît ! »

« Moi aussi. »

« Et s'ils nous l'avaient envoyée définitivement ? » interrogea Mary-Margaret avec inquiétude. « Si son monde n'était plus sûr ? »

« Pain ! »

« Positifs, j'ai dit ! »

« On ne sait rien, c'est ça la vérité. Et on ne peut pas aller voir Gold ou les fées ou qui que ce soit. »

« Pour le moment, » indiqua Emma en plongeant son regard dans celui de David. « Mais si ça dure, il faudra bien qu'on explique sa présence. »

« Pain ! »

« Ouah, » souffla Henry, les yeux écarquillés.

Les trois adultes se tournèrent vers lui et le bout de la table pour voir un bout de pain flotter dans les airs entre eux, porté par un nuage de magie bleu ciel. La nourriture volante se dirigea tranquillement jusque dans les mains tendues de Mary, qui saisit son bout de pain durement acquis et se mit à le mâchouiller joyeusement, pas le moins du monde dérangée par les regards incrédules et le silence soudain pesant.

« Euh… ? Est-ce que… Est-ce qu'elle vient de… ? »

Mary-Margaret posa ses couverts sur la table et hocha la tête.

« Je crois qu'on peut affirmer que cette enfant détient des pouvoirs innés. »

« Putain de merde. »

« Emma ! »

« Désolée. »

David s'éclaircit la gorge.

« Ça va compliquer les choses. »

« Tu crois ? »

« Pas nécessairement. Elle reste dans l'appartement, » rappela Mary-Margaret. « Personne n'en saura rien. »

« Qu'est-ce que ça veut dire ? » interrogea Henry en fronçant les sourcils. « Je croyais qu'il fallait apprendre la magie ? »

« Oui, mais tout le monde ne peut pas l'apprendre. Il faut faire partie d'une lignée de sorciers, comme Regina, être maudit, comme Gold, ou être spécial, comme Emma. Il faut déjà posséder cette magie pour pouvoir l'apprendre. »

« Alors Mary possède une magie ? »

« Et une magie puissante, pour pouvoir en faire instinctivement usage comme ça, » souffla David en observant le bébé avec un mélange de crainte et d'émerveillement.

« Alors elle est spéciale ? »

« Oui, Henry, » souffla Mary-Margaret. « Je crois que Mary est spéciale. Je crois qu'elle est très, très spéciale. »

Emma s'adossa lourdement contre le dossier de sa chaise.

« Il ne manquait plus que ça, » soupira t-elle.

O

Il y avait du sang.

Il y avait du sang partout.

Quelqu'un pleurait.

C'était elle ?

Elle et une autre femme. Une femme qu'elle connaissait, mais elle n'arrivait pas à y voir clair.

Elle sentait le sang. Son odeur, sa texture sur ses mains. Elle encourageait quelqu'un, avec des mots brisés, des mots plein de peur et de larmes.

Non. Non. Il n'avait pas pu faire ça. Pas ça.

Mais c'était vrai. C'était vrai. Il y avait le cadavre d'un homme dans la pièce d'à côté. Il avait été blessé, plusieurs fois, puis égorgé. Il y avait du sang partout.

« Il faut que tu tiennes, d'accord ? Juste… ça va aller, respire, c'est presque terminé. »

C'était sa voix, mais pas vraiment. Elle était rauque et cassée et choquée et toute mouillée.

L'autre femme avait du mal à respirer. Elle était faible. Il y avait du sang sur sa tête, sur son ventre, du sang qui continuait de s'écouler de son corps.

« Respire, s'il te plait, je t'en prie, accroche-toi. »

Elle avait beau se concentrer, elle n'arrivait pas à y voir clair. Elle ne discernait pas l'image de l'autre femme, ni ses réponses, ni même ses sanglots.

Mais elle savait qu'elle pleurait.

Elle se trouvait agenouillée près d'elle, entre ses jambes, et il y avait bien trop de sang et elle n'arrivait presque pas à respirer, le choc et la terreur et la tristesse et les regrets et le déni…

« C'est presque terminé, tiens-le coup. »

Elle ne tiendrait pas. Elle ne tiendrait pas.

Elle récupéra le petit corps, coupa le cordon avec la magie, serra le bébé contre elle pour essayer de le nettoyer mais elle était déjà couverte de sang et ça ne servit pas à grand-chose.

« C'est… c'est une petite fille. »

Elle enveloppa le bébé dans une veste et le présenta à la mère, ignora le sanglot qui s'échappa de sa propre gorge et lui coupa le souffle.

« Je suis désolée. »

Délicatement, elle posa l'enfant sur l'autre femme, essaya de la forcer à rester éveillée, de la forcer à vivre.

« Regina ? »

Regina se pencha sur elle, passa une main dans ses cheveux, tenta de la soulager avec sa magie et lui prit la main.

Des gestes inutiles.

La magie ne pouvait pas tout réparer, et il n'y avait aucun réconfort dans cette horreur.

« Il… ? »

« Il va bien, » mentit-elle, incapable d'arrêter ses larmes, incapable d'ignorer les sanglots trop faibles de l'autre femme qui lui sourit, pâle et couverte de sueur et de sang, un bébé serré contre elle. « Ils vont bien tous les deux. »

« Merci, » souffla t-elle, et Regina la haït pour ainsi la remercier pour un mensonge qu'elle n'avait pas été capable de rendre crédible.

Lorsque ses yeux se fermèrent, elle serra sa main jusqu'à s'en faire mal, son autre main sur sa joue, son pouce la caressant avec insistance.

« Non ! S'il te plait, ne meurs pas. Regarde-moi ! »

« Je… »

« Regarde-moi, je t'en prie. Je t'en prie… »

Mais elle eût beau prier, ses yeux ne s'ouvrirent plus.

Elle eût beau pleurer, les cadavres ne restèrent que ça, des cadavres.

Et c'était une leçon qu'elle aurait dû retenir bien longtemps auparavant.


Note quant à la fic : Cette fiction ne sera pas très longue, probablement moins d'une dizaine de chapitres (surtout vue la taille des parties). Tout ne sera pas expliqué dans les détails (concernant l'univers des rêves notamment), ce n'est pas le but de cette histoire, mais normalement, vous en saurez assez pour imaginer un canevas plus ou moins précis de ce qu'il s'y passe. N'hésitez pas à me faire part de vos théories ou questions (c'est censé être (très) flou, pas incompréhensible).

Autre chose, désolée de ne pas avoir répondu aux messages dernièrement, mais j'ai très peu de temps à moi en ce moment. Toutes les mises sous favoris ou en alertes me font sourire, merci ! Et merci aux quelques-uns qui ont pris le temps de laisser un mot. C'est toujours bien sympa.