7. Des mystères


Un coup d'œil à l'horloge lui apprit que minuit approchait à grands pas.

Mary-Margaret ne semblait pourtant pas décidée à aller se coucher, et Emma, qui ne tombait pas vraiment de sommeil, se refusait à la laisser avec sa tasse de café et son bouquin.

A présent qu'elle était au courant pour les cauchemars, elle ne pouvait la laisser souffrir seule. Il lui avait fallu un long moment pour convaincre David d'aller se coucher. Le pauvre, épuisé, n'avait eu aucun désir de quitter sa femme.

« Emma, arrête de me fixer, » murmura Mary-Margaret sans lever les yeux de son livre.

Le shérif sursauta et baissa les yeux, un peu embarrassée. Mais elle se trouva vite ridicule et releva la tête.

« Comment j'étais ? » demanda t-elle finalement.

« Pardon ? »

« Dans tes rêves. Dans ce futur. Comment je suis ? »

« Emma… »

« Quoi ? Ne me dis pas que tu ne serais pas curieuse à ma place. »

Mary-Margaret sembla un instant se perdre dans ses souvenirs. Puis le voile sur son visage se leva et laissa place à un petit sourire.

« Avant la guerre, tu étais pareille à toi-même, » murmura t-elle, pour ne pas déranger les autres occupants de l'appartement. Leurs regards se croisèrent et le souffle d'Emma se bloqua dans sa poitrine. Parfois, elle parvenait à ignorer tous ces sentiments dans le regard de Mary-Margaret, et elle arrivait ainsi à oublier que cette femme était sa mère. Et d'autres fois, tout lui revenait en pleine face. « Après… Pendant la guerre… Tu as changé. »

« Changé ? » souffla Emma, tendue, fascinée, terrifiée par l'éventualité.

« Tu étais en colère, » confia Mary-Margaret. Elle avala durement sa salive, réussit à contrôler sa voix. « Tu étais tellement en colère. Et… triste. Tu es devenue plus dure. Tu t'es détachée. Et je crois… je crois que c'est la seule solution que tu as trouvée pour survivre. Pour faire ce que tu avais à faire. Tu t'es détachée. »

« De quoi ? »

L'instinct d'Emma la poussait à demander plutôt 'de qui ?', mais sa peur le lui interdisait. Malgré tout, Mary-Margaret sembla suivre ses pensées. Son expression se ferma et elle secoua la tête.

« Est-ce qu'on… était proches ? »

« Oui. Oui, on l'était, » sourit Mary-Margaret.

« Et on était toujours à Storybrooke ? »

« Toujours. Tu étais toujours shérif. De ce côté-là, pas grand-chose avait changé. »

« Vraiment ? » Emma avait du mal à se projeter dans l'avenir. En avait toujours eu. Mais songer qu'elle resterait dans cette ville de dingues à essayer de maintenir l'ordre l'époustouflait. « Donc… pas de retour dans le Forêt Enchantée ? »

« Apparemment pas. »

Tout un tas de questions se bousculaient dans la tête d'Emma. Parce qu'elles parlaient d'un avenir qui aurait pu être le sien. Serait le sien ? Aurait été le sien ? En tout cas, il s'agissait là de possibilités.

« Et… » Elle gigota, mal à l'aise. « Et David et toi étiez toujours ensemble ? »

« Bien sûr, » répondit Mary-Margaret, les yeux écarquillés comme si la simple idée d'une séparation lui paraissait absurde et hautement insultante.

« Et est-ce que j'avais un frère ou une sœur ? » A la plus grande horreur d'Emma, les yeux de Mary-Margaret se remplirent de larmes. « Je… je suis désolée, » s'étrangla t-elle. « Ne réponds pas, j'ai rien dit ce n'est p– »

« Emma, » coupa l'autre femme, la voix serrée mais ses larmes sous contrôle, « ne t'en fais pas. Et tu… tu aurais eu une sœur. Mais… »

« Vous… l'avez perdue ? » interrogea Emma sans pouvoir mettre un quelconque frein à sa curiosité morbide.

« Nous sommes morts, » confirma Mary-Margaret. Puis, avec un sourire tremblant, elle haussa les épaules et essaya de contrôler sa voix trop serrée. « Ou plutôt, ils sont morts. »

« Est-ce que… tu… l'autre toi a souffert ? » Le silence fut sa seule réponse et le cœur d'Emma se serra. « Tu n'étais pas seule, au moins ? »

« Non, » rassura Mary-Margaret, une étrange lumière dans les yeux. « Non, je n'étais pas seule. »

« Okay, » souffla Emma avant de se reprendre. Elle se redressa, essuya ses paumes sur son jean et força un sourire. « Et moi ? Est-ce que j'étais seule ? »

« Est-ce que tu serais en train de me demander si tu étais mariée ? »

« Mariée ? » répéta Emma en fronçant le nez. « Non. Juste… tu sais. »

Le sourire de Mary-Margaret était définitivement moqueur avant qu'il ne s'adoucisse.

« Eh bien… je sais que pendant un temps tu as vécu avec Neal. »

Un rire incrédule essaya de s'échapper de la gorge d'Emma qui secoua la tête.

« Très drôle. Pour la énième fois, je n'ai plus de sentiments pour Neal. »

« Je ne plaisante pas, » assura Mary-Margaret en haussant un sourcil.

« Sérieux ? »

« Sérieux. »

Cette information souffla Emma. Elle et Neal ? Ensemble ? Vivant ensemble ?

Il y avait bien quelques sentiments au fond du cœur d'Emma pour son premier amour. Le père de son fils. Son seul ami, à une époque. Elle n'aimait guère s'avouer à elle-même qu'elle ne parvenait pas tout à fait à étouffer ces bribes d'émotions qui s'étaient ravivées à l'instant même où Neal était réapparu dans sa vie.

« On a vécu ensemble ? » répéta Emma, perturbée, se demandant s'il n'y avait pas de l'espoir dans son propre ton. « Mais… il est fiancé ! Et Tamara ? Où elle est passée ? »

« Je ne sais pas, » répondit Mary-Margaret en fronçant les sourcils. « Partie… ? Je crois… »

« Alors Neal et moi, l'autre moi, on… ? »

« Oui. »

« Pendant longtemps ? Tu as dit un temps. »

« Je ne sais pas. Deux ans peut-être ? Plus ? Je ne suis pas sûre. C'est assez flou, tu sais. »

« Oh. Et pourquoi… ? »

« Je crois que vous vous êtes aperçus que vous n'étiez pas faits pour être ensemble. Mais je sais que vous êtes restés très bons amis. »

« Oh. Une rupture seine ? Ouah. Et Henry vivait avec nous ? »

« Et avec Regina, » confia Mary-Margaret. « Vous aviez établi une garde partagée. »

« Donc Regina n'a pas essayé de tous nous tuer encore une fois ? En voilà une bonne nouvelle. Un peu surprenante, mais bonne. »

« Les choses étaient différentes. »

« Et donc… Henry n'avait pas de frère ou de sœur ? » demanda Emma avec une certaine angoisse.

« Pas que je sache, » répondit Mary-Margaret, mais il y avait une prudence, une hésitation dans son regard et jusque dans sa voix qu'Emma perçut aisément mais préféra ne pas relever.

« Neal et moi, » souffla t-elle. « Mon dieu. » Une soudaine inquiétude lui serra l'estomac, et ses joues se colorèrent avec un mélange de honte et de crainte. « Je ne suis pas la raison derrière ses fiançailles brisées ? Je veux dire, je n'ai rien fait de complètement stupide comme coucher avec lui le jour de son mariage ou un truc du genre ? »

Une lumière fit pétiller les yeux de Mary-Margaret qui sourit, amusée.

« Non, enfin je ne crois pas, » offrit-elle, et le petit rire dans sa voix cassait cet air inquiet et sombre qu'elle avait depuis des semaines. « Pourquoi ? Tu en fais une habitude ? »

« Non ! » se défendit immédiatement Emma, et pour la première fois depuis qu'elle connaissait cette femme, elle rougit complètement. « Non, bien sûr, je… C'est juste… On peut changer de sujet ? »

« Comme tu voudras. Mais je te poserai de nouveau la question la prochaine fois que tu boiras un verre de trop à une soirée entre filles, tu es prévenue. »

Avec un grognement, Emma maudit son habitude de parler un peu trop librement lorsqu'elle se trouvait sous l'influence de l'alcool. Le fait que sa mère l'avait découvert lorsqu'elles n'avaient été que colocataires lui reviendrait sans doute en pleine figure un jour ou l'autre.

Non pas que Mary-Margaret ou David avaient vraiment des leçons à lui donner. Maudits ou non, ils avaient eu comme tous les autres leur libre-arbitre, et ça ne les avait pas empêchés de trahir Kathryn et de commettre l'adultère. Emma se demanda d'ailleurs ce qu'était devenue l'ex-femme de David, car avec tout ce qu'il s'était passé ces derniers mois elle n'avait pas eu l'occasion de la croiser.

« Donc, Neal et moi étions amis, et il est mort. Ruby est morte. Et David et toi… et Henry… aussi. »

La gorge d'Emma se serra et elle dut lutter pour contrôler sa respiration. Elle manqua presque la façon dont les yeux de sa mère se détournèrent des siens.

Depuis quand laissait-elle ses émotions la dominer ainsi ?

Mais l'idée que cet avenir puisse être le sien, le leur…

Et puis la fatigue et le stress accumulés ces dernières semaines réduisaient ses défenses, aplatissaient ses barrières.

« Alors je suis… »

« Tu n'es pas seule, » assura Mary-Margaret en prenant sa main dans la sienne pour la serrer avec toute cette force et toute cette chaleur qu'elle sortait de nulle part. Ses yeux s'étaient teintés de d'amour et de compréhension et en cet instant, l'amie s'effaçait complètement pour ne laisser que la mère, et Emma resta figée, incapable de parler. « Dans ces rêves, tu es furieuse, détachée, et blessée, oui. Mais je sais que tu n'es pas seule. Je le sais, parce qu'il y a une part de toi, de cette femme lumineuse et pleine de force et d'espoir qui est toujours là et qui se bat pour se dégager des ombres, et que cette part-là ne survit que grâce à l'amour. Et même si je ne peux pas en être certaine parce que les rêves restent flous et que l'autre Snow est morte avant toi, je crois que cette part de toi a survécu. C'est ce qui me permet de croire, Emma, de croire que l'autre toi va bien, qu'elle se bat et qu'elle restera elle-même. Qu'elle ne se perdra pas. Et qu'elle sera heureuse. »

« Je… Quand tu dis que je ne suis pas seule… Tu ne parles pas vraiment de Leroy ou de Pongo, n'est-ce pas ? »

Un sourire un peu étrange se dessina sur le visage de Mary-Margaret, mais sa voix resta posée et pleine de cette chaleur qui adoucissait les blessures d'orpheline d'Emma et qui l'ancrait dans ce monde, dans cette vie, dans cette famille.

« Pas vraiment. »

« Est-ce que tu crois vraiment que l'autre moi a la moindre chance d'être heureuse avec tout ce que tu m'as raconté ? »

« Elle a une chance, » assura Mary-Margaret dans un murmure, « de guérir et d'être aussi heureuse qu'elle peut l'être. »

« Si elle survit à la guerre. »

« Elle survivra. A survécu ? » La jeune femme fronça le nez. « Ca m'embrouille. »

Emma leva les mains.

« Autre réalité. C'est une évidence et je vote pour. Hors de question que ce soit mon avenir. Merci bien. »

« Dans cet avenir ou dans le nôtre, Emma, tout ce que je souhaite c'est que tu sois sauve et heureuse. »

Et bien sûr, elle trouvait le moyen de prononcer ces mots stupides avec ce ton stupide et cette stupide chaleur dans la voix qui poussèrent les larmes jusque dans les yeux d'Emma.

Bien heureusement, sa réaction fut immédiatement enterrée sous une puissante vague qui lui coupa la respiration et poussa son corps à se tendre douloureusement.

« Emma ? » interrogea Mary-Margaret avec inquiétude, se redressant avec elle pour venir poser une main contre son dos.

L'énergie s'intensifia autour du cœur d'Emma, dans ses veines, sous sa peau, partout. La pression la fit presque gémir et elle pinça les lèvres pour éviter qu'un son ne lui échappe.

« Emma ? »

Les yeux fermés, sa fille ne lui répondit pas, se concentra sur sa respiration, essaya d'échapper à la douleur et comprit.

Et à l'instant même où elle comprit, le phénomène cessa.

« Emma, qu'est-ce qu'il y a ? »

« Ça va, » souffla t-elle entre ses dents. Elle porta ses mains tremblantes jusqu'à son visage sans doute trop pâle et essaya de se contrôler. « C'est passé. »

« Qu'est-ce que c'était ? »

« La magie, je crois. Quelque chose… quelque chose a perturbé ma magie… je crois ? C'était un peu comme… un peu comme il y a quelques semaines, dans le café. Mais en plus puissant. »

Elle respirait déjà mieux. Ses muscles se détendaient, toute manifestation de pouvoir dans son être s'était envolée, laissant seulement un violent mal de tête dans son sillage.

« Qu'est-ce que tu crois que c'était ? » interrogea Mary-Margaret avec angoisse en jetant un œil inquiet vers le coin du séjour.

Mais Mary était toujours là et elle dormait paisiblement.

« J'en sais rien, » répondit Emma en attrapant son téléphone portable laissé sur la table basse. « J'en sais rien. »

« Qu'est-ce que tu fais ? Il est une heure du matin. »

« La dernière fois, Regina a été la seule à le sentir aussi, et beaucoup plus que moi. »

Elle appela immédiatement le numéro, pressa la touche du haut-parleur quand Mary-Margaret s'approcha d'elle anxieusement pour avoir une chance d'entendre.

La sonnerie retentit. Deux fois. Trois.

« Quoi, Miss Swan ? » demanda la voix de Regina, basse, étrangement rauque.

« Regina ? Vous avez senti ça ? »

« Ça aurait été difficile… » Une pause étrange, comme si les mots s'étaient perdus en chemin, « …de le rater. »

Il y avait quelque chose d'étrange dans sa voix qui n'était qu'un murmure.

« Regina ? Est-ce que vous allez bien ? »

« Je vais… juste… retourner me… »

Un son sourd. Emma fronça les sourcils.

« Regina ? »

Mary-Margaret posa ses doigts sur le poignet d'Emma pour partager son inquiétude.

« Regina ? » appela Emma une seconde fois. « Regina, si vous ne me répondez pas dans trois secondes, je débarque, je vous préviens. Regina ? Un. » Elle attendit, mais aucun son ne provint de l'appareil. « Deux. »

Rien.

Emma soupira et sauta sur ses pieds, fourrant le téléphone dans sa poche.

« Merde. »

Ses bottes furent rapidement mises, elle attrapa ses clés et ce ne fut que lorsqu'elle eût enfilé sa veste qu'elle remarqua que Mary-Margaret faisait de même. A son regard interrogateur, le professeur haussa les épaules.

« Quoi ? Je viens aussi. »

« Tu n'es pas flic. »

« Je fais ces rêves, » se défendit l'autre femme comme si cette réponse justifiait tout. Puis elle haussa un sourcil et leva sa main droite pour attirer l'attention d'Emma sur les clés qu'elle tenait. « Et j'ai ça. »

« Où est-ce que tu as piqué ça ? »

« Dans la poche d'Henry. Tu comptais forcer la serrure de Regina ? Tu nous serais revenue avec un organe en moins. »

« Peu importe. Viens, » concéda finalement Emma avant d'ouvrir la porte et de se précipiter à l'extérieur.

Elle ne précisa pas que ça n'aurait pas été la première fois qu'elle forçait l'une des portes de Regina par inquiétude.

O

Le hall était plongé dans le noir, mais plusieurs sons leur parvenaient.

Une drôle d'habitude qu'Emma ne comprenait pas.

« Regina ? » appela t-elle par-dessus le bruit alors que Mary-Margaret avançait rapidement jusque dans le bureau à côté pour couper la radio.

Ça ne suffit pas à leur apporter le silence.

Une télévision était allumée, quelque part.

Emma ignora le manque de réponse et alla rapidement jusqu'au salon. Comme le son de la radio, le volume de la télévision était réglé légèrement trop fort et elle s'empressa d'attraper la télécommande pour le couper alors que sa mère allumait la lumière.

« Regina ! » souffla Mary-Margaret alors qu'elle s'approchait rapidement du corps étendu près d'un fauteuil.

Le regard d'Emma fut immédiatement attiré vers lui et elle eut une étrange impression de déjà-vu.

Son téléphone en main, toujours habillée, Regina gisait à leurs pieds, inconsciente.

« Génial, » maugréa Emma en s'agenouillant près d'elle.

Elle fut rassurée de sentir un pouls régulier et une respiration normale, même si la peau de l'autre femme paraissait à la fois trop pâle et trop chaude.

« Regina ? » appela t-elle, la secouant doucement. « Regina ? »

Contrairement à la dernière fois, elle n'obtint absolument aucune réponse de son ex patronne. Alors elle la redressa dans une position assise avec l'aide de sa mère, serra sa main, continua à essayer de la sortir de l'inconscience.

« Allez, bon sang, réveillez-vous ! »

« Elle a l'air épuisée, » souffla Mary-Margaret.

Emma lui lança un regard incrédule.

« Tu t'es regardée dans un miroir dernièrement ? » dit-elle sans méchanceté. « Vous avez toutes les deux l'air d'avoir besoin d'un mois de sommeil. Regina ? »

Elle lui tapota la joue et se demanda si la gifler franchement une ou deux fois lui coûterait la vie, mais heureusement les paupières de Regina bougèrent sans qu'elle n'en arrive à de telles mesures.

« C'est ça, » encouragea Emma, serrant sa main avec force, essayant de faire appel à ses réflexes. « Réveillez-vous. »

Doucement, Regina réussit à ouvrir les yeux mais elle luttait visiblement pour rester consciente. Ses doigts se refermèrent faiblement autour de ceux d'Emma.

« La magie… » murmura t-elle.

« Oui, je sais, je l'ai sentie aussi. Qu'est-ce que c'était ? »

« Mary… »

« Quoi ? »

« Mary… ? »

« Elle dort à l'appartement, David et Henry sont avec elle. Regina ? »

Mais elle avait fermé les yeux de nouveau, ses doigts se relâchèrent.

« Tu crois qu'on devrait appeler une ambulance ? » interrogea Emma avec une inquiétude qui la surprit presque.

« Non, » répondit Mary-Margaret après une seconde de réflexion. « Elle s'est endormie, c'est tout. Mais on devrait rester ici pour la surveiller, au cas où. »

« Okay. Aide-moi à l'installer sur le canapé. »

Porter Regina jusqu'au meuble fut l'affaire de deux minutes. Elles la recouvrirent d'une couverture et échangèrent un regard fatigué et inquiet.

« Tu devrais appeler David. Lui dire où on est, et lui parler de la magie. Si la première fois que c'est arrivé Mary est apparue, nous ne savons pas ce qui a pu se passer cette fois-ci. »

« Oui. »

Pendant que sa mère passait son appel, Emma alluma deux lampes d'appoint et éteignit le plafonnier. Puis elle retira ses chaussures et sa veste, sachant qu'elle resterait là quelques heures, et alla ouvrir un placard dans lequel elle fut ravie de découvrir quelques coussins et couvertures. Elle imaginait difficilement Regina avoir des soirées films, mais pourquoi pas, après tout ?

Elle prit ce dont elle avait besoin et s'installa confortablement sur l'un des deux fauteuils, ses yeux allant naturellement se promener sur ces rares photos visibles posées sur un meuble.

Henry.

Petit, adorable, souriant. Heureux et en bonne santé.

Aimé.

Mary-Margaret revint vite et commença à s'installer, elle aussi.

« Tu es sûre que tu devrais rester ? » interrogea Emma. « On est chez Regina. Est-ce que tu étais déjà entrée avant ? »

« Jamais, » répondit l'autre femme tranquillement, s'emmitouflant dans une couverture comme si elle passait régulièrement du temps dans ce fauteuil. « Mais j'ai vécu des années avec Regina. Et bien qu'elle avait apparemment déjà des envies de meurtre à l'époque, je m'en suis toujours tirée. Je ne te laisserai pas seule alors qu'une possible menace vient peut-être de débarquer à Storybrooke, Emma. »

Touchée, mais ne souhaitant pas vraiment voir l'instant se prolonger, Emma ravala son petit sourire d'émotions et se contenta de hocher la tête.

« Tu l'aimes toujours, n'est-ce pas ? » demanda t-elle finalement, son murmure brisant le silence.

Lorsqu'elle leva les yeux, Mary-Margaret détourna rapidement le regard, son visage fermé, son ton prudent.

« C'est compliqué. »

« Tu t'inquiétais vraiment, tout à l'heure. »

« C'est compliqué. »

« Tu sais, je comprends qu'on puisse entretenir de l'affection pour des gens qui ont compté autrefois, même s'ils ont été ensuite de vrais monstres. »

Après une minute de silence, l'air neutre de Mary-Margaret se teinta de mélancolie, et ses yeux se posèrent sur Regina qui semblait dormir tranquillement.

« Elle était mon héros, » confia t-elle dans le silence de la maison, dans un murmure presque fragile. « Même quand… même quand j'ai grandi, que j'ai commencé à comprendre les choses, qu'elle m'évitait, elle est restée mon héros. Tout ce que j'espérais, c'était devenir la femme que je voyais en elle. C'était ressembler à la fille que j'avais connue. » Un sourire, froid, cynique, que jamais Emma aurait songé voir sur ce visage étira les lèvres de Mary-Margaret. « Mais mon amie est morte et je n'ai rien fait pour elle. Et ensuite… La rage et la haine n'ont rien à voir avec l'amour. »

« Mais c'est difficile de laisser partir les gens qu'on aime. Leur souvenir. »

« Une part de moi aimera toujours cette Regina, et regrettera toujours d'avoir été l'une des responsables de sa chute. Mais je sais aussi qui est Regina maintenant. Qui elle était. Ce qu'elle a fait et ce qu'elle est capable de faire. J'ai essayé de la sauver, il était sans doute trop tard. Je l'ai épargnée, plus d'une fois. Etait-ce vraiment la bonne solution ? Peut-être que ce n'était qu'égoïsme de ma part. » Elle fronça les sourcils. « Je ne la comprenais pas. Mais maintenant… maintenant je ne sais pas jusqu'où je pourrais aller pour sauver ma famille. »

Emma se souvenait de son enfance, froide et solitaire.

Elle pouvait encore voir le corps de Cora. Le sourire de Gold.

L'horreur dans les yeux de Mary-Margaret à la réalisation de ce qu'elle venait de commettre, de ce qu'elle était devenue.

« Je ne sais pas si c'est être faible que de se laisser aller à de telles extrémités, » continua Mary-Margaret d'un ton sourd, « ou si c'est être fort. Je ne sais pas où s'arrête la justice, et où commence la vengeance. Je ne sais plus, Emma. Les frontières étaient claires avant, plus rien n'a vraiment de sens ici. Et je ne sais pas si c'est mieux, ou si c'est ce qui va tous nous faire basculer dans les ombres. »

Comme si elle réalisait soudain qu'elle parlait à voix haute, ou peut-être à qui elle parlait, Mary-Margaret tourna la tête vers elle et força son ton à s'éclaircir.

« Quelle reine je fais, hein ? Tu dois penser que je n'ai absolument rien d'un monarque. »

Emma avala difficilement sa salive, songea à toute une vie passée dans la zone grise, à essayer de prendre les bonnes décisions, basculant quelques fois, mais avançant pas après pas pour se construire et se bâtir une vie honnête. Apprenant de ses erreurs, se remettant sans cesse en question. Pour être quelqu'un de meilleur.

« Non, » murmura t-elle. « Je pense que tu aurais fait une grande reine. »

O

Elle reprit doucement conscience.

Tout doucement pour la première fois depuis des semaines.

Elle était bien. Au chaud. Pas tout à fait reposée, mais l'épuisement semblait avoir cessé de s'accrocher à ses os.

Malgré les rideaux tirés, le soleil devait être haut dans le ciel car une douce lumière baignait le salon.

« Mama ? »

La surprise la fit sursauter et elle se redressa rapidement, le cœur battant. Lorsqu'elle concentra son attention juste devant elle, elle rencontra un grand regard noisette et un sourire adorable.

« Mama, bye ! »

« B…bonjour. »

« Zour ? »

Mary se tenait là, debout, ses deux mains posées sur le canapé pour se maintenir en position, et elle l'observait se réveiller avec cette expression lumineuse et…

Le rêve.

Emma.

Mary.

Cette enfant…

Son enfant.

Non, celui d'une autre Regina. Mais même si elle venait d'un autre monde ou d'un autre futur – d'elle ne savait d'où !, au final Mary possédait ses gènes, n'est-ce pas ?

Les siens. Ceux de Miss Swan également.

« Mama, zour ! » offrit Mary joyeusement en levant une main vers elle, les doigts écartés.

Elle essayait de l'attraper, mais Regina resta figée, abasourdie, incapable de comprendre ce qu'il se passait.

« Est-ce que ça va ? »

Emma Swan. Assise sur un fauteuil à l'autre bout du salon. En tailleur, à l'aise.

Peut-être avait-elle simplement basculée dans une autre dimension.

« Miss Swan ? »

« Bonjour, » sourit Emma, de cette manière qui indiquait à Regina qu'elle savait très bien qu'elle était surprise et que ça l'amusait au plus haut point. « Bon retour parmi les vivants. »

« Mama ! »

Se reprenant, refusant d'apparaître encore plus perdue devant cette femme, Regina s'assit convenablement, les pieds sur le tapis, et attrapa Mary sous les bras pour la placer sur ses genoux.

« Je m'appelle Regina, Mary. »

Mais alors que ces mots passaient ses lèvres, Regina ne put empêcher son cœur de se serrer dans sa poitrine tandis que le bébé se blottissait contre elle. Elle respira son odeur, fut un instant plongée dans une vague d'amour indescriptible et même si elle savait que ce sentiment trouvait son origine dans une vie qui n'était pas la sienne, dans un cœur qui n'était pas tout à fait le sien, elle se laissa bercer par cette émotion si pure et si belle un instant.

« Mary était pressée de vous voir vous réveiller. Ça fait plus d'une heure que j'essaye de l'empêcher de vous tirer du sommeil. »

« Quelle heure est-il ? »

« Presque dix heures. »

« Je suis ravie que la ville vous paye à entrer par effraction dans ma maison, shérif. »

« J'avais les clés, cette fois, » répliqua Emma en rangeant son téléphone dans sa poche – elle avait peut-être passé son temps à jouer avec. « Vous vous souvenez de cette nuit ? »

Dans d'autres circonstances, cette question aurait pu faire l'objet de plus d'une blague, mais Regina ne se sentait pas d'humeur – et elle n'allait certainement pas rentrer dans ce jeu avec cette femme.

Plus maintenant.

« J'ai rêvé… Et puis… La magie. La magie m'a réveillée. »

« Je vous ai appelée et vous vous êtes évanouie alors qu'on était encore en ligne. Nous avons donc dû débarquer ici. Vous aviez de la fièvre et nous ne sommes pas parvenues à vous réveiller plus de quelques secondes. Comment vous vous sentez ? »

Elle avait une migraine assommante, se sentait fatiguée mais moins que ces derniers jours, et avant tout elle se sentait terriblement embarrassée.

« Nous ? »

« Hein, quoi ? »

« Vous avez dit nous. »

« Oh, Mary-Margaret était avec moi. Elle vous a veillée cette nuit. » Emma fronça le nez et haussa les épaules. « Il est possible que je me sois endormie. »

« Je peux savoir ce que cette femme – »

« Epargnez-moi le laïus du méchant, merci. Nous avons enterré la hache de guerre, non ? Pour toujours, j'espère bien. Ne vous en faites pas, lorsque David a emmené Mary il est aussi passé prendre Mary-Margaret. »

Proprement reprise, Regina aurait volontiers envoyé Emma balader (possiblement avec un peu de magie), mais la présence du bébé qui était un mélange d'elles deux et qui ne devrait même pas exister l'en empêcha.

« Je l'ai sentie bien plus précisément. Je parle de la magie, » précisa inutilement Emma en fronçant les sourcils. « C'était fort, et apparemment ça n'a pas été des plus agréables pour vous non plus. Vous avez une idée de ce que ça peut vouloir dire ? »

Je dois y aller. Je suis arrivée.

Mais non. C'était impossible.

« Regina ? »

« Non. Je ne sais pas. »

« Vous avez dit que vous avez rêvé. Rien de neuf ? Sur Mary ? »

« Non, » mentit-elle une nouvelle fois.

Parce qu'au final, qu'aurait-elle pu dire ?

Notre fils va peut-être grandir pour devenir un psychopathe et ce bébé est le nôtre ?

« Vous mentez, n'est-ce pas ? » accusa Emma en l'observant avec un mélange de curiosité et de méfiance bien étrange.

« Non. Qu'avez-vous dit à Henry ? » interrogea Regina en passant une main dans ses cheveux avant de se pencher pour attraper le doudou de Mary, abandonné au sol, et de le donner à la fillette qui l'attrapa avec une petite exclamation ravie.

Comment un tel petit être lumineux avait bien pu naître dans un monde aussi terrible ? Comment avait-elle pu naître d'Emma et de Regina, toutes les deux cassées et pleines d'ombres ?

« David lui a dit la vérité. Henry veut vous voir après les cours, il s'inquiète. »

« Vous lui avez dit que j'ai perdu connaissance ? Vous auriez dû vous abstenir. »

« Comme si le gamin ne se serait pas douté qu'il se passait quelque chose en remarquant que nous avons toutes les deux passé la nuit ici ! »

Elle marquait un point.

Un instant, par pur esprit vindicatif, Regina contempla l'idée de tout lui dire. Lui dire pour Henry, pour tous ces morts, lui raconter l'horreur, l'impuissance, la culpabilité, la peur.

Mais Mary babilla et l'envie lui passa.

Dire la vérité à Emma ne servirait qu'à la tourmenter, et Regina doutait que l'autre femme saurait encaisser pareille information. Elle qui n'avait toujours pas complètement accepté ses origines et le monde qui l'entourait. Ce serait sans doute une chose de trop à avaler.

« J'ai fait du café, » annonça Emma tranquillement, comme si elle était sur son fauteuil, dans sa maison.

L'irritation se battit avec l'horreur en Regina et elle bondit sur ses pieds, Mary dans ses bras.

« Vous avez touché à ma cuisine ? » s'outragea t-elle en se dirigeant immédiatement vers la pièce en question, inquiète.

« C'est là qu'est la cafetière, non ? »

La voix nonchalante d'Emma la poursuivit dans le couloir et Regina soupira de frustration.

Bien que la cuisine n'avait pas subi de catastrophe comme elle le craignait, il n'en était pas moins qu'il y avait deux tasses sales dans l'évier, des traces de café sur la table et des grains abandonnés sur le plan de travail.

Levant les yeux au ciel, Regina cala Mary contre sa hanche, le bébé apparemment ravi de faire partie du voyage, et s'attela à remettre la pièce dans son état impeccable habituel. Elle nettoya et rangea la vaisselle, et puis entreprit de laver les traces du passage d'Emma.

Lorsqu'elle se tourna, un torchon dans les mains pour essuyer la table, elle remarqua l'autre femme, les bras croisés, occupée à l'observer d'une manière étrange, entre amusement et contemplation.

« La prochaine fois, veuillez ne rien toucher, Miss Swan. »

« Ça va, j'allais nettoyer, détendez-vous. Donc, c'est vraiment vous qui faites le ménage ici. »

Regina haussa un sourcil.

« Non, j'enferme plusieurs esclaves dans la cave. »

« Ha. Ha. Je pensais que vous employiez des gens. »

« Et pourquoi ça ? »

« Euh… Vous. Reine. Domestiques ? »

« Je sais très bien me débrouiller seule, je n'ai besoin de personne. »

« Visiblement. Personnellement, si j'avais une maison, je condamnerais la moitié des pièces pour éviter d'avoir à les nettoyer. »

« Ça ne m'étonne guère, » remarqua Regina en allant se servir un café – et en espérant que le shérif était apte à composer une boisson digne de ce nom.

« C'est bizarre. »

Le ton, aussi bien que l'observation, poussa Regina à se tourner vers Emma de nouveau. L'autre femme avait les yeux toujours posés sur elle mais elle s'était avancée dans la pièce, à présent de l'autre côté de la table, à l'opposé de Regina.

« Quoi ? » interrogea Regina prudemment en posant sa tasse une seconde pour empêcher Mary de prendre une mèche de ses cheveux entre ses doigts, et aussi pour modifier sa prise sur elle (son bras commençait à fatiguer).

« J'ai passé beaucoup de temps à… essayer de ne surtout pas penser à Henry. Avant que je sache qu'il était Henry. A essayer de ne surtout pas l'imaginer. Même maintenant, j'ai ce réflexe. Je ne le pense pas petit. Ou bébé. » Emma haussa les épaules, eut ce sourire auto-dérisoire qui paraissait si étranger aux yeux de Regina. « Et vous faites le ménage avec Mary dans les bras comme si vous aviez fait ça toute votre vie. »

Regina baissa les yeux sur le bébé qu'elle tenait, résista à cette envie instinctive et tendre de déposer un baiser sur sa tête lorsque Mary leva les yeux vers elle. Se souvint de la première fois qu'elle s'était vraiment sentie mère, plusieurs longues journées après l'arrivée d'Henry dans sa vie, épuisée, apparemment incapable de calmer le bébé, incapable d'établir une connexion avec lui. Et puis c'était arrivé. Et elle avait pu enfin se détendre, respirer, le poids de son garçon dans ses bras était devenu apaisant au lieu d'apparaître angoissant, son odeur était devenue rassurante, le moindre de ses sons un plaisir.

« Pas toute ma vie, » offrit-elle finalement à Emma d'une voix un peu trop basse. « Juste quelques années. »

Il y eut un nouvel instant de silence que Regina ne combattit pas. Elle ne savait que dire, comment se comporter, avec ce bébé dans les bras, avec cette femme en face d'elle.

« Je sais qu'il y a quelque chose que Mary-Margaret et vous nous cachez. »

« Oh ? » se contenta de demander Regina tranquillement.

Emma Swan n'était pas du genre à étaler ses sentiments, à les montrer. Elle ne perdait que rarement le contrôle, n'élevait la voix que lorsqu'elle était à bout et gardait toujours ses distances. C'était une chose que Regina, bien souvent incapable d'étouffer ses émotions, lui enviait.

C'était aussi une chose qui, dans ses rêves, l'inquiétait.

« Et j'ai comme l'impression que vous me cachez plus encore. »

Regina termina son café et alla rincer sa tasse.

« Je ne doute pas que vous ayez vos idées, Miss Swan. »

« Qu'est-ce que vous me cachez ? »

« Rien qui vous concerne. »

« Conneries ! Tout ça me concerne, ça nous concerne tous. »

« Ah ? Dans ce cas, avez-vous fait une annonce officielle destinée à l'ensemble de Storybrooke ? »

« Et si quelque chose était apparue cette nuit avec cette montée de magie, hein ? J'ai besoin d'être informée, » exigea Emma en faisant le tour de la table pour avancer sur Regina. « Je suis le shérif ici, il faut que j'ai toutes les cartes en mains, je ne peux pas rester trois pas en arrière sans arrêt. Ces secret sont débiles et… » Elle se stoppa quand la radio de la cuisine se mit soudain en route, tout comme apparemment la télévision du salon et la chaine hifi de la bibliothèque. « Et c'est quoi cette obsession du bruit que vous avez, bon sang ? »

« Je n'ai rien fait, » se défendit-elle, un peu embarrassée qu'Emma ait noté son habitude.

Elle haussa un sourcil en baissant les yeux sur Mary. La petite fille l'observait tout en suçant son index et son majeur, un air passablement soucieux sur son visage poupin.

« Mary ? »

« Je crois que votre attitude l'inquiète, » reprocha Regina en passant une main dans le dos du bébé pour le rassurer. « Vous devriez cesser avec ces questions idiotes. »

« Ce ne sont pas des questions idiotes et si vous voulez mon avis, si Mary réagit à l'attitude de quelqu'un, c'est à la vôtre. Le bruit à tendance à me taper sur les nerfs, pas à me rassurer. Pas vrai, minipousse ? »

La petite se contenta de tourner le regard vers elle et d'observer le petit sourire qu'affichait à présent Emma. Soupirant silencieusement, Regina leva une main mais se figea bien vite et la rebaissa. Elle avait presque oublié la promesse qu'elle avait faite de ne plus se servir de la magie consciemment.

Si Emma remarqua son geste avorté, elle eut la galanterie de complètement l'ignorer. Malgré ça, elle la suivit à travers les pièces quand Regina alla d'appareil en appareil pour les éteindre. Puis elle déposa Mary sur le tapis du salon. Lorsqu'elle se tourna vers Emma, elle se rendit compte avec surprise que le regard de l'autre femme restait braqué sur le bébé.

Elle attendit quelques secondes mais, comme le shérif ne bougeait pas, elle finit par perdre patience.

« Allez-vous vous décider à quitter ma maison ou allez-vous rester planter là indéfiniment ? »

Au lieu de répliquer, Emma se contenta de lever ses yeux vers elle, sombrement sérieuse.

« Qu'allons-nous faire si elle reste là ? »

« Pardon ? »

« Elle est là depuis des semaines. Et si personne ne venait jamais la chercher ? »

Malgré sa gorge soudain serrée, Regina parvint à répondre posément.

« Votre famille gagnera un membre. »

« Et qui l'élèverait ? Mes parents ? »

« Elle a été confiée à Mary-Margaret, n'est-ce pas ? »

Alors même que les mots passaient ses lèvres, Regina dut retenir un haut-le-cœur. Elle se souvint du mot, écrit de sa main. De ce sort apparemment infaisable qui avait été accompli. Et à part elle, quel autre survivant pouvait bien posséder une telle connaissance de la magie ?

Avait-elle réellement confié son bébé à Snow-White ?

Plutôt qu'à elle-même ? Ou même à Emma ?

Et que ferait-elle, si Mary était amenée à rester ? Devrait-elle garder à jamais la connaissance de son origine pour elle, pour le bien de tous ? Devrait-elle regarder la fillette grandir de loin, la regarder être élevée par ses ennemis ? Comme ils élevaient déjà son fils ?

« Ou préféreriez-vous vous en charger ? » s'entendit-elle dire pour une raison qui lui échappait presque.

Emma secoua immédiatement la tête, un peu plus pâle.

« Non. Non. Je… Non. »

« Pourtant vous l'avez élevée au même titre que vos parents ces dernières semaines, non ? »

« Mary-Margaret a presque tout fait. Avec David. Je ne saurais pas… Je ne suis pas faite pour élever un enfant. »

« Et ce que vous faites avec Henry, c'est quoi, dans ce cas ? » répliqua froidement Regina, la colère lui broyant soudain l'estomac. « Un passe-temps ? Un amusement ? Une pyjama party de plusieurs mois ? Et quand vous en aurez assez, vous le laisserez encore une fois ? Quand vous en aurez assez de jouer à la maman, vous le confierez à vos parents ? »

« Ce n'est pas… » s'étrangla Emma, les yeux écarquillés, une lueur de colère bataillant avec l'effroi dans ses yeux. « Bien sûr que non ! »

« Sans vos parents, mangerait-il autre chose que du sucre ? Combien de jours d'école a-t-il raté lorsque cet idiot de pseudo-prince en avait la garde ? A-t-il au moins une heure fixe pour aller se coucher ? Contrôlez-vous le nombre d'heures qu'il passe devant un écran ? Préférez-vous jouer avec lui aux héros plutôt que de vérifier ses devoirs ? Vous ne saviez même pas que sa crainte du noir était revenue, que ses vêtements étaient devenus trop petits, que – »

« J'aime Henry, et ce n'est pas comme si contrôler la moindre chose qu'il fait était la meilleure des – »

« Vous n'avez aucune idée d'à quel point tout cela est important, shérif, aucune, » coupa Regina d'un ton glacé en franchissant ce dernier pas qui les séparait encore, ses yeux braqués dans ceux, brillant de rage, d'Emma Swan. « Vous connaissez Henry depuis quelques mois et vous vous prenez pour sa mère parce qu'il a votre sang dans ses veines et parce qu'il vous apprécie, mais vous n'êtes pas une mère. Vous l'aimez, vous êtes techniquement et à ses yeux sa mère, mais vous n'êtes pas un parent, tout du moins pas encore. La simple idée vous fait paniquer et vous êtes dépassée par tout ce qui arrive, mais à ce jeu-là, Miss Swan, il n'y a pas d'échauffement. Soit vous êtes un parent avec toutes les responsabilités que cela implique, soit vous ne l'êtes pas, mais il va falloir vous décider dans la semaine qui vient. »

« Ou sinon ? » demanda Emma en plissant les yeux.

« Sinon je récupérerai mon fils. »

« Et moi qui croyait que nous étions enfin arrivées à une entente. »

Une partie de la froideur de Regina s'envola face à l'amertume et la déception dans le ton de l'autre femme. Elle se redressa avec fatigue.

« Il y a beaucoup trop en jeu. »

« En jeu ? Par rapport à Henry ? »

« Nous parlions de Mary. »

« Avant que vous ne partiez soudain dans une tangente révoltante sur ma soi-disant incapacité à élever mon fils, oui. »

« Henry dort par terre. »

« Sur un matelas, majesté. Et je parlais plutôt de ma probable incapacité à élever un bébé, pas Henry. »

« Vous aimez l'idée d'être sa mère parce que vous adorez l'idée d'une famille. Henry est un garçon indépendant, espiègle, amusant, passionné, mature. Je me demande bien ce qu'il se serait passé s'il n'avait été qu'un petit sauvage grossier ou un hyperactif demandant plus d'une heure d'attention par jour. »

Emma la fusillait du regard mais Regina l'ignora, parce que ses interrogations étaient légitimes. Un peu déçue que l'autre femme ne réagisse pas davantage, elle fit un petit pas en arrière, moins menaçante, et tenta d'ignorer la façon dont sa colère s'évanouissait si aisément en face du shérif.

« Si ça peut vous détendre, je vais vous le dire une nouvelle fois, » commença Emma d'une voix posée mais frustrée, le regard brûlant de colère contenue, « vous l'avez bien élevé, et c'est en grande partie grâce à vous qu'Henry est le garçon génial qu'il est aujourd'hui. Mais si vous continuez sur cette lancée, je serais obligée de réagir et nous avons déjà établi que je frappe plus fort que vous. »

« Nous n'avons jamais établi ça. »

Emma eut l'audace de lever les yeux au ciel.

« Vraiment ? » répliqua t-elle, avant de contourner Regina pour rejoindre Mary, balayant par ce simple geste tous les mots de l'autre femme quant à sa capacité à être une mère, comme si sa colère pouvait être aussi simplement oubliée. « Vous êtes parano, instable et plutôt toquée, Regina. Vous le saviez ? Hey, minipousse. »

Eberluée, Regina tourna la tête pour la suivre des yeux et resta quelques secondes plantée là, indécise.

Emma Swan. Pleine d'assurance, de craqures.

De surprises.

« Qu'est-ce qu'il y a ? » demandait doucement Emma à la petite en s'asseyant près d'elle. « Tu veux jouer ? »

L'agacement de Regina, nourri par sa fatigue et sa nervosité, commença à s'apaiser bien malgré elle. Son regard tomba sur le canapé, sur la fine couverture qui avait dû être déposée sur elle durant la nuit. L'idée qu'Emma et possiblement Mary-Margaret aient passé du temps près d'elle alors qu'elle dormait, peut-être même à la regarder dormir, était tout simplement terrifiante.

Ahurissante, aussi, les circonstances étant ce qu'elles étaient.

Elle observait toujours Emma et Mary, mal à l'aise, quand le téléphone de la blonde se mit à sonner. Le shérif se leva rapidement pour l'attraper. Un texto, sans doute, et sa lecture lui fit froncer les sourcils.

« Un problème ? » demanda Regina.

Emma laissa tomber le téléphone sur le canapé.

« Quoi d'autre ? Apparemment, Mendell a disparu. »

« Disparu ? » interrogea t-elle.

« Granny dit qu'il devait lui payer la dernière semaine ce matin, qu'elle a dû forcer la porte de sa chambre. Son téléphone sonnait à l'intérieur mais il ne répondait pas. »

« Il l'a peut-être oublié, » remarqua logiquement Regina, partagée entre son exaspération envers l'impulsivité des loups et ses soupçons quant à la véritable identité de Mendell.

« Ça m'étonnerait, » remarqua Emma. « Toutes ses affaires, y compris ses clés et son portefeuille, sont encore dans la chambre. La fenêtre était fermée, et les clés de la chambre étaient dans la serrure, à l'intérieur. »

« Vous pensez sérieusement qu'il s'est évaporé ? Il est un peu tôt pour tirer la sonnette d'alarme, shérif. Ça ne fait que quelques heures. »

« Il n'y a rien de clair dans tout ça. »

« Parce que vous pensez qu'il prépare quelque chose. »

Emma se tourna vers elle, croisa les bras et l'observa de ce regard perçant un peu trop observateur à son goût.

« Vous savez, je trouve ça très étrange que vous vous appliquiez autant à ignorer ces étrangers débarqués de nulle part. J'aurais pensé que vous seriez la première à vous inquiéter et à aller les menacer, surtout lorsqu'on sait comment vous avez réagi à mon arrivée et à celle d'August. »

« J'ai d'autres choses à penser. »

« Je crois surtout que vous avez beaucoup de secrets, Regina. »

« Parce que vous êtes un livre ouvert vous-même. »

« Si vous savez quelque chose que j'ignore à propos de Mendell, je… »

La voix d'Emma s'évanouit et son regard se voila sous les yeux surpris de Regina.

« Miss Swan ? »

« Vous sentez… ? »

« Quoi ? »

« Ah ! » souffla Emma en fermant les yeux.

Elle se plia soudain en deux, apparemment en proie à une douleur subite, puis quelques secondes plus tard elle bascula en avant.

« Miss Sw… ! »

Regina n'eut d'autre choix que de la rattraper puisque l'autre femme s'écroulait sur elle. Elle entendit la sonnette de la maison se déclencher mais préféra s'évertuer à rester sur ses pieds tout en essayant de garder Emma debout.

« Miss Swan ! »

Rien à faire. L'autre femme était inconsciente et un étrange résidu de magie s'échappait d'elle, ce qui aurait dû être impossible puisqu'elle ne venait pas d'user de ses pouvoirs. Mary se mit à pleurer bruyamment et, alors que Regina tentait toujours de réveiller l'autre femme avachie contre elle, elle se demanda bien comment elle avait pu en arriver là.

Bien sûr, ça ne s'arrangea pas lorsque le couple d'Idiots débarqua dans son salon, incapables d'attendre plus de quelques minutes à la porte sans paniquer.

Et de voir leur fille, dos à eux, visiblement inconsciente en train de tomber au sol contre Regina face à elle ne les rassura absolument pas.

« Je n'ai rien fait, » offrit immédiatement Regina, une réaction instinctive et quelque peu juvénile, mais qui avait pour but d'éviter toute réaction violente puisque ses mains étaient occupées.

Son premier instinct fut de tout bonnement lâcher Emma pour leur montrer qu'il n'y avait ni cœur ni boule de feu entre ses doigts, mais elle passa simplement un bras autour de la taille d'Emma, usant de la magie latente en elle pour la soutenir, et prouvant ainsi au passage qu'elle n'était pas couramment en train d'assassiner la petite princesse chérie de Storybrooke.

« Qu'est-ce qu'il s'est passé ? » interrogea David en s'approchant (prudemment), tandis que sa femme bien plus téméraire allait récupérer Mary pour la rassurer.

« J'en sais rien, elle s'est évanouie. Un peu d'aide ? »

Comme s'il prenait conscience de sa position, David fit trois pas précipités vers elle pour l'aider à allonger Emma sur le canapé.

« Elle s'est évanouie ? » interrogea Snow en essayant sans apparent succès de calmer le bébé.

« Oui, » offrit Regina en se redressant.

« Comme ça ? »

La suspicion de David était à la fois insultante et presque rassurante par sa familiarité.

« Je crois que c'est à cause de la magie. Elle a dit qu'elle sentait quelque chose, elle a réagi à quelque chose… Pourquoi êtes-vous ici ? »

« Granny m'a appelé pour la disparition de Mendell. Elle devait contacter Emma ? »

« Elle l'a fait à l'instant. »

« On passait la prendre et vous prévenir, » offrit Snow en berçant Mary. « J'ai demandé à quelques amis d'ouvrir l'œil et d'interroger quelques personnes. »

« Est-ce qu'un seul d'entre vous travaille ? » interrogea Regina, un peu incrédule.

« Je suis en arrêt, » se défendit immédiatement Snow.

« Je suis son adjoint, » expliqua David en pointant du doigt sa fille, le shérif, assommée sur son canapé et ayant passé la matinée à squatter tranquillement sa maison.

Regina fut partagée entre l'horrification et l'exaspération. Et aussi la honte. Parce qu'en ces trois personnes reposaient ceux qui l'avaient vaincue, encore et encore.

« Merveilleux, » railla t-elle. « Et les habitants sont-ils au courant que leurs taxes vous payent vos salaires alors que vous ne faites quasiment rien depuis des mois ? »

« Nous ne demandons qu'à avoir une vie normale, » rappela David, « mais certaines personnes se sont évertuées à nous contrer. »

« Est-ce qu'on pourrait se concentrer sur Emma ? » demanda Snow en jetant un regard inquiet vers sa fille, pâle et inconsciente.

Elle fut obligée de parler fort pour se faire entendre par-dessus les cris déchirants de Mary.

David se pencha au-dessus de sa fille et la secoua gentiment.

« Emma ? Chérie ? »

Après plusieurs secondes, la jeune femme gémit et ouvrit les yeux, lentement.

« D…David ? »

« Ça va ? »

« Je me sens… Je m'sens nauséeuse… »

Regina détacha ses yeux du duo père-fille pour se concentrer sur Mary-Margaret qui tentait toujours de rassurer Mary en la berçant et en lui murmurant de douces paroles. Au bout de quelques minutes, peinée pour la petite, Snow leva les yeux vers l'autre femme.

« Regina ? » pria t-elle doucement.

Sans un mot, sans vraiment rencontrer son regard, Regina fit un pas vers elle et tendit les bras pour prendre Mary et la serrer contre elle. Ignorant les autres, elle alla jusqu'à la fenêtre, berçant doucement le bébé comme elle l'avait fait si souvent pour Henry. Blottie contre elle, Mary commença à calmer ses pleurs, apaisée par sa proximité ou par sa voix, ou peut-être par le fait qu'Emma reprenait plus de force avec chaque minute passée.

Bien qu'intermittents et éreintés, les pleurs du bébé ne cessèrent pas complètement. Regina se dirigea vers le canapé et se planta devant Emma qui essayait apparemment de faire passer un violent mal de tête, les coudes sur ses genoux et la tête baissée.

« Miss Swan ? » interrogea t-elle doucement pour attirer son attention.

Emma leva le regard et fronça les sourcils.

« Mmh ? »

« Prenez-la. »

Mary tendait déjà ses mains vers Emma avec de petits sanglots épuisés.

« Oh, minipousse, tout va bien, » rassura le shérif en la prenant sur ses genoux pour la serrer contre elle. « Je vais bien. »

« Tu es sûre ? Tu vas bien ? » s'inquiéta sa mère.

Tout en continuant de rassurer l'enfant, Emma haussa les épaules.

« J'ai l'impression d'être vidée, mais à part ça… »

« Qu'est-ce qu'il s'est passé ? »

« C'était un peu comme cette nuit, sauf que… j'en sais rien. La sensation était différente. Comme si… je n'avais plus vraiment le contrôle ? J'en sais vraiment rien. En tout cas, ça a cessé. »

Enfin apaisée, mais la respiration perturbée, Mary commençait à somnoler contre Emma, absolument épuisée.

Les voir ainsi toutes les deux évoquait une drôle de sensation dans la poitrine de Regina, et elle préféra s'éloigner.

Les choses étaient déjà bien assez étranges.

« Vous devriez partir. »

Emma braqua son regard sur elle.

« Oh non. Je n'irai nulle part tant que je n'aurai pas de réponses à mes questions. »

« Très bien, » sourit Regina en croisant les bras, « mais vous expliquerez au criquet qui est cette enfant et d'où elle vient, dans ce cas. »

« Quel cri… »

La sonnette retentit une nouvelle fois et Emma soupira de frustration.

« Bien sûr. »

Elle se leva, Mary endormie dans ses bras, et posa son regard sur ses parents. Snow fit immédiatement un pas vers elle pour récupérer l'enfant tandis que David attrapait ses affaires étalées un peu partout.

« On va sortir par derrière. »

« Elle ne reste pas là, » avertit Regina.

Emma haussa un sourcil.

« Et si. »

« Vous êtes shérif et un homme vient juste de disparaître ! »

« Et j'ai un adjoint qui va mener l'enquête et une possible source à interroger. » Sans un autre regard pour elle, Emma se rapprocha de Mary-Margaret pour poser un baiser sur le front du bébé. « Tu m'appelles si elle panique encore ? »

« Bien sûr. »

Frustrée, et ne souhaitant pas en voir plus, Regina se détourna de la petite scène et alla ouvrir la porte pour tomber une nouvelle fois sur Archie Hopper.

« Bonjour, Regina. »

Son enthousiasme et son sourire lui donnaient presque envie de le transformer en un insecte bien plus baveux qu'un criquet.

« Docteur Hopper, » salua t-elle sans plus ouvrir la porte. « Il me semble vous avoir demandé de cesser ses petites visites la dernière fois. »

« Nous passions dans le coin. »

Un jappement lui fit baisser les yeux sur Pongo qui l'observait, apparemment tout excité de se trouver là, à peine retenu par son maître et ami.

Prenant pitié de la pauvre bête, Regina tendit une main pour lui caresser la tête. Bon, et peut-être qu'elle appréciait le chien. Il fallait dire que contrairement aux humains, les animaux avaient toujours eu conscience du temps s'écoulant et qu'après vingt-huit années à se croiser, Pongo et elle avaient développé l'un pour l'autre une certaine affection.

« Je voulais juste savoir comment vous alliez. »

Parfois, Regina se demandait exactement ce dont les victimes du sortilège se souvenaient de toutes ces années. Le criquet se rappelait-il de ces quelques fois, avant et après l'adoption d'Henry, où Regina avait fait appel à lui lorsqu'elle avait eu besoin de parler à quelqu'un, de conseil, de compagnie ?

« Je vais très bien. »

« Vous semblez toujours fatiguée. »

Regina soupira et essaya de déterminer comment le faire partir sans se montrer simplement cruelle. Depuis toute cette débâcle avec Cora, Archie avait été le seul à essayer de savoir comment elle allait, sans apparente trop grande peur qu'elle ne lui arrache le cœur. Il était passé plusieurs fois pour voir si elle avait besoin de parler, lui avait même amené un panier de fruits cueillis sur son pommier à la Mairie. Celui dans son jardin, planté le jour de l'arrivée d'Henry dans sa vie, était encore bien jeune.

« Avez-vous vu Henry ces derniers jours ? »

« Oui, » répondit-elle, souhaitant garder ses réponses courtes, essayant de lui faire clairement comprendre qu'elle n'était pas d'humeur à les laisser entrer chez elle cette fois-ci.

Elle avait d'autres problèmes que sa santé physique ou mentale plus que fragile.

Du coin de l'œil, à la périphérie du jardin, elle vit Mary-Margaret et David partir avec le bébé et passer sur l'autre trottoir. Puis elle sentit Emma arriver derrière elle.

Elle sourit et, avec une dernière caresse affectueuse pour Pongo, fit entrer dans sa voix un peu plus d'autorité et de détermination.

« J'ai beaucoup à faire aujourd'hui, Henry doit passer après l'école. Je suis désolée… »

« Oh, bien sûr, » sourit Archie en se redressant, la mention de la visite le décidant finalement. « Nous y allons. Passez une bonne journée. »

« Vous aussi. »

Elle l'observa partir un instant avant de fermer la porte et de faire face à Emma qui était plantée là, dans son entrée, en haut des marches.

« Archie passe ici ? »

« Y a-t-il un décret dont je n'ai pas conscience interdisant les gens de me rendre visite ? »

« Non. Ça me surprend, c'est tout. »

Préférant ne pas continuer sur cette voie, Regina avança vers les pièces.

« De quoi avez-vous rêvé ? »

« Vous voulez dire à part de la mort de la plupart de vos amis ? »

« Regina. »

« Miss Swan. »

L'expression exaspérée sur le visage de la blonde était aussi amusante que dangereusement touchante. Lorsqu'elle s'engagea dans les escaliers, il lui fallut quelques secondes pour se rendre compte qu'Emma la suivait. Elle se figea, se tourna vers elle et haussa un sourcil.

Le shérif lui renvoya un regard sans équivoque.

« Je veux des réponses. »

« Et croyez-vous que vous aurez des réponses en me suivant sous la douche ? »

Les yeux d'Emma brillèrent et le léger rose colorant ses joues fit presque sourire Regina qui se retint de justesse.

« Oh ! Vous allez… ? Euh, je… je vais vous attendre en bas. »

Levant les yeux au ciel, Regina continua son chemin tandis qu'Emma descendait précipitamment les quelques marches qu'elle avait montées.

O

Emma avait un excellent instinct.

Et cet excellent instinct lui hurlait que Regina lui cachait des choses essentielles. Sur les rêves. Sur Mary. Sur Henry, aussi.

Elle brûlait d'envie de sortir aider les autres à enquêter sur la disparition de Mendell, mais elle sentait qu'avoir les réponses qu'elle cherchait restait le plus important.

Puisqu'il était l'heure du repas et que Regina prenait apparemment son temps, Emma fouilla tranquillement dans la cuisine et se fit un sandwich. Elle en prépara un second après une hésitation, puis se promena à travers le rez-de-chaussée, sachant pertinemment que Regina la tuerait pour avoir laissé des miettes un peu partout.

L'un des rares cadres détenant une photo attira son attention, et elle s'en approcha et dévora un tout petit Henry du regard. Il ne devait pas être plus âgé que Mary sur l'image, et avait un air étrangement sérieux mais adorable au visage.

Ce fut ainsi, perdue dans ses pensées, qu'elle fut retrouvée par Regina.

« Vous êtes un peu âgée pour jouer les Petits Poucets, » remarqua la voix posée de l'autre femme alors qu'elle arrivait derrière elle, l'air mécontent.

« Je vous ai fait un sandwich, il est dans la cuisine, » répondit Emma sans se retourner.

« Vous… ? Oh. Merci. »

Emma ne sut pas ce qui était le plus déconcertant, sa surprise, ou le remerciement.

« Vingt mois. »

« Pardon ? » demanda le shérif en tournant finalement la tête vers la femme près d'elle.

« Il a vingt mois sur cette photo. »

« Oh. Il est… »

« Craquant. Il l'était. Un peu capricieux, et il pleurait beaucoup, mais il était craquant. Il l'est toujours. »

« J'ai remarqué, » grimaça Emma, sachant qu'elle était incapable de résister à leur fils. « Est-ce qu'il… est-ce qu'il a marché tôt ? »

« Il a parlé avant de marcher. Il était plutôt fainéant. »

Le petit sourire, doux et presque mélancolique, tirailla le cœur d'Emma. Il y avait quelque chose de profondément tendre et humain dans l'expression de Regina parfois. Elle se rendit compte qu'il ne serait vraiment pas difficile de la comprendre, d'oublier le passé, de s'attacher.

Cette étrange réalisation poussa Emma à se détacher du moment. Elle fit un pas en arrière et hocha la tête.

« Est-ce que vous avez – »

« J'ai des photos. Quelques vidéos, aussi. »

Bien sûr que Regina l'obligerait à le lui demander.

Mais Emma aurait pu la supplier pour avoir une chance de mettre la main sur de tels trésors.

« Est-ce que je pourrai y jeter un coup d'œil un de ces jours ? »

Pendant une seconde, une petite et familière seconde, quelque chose de brûlant et d'instinctif assombrit le regard de Regina. Et puis son expression se fit plus neutre et elle finit par hocher la tête. Un tout petit mouvement, presque hésitant.

Emma comprenait son sentiment, cette émotion primaire qui poussait une personne qui possédait déjà bien peu à protéger les seules choses qui lui restaient, les seules choses qui n'étaient qu'à elle et à elle seule.

« Lorsque tous ces problèmes seront terminés, avec Mary, et Mendell, et la magie, si… si on a enfin un temps de répit, » commença Emma, mue par une force qui la dépassait presque, « je crois qu'on devrait le mettre en place, ce système de garde partagée dont on a parlé. »

« Vraiment ? » interrogea Regina, et Emma sentit qu'elle aurait voulu pouvoir cacher sa vulnérabilité, son espoir derrière cette simple question, mais elle en fut incapable.

« Vraiment, » confirma Emma sans pouvoir empêcher son petit sourire, cette envie de la rassurer. « Je crois que ce serait bon pour lui. Pour nous tous. Sans compter qu'il faut que je me trouve un appartement. Avec tous les mouvements qu'il y a eu ces derniers temps, je pense que ce sera possible. Franchement, partager un loft avec mes parents est tout simplement un peu malsain par moments. »

Regina comprit apparemment où elle voulait en venir car elle fronça le nez d'une manière absolument adorable. Son expression enfantine, couplée avec le maquillage léger et son air toujours fatigué, provoqua le réveil d'un instinct étrangement protecteur en Emma qui empêcha difficilement un petit rire amusé de remonter le long de sa gorge.

« Ça sera bientôt Noël. »

Un peu perdue face à ce changement de sujet, Emma ne put qu'acquiescer.

« Ouais. D'ailleurs, vous aviez ça chez vous ? »

« Dans la Forêt Enchantée ? Non. »

« Mais vous le fêtez ici ? »

« Bien sûr. »

Le ton un peu défensif de Regina suggéra à Emma qu'en réalité, il n'y avait jamais eu de changement de sujet.

« Vous voudriez qu'Henry le passe ici, » comprit-elle. « Je n'en étais pas encore là, mais si vous avez des traditions tous les deux, il vaut sans doute mieux ne pas les changer. »

« Je pensais que vous voudriez en créer. »

« Des traditions de Noël ? Moi ? C'est pas trop mon truc. Je veux dire, je fêterai Noël pour le gamin, bien sûr, mais je ne suis pas une fana de la période. Et puis j'ai comme dans l'idée que je serai sans aucun doute très occupée avec Mary-Margaret et David. Je suppose qu'Henry pourrait nous rejoindre le 25 dans la journée ou un truc du genre. Ou on pourrait tous manger ensemble, peu importe. »

« Vous êtes tombée sur la tête ? Hors de question. »

Emma leva les yeux au ciel.

« Je parle juste de manger à la même table. On a quasiment pris le petit-déjeuner ensemble une fois. »

« Cas de force majeure. Je ne vais pas passer Noël avec… eux. »

« Vous aimez vraiment Noël, » remarqua Emma, non sans surprise.

Regina détourna les yeux et haussa les épaules.

« Henry adore cette fête. »

« S'il adore, c'est parce qu'il l'a toujours fêtée comme il se doit, parce que vous adorez ça. D'ailleurs, j'ai entendu dire que toute la ville était décorée pour l'occasion. »

« J'aime les lumières, » se défendit Regina. « Et les couleurs. Et les sapins. Les repas aussi. Et puis c'est une tradition de ce monde et il fallait que Storybrooke l'honore, et on parlait d'Henry. »

Ne pouvant retenir son sourire amusé, parce qu'apparemment Regina ne pouvait parfois faire autrement que de ressembler à un petit enfant maladroit et sur la défensive, Emma hocha la tête.

« Comme vous voudrez, » consentit-elle à changer de sujet, incapable de refreiner la soudaine et bien surprenante petite bouffée d'affection qui l'envahit.

« Il serait effectivement mieux que vous trouviez votre propre appartement, » reprit Regina sur un ton parfaitement posé et contrôlé, plus digne. « Henry doit avoir sa propre chambre et son propre espace. Et un lit, Miss Swan. »

« Je sais. Et il l'aura. »

Son téléphone choisit ce moment pour sonner et elle s'excusa avant de prendre l'appel.

« Shérif Swan. »

« Emma ? J'ai besoin d'aide ! »

« Neal ? »

« Ouais. Ecoute, Tamara a disparu, j'arrive pas à la retrouver. »

Le cœur d'Emma se serra et elle se figea.

« Quoi ? »

« Elle est partie courir ce matin et on devait se retrouver chez Granny pour manger, mais elle n'est jamais arrivée. Son mobile est déconnecté, et j'ai essayé de la retrouver, mais rien. Sa voiture, toutes ses affaires sont encore là. Je suis vraiment inquiet, Em. »

« T'es où ? »

« Au centre. »

« Très bien. On se retrouve au poste, ok ? »

« Ok. Merci. »

« A toute. »

Elle raccrocha et se tourna vers Regina qui l'observait attentivement, curieuse.

« Tamara a disparu. »

« La fiancée de Neal ? »

« Oui, » répondit Emma, surprise que son ex soit ainsi appelé par son prénom. « Je dois le rejoindre au poste. Et vous venez avec moi. »

« Pourquoi ? »

« Parce qu'il n'y a pas de coïncidences. »

« Vous soupçonniez Mendell et Tamara de préparer quelque chose, et ils disparaissent au même moment sans laisser de trace. »

« Le matin même de ce dérèglement magique, et en parlant de ça, je sens toujours des trucs bizarres se passer de ce côté-là. »

« Moi aussi, » avoua Regina en attrapant sa veste et son portable.

« Je ne sais pas ce qu'il se passe, mais j'ai l'impression que ça n'augure rien de bon. »

O

« C'est insensé, » répéta encore une fois Neal en les observant, éberlué.

Ils se trouvaient dans l'appartement de Mary-Margaret en cette fin d'après-midi, et l'homme semblait pâle et complètement soufflé.

Emma ne pouvait le blâmer. Ils avaient passé plusieurs heures à chercher des indices sur les disparitions, sans succès. Tamara et Mendell s'étaient tout simplement évanouis dans les airs. Mais plusieurs choses inquiétantes avaient été retrouvées dans leurs affaires. Des choses qui suggéraient qu'ils étaient liés, qui suggéraient qu'ils en avaient eu après Storybrooke.

Face à la confusion de Neal, à leurs découvertes et au risque que ces évènements ne soient que le début d'autre chose encore, ils avaient décidé de mettre l'homme dans la confidence.

Tout du moins, de lui dire les grandes lignes.

Enfin, Emma et David avaient décidé cela, car Regina et Mary-Margaret s'étaient immédiatement opposées à l'idée.

« Neal… » dit gentiment Emma en posant une main sur son épaule. « Je suis désolée. »

« On allait se marier. Je la connais depuis plus d'un an. Elle n'a aucun lien avec notre monde, elle ne sait rien, elle… »

« Peut-être qu'elle a toujours su, » suggéra t-elle prudemment.

Neal secoua la tête.

« Non, non. »

« Neal ! »

« J'ai besoin d'un peu de temps, je… je serai prudent. J'ouvrirai l'œil. »

Il quitta l'appartement rapidement et David soupira.

« On ne peut pas lui en vouloir. »

« Je vais chercher Henry, » décida Regina en attrapant sa veste.

Ils avaient demandé à Ruby de le récupérer et il était clair que Regina n'avait eu aucune envie d'être présente pour ces explications.

« Mendell avait une vidéo de vous en train de faire de la magie dans son téléphone, » l'arrêta Emma.

« Et alors ? »

« C'était la seule vidéo qu'il avait. Il vous surveillait, vous, personne d'autre. Une idée quant à ça ? »

« Même si j'en savais plus sur cet homme, ou sur ses motivations, il a disparu à présent. Je crois que nous avons d'autres choses plus importantes sur lesquelles nous concentrer. »

Emma l'observa quitter l'appartement à son tour avec un soupir de frustration.

« Ben voyons, » murmura t-elle.

O

« Ils ont disparu ? C'est pour ça que Ruby avait l'air si inquiète, » comprit Henry en marchant près de sa mère.

« Nous allons devoir être prudents, d'accord ? Tu dois toujours rester avec l'un d'entre nous. »

« Et ce soir, je reste avec toi ? »

« Oui. »

« Super, » trancha Henry, et Regina ne put empêcher le petit sourire de soulagement qui lui vint naturellement.

« Vraiment ? »

« Je pourrai jouer à Space Invaders. On pourrait jouer ensemble ? Et puis je dormirai dans mon lit. »

« Sans oublier de faire tes devoirs. »

« Oui, ça aussi, » grimaça t-il.

« Mais en attendant, que dirais-tu d'aller acheter quelques nouveaux vêtements ? »

« Maintenant ? »

« Si tu as envie. Miss Swan et David sont occupés à essayer de régler cette histoire, et Miss Blanchard prend soin de Mary. Et étant donné que tu dors à la maison ce soir, nous pourrions faire les magasins au lieu de repasser à l'appartement chercher tes affaires. »

« Okay, » sourit Henry. « Je peux envoyer un message à Emma avec ton portable ? »

« Bien sûr. Tiens. »

Il prit le petit appareil et, plongé dans sa tâche, ne fit plus attention à ce qui l'entourait. Il fonça donc directement dans Archie, occupé à démêler la laisse de Pongo, et empêcha de justesse le smartphone de lui filer entre les doigts.

« Oh, Archie ! Pardon ! »

« C'est rien, Henry, » s'amusa le psychologue en se redressant. « Tout va bien. »

« Salut, Pongo ! »

Il caressa le chien qui se désintéressa bien vite de lui pour se tourner vers Regina. Habitué à cette préférence, Henry sourit et leva le regard vers son ami.

« Pongo a essayé de se sauver une nouvelle fois ? »

« Il n'aime pas beaucoup sa laisse ces derniers temps. Comment vas-tu, Henry ? »

« Maman et moi allons faire les magasins, pour m'acheter de nouveaux vêtements. »

« Vraiment ? » interrogea Archie avec un grand sourire.

« Oui. Et je reste avec elle ce soir. Parce que les autres sont occupés. »

« C'est une excellente nouvelle, » affirma l'homme en échangea un regard avec Regina qui hocha la tête.

« Je suis vraiment désolé de t'avoir foncé dessus, Archie. »

« Ce n'est rien, Henry, vraiment. Ça doit être de famille. Emma m'a foncé dessus elle aussi, hier soir. »

Henry fronça les sourcils.

« Hier soir ? »

« Oui. Elle travaillait tard. Allez, Pongo, en route. Passez une bonne soirée, tous les deux. »

« Merci, Docteur Hopper. »

Henry l'observa partir avant de suivre sa mère vers la rue commerçante.

« C'est bizarre, » commenta t-il.

« Quoi donc ? »

« Emma ne travaillait pas hier soir. On a regardé un film et puis elle s'est couchée un peu après moi, elle était crevée. »

« Archie a dû confondre avec un autre soir. »

« Tu crois ? »

Mais Regina n'était pas plus convaincue que lui. Elle cacha ses interrogations derrière un petit sourire.

« Je pense. »

« Ils ont dit que tu t'étais évanouie. Ça va ? »

« Oui, je vais très bien. J'étais juste un peu fatiguée. »

« Tu as toujours l'air fatiguée, » remarqua Henry en fronçant les sourcils sévèrement.

« Tu ne dois pas t'inquiéter. »

Il attrapa sa main pour la stopper.

« Attends. »

Elle se tourna pour lui faire face mais il avait les yeux fixés sur ses chaussures.

« Henry ? »

Après quelques secondes, il leva un regard hésitant vers elle, apparemment mal à l'aise.

« Je… j'étais en colère. Contre toi. Mais je… Tu es ma mère. Et je ne veux pas qu'il t'arrive quelque chose de mal. »

« Oh, Henry. »

« Tu n'es jamais malade mais maintenant tu as l'air malade, et tu t'es évanouie, et je… Je ne veux pas que tu ailles mal. »

Elle se pencha vers lui, lui sourit, peut-être avec un peu trop d'émotions, et posa ses mains de chaque côté de son visage tendrement.

« Je vais bien. Je suis désolée si j'ai été un peu distante ces derniers temps. Mais je sais que tu ne souhaiterais jamais de mal à quiconque. »

« Surtout à toi, » précisa t-il rapidement. « Je sais que tu n'es pas qu'un méchant, que tu n'en es plus un. Tu es ma mère. Et je t'aime. »

Incapable de refouler ses larmes, elle le prit dans ses bras le temps de se reprendre et embrassa ses cheveux.

« Je t'aime aussi, Henry. Plus que tout. »

Il était son fils. Son adorable petit garçon.

Vulnérable, fort, déterminé. Profondément bon.

Il était son petit prince, loin, très loin de ce monstre que ces cauchemars lui avaient présenté.

Très, très loin de ce monstre.

N'est-ce pas ?

Elle se détacha de lui, lui offrit encore un petit sourire et passa un bras autour de ses épaules pour avancer de nouveau.

« Est-ce que tu crois que mon père va bien ? »

« Je pense qu'il est triste. Et en colère. »

« Tu crois qu'elle ne l'aimait pas ? Je la trouvais cool. »

« Parfois les gens sont capables de cacher leur véritable nature derrière des sourires. Je ne sais pas ce qu'elle veut, et je ne sais pas ce qu'elle ressentait pour Neal. »

« Mais il ira bien ? »

« Oui, » rassura t-elle. « Avec du temps. »

« Tu crois que je devrais l'appeler ? »

« Demain, oui. Peut-être même que tu pourrais aller le voir, » suggéra t-elle, se souvenant de ce Neal dans ces rêves, cet homme qui avait appris à connaître son fils, et qui l'avait aimé. « Mais pas ce soir. »

« Parce qu'il a besoin de temps. »

« Oui. »

Il hocha la tête et elle sourit face à son air mature.

« Par quoi veux-tu commencer ? »

« Peu importe. Il me faut de tout. »

« De tout, hein ? Il me semble que ton manteau te va encore. »

Avec un petit sourire en coin, il leva un regard pétillant vers elle.

« Maman, si je change de pantalons et de pulls, il va me falloir un manteau qui soit coordonné avec mes nouvelles tenues. »

« Vraiment ? » sourit Regina, ravie qu'Henry désire vraiment passer du temps avec elle, qu'il essaye ainsi de renouer leur ancienne complicité. « Je te préviens, je ne t'achèterai pas de veste en cuir. »

« Ça ne m'irait pas de toute façon. Tu imagines ? »

« Je ne préfère pas, non. »

« Mais je veux bien de nouvelles chaussures. »

O