6. Des enfants
« Qu'est-ce que tu veux dire ? » interrogea Mary-Margaret en croisant les bras. Elle jeta un coup d'œil à Regina et fronça les sourcils. « Comment tu sais pour les cendres ? »
Emma soupira.
« Je crois que Regina et toi faites les mêmes cauchemars. »
« Impossible, » intervint l'ancien Maire.
« Vraiment ? Y a-t-il encore des choses impossibles ici ? » répliqua Emma avec lassitude. Elle se reconcentra sur sa tasse de café et ses toasts, essayant d'ignorer la tension dans l'appartement.
De l'autre côté du bar, Mary-Margaret se tenait debout, immobile, son thé oublié sur un plan de travail. David, lui, essayait de calmer une petite Mary agitée en faisant quelques pas derrière Emma. Le bébé babillait joyeusement, son attention toute tournée vers Regina, et ne cessait de se tortiller dans les bras du jeune homme.
« Petit-déjeuner ? » proposa une nouvelle fois Emma, dirigeant son effort vers Henry.
Le gamin sourit et la rejoignit pour s'installer sur le tabouret à côté d'elle. Mary-Margaret sauta sur l'occasion et s'occupa à préparer son chocolat et ses toasts.
« Regina, venez ici. »
Le regard que posa l'autre femme sur elle rappela à Emma tous ces instants ces derniers temps où l'attitude de Regina envers elle avait semblé étrange. Il y avait une drôle d'émotion dans ses yeux parfois, une prudence, une curiosité, une incrédulité. C'était nouveau, et c'était inquiétant.
« Le poison, c'est votre rayon, pas le nôtre, » tenta Emma en haussant un sourcil.
« Charmant. »
« Merci. C'est de famille. »
Regina ne devait vraiment pas être du matin pour laisser échapper un tel adjectif. Avec un petit soupir excédé, elle consentit à s'approcher du bar. A son approche, Mary redoubla d'efforts pour se libérer de la prise de David. Elle secoua les pieds et tendit ses petites mains vers Regina, babillant avec excitation.
« Mama, mama, mama, mama ! »
« Ouah, doucement ! » s'étonna David en essayant de garder une bonne prise sur l'enfant.
« Mamamamama ! » s'entêta joyeusement Mary tout en essayant d'attraper Regina près d'elle.
Lorsqu'elle se pencha avec force, prenant appui avec ses pieds sur la poitrine de David, elle réussit à fermer ses petits doigts autour de la manche de Regina qui, par pur réflexe et malgré sa surprise, l'attrapa sous les bras. Voyant que la femme avait une bonne prise sur le bébé, David lâcha Mary qui se blottit contre Regina avec un petit cri tout heureux.
« Mama ! »
« Non, » contredit Regina d'une voix étonnamment douce. Elle arrangea très naturellement sa prise sur la petite et lança un regard aux autres. « Où avez-vous volé ce bébé ? »
« Mama ? »
« Non. Je ne suis pas mama. »
Mary observa Regina, plus calme, et tendit une main vers son visage, comme pour attraper ses cheveux ou peut-être caresser sa joue. Mais Regina intercepta son geste et attrapa ses petits doigts dans les siens. Alors le bébé se figea et l'observa avec ses grands yeux lumineux, et Emma aurait pu jurer que Mary sentit ou comprit que Regina n'était pas sa mère. Et pourtant, malgré sa petite mine toute triste, elle se blottit contre la sorcière une nouvelle fois et serra dans son poing le tissu de la chemise déjà froissée, le pouce de son autre main retrouvant immédiatement sa bouche.
Si Regina fut étonnée par ce comportement si confiant et soudain bien paisible, elle ne le montra pas. Elle posa une main dans le dos de la petite et dirigea un regard interrogateur vers les autres adultes.
« Elle prend chaque femme qui passe à portée pour sa mère, » expliqua Emma avec un petit sourire, ses yeux sur le bébé confortablement installé dans les bras de la femme la plus dangereuse de la ville.
« Et où est sa mère ? »
« Excellente question. On a trouvé le bébé dans les bois. Oh, et elle s'appelle Mary. »
Le regard que Regina posa sur eux était empli d'incrédulité et de sévérité.
« Dites-moi que vous n'avez pas récupéré cette enfant dans les bois pour la ramener ici, la prénommer et la garder comme si elle était un vulgaire chien errant. »
« C'est pas ce – »
« Et dites-moi, Shérif Swan, que vous avez alerté toutes les autorités compétentes quant au fait qu'un bébé a été abandonné et trouvé dans votre juridiction, qu'elle a été examinée par un médecin, qu'un assistant des services sociaux a enregistré son cas et qu'une enquête a été ouverte. »
« Eh bien, pas exactement, mais – »
« Vous comptez faire une carrière de vos kidnappings ? »
« Okay, » coupa Emma plus sèchement pour mettre fin à cette diatribe. « Je n'ai pas kidnappé Henry. »
Le garçon leva le regard vers elles en mâchouillant un toast mais n'intervint pas.
« La situation n'est pas tout à fait légale, Miss Swan. »
Elle détestait ces instants où Regina avait raison.
« Et nous n'avons pas prénommé Mary comme si elle était un chien errant. C'est son prénom. Et nous avons gardé son arrivée et sa présence secrètes parce que rien n'est normal dans cette situation. Ce n'est pas le bébé d'une famille de Storybrooke. Enfin, pas qu'on sache. »
« Pas d'une famille d'aujourd'hui, en tout cas, » précisa Henry.
« Ouais, si tu veux. »
« Est-ce que vous allez m'expliquer ou non ? »
Emma soupira, poussa une tasse propre et la cafetière vers Regina et lui indiqua le tabouret près d'elle, du côté non occupé par Henry. L'autre femme consentit enfin à s'asseoir, Mary installée sur ses genoux. Voyant que Regina ne comptait pas lui confier le bébé, David repassa de l'autre côté du comptoir, près de Mary-Margaret.
« Il y a presque un mois, quand nous avons pris le goûter chez Granny la première fois, vous vous souvenez ? Il y a eu ce truc bizarre avec la magie. Au même moment, Mary-Margaret est tombée sur Mary dans les bois. Elle se trouvait près du puits, complètement seule. »
« Vous êtes en train de me dire que vous pensez que le bébé est apparu de nulle part ? »
« Par magie, oui. » Franchement, Emma trouvait presque hilarant le fait que Regina, sorcière, personnage de conte de fées, avait à peu près la même réaction qu'elle lorsqu'elle l'avait appris. « Et croyez-le ou non, il y a plus étrange encore. »
Elle se leva, alla vers le petit lit et en sortit la couverture de Mary.
« Elle était enveloppée là-dedans. »
Regina jeta un œil à la couverture blanche, usée, reprise et propre, et haussa un sourcil.
« Très bien… ? »
Dans ses bras, Mary redressa la tête et tendit une main vers Emma.
« Tu la veux, minipousse ? »
Le pouce toujours dans la bouche, Mary hocha la tête et Emma s'approcha pour poser la petite couverture sur les genoux du bébé (et sur ceux de Regina). La petite fille serra un poing autour de la laine et en amena un coin à son visage.
Pendant ce temps, Emma retourna un autre pan de la couverture pour montrer la broderie violette à Regina.
« Quand j'étais bébé, la seule chose que j'avais avec moi était une couverture. J'étais enveloppée dedans quand David m'a mise dans la penderie magique – ces mots ne cesseront jamais d'être bizarre, » marmonna t-elle en manipulant la couverture. « Mon prénom était brodé dessus. »
Elle montra le prénom, puis alla jusqu'à une commode pour sortir la réplique exacte de la couverture qu'elle déplia en s'approchant de Regina.
« Je l'ai toujours gardée. Celle de Mary est plus usée, mais elle est identique à la mienne. »
D'une main, Emma plia la couverture du bébé pour montrer la seconde broderie, dans un autre coin.
« Vous voyez ? Elle s'appelle Mary. Il y a une petite poche cousue ici. Et à l'intérieur, il y avait ça. »
Elle posa l'alliance sur le comptoir et Mary-Margaret montra sa main et sa bague pour plus de clarifications. Regina observa les éléments, Mary toujours confortablement installée contre elle, apaisée et calme.
« Elle vient du futur, » expliqua Henry avec excitation avant de terminer son chocolat. « Et elle fait partie de la famille. »
« Du futur ? » répéta Regina, penchant légèrement la tête comme Mary le faisait lorsqu'elle était face à une nouvelle chose étrange qui méritait toute sa curiosité. « Je ne crois pas que ce soit possible. »
« Pourquoi ? » interrogea Emma.
« Parce que voyager dans le temps relève de la science-fiction, Miss Swan. »
« Puisque les contes de fées étaient censés être des histoires horribles pour enfants et que la magie était censée n'être qu'une invention populaire, excusez-moi si je ne vous crois pas sur parole. »
« Il n'y a pas à croire ou non. Il faudrait une magie bien particulière pour accomplir une telle chose. »
« Donc c'est possible. »
« En théorie. »
« En théorie ? »
« Il ne suffit pas de claquer des doigts pour que la magie fonctionne. Oui, les sorts le plus simples, une fois qu'on a conscience de la magie et qu'on la ressent, sont très instinctifs et s'accomplissent très naturellement. Mais les actes plus complexes demandent de contrôler la théorie et d'avoir des connaissances précises dans bien des domaines. C'est un peu comme si chaque sort était le résultat d'une formule mathématique ou chimique bien particulière. Sans connaître et comprendre cette équation, la magie échappe à tout contrôle et ne donne rien, ou pire, se retourne contre son possesseur. De plus, il faudrait une puissance extraordinaire pour accomplir un tel acte. Plus le sort est complexe, plus il demande de l'énergie. Si le mage n'est pas assez puissant, il meurt. »
« Donc un voyage dans le temps demanderait une maxi dose de magie et serait une équation ultra compliquée ? »
« Et possiblement jamais résolue. »
Emma fronça les sourcils.
« C'est logique. Gold aurait utilisé ce moyen pour récupérer Neal. »
« Nous sommes tous limités par la nature même de notre magie. Celle du Dark One possède de telles limitations, et d'après ce que je sais, un voyage dans le temps exigerait plus d'un type de magie, et certainement pas celle que possède Rumple. »
« Eh bien félicitations. »
« Pardon ? »
« Apparemment vous êtes une sorcière exceptionnelle, puisque c'est vous qui avez résolu cette équation magique impossible. »
« Vous êtes aussi incompréhensible que d'habitude, Miss Swan. »
« Il y avait aussi ceci dans la couverture de Mary, » expliqua Mary-Margaret en posant le bout de papier sur le comptoir.
Regina posa le regard dessus, puis ses yeux brillèrent et elle s'en saisit, examinant le message.
« On dirait mon écriture, » admit-elle.
« C'est ton écriture ! » protesta Henry avec excitation. « C'est toi qui a envoyé Mary ici, tout droit vers Mary-Margaret ! »
« Je ne crois pas, non. »
« Ce qui nous ramène à ces rêves que vous faites, » remarqua Emma.
David hocha la tête.
« Pourrait-on en savoir plus sur eux ? »
Il échangea un regard avec Emma quand les deux femmes se tendirent et évitèrent les yeux de toutes les personnes présentes. Mary-Margaret se concentra sur sa tasse, Regina sur Mary.
Peu importe ce qu'elles voyaient durant leur sommeil, le fait que ça les perturbait toutes les deux à ce point était tout bonnement terrifiant.
Lorsqu'Henry sauta de son tabouret pour emmener son bol dans l'évier près de sa grand-mère, Mary-Margaret se tendit étrangement. Emma fronça les sourcils.
« Gamin, va te préparer. Ruby passera te prendre. »
« Quoi ? » s'exclama le garçon en se tournant vers elle. « Mais pourquoi ? »
« Tu dois aller à l'école. »
« Non ! Je veux rester là ! »
« Henry, dépêche-toi. »
« Je reste là ! » protesta t-il. « Je dois être là pour savoir ce qu'il se passe et vous aider ! »
« Henry, on te racontera, » tenta d'apaiser David. « Il vaut mieux que tu ailles à l'école pour que personne ne s'inquiète. »
« C'est n'importe quoi ! C'est moi qui ai tout de suite compris pour Mary, pas vous ! Je ne vais nulle part, je me fiche de ce que vous dites ! »
« Henry Daniel Mills, arrête ça immédiatement. »
Même si Regina n'éleva pas la voix, son ton, empli de désapprobation et d'avertissement, figea le garçon (et les adultes). C'était la première fois qu'ils l'entendaient être sèche envers Henry depuis la levée du sortilège.
Emma faillit lever les yeux au ciel face à sa propre idiotie. Comment avait-elle pu ignorer que son fils avait un deuxième prénom ?
« Depuis quand te comportes-tu comme un petit délinquant ? » Le choc se lisait sur le visage d'Henry, mais lorsqu'il rencontra le regard de Regina, il rougit et baissa les yeux. « Aurais-tu oublié les règles élémentaires de la politesse ? Henry, réponds quand je te pose une question. »
« Non, maman, je n'ai pas oublié, » marmonna t-il.
« Bien, parce que je t'ai appris à respecter tes aînés, alors tu n'as pas à utiliser ce ton-là avec des adultes. Présente-leur tes excuses tout de suite. »
Passant ses mains dans les poches de son bas de pyjama, humilié, mortifié, Henry garda les yeux sur ses pieds.
« Je suis désolé, » souffla t-il, sincère.
« Maintenant va te préparer et va chercher tes affaires pour l'école. Et ne traîne pas les pieds comme si tu avais cent ans, s'il te plaît ! »
« Oui, oui. »
Il monta les escaliers sans plus de protestations, et Emma se concentra sur le fond de sa tasse, un peu gênée, comme à chaque fois que la situation lui rappelait qui avait réellement élevé Henry et qui était la seule personne de cette pièce à savoir vraiment être un parent.
Il y avait ça, et il y avait aussi le fait que Regina avait repris Henry pour sa façon déplacée de s'adresser à eux, alors qu'aucun d'entre eux n'avait jamais réprimandé le garçon pour la manière dont il traitait sa mère adoptive.
« Toutou ! »
Mary.
Leur sauveuse.
Emma adorait cette gosse.
« Toutou ? » répéta le bébé.
« Tu veux un toutou ? » interrogea Regina en la redressant sur ses genoux.
« Vi, toutou ! »
« Tiens, » invita David en lui tendant son doudou.
Mary le saisit avec un grand sourire, lâchant du même geste sa couverture que Regina rattrapa de justesse. Emma la lui prit pour la poser plus loin, avec la sienne.
« Toutou, » présenta Mary en levant le chien et la tête vers le visage de Regina, qui faillit bien se prendre le doudou dans le nez.
Heureusement, la sorcière semblait avoir gardé tous ses réflexes du temps où elle avait élevé Bébé Henry.
« Est-ce que c'est ton chien ? »
« Toutou ! »
« Enchantée, Toutou. »
Satisfaite, Mary serra la petite peluche contre elle avec une autre de ses expressions si lumineuses, ce qui provoqua un étonnant mais bien sincère petit sourire chez Regina.
Et l'espace d'un instant, le cœur d'Emma se serra.
Leurs expressions étaient étrangement semblables. Il y avait même des traits…
Elle leva les yeux pour voir Mary-Margaret observer la scène avec un regard bien pensif. Ses yeux glissèrent de Mary à Regina, de Regina à Mary, puis vinrent se poser sur Emma curieusement.
Alors que Mary continuait à jouer et discuter avec Regina, Emma envoya un message à Ruby et tenta d'établir dans son esprit quelles questions elle pourrait bien poser une fois Henry parti.
O
Après le départ de son fils, Regina se rendit compte brutalement qu'elle n'était ni changée, ni maquillée, ni coiffée et qu'elle n'avait toujours pas de chaussures. Elle ne laissa rien paraître de son malaise, et se concentra sur la fillette installée sur ses genoux.
Curieusement, le bébé avait semblé immédiatement l'apprécier. Regina préférait ne pas y penser, mais il était fort possible que Mary la connaisse dans le futur. Ça expliquerait sa confiance et son immédiat intérêt.
L'enfant était absolument adorable. Elle était magnifique, avec ses boucles foncés et ses yeux noisette tirant sur le vert, souriante et rigolote. Et bien que Regina ne souhaitait pas trop le montrer, elle ne pouvait nier que l'attachement que Mary lui manifestait était réciproque.
Apparemment elle n'était pas la seule à être sous le charme de l'enfant. David avait eu un sourire lumineux pour le bébé lorsqu'il avait déposé plusieurs jouets devant elle, et Mary-Margaret semblait la boire du regard. Mary leur rendait leur affection avec des appels, des rires joyeux et des babillages parfois très compréhensibles, et d'autres fois simplement mélodieux.
Quant à Emma, son attachement à l'enfant semblait plus prudent, mais il était clairement là. Dans sa façon de lui jeter des regards, de tendre la main vers elle parfois, juste pour réajuster sa prise sur son doudou ou pour répondre à son appel.
« Bon. Alors, les cauchemars, » commença Emma, de sa manière délicate habituelle.
Regina resta concentrée sur Mary qui secouait un poney en plastique comme s'il s'agissait d'un hochet.
Lorsque le silence s'étendit, elle entendit le shérif soupirer.
« Un peu de bonne volonté serait pas mal. Si on veut avancer, comprendre comment Mary a pu arriver ici, pourquoi, ce qu'il se passe, il faut que vous partagiez avec le reste de la classe ce que vous savez. »
« Ce sont juste des rêves, » protesta Mary-Margaret, et pour une fois, Regina n'eut pas trop de mal à être d'accord avec elle.
« Tu ne t'es jamais mise dans des états pareils simplement pour des rêves, » protesta gentiment son époux. « Si on veut les faire cesser, il faut qu'on ait plus d'informations. »
Sans lever les yeux, Regina put sentir Mary-Margaret hésiter, puis prendre une décision. Elle retint presque sa respiration, souhaita de tout son cœur meurtri que ses songes soient différents de ceux de l'autre femme.
Parce que s'ils étaient semblables…
« Je rêve de Storybrooke. Parfois, ce sont des scènes anodines, du quotidien, avec vous et les autres. Mais la plupart du temps… La plupart du temps, ça se passe autrement. Dans une ville vide et à moitié détruite. Il y a la guerre, et les gens meurent. »
Il faisait trop chaud et trop froid en même temps. Regina aurait aimé partir, ignorer tout ça, mais le poids du bébé sur ses genoux la maintenait dans la réalité. Comme si elle pouvait sentir son trouble, Mary calma ses babillages et se tourna vers elle.
Et lui sourit.
Un étrange calme envahit Regina qui respira un peu mieux, mais qui se posa tout un tas de nouvelles questions. Il y avait une étrange aura autour du bébé. Quelque chose de chaud, de doux, de pétillant aussi. De profondément bon et apaisant.
« Tu pourrais être plus précise ? » demanda Emma, qui tentait visiblement d'étouffer sa frustration et de garder un ton calme. « Qu'est-ce que tu vois ? Quand est-ce que ça se passe ? »
« Une guerre ? Contre qui ? Contre l'extérieur ? » ajouta David avec inquiétude.
« Non, » murmura Mary-Margaret. « Storybrooke est… Dans ces rêves, Storybrooke est fermée. »
« Rien de nouveau là-dedans. »
« Même Emma ne peut plus sortir. Plus personne ne peut rentrer non plus. Le temps… le temps est figé. Complètement figé dans une seconde éternelle. Plus personne ne vieillit, la nuit ne tombe jamais, rien ne change plus. »
« Whoa, » souffla le shérif. « Regina ? »
« Quoi ? » demanda Regina d'une voix un peu trop rauque et un peu trop sèche.
Emma ne s'en formalisa pas, et la sorcière la détesta un peu plus. Si elle s'était énervée, elle aurait pu provoquer une dispute et s'en servir comme excuse pour se téléporter loin d'ici et de cette situation.
« Dans vos rêves, c'est la même chose ? »
« Oui, » admit-elle à contrecœur.
Elle s'évertua à ne surtout pas lever les yeux vers son ancienne belle-fille. Cette discussion lui rappelait un peu trop les émotions de ses cauchemars, une autre Mary-Margaret, une autre Regina, des relations bien moins tendues.
Et puis du sang. Un bébé et ses parents, morts.
Et des larmes et une sincère tristesse et un vide là où il y avait toujours eu Snow-White dans son cœur.
Les cris et les sanglots d'Emma Swan. La colère et l'impuissance qui l'envahissaient alors qu'elle enlaçait l'autre femme pour tenter de la calmer, de la rassurer.
Ou de se rassurer ?
Elle n'avait pas besoin de ça en plus de tout le reste. L'image de ces autres personnes, de leurs relations si différentes, de tout.
Et si elle levait les yeux, apercevait dans le regard de Mary-Margaret le même désespoir, la même terreur que dans le sien… ?
Non. Non, ils n'étaient que des rêves.
Que des stupides rêves.
« Et cette histoire de cendres ? C'est quoi ? »
Mary-Margaret ouvrit la bouche, Regina le vit du coin de l'œil. La vit pâlir, peut-être en souvenir d'un quelconque cauchemar. Le silence s'éternisa et le bébé dans ses bras se figea. La fillette, d'une quelconque façon, semblait extraordinairement sensible à son environnement et à l'humeur des gens autour d'elle.
Alors Regina berça un peu Mary pour la rassurer et se força à compartimenter ses émotions, à les éloigner d'elle pour mieux contrôler son expression et son ton.
« La nuit durant laquelle la guerre s'est déclenchée, il y a eu de nombreux incendies. Certains qui ont ravagé des quartiers entiers de la ville jusqu'au lendemain. Ce jour-là, en début d'après-midi, le temps s'est figé. Les cendres n'ont jamais été balayées par le vent. Elles sont restées dans les rues. Dans l'air. »
Ça, et puis il y avait les autres cendres aussi, celles des autres incendies, déclenchés au fil des batailles.
Et celles laissées là par les crémations magiques.
« Le ciel était gris ce jour-là, » continua Mary-Margaret d'une voix basse, sourde. « Il est toujours gris. Mais je ne sais pas si c'est seulement les nuages qui ne bougent plus à l'intérieur de la bulle, ou si c'est… »
« Est-ce que ça se passe maintenant ? Je veux dire, vous nous voyez dans ces rêves, non ? » demanda Emma. « C'est maintenant ? Dans le futur ? »
« Ca dépend. Certains rêves se passent avant la guerre. Dans les années à venir. Et la guerre... » Mary-Margaret hésita. « Comment y mettre un point de départ ? »
« Le jour dont vous parlez, le jour où le temps a été figé, » précisa David avec un sérieux grave et inquiet que Regina ne lui avait jamais connu. « Quand c'est ? »
« Dans cinq ans et demi. A peu près, » répondit Mary-Margaret. « Mais ce sont juste des rêves, c'est tout. »
« Comment savoir ? » répliqua Emma. « Mary est là alors qu'elle ne le devrait pas, tout indique qu'elle vient du futur, alors comment savoir si ce ne sont que des rêves ? C'est peut-être des visions de notre futur. »
« Non ! » rétorqua sa mère avec véhémence.
Sa réaction sembla surprendre sa famille, mais Regina partageait son sentiment et l'idée même qu'elles avaient les mêmes rêves, l'idée que finalement ce n'était peut-être pas sa folie qui avait créé de toutes pièces ces visions d'horreur la glaçait d'effroi.
« Mary-Margaret… »
« Non, Emma, tu ne sais pas de quoi tu parles, » insista le professeur froidement. « Ce sont des rêves, et c'est tout. »
« Aget ? »
La petite voix hésitante força la jeune femme à se calmer et elle tourna son attention vers Mary pour lui offrir un petit sourire tremblant.
« Tout va bien, Mary. Je suis désolée. »
« Tu as dit que des gens étaient morts, » se souvint doucement David en s'approchant d'elle, son regard doux et prudent. « Qui ? »
Mais son épouse secoua la tête sans lui répondre.
« Ça n'a aucune importance, » soutint Regina malgré elle.
« Si, ça en a, » protesta Emma posément. « On a besoin de comprendre ce qu'il se passe. »
« Pour Mary ? Ces rêves ont commencé quelques jours avant son arrivée, ça n'a peut-être aucun lien. »
« C'est vous l'experte, vous qui avez tenu le cœur de Mary-Margaret entre vos mains. Est-ce que partager des visions horrifiantes fait partie des effets secondaires ? »
Regina serra les dents et se retint de l'étrangler. Elle détestait cette femme, et pourtant elle avait le souvenir d'une autre Emma Swan, apaisée et plus sûre d'elle et de sa place, et d'encore une autre, désespérée et pleine de colère et de rancœur et pourtant si forte, si lumineuse…
L'autre Regina avait ressenti tout un tas de choses pour cette femme.
Mais elle n'était pas cette Regina-là. Et Emma n'était pas cette Emma-là.
Les choses étaient différentes, leurs sentiments étaient différents.
Et suivre la ligne de pensées de cette Emma Swan était terrifiant.
Parce que Regina avait bien connaissance de certains sorts permettant un transfert de pensées ou de souvenirs d'une personne à une autre par lien magique. Elle se raccrochait à l'idée que, si jamais dans une hypothétique réalité ce futur existait réellement, il aurait fallu qu'un sorcier puissant réussisse à trouver le moyen de déjouer le temps pour créer ce lien entre elle, dans le passé, et lui, dans le futur, et d'établir le transfert.
C'était impossible à sa connaissance. Personne à Storybrooke ne pouvait accomplir une telle chose. Les fées ne toucheraient jamais à la ligne du temps, et les mages autres que Rumple et elle se trouvaient trop faibles pour un tel accomplissement.
Et puis, de toutes façons, dans ce futur, Gold était mort.
Serait-elle réellement toujours en vie au moment du départ de Mary ? Son écriture sur le message tendait à valider cette théorie.
« Alors, on est tous morts ? » demanda Emma.
« C'est difficile à dire. »
« Ah oui ? »
« Oui, » rétorqua froidement Regina, absolument agacée. « Ce n'est pas comme un film, il n'y a pas de sous-titres pour indiquer la date ou le passage du temps, et nous n'avons que de petites fractions des évènements. »
« Mais certains de nous sont morts ? Mary-Margaret ? »
Curieuse de savoir exactement ce dont Mary-Margaret avait rêvé, Regina leva le regard vers elle.
Avait-elle vu sa propre mort ? Celle de son bébé ?
Elle aurait dû se sentir heureuse à cette pensée, et pourtant son cœur n'y trouvait aucune satisfaction. Au contraire.
Quant au reste…
Elle essaya de se souvenir de ses rêves, même les plus flous, tenta de déterminer si oui ou non la relation entre l'autre Emma et l'autre Regina avait été discutée avec les deux idiots…
Bon sang.
Mary-Margaret avait-elle vu ça, aussi ?
C'était embarrassant. Etrangement embarrassant.
Parce que ce n'était pas elle, pas du tout, et que Regina n'entretenait pas de tels sentiments pour Emma, et qu'elle ne voulait surtout pas que Mary-Margaret pense qu'elle entretenait de tels sentiments pour Emma.
Il ne manquerait vraiment plus que ça.
« Joyeux est mort, » commença Mary-Margaret d'une voix posée, étrangement rauque mais forte. « Grincheux a failli être tué, je crois qu'il s'en est sorti de justesse, mais il pourrait être mort, je n'en suis pas sûre. Gold est mort. Ruby est morte. Neal est mort. Blue est morte. Timide est mort. Midas est mort. Ariel est morte. Je crois qu'Eric est mort, lui aussi, plus tard. Julian et Emy et leurs enfants sont morts. Whale est mort. Sydney est mort. Jefferson et Grace et ses parents adoptifs sont tous morts. Pinocchio et Gepetto sont morts. Frank, Jackson, Will, Monroe et bien d'autres chevaliers sont morts. » Elle prit une lente inspiration. « Je suis morte. David est mort. »
Regina décida qu'Emma ne pourrait probablement pas être plus pâle. Le shérif se tourna vers elle, son regard brillant, priant peut-être pour qu'elle démente tout. Mais même si Regina n'avait pas vu tous ces gens mourir, elle ne doutait pas que Snow l'avait rêvé.
« Nous pourrions continuer un moment, » informa t-elle sombrement. « Je suis certaine qu'il y a plus de deux cents noms sur cette liste, Miss Swan. »
« Et Henry ? » demanda Emma immédiatement, horrifiée à l'idée de perdre ses parents sans doute, mais terrifiée à l'idée de ce qu'il pourrait arriver à leur fils.
A cette mention, dans ce contexte, avec toutes les images qui lui passaient par la tête, Regina ne put tout à fait contrôler sa réaction et sa tasse vide explosa dans sa main.
Tous sursautèrent et Mary gémit, effrayée.
Immédiatement, David fit le tour du bar pour prendre la petite et la bercer tandis que, surprise et contrariée, Regina observa les dégâts qu'elle venait de causer. Elle retira négligemment deux bouts de porcelaine enfoncés dans sa paume et soupira silencieusement.
Il allait vraiment falloir qu'elle dorme plus. Ça ne lui ressemblait aucunement de perdre le contrôle deux fois en autant de jours.
« Il est mort ? Il est mort, c'est ça ? »
Elle préféra ne pas répondre. Et elle comprit au silence lourd de Mary-Margaret qu'au combien elle avait souhaité le contraire, elles faisaient bel et bien les mêmes cauchemars.
Emma sembla prendre leur refus de parler comme une confirmation et il valait sans aucun doute bien mieux qu'elle pense cela plutôt qu'elle apprenne la vérité.
Lorsqu'un rouleau de bandage fut déposé sur le comptoir face à elle, Regina leva un regard curieux vers Mary-Margaret qui détourna les yeux. La dernière fois qu'elles s'étaient vues, l'une avait arraché le cœur de l'autre et leur désespoir et leur haine n'auraient pas pu être plus intenses. Et pourtant ce moment semblait à des années-lumière de leur présent.
Avec lassitude, Regina prit le rouleau et banda rapidement sa main pour éviter de recouvrir le bar de sang.
« Et Mary ? » interrogea David doucement, un peu pâle, sans doute à l'idée de son possible futur.
De leur très prochaine mort.
« Vous l'avez vue ? Vous savez qui elle est ? »
A ces mots, Mary-Margaret posa un étrange regard sur Regina. Si elle croyait qu'elle possédait la réponse qu'apparemment elle ne détenait pas, elle se trompait lourdement.
« Non. Je ne sais pas qui elle est. En tout cas, je ne me souviens pas avoir déjà entendu son nom ou l'avoir déjà vue. »
« Quoi ? Pas de rêve sur vous envoyant un bébé dans le passé avec pour toute explication deux mots super inquiétants ? »
« Je suis plutôt certaine, Miss Swan, que si jamais j'avais dû envoyer un bébé dans le passé je ne l'aurais certainement pas envoyé à vous et à vos parents ni n'aurais d'ailleurs eu en ma possession cette bague. Et puisque je ne me souviens pas de vous avoir vue mourir, puisqu'il s'agit de votre couverture, de l'alliance de votre mère et apparemment d'un bébé de votre entourage, et que dans cette pièce vous êtes la seule autre personne disposant d'assez de magie pour un tel miracle, je pense plutôt que c'est vous qui avez envoyé ce bébé ici, directement sous la protection de votre famille. »
« C'est… c'est ridicule, » protesta faiblement Emma, et Regina apprécia son air plutôt horrifié. « J'ai dû me servir de la magie quoi… deux fois ? Par accident ! Et tant mieux si je suis toujours en vie, mais je suis plutôt certaine que ce n'est pas moi qui ai fait ça ! »
« Ah oui ? »
« C'est votre écriture ! »
« Coïncidence. »
« Ca n'existe pas. Et c'est vous qui faites les rêves ! »
« Et Miss Blanchard. »
« Parce que vous aviez son cœur entre les mains ! »
C'était...
En fait, c'était étrangement logique. Pourquoi seraient-elles les deux seules à faire ces cauchemars ? Pourquoi quelqu'un aurait décidé d'envoyer ces souvenirs à Mary-Margaret, sachant qu'elle était morte dans le futur ?
A moins que la cible avait toujours été Regina, et que par un terrible hasard le transfert ce soit effectué exactement au moment où elle avait sa main autour du cœur magique de l'autre femme. Alors un effet ricochet se serait créé…
Mais dans ce cas, Mary-Margaret aurait reçu les mêmes souvenirs que ceux dont rêvait Regina. Et elle avait l'impression que ce n'était pas le cas, que sa perception à elle était différente, peut-être même rêvait-elle d'un tout autre point de vue, celui de l'autre Snow.
Une telle chose n'aurait pu se produire que si une part de Snow, de ce qui composait son être même, avait non seulement survécu dans le futur mais avait aussi été d'une façon ou d'une autre liée à la procédure par inadvertance, comme…
Comme une bague. Une bague qui renfermerait une part essentielle de l'histoire de Snow-White, symbolisant physiquement le lien si puissant entre elle et son âme sœur. Dans l'anneau était sans doute contenu un fragment de cette magie extraordinaire, de leur Amour Véritable, attaché au métal et à la pierre et entretenu par l'amour pur et inébranlable que leur fille, détentrice probable du bijou, gardait toujours en son cœur pour ses parents.
Mais pourquoi Regina aurait-elle eu en sa possession cette alliance lors du lancement de ce sort ? Enfin, si c'était bien elle qui avait lancé le sort de transfert.
Si le bébé venait vraiment du futur. De ce futur.
Si.
« Vous n'êtes pas morte non plus, si ? » continua Emma en croisant les bras avec entêtement. « Et vous avez presque été malade quand Mary est apparue, donc c'est logique de penser que c'est votre magie qui est responsable de tout ça. »
« Ce bébé est sans aucun doute l'enfant de l'un de vos précieux amis, et vous avez dû je ne sais pour quelle raison étrange décider de le cacher. Peut-être avez-vous été aussi maladroite avec votre magie que vous l'êtes avec vos mouvements et qu'elle a atterri ici par un complet hasard dû à votre incompétence. »
« C'est n'importe quoi ! Ce n'est pas moi ! Et qu'est-ce qui vous dit qu'elle est le bébé d'un ami ? »
« Elle s'appelle Mary ! » rétorqua Regina avec incrédulité.
Non, mais vraiment, à quelle point cette idiote pouvait-elle être longue à la détente ?
Emma cligna des yeux, puis fronça les sourcils.
« Vous pensez… ? » interrogea t-elle, lançant un regard vers Mary-Margaret qui haussait les sourcils.
Ils avaient forcément dû remarquer que le prénom ne leur était pas inconnu. Non ?
Bien sûr, si Regina devait être honnête (mais ce n'était pas son fort), elle admettrait que Mary était un prénom très répandu et populaire.
« Miss Blanchard est morte, et elle est leur si précieuse princesse. Et même si beaucoup de vos amis sont morts, ainsi qu'une grande partie des fées et des nains, je suis plutôt sûre que quelques-uns ont réussi à survivre. Il n'est vraiment pas improbable que l'un d'eux se soit reproduit et ait décidé d'honorer sa mémoire ainsi, aussi stupide que ce soit. »
Franchement, Regina était plutôt fière d'arriver à apparaître aussi détachée et condescendante alors même que l'épuisement la gagnait de nouveau et que les émotions lui serraient presque la gorge.
Elle avait beau dénigrer ces gens et leurs amis, les émotions liées aux rêves continuaient de la hanter et parfois, comme un fantôme flottant dans son cœur, elle se souvenait du respect et de l'affection qu'elle avait eus dans ses rêves pour certains d'entre eux et à quel point leur sort l'avait bouleversée.
« Ou alors… » David hésita, Mary assise sur un tapis de jeu près de ses pieds, occupée avec quelques jouets. « Peut-être qu'elle est vraiment un membre de notre famille ? »
Il leva les yeux vers Emma, à la fois plein d'espoir, choqué et inquiet à l'idée de soulever cette idée.
« Moi ? » demanda sa fille, l'air soucieuse. « Tu crois qu'elle serait ma fille ? Non. »
Regina aurait aimé soutenir sa négation, parce qu'elle ne se souvenait pas avoir vu Emma mettre au monde un enfant et que cette histoire de voyage dans le passé s'était probablement déroulée après la mort de Snow et David. Et que dans ses rêves (débiles), elle n'avait vu Emma qu'avec… eh bien, elle-même.
Donc, non.
Mais en même temps, personne n'avait jamais clairement défini cette relation.
Elle se souvenait des sentiments puissants que l'autre Regina entretenait pour l'autre Emma, mais étaient-elles exclusives dans leur affection ?
Peut-être Emma avait-elle eu une aventure avec quelqu'un. Peut-être avait-elle eu Mary bien plus tard.
« Emma… »
« Non, David. Sans vouloir vous vexer, parce que je vous aime beaucoup et tout ça, je ne suis pas franchement une fan de l'idée de donner à un bébé le prénom que portait un mort. Je trouve ça même très glauque. Alors, juste, non. »
« Cette idée te semble stupide maintenant. Mais dans toutes ces années, qui sait… Tu seras différente. »
« Tu veux seulement qu'elle fasse partie de notre famille parce que tu es tombé amoureux d'elle. »
David leva les yeux au ciel.
« Encore une fois, ce n'est pas de ma faute, cette petite est absolument craquante. Je suis même sûr que Regina est tombée amoureuse d'elle ! »
« Pardon ? » s'indigna celle-ci. « Absolument pas ! »
A ces mots, à son ton peut-être, Mary leva la tête vers elle et lui fit un grand sourire.
« Toutou, dada, zoue ! » chanta t-elle, un poney dans une main, son doudou dans l'autre.
Bon, peut-être qu'elle trouvait le bébé mignon.
Ce n'était pas de sa faute, elle mettait ça sur le compte de son instinct maternel.
« Mary est charmante, » attesta David. « Je suis presque sûr qu'elle est des nôtres. »
« Ça n'a rien de logique, » protesta Emma avec fatigue.
« On devrait plutôt se concentrer sur une autre question. Comme pourquoi quelqu'un se serait donné tout ce mal pour la protéger ? » interrogea doucement Mary-Margaret. « Pour l'envoyer ici ? N'y avait-il pas des moyens plus simples ? »
« Plus simples, oui. Mais vu le nombre de morts, je suppose que la vie craint dans le futur, non ? »
« Les gens vivent cachés dans des abris souterrains protégés par la magie. Mais parfois, les ennemis les débusquent. Personne n'est sauf. »
« Qui est derrière tout ça, au juste ? »
« Mary est visiblement très importante pour quelqu'un, » continua le professeur en ignorant la question de sa fille. « Quelqu'un a été assez inquiet pour elle pour l'envoyer jusqu'ici, juste pour qu'il soit certain qu'il ne lui arrive rien. »
« Il est clair que ce bébé est aimé, » remarqua Regina en haussant un sourcil, parce que la chose était évidente. « Elle est en bonne santé malgré le manque de nourriture et de moyens, c'est un bébé confiant et heureux, et elle a quoi ? Peut-être dix-huit mois, maximum ? Son vocabulaire est très étendu, c'est un signe que des gens s'occupent d'elle et lui parlent constamment, qu'ils jouent avec elle et cherchent à développer ses acquis. L'envoyer ici pour la protéger ? C'est démesuré. C'est désespéré. C'est le genre de choses absurdes que les gens font par amour. »
« Ses parents doivent vraiment, vraiment tenir à elle. »
« Oui, donc ce n'est… »
Regina s'interrompit, un frisson étrange parcourant sa colonne vertébrale. Elle se tourna rapidement vers Mary, à temps pour voir la petite, à présent debout, faire voler sa couverture de bébé jusqu'à elle.
« Ah oui, » commenta Emma tranquillement. « Au fait, c'est un bébé magique. »
Le choc que ressentit Regina avait tout à voir avec cette découverte, cette sensation étrange de connaître le goût de la magie de Mary, et l'incrédulité qu'elle ressentait face à un tel phénomène.
Elle observa Mary, sa couverture et son doudou en main, délaisser ses jouets et marcher jusqu'au tabouret d'Emma qui se pencha pour l'attraper sous les bras et l'installer sur ses genoux.
« Regina, respirez, vous êtes un peu pâle. »
« Les bébés magiques n'existent pas. »
Elle aurait aimé que son ton soit cassant et condescendant, mais ses mots sortirent faibles et choqués et l'autre femme haussa les épaules.
« Oui, comme les contes de fées, les voyages dans le temps, les autres mondes et les haricots magiques. »
« Non, les bébés magiques n'existent vraiment pas, » insista Regina, ses yeux sur Mary qui suçait son pouce, blottie contre Emma mais ses yeux sur elle.
« Pourquoi ? Vous avez bien des pouvoirs. D'ailleurs, je suis née avec des pouvoirs, non ? »
« Ça n'a rien à voir ! » s'indigna Regina. « Vous êtes née avec un potentiel et des dons latents parce que vous êtes un produit de l'Amour Véritable et un miracle. »
« Un miracle ? » interrogea Emma, confuse.
Mais Regina n'était pas d'humeur à combler ses lacunes quant à sa propre histoire.
« Je suis née avec un potentiel pour la magie parce que je suis issue d'une lignée ayant ce pouvoir. Et dans nos deux cas comme dans le cas de toute personne possédant une magie innée, il a fallu pour débloquer ce pouvoir un évènement déclencheur. La magie se nourrit d'émotions, et seule une émotion puissante peut activer le potentiel d'un mage, rien d'autre. C'est cet évènement et les sentiments très forts qui y sont liés qui détermineront la nature de la magie. Un bébé – ou un jeune enfant d'ailleurs, ne possède en aucun cas la maturité nécessaire à un tel éveil. C'est pour ça, Miss Swan, qu'il n'existe pas de bébés magiques. »
« Mary existe, » remarqua Emma en berçant le bébé dans un geste qui paraissait étonnamment naturel. « Et elle possède des pouvoirs. Et elle s'en sert très naturellement. Vous avez dit vous-même que les sorts les plus simples sont instinctifs. »
« Une fois la magie éveillée, une fois que le sorcier a conscience de sa magie et peut la maîtriser. »
« Peut-être que Mary est née comme ça. Peut-être qu'elle a instinctivement toujours senti sa magie. Peut-être qu'elle est simplement spéciale, et que c'est pour ça qu'elle a été envoyée ici. »
« Comme… » Encore une fois, David hésita. « Comme nous t'avons envoyée dans ce monde ? »
« Ils espéreraient que Mary soit leur Sauveuse ? » pensa Mary-Margaret tout haut. « Et ils l'auraient envoyée ici pour… changer le passé ? »
« Sa simple présence ici a changé le passé, » remarqua Emma en soupirant. « C'est bien pour ça que les voyages temporels et le concept même du paradoxe existent, non ? Les rêves et Mary ont déjà tout changé. Du coup, Mary ne devrait pas naître et du coup, elle ne devrait pas être ici puisqu'elle ne va jamais exister. A moins, bien sûr, qu'on croit que, comme les autres mondes existent, il existe aussi des univers parallèles qui se créent à chaque décision prise. Dans ce cas, la présence de Mary ici nous a fait dériver de la ligne temporelle originelle et nous ne vivrons pas ce possible futur que vous voyez. »
Mary-Margaret s'affaissa contre le meuble derrière elle, un soulagement prudent au visage.
« J'aime cette théorie. Et elle semble logique. Mais univers parallèle ou pas, si c'est le futur que nous avons vu alors nous devrons tout faire pour qu'il n'arrive pas. »
Regina évita son regard alors, préféra ne surtout pas penser à ce qu'elle devrait faire pour accomplir cette mission. Parce que non, elle ne voulait pas de ce futur.
Elle ne le voulait pas pour elle, pour Storybrooke, pour ses habitants.
Elle ne le voulait surtout pas pour Henry.
« Mais si nous venons de bifurquer dans un univers parallèle, alors est-ce que ses parents viendront la chercher ? Est-ce qu'ils le pourront puisque nous ne sommes plus leur passé ? Et si elle doit grandir ici pour aller les sauver, comment est-ce qu'elle les trouvera ? » interrogea pensivement David.
Franchement, toutes ces théories (un peu trop logiques à son goût pour de tels idiots) commençaient à épuiser Regina et elle pouvait sentir que ses maux de tête s'intensifiaient.
Et puis son esprit était resté bloqué sur Mary. Sur Mary et cette étrange aura autour d'elle, sa magie au goût distinct et un peu trop familier, cet instinct effrayant qui enserrait son cœur et lui hurlait de la protéger, un instinct possessif et violent et tendre aussi.
Un bébé magique.
Comment un tel être pouvait-il naître ?
Par quelle… magie ?
Quant au fait que ces rêves pouvaient bien être un futur possible…
Henry.
« Regina, vous écoutez ? »
« Non. »
Sans une autre pensée, sans un autre mot, elle se téléporta dans sa salle de bains, la respiration difficile. Elle tenta de respirer profondément pour faire passer la nausée et s'appuya contre l'évier.
Si seulement elle pouvait juste s'allonger, se reposer et oublier.
Mais fermer les yeux était dangereux.
Il n'y avait pas de paix pour elle.
Il n'y en aurait peut-être plus jamais.
O
Emma avait eu toutes les peines du monde à calmer les pleurs de Mary lorsque Regina avait disparu sans un au revoir. Elle s'était retrouvée avec le bébé dans les bras, à la bercer et à lui murmurer que tout irait bien, que Regina reviendrait, qu'elle était juste partie chercher quelque chose.
Sérieusement, sa vie était vraiment devenue n'importe quoi.
Avoir parlé de ses rêves semblait avoir calmé Mary-Margaret et lui avoir donné un nouveau souffle. Son regard déterminé se baladait d'Emma à Mary de temps à autres, alors qu'elle gardait le silence, peut-être perdue dans ses pensées.
Mais quelle solution avaient-ils à part continuer leur vie ainsi ? Espérer d'autres signes ?
Il fallut à Emma près d'une heure pour que Mary accepte qu'elle la lâche. Elle la confia à David, sur le canapé, et même avec la télé allumée sur sa chaine préférée, même avec sa couverture et son doudou et les bras de David autour d'elle, Mary ne cessa d'envoyer des regards inquiets vers Emma pendant encore une heure avant de s'endormir enfin, épuisée.
« Je pense que je vais pouvoir quitter l'appartement, » souffla Emma.
« Oui, » chuchota David avec un petit sourire. « Elle avait l'air vraiment paniquée à l'idée que tu la quittes. »
« Ses parents doivent lui manquer de plus en plus. Ça fait des semaines. »
« Tu ne trouves pas ça étrange qu'elle n'ait réagi ainsi qu'au départ de Regina ? Et qu'elle se soit accrochée à toi comme ça ? »
« Un peu, » admit Emma. « Mais si Regina l'a envoyée ici, c'est qu'elle doit la connaître dans l'avenir. Et peut-être qu'elle me connaît aussi. Elle se raccroche à ça. »
« Mmh, » acquiesça David, l'air plus sombre.
Emma songea que lui aussi devait penser à ce que Mary-Margaret leur avait dit. Qu'ils mourraient, tous les deux. Elle préférait ne surtout pas y réfléchir, mais l'idée dansait dans ses pensées.
Et Henry…
Oh, Henry.
Il y avait tant de questions qu'elle aimerait avoir le courage de poser. Que s'était-il passé exactement dans cet autre univers, ou dans leur futur, peu importe ? Comment étaient-ils morts ? Quand ? Et Henry ? Et comment tout éviter ?
Pour le moment, elle avait surtout besoin d'air. Même si c'était son jour de congés, elle irait peut-être au poste un instant, puis elle irait chez Granny.
« Je sors un peu. Ça ira ? »
« Oui, bien sûr. »
« Mary-Margaret ? »
« Sors, Emma. Tout va bien. »
« Okay. Je passerai prendre Henry à l'école. A tout à l'heure ! »
O
Une fois qu'elle eût fini de nettoyer la bibliothèque, Regina éteignit la radio et monta à l'étage. Là, elle alla dans le salon pour y allumer la télé dont elle monta le volume pour pouvoir l'entendre dans l'ensemble des pièces.
Ça faisait partie de ces choses qu'elle n'expliquait pas.
Elle avait beau se dire qu'au moins elle n'était pas tordue au point d'imaginer ces terribles cauchemars où Henry n'était plus qu'un monstre sans cœur, il y avait toujours bien des trucs qui n'allaient pas chez elle.
Elle ne ressentait pas comme tout le monde. Pouvait entretenir haine et colère pendant des années avec la même intensité mais luttait chaque seconde pour maintenir joie, contentement ou amour. L'empathie ne lui venait pas naturellement. Ou plutôt, elle était là, mais les émotions qu'elle faisait naître se trouvaient immédiatement enterrées loin sous la couche de glace et de méfiance qui enserrait son cœur depuis très, très longtemps.
Tout lui paraissait difficile. Chaque émotion qui n'était pas néfaste. Des choses qui venaient naturellement aux autres, les liens qu'ils établissaient, innocents et éphémères, puissants et durables, les conversations anodines, les expressions, les gestes, tout. Pour elle, tout ça semblait étrange, dangereux. Elle passait son temps à prétendre.
Ce n'était pas qu'elle ne comprenait pas ces comportements sociaux ou les sentiments, qu'elle en était incapable, c'était juste qu'elle ne savait pas comment laisser partir la peur.
Tout ce qu'elle touchait, elle le détruisait. Surtout ce qu'elle aimait. Surtout quand elle n'avait pas dans l'intention de détruire. Comme pour Daniel. Comme pour Cora.
Sa mère. Qui symbolisait à elle seule toutes les cassures que Regina pouvait sentir en elle. Parce qu'elle aurait dû haïr sa mère, pas vrai ? Pour ce qu'elle lui avait fait toute sa vie, pour Daniel, pour le mariage et la magie, pour tout. Et il y avait bien une part d'elle qui la détestait, mais ça, c'était facile. Ce qui était terrible, c'était qu'elle l'aimait aussi, même encore à présent, c'était que la pensée de sa mort la blessait. C'était qu'elle ressentait une émotion aussi pure pour un parent abusif et l'assassin de son Amour Véritable, alors qu'elle parvenait à peine à briser ses propres barrières pour laisser fleurir d'autres sentiments plus simples, plus doux.
C'était comme s'il y avait des fissures en elle, des craquelures qui l'empêchaient de relier ce qu'elle savait, ce qu'elle ressentait et ce qu'elle faisait. Elle connaissait objectivement la différence entre le Bien et le Mal, mais ça ne l'empêchait pas de tuer. Elle savait qu'elle était ainsi en partie à cause de sa mère, mais ça ne l'empêchait pas de l'aimer. Elle avait conscience qu'entretenir autant de haine après autant d'années était insensé, mais ça ne l'empêchait pas de se noyer dans ce sentiment.
Elle évoluait, bien sûr, et ça la rassurait. Par exemple, il y avait une sorte de respect mêlé à l'agacement qu'elle ressentait pour Emma Swan, et même une chaleur dans son cœur meurtri lorsqu'elle lui faisait face. Elle ressentait un certain attachement à cette ville, peut-être même à ses habitants. Si le fait qu'Archie avait trahi sa confiance l'avait autant surprise et blessée, c'était qu'elle avait ressenti une sorte d'affection pour lui.
Mais peut-être que ça ne suffisait pas. Après tout, même si elle savait que certains de ses actes passés étaient d'horribles crimes, elle ne pouvait pas dire qu'elle les regrettait tous, ou que les avoir commis l'empêchait de dormir.
Oui, elle en avait honte, oui, elle aurait voulu effacer certaines choses.
Mais pas tout.
Pas comme son fils le voudrait. Pas comme…
Henry.
Elle aimait Henry, l'avait élevé, l'avait blessé.
Et Henry pourrait devenir un tueur. Un sorcier capable de détruire des centaines, des milliers de vie.
Il avait grandi en l'observant, avait grandi auprès d'elle. Elle avait peut-être inconsciemment souillé son propre fils. Peut-être qu'il tenait son manque d'empathie d'elle, peut-être que même à présent, il y avait quelque chose qui n'allait pas chez lui et qu'elle n'avait pas su le voir.
C'était de sa faute. De sa faute.
Elle n'aurait jamais dû adopter. Elle n'aurait jamais dû élever un bébé.
Les gens comme elle, incapables de guérir et d'être normal, ne pouvaient éduquer un enfant correctement.
Mais Henry…
Henry avait toujours eu un sens prononcé du Bien et du Mal, trop prononcé, peut-être. Il n'avait jamais été cruel, pas comme ça, pas au point de physiquement blesser quelqu'un. Il pouvait se montrer altruiste, souffrir pour quelqu'un, il avait voulu sauver tout le monde, avait souffert de les voir tristes.
Etait-ce… était-ce au fil du temps qu'Henry changerait ? Etait-il déjà en train de changer ? Dans les rêves, ils avaient mentionné Neverland. Peut-être s'était-il passé quelque chose là-bas, quelque chose d'assez fort pour débloquer son potentiel magique, quelque chose qui l'avait poussé à nourrir de la rancœur et de la colère contre eux tous.
Le son de la télé lui provenait comme un bruit de fond. Elle ne pouvait distinguer les mots, mais elle entendait les voix et c'était tout ce qui comptait. C'était un peu ironique, qu'après toute une enfance passée à prier pour un peu de silence, pour que le bruit des cœurs arrachés par sa mère cesse de résonner contre les murs, elle était incapable de se sentir tranquille dans une maison trop grande et trop silencieuse.
Parce que le silence était aussi lié à ces années passées dans un château trop vide et trop froid. Parce que le silence signifiait la solitude, la prison, l'impuissance. Et parce que le bruit des cœurs, les siens cette fois-ci, avait mis fin à tout ça.
Puis il y avait eu Storybrooke et tous les sons modernes, et il y avait eu Henry, ses babillages et ses rires, le bruit de ses pas, de ses jeux et de sa musique.
Alors entre ses angoisses, l'absence de son fils et les cauchemars, Regina avait simplement besoin de briser le silence, juste pour qu'une source de stress parmi toutes celles qui l'envahissaient soit éliminée. Juste une en moins, pour qu'elle puisse un peu respirer.
Faire le ménage l'aidait également. L'effort physique la calmait, l'illusion de contrôle aussi.
Son téléphone se mit à sonner. Une simple alarme qu'elle n'avait jamais désactivée. Henry sortirait bientôt de l'école.
La journée avait été longue et éprouvante, elle était épuisée, et pourtant la décision fut vite prise.
S'il y avait une chance pour que cet avenir soit le leur, pour qu'Henry tourne mal, pour qu'elle puisse l'empêcher, alors elle la saisirait.
O
« Regina ? Qu'est-ce que vous faites là ? »
« Je suis venue voir mon fils, Miss Swan. »
Le shérif haussa un sourcil, toujours appuyée contre sa voiture, alors Regina s'expliqua. Un peu.
« J'aimerais juste lui parler. En privé. »
« Oh. Okay. Euh… Peut-être… peut-être que vous pourriez le ramener à l'appartement un peu plus tard ? Mary serait ravie de vous revoir. »
« Vraiment ? »
Emma sembla se demander si elle l'interrogeait sur la possibilité de passer du temps seule avec son fils ou sur l'idée que Mary veuille la revoir. Bien sûr, Regina ne précisa pas ses pensées.
« Elle a très mal pris votre départ, » précisa finalement la blonde en haussant les épaules. « La prochaine fois, dites-lui au revoir proprement, la voir pleurer comme ça me fait mal au cœur. »
« Elle a pleuré ? »
« Je pense qu'elle vous aime bien. Ou l'autre vous. Peu importe. Ils sortent, j'y vais. »
Sans un autre mort, Emma remonta dans sa voiture et s'en alla, laissant Regina avec sa surprise. Elle s'était attendue à devoir se défendre pendant de longues minutes pour que le shérif la laisse seule avec Henry. Il était vrai que leur arrangement avait démarré presque un mois auparavant, mais elle avait songé qu'elle devrait subir bien plus de visites accompagnées avant d'avoir le droit d'être en tête-à-tête avec son propre fils.
« Maman ? » interrogea immédiatement Henry en la voyant. Il observa autour de lui, sans doute pour essayer de repérer un autre membre de sa famille. « Qu'est-ce que tu fais là ? »
« Je suis venue te chercher, » sourit Regina. « Avec l'autorisation de Miss Swan. »
A ces mots, Henry cessa de regarder autour de lui et leva les yeux vers elle, l'air un peu gêné. Puis il haussa les épaules.
« Cool. »
« Tu viens ? On pourrait marcher jusque chez Granny ? »
« Okay. »
Il marcha près d'elle, en silence, et Regina profita de l'air frais un instant, de la présence du garçon près d'elle.
Finalement, au bout d'une rue, elle se décida à parler.
« Tu es furieux. »
Henry ne répondit pas, il n'en avait pas besoin.
« Si nous t'avons éloigné de notre discussion ce matin, c'était pour te protéger. Tu te souviens de ce dont nous avons discuté cette nuit ? Tu es un enfant, Henry. »
« Et alors ? Tu as dit hier que j'avais aidé à briser le sortilège ! »
« Bien sûr que tu as aidé. Ça ne veut pas dire que tu dois cesser d'aller à l'école ou de te comporter comme un enfant. Ce n'est pas contre toi, mais pour toi. Le simple fait que nous soyons tous d'accord sur ce point devrait te prouver quelque chose, non ? »
« Mmh, » maugréa t-il en jetant un coup de pied dans un caillou. « Tu vas pas me dire de quoi vous avez parlé, alors ? » interrogea t-il avec un sorte d'amertume déçue.
« Nous avons parlé des rêves que nous faisons qui sont peut-être en lien avec Mary. Du fait que Mary vient peut-être du futur. Franchement, Henry, nous n'en savons pas plus long. »
« Mais c'est quoi, ces rêves ? »
« Je ne t'en parlerai pas. Et je ne veux pas que tu demandes à Miss Blanchard non plus. C'est quelque chose… de difficile. »
Il leva un regard curieux et un peu inquiet vers elle lorsqu'elle ne réussit pas à maintenir sa voix neutre, puis il hocha la tête et ouvrit la porte du café, la laissant passer devant lui. Elle ignora les quelques regards, notamment ceux des propriétaires des lieux, et alla s'asseoir à une table, Henry face à elle.
« J'aimerais qu'on reparle de ce qu'il s'est passé ce matin. »
« Je me suis déjà excusé, » protesta faiblement Henry en fourrant son nez dans un menu qu'il connaissait, tout comme elle, par cœur.
« Est-ce que tu l'aurais fait si je ne t'avais pas repris ? » A son manque de réponse, elle attrapa le menu de son fils et le reposa sur la table. « Henry, que tu me parles mal, je peux l'accepter même si ça ne me plait pas. Mais que tu parles mal à tout le monde, ça je ne l'accepterai pas. »
« Je ne le fais pas tout le temps, » se défendit Henry, un peu rouge.
« J'ose l'espérer ! Il y a des règles qu'on va devoir de nouveau instaurer. Cette ville n'est plus aussi sûre qu'avant. Alors tu ne peux pas faire l'école buissonnière et disparaître, tu ne peux pas te balader sans prévenir personne. L'un d'entre nous doit toujours savoir où tu te trouves et avec qui. Et Henry, tu ne dois plus hausser le ton ou te montrer insolent ou impoli envers qui que ce soit. Si tu désobéis, il y aura des conséquences. Je suis bien claire ? »
« Oui. »
« Si j'arrive à supporter cette ville et la charmante bande d'idiots, tu peux te comporter comme le petit gentleman que tu sais être. »
Avec un petit sourire amusé, Henry fronça le nez.
« Tu ne devrais pas les appeler comme ça. Et c'est bizarre que tu appelles grand-mère Miss Blanchard, tu sais. »
« Il faut que tu choisisses, » indiqua Regina, appréciant pouvoir parler librement avec lui et soulagée de le voir prendre en compte ses remontrances. « Il faut bien que je l'appelle. »
« Tu la connais depuis que vous êtes super jeunes, non ? Alors tu peux pas l'appeler Miss Blanchard. »
« C'est la politesse. »
« C'est bizarre. »
« C'est ça ou idiote, choisis. »
« Maman ! »
« Miss Blanchard, alors ? »
« Tu peux l'appeler Mary-Margaret. Ou Snow. »
« On verra. »
« Mills et Mills. Ouah, » commenta Ruby en s'arrêtant à leur table. « Vous ne l'avez pas kidnappé ? »
« Henry, retire ton bâillon et dit à la serveuse que tu es là de ton plein gré. »
Le garçon se contenta d'offrir un grand sourire au loup-garou.
« Salut, Ruby ! »
« Hey, Henry. Alors, qu'est-ce que je vous sers ? »
« Un milkshake à la vanille ! » Il jeta un œil à Regina et s'empressa d'ajouter : « S'il te plaît ! »
« Noté. Et… ? »
« Un café noir, s'il vous plaît. »
« Je vous apporte ça tout de suite. »
« Granny et Ruby n'ont pas l'air trop dérangées que tu sois là, » remarqua Henry une fois la serveuse éloignée. « Pourtant elles se battaient avec grand-mère et grand-père. »
« Le capitalisme, Henry. J'ai découvert que bien des rancœurs personnelles passaient en second lorsqu'il était question d'argent. »
« Tu es sûre que c'est que ça ? Je crois que c'est parce qu'elles sont des loups-garous. Elles aussi elles ont fait des choses graves. Gold vient ici aussi, tu sais. »
« Ce n'est pas une comparaison que j'apprécie, chéri. »
Le garçon se contenta de sourire, les yeux pétillants, et Regina respira un peu mieux.
Henry était toujours son petit garçon espiègle et sensible.
Pas un monstre.
« Alors, est-ce que tu aimerais entendre une histoire ? » interrogea Regina prudemment.
Si elle voulait vraiment renouer des liens forts avec Henry, il allait falloir qu'elle fasse le premier pas, qu'elle corrige ses erreurs. La distance qu'elle avait instaurée entre Henry et ses propres émotions et son passé, ses mensonges et cachotteries étaient les premières choses que son fils lui avait reprochées.
Elle ne pourrait pas parler de certains détails avec lui avant longtemps, mais il y avait quelques secrets et souvenirs qu'elle était à présent prête à partager. Avec de la chance, elle réussirait ainsi à réparer leur relation en instaurant un nouveau climat de confiance.
« Une histoire ? » demanda Henry, les yeux brillant d'intérêt et de curiosité.
« Mmh. »
« Une histoire histoire ou une histoire histoire ? »
« J'ai pensé, » commença Regina prudemment, doucement dans le calme du café, « que tu aimerais peut-être savoir comment, un matin, sous un pommier, se sont rencontrés une fille et un garçon à peine plus âgés que toi, tous les deux très seuls et tous les deux passionnés de chevaux. »
L'observant comme s'il essayait de se convaincre qu'il ne rêvait pas, Henry se redressa, comme pour officialiser l'instant, et son sourire se fit plus mature, plus chaud. Il hocha lentement la tête.
« J'aimerais beaucoup entendre cette histoire, » confirma t-il d'une voix douce.
O
Au moment où ils s'apprêtaient à sortir du café, la nuit tombait déjà.
Henry faillit bien rentrer dans un homme et il recula, surprit.
« Oh, désolé ! »
« C'est rien, gamin. »
« Neal ! Salut ! »
Regina leva le regard vers l'homme qui fit de même avec elle. Il haussa un sourcil et Henry sourit en grand.
« C'est ma mère. Maman, voici Neal, mon père. »
« Ces présentations sont psychédéliques, » s'amusa l'homme alors qu'il lui tendait la main et lui offrait un grand sourire amical, son regard bien plus gardé que son expression. « Neal Cassidy. »
« Regina Mills, » répondit-elle, se forçant à lui serrer la main et à oublier qu'elle avait l'impression de très bien le connaître.
Alors que dans la réalité, c'était leur première rencontre officielle.
« Votre réputation vous précède, » informa t-il en se redressant, mais il n'y avait aucune accusation dans son ton.
« Rien de bon, j'espère. »
« Je ne me prononcerai pas. »
« Bonne réponse. Il faut qu'on y aille, Henry, ou je vais encore être accusée d'essayer de te kidnapper. »
« Ce n'est pas possible, techniquement, » répondit-il avec un sourire malin.
« Tu expliqueras ça au côté idiot de ta famille. »
« Maman, » reprocha t-il pour la énième fois en levant les yeux au ciel, mais son ton était bien léger et même amusé.
Neal lui sourit et les laissa passer.
« Bonne soirée. Oh, et Henry, j'espère que c'est toujours bon pour mercredi ? »
« Oui ! »
« Super. A plus ! Bonsoir, Regina. »
La femme haussa un sourcil mais Neal était déjà entré dans le café.
« Pourquoi est-ce que tout le monde m'appelle par mon prénom aussi facilement ? » s'inquiéta t-elle en déverrouillant la voiture.
Henry essaya d'étouffer son rire sans grand succès en montant dans le véhicule.
« Mills n'est pas vraiment ton nom. »
« Ici, ça l'est ! Et je ne me permets pas d'être familière avec eux. A croire qu'ils oublient un peu vite ce dont je suis capable. »
« Je crois pas qu'ils ont oublié, » informa Henry en fronçant le nez. « Et je pense qu'Emma et Neal et même grand-mère ne verraient pas d'inconvénient à ce que tu les appelles par leurs prénoms. »
« C'est justement pour ça que je vais continuer à être polie. Ce n'est pas parce qu'ils agissent tous comme des paysans que je devrais faire de même. »
« J'aime bien ça. »
« Qu'ils se prennent pour des paysans ? »
« Non, » se moqua Henry en lui souriant. « Que les gens m'appellent par mon prénom. Et j'aime bien pouvoir les appeler par leurs prénoms. C'est comme un échange, ça veut dire qu'on s'aime bien, tu vois ? »
« Dans mon cas, je doute fort que ça s'applique. »
« Mais tu connais Emma depuis des mois et vous avez travaillé ensemble. »
« On a aussi essayé de se tuer. »
« Je crois que ça veut dire que vous pouvez vous appeler par vos prénoms, » décida immédiatement Henry. « En plus, Emma et toi, vous êtes presque amies. »
« Ah ? C'est étrange, personne ne m'a avertie. Je pensais que j'aurais mon mot à dire dans une telle situation. »
Elle se gara face à l'immeuble et se détacha. Le garçon fit de même, ils sortirent de la voiture et entrèrent dans le bâtiment.
« Comment tu vois Emma, dans ce cas ? » demanda curieusement Henry.
Avec les rêves qu'elle faisait et la situation plus qu'étrange, Regina n'en avait sincèrement aucune idée.
« Comme la Sauveuse, » répondit-elle néanmoins. « La fille de Miss Blanchard. Le Shérif. Ta mère biologique. Une nuisance. »
Un petit gloussement d'Henry la fit presque sourire.
« Tu exagères, » reprocha t-il en ouvrant la porte de l'appartement. « C'est moi ! »
Les idiots étaient tous dans le séjour. David préparait apparemment le repas et les deux femmes semblaient discuter en buvant l'apéritif. Emma leva la tête et sourit.
« Hey, gamin. »
« Hey ! »
Regina resta à l'entrée jusqu'à ce qu'Emma la rejoigne. Elle lui donna le sac d'Henry et eut à peine le temps de finir son geste qu'une mini personne se jetait dans ses jambes.
« Na ! »
Sursautant, Regina baissa les yeux sur Mary, qui venait de courir (un peu maladroitement) vers elle jusqu'à lui foncer dedans pour finir par enlacer ses genoux.
« Na ! »
« Bonsoir, Mary, » salua gentiment Regina qui ne put faire autrement que de se pencher pour prendre le bébé dans ses bras lorsque Mary leva les mains vers elle.
La fillette passa immédiatement ses petits bras derrière son cou pour se serrer contre elle, apparemment ravie de la voir.
« Vous voyez ? » lui fit remarquer Emma. « Vous lui manquiez. »
Regina ajusta sa prise pour que Mary soit contre sa hanche et haussa un sourcil.
« C'est un véritable ouistiti, » commenta t-elle.
« Henry a l'air de bonne humeur. Je m'attendais à le voir bouder pour ce matin. »
« Je lui ai parlé. Ne le laissez pas vous répondre, Miss Swan. C'est un bon garçon, mais il a besoin d'autorité. »
« Oui, » répondit Emma, un peu gênée.
« Je suis sérieuse. »
« Parce qu'il y a des moments où vous ne l'êtes pas ? »
« Mama ? »
« Emma, Mary, tu te souviens ? Et elle s'appelle Regina. »
« Il faut que j'y aille. »
Regina amorça un mouvement pour déposer Mary au sol mais la petite s'accrocha immédiatement à elle avec un petit gémissement. Elle cessa donc et berça doucement le bébé.
« Mary, je dois partir. »
« Non, non ! » se plaignit la fillette.
La porte derrière elle claqua et se verrouilla, faisant sursauter les deux femmes.
« Whoa, okay… » souffla Emma. « Mary, pas de magie. Et on ne retient pas les gens prisonniers, ce n'est pas poli. »
Son pouce fourré dans la bouche, Mary l'observa avec des yeux un peu humides et Emma soupira.
« Boumboum, » marmonna la petite autour de son pouce en levant son autre bras.
Emma attrapa sa main et la lui fit immédiatement baisser.
« Non, pas boumboum, » prévint-elle avant de croiser le regard de Regina. « Je ne sais pas ce qu'elle veut dire, mais on ne sait jamais, » s'expliqua t-elle.
Il ne manquerait plus que le bébé fasse exploser quelque chose.
« Mary, je vais partir, mais je suis sûre qu'on se reverra. En attendant, tu resteras avec Miss Swan. »
« Emma, » corrigea la femme en question. « Vous croyez vraiment qu'elle sait qui est Miss Swan ? »
« Tu resteras avec Emma, » consentit à dire Regina, les yeux sur le bébé. « D'accord ? »
Emma s'approcha et malgré un petit gémissement de protestation, Mary accepta le transfert.
« Pas de tour de magie, hein, minipousse ? Henry, viens dire bonsoir à ta mère ! »
Le garçon, qui était apparemment dans une grande explication avec David quant à sa journée, courut immédiatement vers l'entrée.
« Tu t'en vas déjà ? » demanda t-il, déçu.
Son expression réchauffa le cœur de Regina qui lui sourit.
« Oui. »
« On se revoit quand ? »
« Quand tu voudras. »
Il l'enlaça rapidement et son geste parut si naturel et libre que Regina dût retenir les larmes qui lui montèrent aux yeux. Son étreinte inspira Mary qui tendit ses petites mains vers elle.
« Ma'y ! »
« Mary veut aussi un câlin, » commenta Emma en essayant de maintenir le bébé agité dans ses bras.
Regina déposa un baiser sur la joue de Mary qui sembla s'en satisfaire joyeusement.
« Elle t'aime bien, » s'amusa Henry. « Tu es peut-être sa marraine ? »
« J'en doute fort, j'ai l'air d'une fée ? »
« Qui sait. »
« Va donc te laver les mains pour le repas. »
Avec un sourire taquin, Henry retourna vers la cuisine et Regina le suivit du regard jusqu'à ce qu'elle rencontre celui de Mary-Margaret, braqué sur Emma et elle. Elle détourna vite son attention.
« Je vais y aller, » annonça doucement Regina.
« Oui. »
« Non ! » contredit Mary immédiatement.
Emma leva les yeux au ciel malgré son grand sourire.
« Enfin, si le bébé magique vous laisse partir. »
« Au revoir, Mary. »
« Bye ? »
« C'est ça. Bye bye, » encouragea Regina en ouvrant la porte et en lui faisant un petit signe.
Amusé par le geste, le bébé la laissa quitter l'appartement. Bien heureusement.
Il était hors de question que Regina passe une autre nuit dans cet endroit.
O
Il n'y avait rien autour d'elle.
Seulement la ville, vide, la stèle avec tous ces noms, un peu de cendres. Et le silence.
Mais c'était différent.
Il faisait plus sombre. Il y avait de l'air. Des fleurs partout autour du monument aux morts.
Avec une inspiration surprise, Regina observa autour d'elle. Le temps avançait de nouveau.
Le temps avançait.
« Qu'est-ce que… ? »
Elle fit quelques pas, parcourut les alentours du regard, essaya de déterminer si elle était seule. Ce fut au détour de la stèle qu'elle se figea. Il y avait quelqu'un là, avec elle.
« Miss Swan ? »
L'autre femme sourit, un mince sourire. Ses yeux verts étaient sombres, mais toujours pétillants. Ses traits plus creusés. Ses vêtements un peu usés.
Ce n'était pas la Emma qu'elle avait quittée un peu plus tôt dans la soirée.
« Tu ne m'appelles plus comme ça depuis longtemps. »
« C'est un rêve ? »
« Oui, bien sûr. Désolée. »
« Pourquoi ? »
« Pour ça. Ça ne doit pas être simple. Comment va Mary ? »
« Mary… ? »
« Oui. »
« Elle… elle va bien. »
Le sourire d'Emma se fit plus lumineux, son soulagement la fit se balancer un instant sur ses pieds.
« Génial. Bien, » souffla t-elle, et ses mots tremblèrent avec ses émotions.
« Est-ce… que ça va ? »
« Les semaines ont été un peu difficiles, » admit Emma en baissant les yeux. « Mais ça ira mieux, maintenant. »
« Que s'est-il passé ? »
« Qu'est-ce que tu fais là, Regina ? »
« Quoi ? »
« Qu'est-ce que tu fais là ? Tu ne devrais pas être là. »
« Qui est Mary ? »
Emma passa les mains dans ses poches et son regard pétilla avec son petit sourire malicieux.
« La réponse te fait peur ? »
« Non. »
« Vraiment ? Alors pourquoi es-tu ici ? Parce que la réponse, tu la connais déjà. »
…
« Emma, regarde-moi ! »
« Non, j'ai des choses à faire, figure-toi ! »
« Tu ne veux jamais parler de rien ! » reprocha Regina en levant les mains en signe d'agacement, de désespoir. « Tu préfères passer le passé sous silence et l'oublier, mais ce n'est pas comme ça que ça marche ! »
« Ça marche très bien pour moi ! »
« Pas pour moi ! »
« Je suis désolée. »
Et elle quitta leur chambre et Regina soupira, épuisée et seule avec ses émotions.
…
Quelques heures plus tard, Emma la retrouva dans la chambre de Kathryn et Frederick.
Belle, Nova, Kathryn et Ashley étaient toutes là. Elles discutaient d'une fête qu'elles souhaitaient organiser dans leur souterrain dans les jours à venir et Regina les écoutait à peine. Mais depuis qu'ils lui avaient sauvé la vie de justesse, ils se montraient tous étrangement protecteurs envers elle et la laissaient rarement seule.
Ça l'arrangeait bien. Elle préférait vraiment ne pas être seule.
« Hey, » salua Emma doucement à la porte quand Kathryn vint lui ouvrir. « Je peux la voir ? »
Kathryn tourna la tête vers Regina qui se décida à se lever et à sortir de la chambre sous les regards de leurs amies.
« Qu'est-ce que tu veux ? » demanda t-elle avec fatigue.
« On n'aurait pas dû se disputer pour ça. Ecoute… je sais qu'on a pas la même façon de voir les choses, de… de gérer les choses. Et oui, j'enterre le passé, le tien, le mien, le nôtre et toute cette merde qui se passe ici et c'est ma façon à moi de pouvoir avancer. Et je suis désolée, si… si ça peut te paraître froid ou stupide mais c'est comme ça. »
« Je sais, » admit Regina. « Je sais que c'est plus facile pour toi. Malheureusement, je ne fonctionne pas comme ça. »
« On va devoir faire avec, alors ? »
« Oui. »
« Okay. »
…
« Alors, tu as vu Doc ? Qu'a-t-il dit ? » demanda Regina en se servant un verre d'eau.
Emma, pâle, resta immobile, assise au bout de son lit.
« Ça ne va pas ? Tu as encore des vertiges ? » Elle s'approcha d'elle, s'arrêta à un pas. L'autre femme ne bougea pas. « Emma ? » demanda Regina avec un peu plus d'inquiétude.
« Je… suis enceinte. »
Son verre faillit glisser de ses doigts, mais Regina resserra sa prise au dernier moment et combattit sa soudaine nausée.
« Oh. »
Elle fit un pas en arrière, chercha comment réagir, et alors que le peu de force qu'elle gardait encore en elle s'effritait, elle se rendit compte avec horreur qu'il était fort possible que la seule chose qui la maintenait en vie et saine d'esprit était Emma et ce qu'elles partageaient.
Son second pas en arrière sembla réveiller Emma qui leva les yeux vers elle. Son regard vert se durcit.
« Ne me regarde pas comme ça. »
« Pardon ? » souffla Regina avec indignation, la respiration un peu trop rapide.
« Je ne t'ai pas trahie. »
« Tu es enceinte, » rétorqua t-elle platement, incapable de retenir l'amertume ou le tremblement dans sa voix.
Emma secoua la tête et se passa une main dans les cheveux, la colère et le choc irradiant d'elle par vagues.
« Et ça n'a aucun sens ! J'ai demandé à Prof de vérifier et de revérifier, et il est sûr, mais ça n'a aucun sens et arrête de me regarder comme ça ! »
Il y avait plein de choses que Regina aurait pu répliquer à ça, plein. Mais elle avait eu une longue journée, elle était épuisée, elle avait froid et elle craignait d'éclater en sanglots si jamais elle ouvrait la bouche. Alors se contenta d'essayer d'apparaître digne et forte, de retenir ses larmes et de prétendre qu'elle pouvait encore respirer.
« Regina, » pria Emma, et sa colère se mua en autre chose, en quelque chose de plus désespéré, de presque blessé. « Il n'y a que toi depuis des années ! »
« Tu es enceinte. »
« Et c'est impossible ! » hurla l'autre femme en sautant sur ses pieds, les yeux écarquillés et la peau pâle. « C'est impossible ! Parce qu'à moins que j'aie des absences ou que je sois somnambule, ce bébé n'a pas pu être conçu, d'accord ?! C'est impossible… »
Dans le silence, Emma la regarda pendant de longues secondes et ses yeux se remplirent doucement de larmes.
« Dis-moi que tu me crois parce que je serai incapable de faire face à ça toute seule, pas sans toi. »
La cassure dans sa voix, l'humidité dans son regard, la force dans ses mots.
Regina pouvait sentir qu'Emma était sincère et pourtant tout lui prouvait le contraire.
« Mais… »
« Je ne sais pas comment ça a pu arriver. Je connais la biologie, et tu es une femme et je suis une femme et… Regina, comment ça a pu arriver ?! »
Lorsqu'Emma tomba à genoux, tremblante, Regina ne put faire autrement que de tenter de la retenir pour amortir la chute et de s'asseoir au sol, près d'elle. De toutes façons, ses jambes ne pouvaient plus la maintenir non plus.
« Est-ce que… » Un sanglot coupa la respiration d'Emma qui serra ses mains presque douloureusement autour des bras de Regina. « Est-ce que la magie… ? Est-ce que puisque je suis… je suis moi, et que tu as beaucoup de magie aussi, est-ce que… ? C'est possible ? »
« Non, » souffla l'autre femme, avant que les souvenirs de vieux textes remontent à la surface. Sa respiration se coinça quelque part dans sa poitrine et elle dut lutter contre de soudains vertiges. « Si. »
« Quoi ? »
« Il y a une ancienne théorie… C'est très exceptionnel, mais… mais ta magie est spéciale… »
Un rire, un peu dément, s'échappa de la gorge d'Emma qui secoua la tête, ses joues mouillées de larmes.
« Non, non, ça ne peut pas arriver. Pas à nous, pas maintenant. Pas comme ça. Pas du tout ! Tu le savais ? Pourquoi tu n'as rien dit ? »
« Je ne savais pas ! C'est une légende, une théorie, rien d'autre ! Comment j'aurais pu savoir ?! »
Emma baissa la tête, se couvrit le visage de ses mains et garda le silence un instant, se balançant doucement d'avant en arrière. Et puis soudain elle sauta sur ses pieds.
« Je ne peux pas, » souffla t-elle.
Regina s'empressa de se lever et d'attraper sa main.
« Tu n'as pas intérêt à partir maintenant, Emma ! »
« Je peux pas… »
« Parce que tu crois que je peux ? » s'indigna Regina en perdant sa lutte contre ses larmes. « Tu crois que j'ai toutes les solutions ? »
Une seconde, elle crut qu'Emma allait se dégager de sa prise, partir, mais soudain toute la tension disparut de son corps et un nouveau sanglot passa ses lèvres.
« Je suis désolée, » gémit-elle. « Je sais pas quoi faire. »
La seule réponse de Regina fut de passer ses bras autour d'elle et de la serrer contre elle.
Qu'aurait-elle pu dire ?
…
« On ne peut pas le garder, » murmura Emma doucement dans le noir, quelques heures plus tard, une fois que les pleurs et les doutes eurent laissé place à l'épuisement et à la réalisation.
Près d'elle sur le lit, Regina garda le silence.
« On ne sait même pas s'il est… normal. On ne peut même pas vérifier. On pourrait demander aux fées si elles ont déjà entendu parler d'une telle chose. Mais de toute façon, on ne peut pas le garder. »
« Et comment tu comptes faire ? »
« La magie ? Une potion ? Des herbes ? Comment les femmes faisaient, chez vous ? »
« Et s'il y a des complications ? La magie est responsable, et si tu payais pour l'avoir contrecarrée ? C'est trop risqué. »
« Parce que ça ne l'est pas de me promener en cloque par temps de guerre ? D'accoucher d'un truc inconnu en temps de guerre ? Et s'il y avait un prix à payer pour être dans cette situation en premier lieu ? »
« Je veux juste… je veux juste qu'il ne t'arrive rien. »
« Il m'arrivera quelque chose si ce truc me bouffe de l'intérieur. »
« On ne sait même pas si c'est dangereux. Ta magie est pure, Emma, et… »
« Et quoi ? »
« Si on… Même si on l'a conçu, toutes les deux, par inadvertance ou ignorance, ça ne veut pas dire qu'il a été créé autrement que dans… »
Elle hésita.
« Dans l'amour, tu veux dire ? » compléta Emma, son ton bien plus doux.
« Non ? »
« Si. Mais… »
« Ta magie se nourrie de ça, non ? »
« Ce serait de ma faute ? C'est moi qui suis enceinte ! »
« Je n'ai pas dit ça. Je pense que si c'est bien ça, c'est le mélange de nos émotions et de nos magies à toutes les deux qui est responsable. »
« Je ne peux pas être mère, » rappela Emma d'une voix plus distante. « Je ne peux pas. »
« Emma… »
« Non, la dernière fois que j'ai donné naissance à un être doté de mes gènes, il s'est avéré être un monstre. Hors de question que ça arrive encore. »
« Et je l'ai élevé. »
« Ça n'a rien à voir. Si ça se trouve, il y avait quelque chose qui n'allait pas chez lui dès la naissance. Un truc dans mon sang. Ou dans son cerveau. Et d'ailleurs ça n'a pas d'importance, je ne repasserai pas par là. Poser les yeux sur un enfant, si on suppose qu'il est normal, et se demander s'il ne décidera pas tout simplement de nous tuer un beau jour ? Non. »
« D'une manière ou d'une autre, on va devoir parler à Prof et aux fées. »
« Génial. Je vois déjà les regards de tout le monde. Bon sang, » murmura Emma, et Regina entendit de nouvelles larmes dans sa voix. « Pourquoi tout ça nous arrive à nous ? »
« Le karma ? J'ai détruit pas mal de vies. Tout ça, c'est de ma faute. Tu n'aurais jamais rencontré Neal et il ne serait jamais né si je n'avais pas lancé le sortilège. »
« Non. Ça n'a rien à voir. Et on trouvera une solution. J'en ai ras-le-bol de cette foutue magie. »
…
Apparemment, une telle conception, bien qu'elle avait stupéfait tout le monde, était en théorie possible, même si très, très rare.
Si la conception magique avait été confirmée, le fait que le bébé serait normal, du moins avait autant de chances d'être normal que n'importe quel autre fœtus, avait aussi été admis.
Les quelques rares personnes (Prof, Nova, Pimprenelle, Flora) au courant avait toutes juré de garder le secret et leur avait offert leur soutien.
Emma aurait voulu tout oublier. Tout oublier et dormir et arrêter de pleurer. Mais la décision devait être prise rapidement et elle ne pouvait se permettre de douter.
Maintenant qu'elle comprenait, qu'elle l'avait accepté, elle pouvait sentir sa magie doucement l'avertir, comme si le flot s'était modifié. Elle pouvait sentir la présence en elle, cette petite étincelle étrange, chaude, juste au creux d'elle.
Elle faisait naître dans son cœur des émotions qu'Emma ne voulait surtout pas reconnaître, sur lesquelles elle préférait ne pas s'attarder.
Elle ne voulait pas avoir à songer que ces quelques cellules qu'elle abritait étaient un mélange de Regina et d'elle, et que seul un miracle, pur et puissant, avait pu lui donner naissance.
Parce qu'il n'y avait rien de pur dans leur vie. Rien de pur en elles. Même si ce bébé était normal, même si tout allait bien chez lui, elles le détruiraient sans aucun doute. Cette vie le tuerait, ou elles en feraient un monstre sans même le vouloir.
« Parfois, il suffit d'écouter son cœur. »
Assise contre un arbre, juste à la limite du bouclier, Emma ne leva pas la tête et laissa Nova s'asseoir près d'elle.
« Il ne me transmet que de la colère et de la rancœur, » confia t-elle avec fatigue.
« Vraiment ? Si c'était le cas, je doute fort que ta magie serait assez puissante pour tous nous protéger. »
« Je suis la source du danger. »
« Il a fait ses propres choix. Il est sa propre personne, pas une extension de ses parents. On fait tous nos propres choix. Il n'y a pas de Bien ou de Mal. Juste des intentions. »
« Il a tué Gold et Neal, » rappela Emma et il n'y avait plus aucune incrédulité depuis bien longtemps dans son esprit. « Il a massacré mes parents et ma sœur. Tu as vu ce qu'il a osé faire à Regina ? Il l'aurait torturée encore, il l'aurait tuée. Il prend du plaisir à tout ça. La violence, son pouvoir, le meurtre. Il aime ça. »
« Et il ne te le doit pas. Ni à toi, ni à Regina. Nous avons tous une part terrible en nous, sombre et bestiale. Des pulsions. Ce n'est pas pour autant qu'on les assouvit. »
« J'ai envie de le tuer. J'ai besoin de l'arrêter. »
« Ça ne fait pas de toi un monstre. »
« Ah oui ? »
« Et ce bébé qui pourrait naître n'en est pas un. »
« On n'en sait rien. Qui aurait dit qu'Henry péterait un câble ? Qui te dit que ce n'est pas notre influence qui a tout déterminé ? Regina et moi ne savons pas aimer. »
Nova tourna la tête vers elle et haussa un sourcil.
« Ah oui ? » rétorqua t-elle, un ton dur et presque condescendant dans la voix. « Et moi qui croyais que pour créer un bébé simplement à partir de magie et d'émotions, il fallait justement énormément d'amour… »
« Ça n'a rien à voir ! C'est ma magie ! »
« Qui est nourrie par… ? Je vais t'aider, altesse. Deux mots. Amour. Véritable. En cela se trouve la base de ta magie et de ta puissance. Alors apparemment, s'il y a une chose que Regina et toi savez faire et faites extrêmement bien, c'est aimer l'autre. »
« C'est… c'est pas… » Emma souffla, frustrée. « C'est différent. C'est Regina. Elle n'est pas innocente et elle n'est pas inoffensive et – »
« Et tu pourrais tout aussi bien la détruire, la faire plonger dans les ombres de nouveau, la rendre misérable, » compléta Nova tranquillement. « Et pourtant elle est plus ouverte, et plus forte, et plus altruiste. Et tu l'es aussi. C'est l'effet que vous avez l'une sur l'autre. Parce que l'amour est comme ça. »
« C'est juste… Regina. »
« Et ce bébé est une part d'elle. »
…
« Je ne sais pas quoi faire. »
Regina tourna la tête vers elle. Elles étaient assises sur le lit, l'une à coté de l'autre.
« Je croyais que tu voulais avorter ? »
« Je croyais aussi. Ce serait le plus sûr, non ? Même si ce bébé est normal, quel avenir il aurait ici ? Je ne veux pas finir comme ma mère et je ne veux pas qu'on donne une chance à ce bébé pour qu'il finisse comme ma sœur. Je ne veux pas qu'il le découvre et lui fasse du mal ou je ne sais quoi. Je ne veux pas subir une grossesse ici et accoucher sans assistance. Je ne veux pas être terrifiée à la simple idée de faire quelque chose qui détruirait ce bébé. »
« Je sais. »
« Je ne veux pas que ce bébé subisse notre choix, » continua Emma d'une voix plus faible. « Je ne veux pas qu'il soit bloqué dans ces souterrains toute sa vie. Je ne veux pas qu'il grandisse en temps de guerre. Je ne veux pas de cette vie pour lui. »
« Emma… »
« Et en même temps, » coupa t-elle, sa voix plus aiguë alors qu'elle levait les yeux vers le plafond pour tenter de retenir ses larmes, « en même temps, il y a la magie en moi qui semble plus chaude et plus forte. En même temps, il y a un instinct qui s'est installé dans ma poitrine et qui exige que je protège ce bébé parce que… parce que c'est notre bébé. Parce que c'est notre bébé et qu'il est innocent et qu'il est un petit bout de toi, tu vois ? Et que j'ai peur que sans lui, au final, on finisse par être avalée par cette vie et qu'on finisse par s'y perdre et je suis si fatiguée de ces journées à défendre et protéger et à avoir peur… J'aimerais juste… J'ai besoin d'autre chose. J'ai juste peur de me perdre. De te perdre. » Emma avala sa salive, secoua la tête. « Mais ce serait égoïste. Si égoïste, non ? »
« Un peu. Je pense. »
« Il serait une cible. On est à deux doigts d'avoir assez de poudre de fées et de terminer de trouver comment briser les barrières, à deux doigts d'en terminer avec tout ça. Quand ça arrivera, ce sera le chaos. Comment faire venir un enfant là au milieu ? Comment on a pu créer ce… ce foutu miracle au milieu de tout ça ? »
« Je ne sais pas. »
« C'est juste que… quand je pense au bébé, je suis terrifiée. Mais… mais je me dis que, avec lui, on trouverait peut-être quelque chose à laquelle se raccrocher. Qui nous fasse avancer. Non ? »
« Je… je ne sais pas. »
« Quoi qu'on fasse, il faut qu'on le fasse ensemble. »
« Je sais. »
« Regina, il va falloir que tu participes un peu plus à la discussion, pour qu'on puisse prendre une décision. »
« Je sais. Laisse-moi juste… J'ai besoin d'un peu de temps. »
…
Emma se réveilla immédiatement quand elle sentit le lit bouger. Dans la pénombre, elle perçut la présence de Regina qui s'allongea vite près d'elle.
« Où tu étais ? » marmonna Emma d'une voix pâteuse.
« Je me promenais. »
« Oh. »
« Je suis terrifiée, » murmura Regina et Emma se tourna vers elle, soudain plus alerte.
« Quoi ? Il s'est passé quelque chose ? »
« Non, je veux dire… le bébé. »
« Tu n'es pas la seule. »
« Je ne sais pas si je saurais l'aimer. Si j'en serais capable. Après tout ça… Je n'ai jamais été… »
« Est-ce que tu ne crois pas qu'ensemble, on saurait ? On pourrait ? » interrogea Emma avec hésitation. « Toi et moi… je crois qu'on forme une bonne équipe, non ? »
« Puisque nous sommes toujours en vie et que nous avons créé la vie avec l'aide d'un peu de magie, je pense que oui. »
« Plus j'y pense, et plus j'aime l'idée. Il y a cette part de moi qui me dit que je suis cinglée, que je vais le regretter, mais ce que je sens provenir de ma magie… il n'y a rien d'inquiétant, rien de sombre, c'est juste… » Elle se tut, essaya de trouver la main de Regina dans le noir, l'attrapa, la serra. « Peut-être que c'est notre seule chance de faire quelque chose de bien. »
« Et si on – »
« On ne sera pas seules. »
« D'accord. »
« D'accord ? »
« D'accord. »
…
« Vous êtes sûrs que c'est prudent de rester toujours dans le même souterrain ? » interrogea Emma en posant inconsciemment sa main sur son ventre, légèrement arrondi avec ses trois mois de grossesse.
« Oui. La barrière est la plus puissante et il ne se doutera de rien, » affirma Grincheux en reprenant des haricots verts.
Kathryn, Frederick, Nova, Killian, Granny, Grincheux, Belle et Prof, autour de la table, constitueraient leur compagnie pour les prochains mois, et leur protection. Après ce qu'il était arrivé à Snow et David, ils avaient tous décidé qu'Emma et Regina ne resteraient pas seules.
Regina, d'ailleurs, vint s'asseoir près d'Emma et hocha la tête.
« Et on ne peut pas prévoir comment ta magie évoluera dans les prochains mois. Cette grossesse pourrait très bien avoir des effets secondaires. »
« Vous êtes sûres qu'il y en a qu'une ? » interrogea Hook en plissant les yeux.
Emma leva les yeux au ciel.
« Oui, nous sommes sûres. Et pourquoi une ? »
Belle sourit.
« Il vous manque un certain chromosome pour engendrer un garçon. C'est forcément une fille. »
« Oui, ben vu qu'on n'était même pas censées pouvoir concevoir à la base, gardons l'esprit ouvert, voulez-vous ? Si jamais c'est un garçon, Regina va encore m'accuser de l'avoir trompée. »
« Ma réaction était légitime. »
« Elle était insultante. »
« Mais légitime. »
« En tout cas, une chose est certaine, » sourit Fred. « Les gens ont hâte de voir la petite princesse. Ou le petit prince, » ajouta t-il rapidement au regard noir d'Emma. « La nouvelle a ravi tout le monde. »
Nova hocha la tête.
« Ils ne parlent que du bébé à venir. Outre le fait que c'est un miracle bénéfique qui est peut-être annonciateur de jours meilleurs, tu es leur reine. »
« Génial. Je croyais qu'il fallait que je sois mariée, pour être reine ? »
« Les règles s'adaptent à la situation, » balaya Granny tranquillement. « Puisque Regina avait de toute façon déjà ce titre, il fallait que tu sois son égale. Mais si vous voulez vous marier, je suis sûre que – »
« Non ! »
…
Regina marcha rapidement jusqu'à la chambre qu'elle partageait ces derniers temps avec Emma. Granny était venue la chercher pour lui dire que l'autre femme voulait la voir et semblait très énervée.
Elle pénétra dans la pièce et se figea en voyant Emma, assise contre le mur, en train de pleurer.
« Emma ?! Qu'est-ce qu'il y a ? Tu as mal ? »
Elle se précipita vers elle, s'accroupit et posa une main sur son genou.
« Emma ? »
« Tu étais partie ! » accusa Emma en leva un regard trop brillant vers elle.
« J'ai dû aller – »
« Je me fous d'où tu étais ! On avait dit qu'on resterait ensemble ! »
« Je sais, mais – »
« Tu ne pars plus ! »
« D'accord, d'accord, » tenta d'apaiser Regina en passant une main dans le dos d'Emma. « Je resterai ici. »
« Oui, » renifla Emma en passant le dos de sa main sur ses joues pour sécher les larmes. « Parce que je suis énorme et que je ne peux plus sauver personne parce que je dois protéger Bébé et que s'il t'arrive quelque chose – »
« Il ne m'arrivera rien. Et tu n'es pas énorme, juste enceinte de sept mois. »
« Bébé est énorme. Et il n'arrête pas de bouger ! Je te jure qu'il danse ou saute ou fait je ne sais pas quoi quand tu n'es pas là et ma magie devient toute bizarre et je n'aime pas ça, Regina ! »
« Calme-toi, arrête de pleurer. »
« C'est ces stupides hormones à cause de ton stupide bébé ! »
« Hé ! »
« Arrête de faire l'innocente, c'est moi qui suis enceinte, pas toi, il doit bien y avoir une raison ! Et – Oh ! »
« Quoi ? » s'inquiéta Regina immédiatement lorsqu'Emma se figea et se calma.
« Bébé bouge. Bien plus doucement. » Elle prit la main de Regina pour la poser sur le côté de son ventre. « Attends… Il était calme depuis que tu es arrivée, mais… Là ! Tu as senti ? »
« Oui, » sourit Regina.
« Pourquoi est-ce que Bébé est toujours doux quand tu es là et qu'il me détruit les entrailles quand tu es absente, » se plaignit Emma avec une petite moue. « Je te jure que ma magie ne répondait plus correctement tout à l'heure, comme si elle essayait de faire quelque chose contre mon gré. Tu vois ? C'est Bébé qui ne veut pas que tu partes. »
« J'en suis sûre. »
« Ne te moque pas de moi, c'est vraiment différent quand tu es là et quand tu ne l'es pas ! Et je crois que Bébé n'aime pas beaucoup quand on se dispute, en plus. » Un petit sourire illumina soudain les yeux d'Emma et Regina sentit son cœur s'apaiser. Ça arrivait de plus en plus souvent au fil de la grossesse, à mesure que leurs craintes s'effaçaient pour laisser place à la joie. « Bébé a déjà son caractère. »
« Bébé tient son côté collant de toi, tu es un vrai koala. »
« Je ne suis pas collante ! »
« Ah ? Au temps pour moi. »
…
« Où est-ce qu'elle est ? » s'exaspéra Emma en marchant de long en large dans la chambre, un peu plus spacieuse que toutes celles qu'elle avait eues ces dernières années.
Près d'elle, Prof et Granny essayaient de la calmer.
« Elle va arriver, Killian est partie la chercher. »
« Il a fallu que Thomas soit blessé aujourd'hui… ! »
Sa phrase se termina sur un grognement alors qu'elle se penchait un peu pour mieux supporter la contraction. Granny se leva et la soutint.
« Respire profondément. »
« Je tuerai pour une péridurale ! Et du proto ! Les deux ! »
« Ça fait cinq heures. Le travail est bien avancé. Tu veux te rallonger ? »
Emma dut consentir à la proposition. Ses jambes tremblaient trop, elle se sentait moite et elle avait mal partout.
Lorsque la prochaine contraction la frappa, elle serra les dents et ferma les yeux, se demanda comment un miracle pouvait faire aussi mal. Pria surtout pour qu'il n'y ait aucune complication, même si Prof lui avait dit que tout se déroulait parfaitement bien et que sa magie le lui murmurait.
En fait, toute sa grossesse avait été étonnamment simple. Pas d'effet secondaire, peu de symptôme. Elle ignorait si c'était la nature de la conception ou la magie dans ses veines, mais elle ne pouvait qu'espérer que ça continuerait.
Cela faisait un moment qu'elle avait perdu les eaux, mais Regina n'était toujours pas là et l'idée de faire ça sans elle la terrifiait. Lorsque Prof lui demanda la permission de l'examiner une nouvelle fois, elle acquiesça, tremblante.
« Neuf centimètres, » annonça t-il. « Ce ne sera plus très long maintenant, Emma. »
« Qu'est-ce qu'elle fabrique ? » interrogea t-elle au milieu d'une nouvelle contraction. « Je ne peux pas avoir ce bébé sans elle. »
Elle s'aperçut qu'elle pleurait quand Granny sécha ses joues avec ses doigts.
« Si, tu peux. »
« Non. »
« Emma, elle va arriver, mais même sans elle, tu pourras parfaitement mettre ce bébé au monde comme les femmes le font depuis la nuit des temps. Tu pourras, tout va bien se passer. Respire. »
…
Regina arriva à temps.
Elle la soutint, l'aida, l'encouragea, la rassura, et quand Prof posa le bébé sur sa poitrine, elle posa le regard sur leur enfant pour la première fois au même moment qu'elle.
Ereintée, Emma trouva quand même la force de sourire et de poser ses mains sur le bébé qui avait déjà arrêté de pleurer.
« Elle est en parfaite santé, » rassura Prof en coupant le cordon.
Un sourire brillant tel qu'elle n'en avait plus eu depuis la mort de Ruby s'afficha sur le visage de Granny.
« Toutes mes félicitations, mamans. »
« Une fille, » souffla Emma, émerveillée, toutes ses peurs et ses angoisses envolées alors qu'elle observait le petit être qu'elle venait de mettre au monde.
Il n'y avait plus les fantômes, la guerre, les souvenirs, la colère, la peur, mais juste ce bébé, et la magie autour d'elle, et l'amour aussi.
Tout cet amour…
« Bien sûr que c'est une fille, » commenta Regina doucement près d'elle, l'un de ses doigts venant caresser la joue potelée de leur bébé.
« Regarde-la… » Emma sourit et tenta de ravaler ses larmes, submergée par ses sentiments. « Elle est magnifique. »
« Elle est parfaite. »
…
Un peu plus tard, Emma se reposait dans les bras de Regina, assise contre le mur, sur leur lit. Elle tenait dans ses bras le bébé emmitouflé dans sa vieille couverture et ne pouvait détacher ses yeux d'elle, éreintée et faible, mais sereine pour la première fois depuis très longtemps.
« Est-ce que tu peux le croire ? » murmura t-elle, émerveillée alors que le bébé bougeait et émit un petit son adorable. « C'est notre fille. »
« J'ai un peu de mal, » admit Regina, l'un de ses bras autour du ventre d'Emma, son autre main occupée à caresser le bébé. « C'est un peu comme si elle allait disparaître. »
« Oh non, elle n'ira nulle part. Regina… »
« Oui, je peux le sentir aussi. »
« Qu'est-ce que c'est ? »
« Sa magie. »
Emma se tendit, elle dut lutter contre un violent frisson mais Regina la serra un peu plus contre elle pour l'apaiser.
« Elle est comme toi, » lui murmura t-elle.
« Tu le savais ? »
« Je m'en doutais. Elle est comme toi, mais… je ne sais pas. Elle a quelque chose de spécial. »
« Elle ne va pas… »
« Elle a été conçue dans la magie et dans l'amour, Emma. Son pouvoir en est marqué. »
« Ça veut dire qu'elle est… puissante ? »
« Sans doute. Mais ne t'en fais pas. Nous ferons en sorte que ça magie ne s'active jamais. Et s'il le faut, nous la bloquerons. »
« Okay. »
Elle sourit lorsque Regina déposa un baiser sur sa tempe.
« Je me sens ridiculement fière là, tout de suite, » commenta Emma tout en appréciant l'aura de calme et de sécurité qui les entourait dans cet instant heureux.
« Tu peux. Tu viens de donner naissance à la plus jolie petite fille qui existe. »
« Oh ? »
« Dis-moi le contraire. »
« Certainement pas. Il lui faudrait un nom. »
« Je crois que ça se fait. »
« On avait dit qu'on en parlerait quand on la verrait. »
« Et elle est là. Tu as une idée ? »
Emma hésita, observa sa fille et garda le silence.
« Emma ? »
« Je ne suis pas sûre. »
« Ce n'est qu'une proposition. »
« Je sais. »
« Alors ? »
Un peu embarrassée, un peu inquiète, Emma se mordilla la lèvre inférieure. Mais le poing du bébé se referma sur son doigt et une vague de douce chaleur se propagea jusqu'à son cœur, alors elle sut.
« Mary. J'aimerais l'appeler Mary. »
Elle attendit, n'osa pas jeter un œil derrière elle.
« Elle le porte bien, » commenta doucement Regina après quelques secondes.
Surprise, Emma tourna la tête vers elle.
« Vraiment ? »
« Vraiment, » sourit Regina avant de déposer un petit baiser sur ses lèvres.
« Merci, » souffla Emma en l'embrassant encore une fois.
Elles sourirent lorsque le bébé gazouilla.
« Je crois que ça lui plaît. N'est-ce pas, Mary Mills ? Swan ? Mills Swan ? Swan Mills ? Mince, on est censées faire comment pour ça? »
…
« Laisse-moi la porter, laisse-moi la porter ! »
« Ton épaule est toujours mal en point, tu risques de rouvrir ta blessure ! »
« Mais non, laisse-la moi un peu ! »
« Oui, oui, ça va ! »
Kathryn leva les yeux au ciel en passant le bébé de trois mois à Hook qui sourit en grand.
« Viens-là, princesse. Que tu es mignonne ! Tu es contente de voir tonton Killian, pas vrai ? »
Fred et Kathryn échangèrent un regard moqueur alors que derrière eux, leurs autres amis discutaient joyeusement en ce jour de noël (si leur compte des jours était exact).
Soudain, Hook se figea et fronça les sourcils.
« Hum, hey ? » appela t-il, observant le bébé dans ses bras curieusement. Tout le monde l'ignora. « Hey ! » cria t-il plus fort, attirant enfin l'attention des autres. Il posa les yeux sur Regina et Emma et haussa un sourcil. « Je crois que votre bébé magique est magique. »
« Quoi ? » interrogea Regina.
De la pointe de son crochet, Hook écarta un peu sa chemise et d'un geste sec, le bébé bien calé avec son autre bras, il déchira le bandage posé sur son épaule.
Sa peau ne portait plus aucune trace de blessure.
Le verre que tenait Emma se brisa au sol alors que Mary gazouillait joyeusement.
…
Bien sûr qu'elles avaient su que Mary était spéciale.
Dès le premier jour, dès la première seconde. Son aura, la magie qui l'entourait… Sa manière éveillée de percevoir son entourage et son environnement. Le fait très évident qu'elle évoluait et vieillissait sans aide de la part de quiconque.
Née de deux êtres magiques, dans un acte extraordinaire, Mary ne pouvait qu'être spéciale.
Mais il n'y avait pas que ses dons innés. Il y avait ses sourires et ses rires et la façon dont elle les apaisait tous. Elle ne se servait de ses pouvoirs que très occasionnellement, instinctivement, pour attirer un jouet à elle et, quand l'occasion se présentait à elle, pour aider l'un de ses proches.
Cette nature, si innocente, si lumineuse, suffit à calmer les angoisses d'Emma. Le lien entre elle et sa fille, entre leurs magies effaçait le reste de ses peurs.
Chaque jour, Mary leur offrait amour et joie, et chaque jour, elles s'en nourrissaient.
Leur foi en l'avenir, leur détermination, leur calme et leur sang-froid furent renouvelés.
Jusqu'à ce qu'enfin, elles trouvent le moyen d'arrêter cette guerre.
Mais toutes les deux le savaient.
Pour qu'elles puissent réussir, pour que rien ne vienne les distraire, elles devaient protéger Mary.
La mettre en sécurité, et tant pis pour les éventuelles conséquences.
…
Regina sursauta, se retrouva brusquement sur la place de la Mairie, devant la stèle de nouveau. Emma était toujours là, elle aussi, avec un drôle de sourire, fatigué et amusé.
Elle pencha la tête sur le côté et étudia Regina du regard.
« Tu as vu ? Tu as compris ? »
« C'est… c'est vous qui… »
« Je crois qu'on peut se tutoyer, tu sais. »
« Non. »
« Les choses sont différentes pour toi, » accepta Emma en hochant la tête. « Tu voulais savoir. »
« Oui… Non. »
« Trop tard. »
« Mary… »
« Oui. Et elle nous a sauvées, tu sais. Je crois que sans elle dans nos vies, les choses seraient devenues très, très noires. »
« Est-ce qu'on se parle vraiment ? Est-ce que vous êtes vraiment là ? Où est-ce que c'est juste la manière dont mon esprit a choisi de retranscrire ce rêve ? »
« Quelle importance, au fond ? » s'amusa Emma. « Tu veux deviner ? »
« Est-ce que vous êtes… ? »
« Morte ? Non. Mais crois-tu vraiment ce que je dis ? »
« Et Mary… Comment elle va repartir ? »
« Oh, elle repartira. »
« Comment ? »
Emma jeta un coup d'œil derrière elle, son sourire plus grand.
« Je dois y aller. Je suis arrivée. »
« Quoi ? Où ? Attends ! »
« Ah ? Tu me tutoies maintenant ? Il est temps de te réveiller, Regina. »
O
Archie bâilla alors que Pongo le traînait presque vers leur maison.
Il avait dîné chez Gepetto et rentrait assez tard après de longues discussions. L'air était frais, mais le calme de Storybrooke restait agréable.
« Oui, oui. Doucement, » indiqua t-il à Pongo alors qu'il tournait à un coin de rue, seulement pour manquer foncer dans Emma Swan. « Oh, désolé, Shérif. »
« C'est rien, » sourit Emma avec amusement en passant les mains dans les poches de son long manteau noir.
Elle semblait pâle et éreintée, nota Archie, mais lui-même était particulièrement fatigué.
« Une dernière ronde ? » commenta t-il aimablement en essayant de tirer sur la laisse de Pongo.
Le dalmatien ne cessait de renifler Emma.
« On peut dire ça, » acquiesça la femme. « Une dernière ronde avant de pouvoir prendre des vacances. Je vous laisse ? »
« Oui, je vais rentrer aussi. Bonsoir. »
Marchant à reculons, Emma leva les yeux vers le ciel étoilé et sourit en grand.
« Oui, c'est une très belle nuit, n'est-ce pas ? »
« C'est vrai. »
Sans un mot de plus, la femme se détourna de lui et avança rapidement dans les ombres. Le regard noir de Pongo la suivit un instant et puis, comme s'il venait de prendre une décision, le chien tenta de partir sur ses traces avec un petit jappement inquiet.
Archie dut une nouvelle fois le retenir.
« Pongo ? Voyons, c'est juste Emma. Tu la verras un autre jour. Allez, viens. Il est tard. »
L'attention toujours attirée vers la rue par laquelle le shérif était parti, Pongo finit par consentir à suivre son ami.
O
