Gaël avait fini par se rendormir sur le canapé. Vulnérable, il me paraissait terriblement fragile... et attirant. Je ne pus m'empêcher de m'asseoir près de lui, mais je retins ma main au dernier moment. Dieu que j'avais envie de le toucher... Son souffle régulier me fascinait. J'essayai de me secouer. Il fallait à tout prix que j'évite de...

De tomber amoureux.

À l'instant même où je formulai cette pensée, je réalisai que c'était trop tard. J'étais dingue de lui, et j'aurais tout donné pour qu'il s'intéresse à moi. Mais il ignorait tout de ma véritable nature, et je ne pouvais pas lui imposer ce fardeau. Je n'en avais pas le droit. Le coeur serré, je déposai un baiser sur son front et sortis sans bruit. Jamais je n'aurais le droit de le toucher plus que cela, même si je brûlais d'envie de le serrer contre moi, de l'embrasser...

Je partis en quête du Marquis, dans l'espoir qu'il me donne de quoi m'occuper et m'empêcher de ressasser mon amour impossible. Il n'était pas dans son bureau, ni en Elyseum. Je finis par lui téléphoner. Il paraissait occupé, et me conseilla rapidement de me reposer et guérir mes blessures, pour mieux repartir d'ici quelques jours. C'était la dernière chose que j'avais envie de faire. Les mèches rousses de Gaël étaient comme gravées au fond de mes pupilles. J'en étais malade.

Sans réelle nécessité, je me remis à chasser. Je n'avais pas besoin de sang, mais j'avais envie de noyer mes peines de cœur dans cette extase artificielle. C'était bon, si bon...

Un peu étourdi, je rentrai chez moi juste avant l'aube. Gaël avait dû se retourner plusieurs fois dans son sommeil, car il était totalement emmêlé dans sa couverture. Je ne pus m'empêcher de sourire. Il était si adorable... Je caressai doucement ses cheveux, fasciné malgré toutes mes résolutions. Puis je sentis le sommeil s'appesantir sur moi, et je rentrai m'enfermer dans ma chambre.