Une lueur dans l'obscurité.
Cela allait bientôt faire sept mois que B était arrivé à l'orphelinat. Une routine quotidienne s'était installé. Il commençait à se faire à cet endroit, malgré l'attitude hostile que certains orphelins lui réservaient. La plupart d'entre eux tâchait juste de l'éviter mais d'autres, plus hardis, aimaient venir l'embêter. Un groupe de trois garçons plus âgés que lui allait même jusqu'à le persécuter.
Ils le traitaient de monstre, de psychopathe, d'apprenti criminel. Ils s'amusaient à le bousculer dans les couloirs, à lui renverser ses livres, à lui faire des crocs-en-jambe...
Beyond se contentait de les ignorer. Il camouflait ses véritables émotions derrière un masque de d'indifférence et de dédain. Il ne leurs ferait pas le plaisir de montrer que leurs actions envers lui faisaient plus que seulement l'agacer.
Ce n'est que lorsqu'il regagnait la sécurité de sa chambre qu'il laissait tomber le masque. Roulé en boule sur son lit, il laissait les larmes d'angoisse, de colère et de frustration couler librement. Toutes les choses que ces garçons lui faisaient l'affectait grandement. Cela lui rappelait tellement son père...
Sans qu'il ne le veuille, les souvenirs remontèrent à la surface. Des stigmates qu'il avait enfouit au plus profond de lui-même pour se protéger. Les rappels d'un passé qu'il espérait à jamais révolu. Beyond n'arrivait plus à discerner la réalité des songes. Il était de nouveau dans cette cave sombre et humide. Il était de nouveau attaché à cette chaîne, redoutant l'arrivé de son père, qui était synonyme de souffrance et de déchéance.
Respirer devenait de plus en plus difficile à mesure qu'il paniquait. Ses larmes silencieuses se muèrent en de lourds sanglots.
La porte s'ouvrit. C'était son père. Il arrivait pour lui faire du mal. Le jeune garçon se blottit dans une petite boule serré, attendant le premier coup fatidique.
Une main est soudainement apparu dans son champs de vision. Beyond poussa un cri terrifié, reculant le plus vite possible de l'individu en face de lui. Il finit par chuter brutalement sur le sol. Confus, il se demandait depuis quand il y avait un trou dans le sol de la cave. A peine eut-t'il commencé à examiner la question que la main se posa sur son épaule. Horrifié, il gémit et se blottit contre le sol, attendant un coup dont il était certain, allait arriver d'une seconde à l'autre. Il ne vint jamais, cependant.
Après plusieurs minutes à attendre, les muscles tendus, B finit par ouvrir un oeil prudent. Mais ce n'était pas l'immense et terrifiante silhouette de son père qui se trouvait devant lui. C'était celle bien plus petite d'un garçon agenouillé sur le sol. Le garçon le regardait avec un air inquiet et concerné. Essayant de réorganiser ses pensées, Beyond se rendit compte qu'il n'était pas dans la cave de son père. Il était dans sa chambre à l'orphelinat Wammy's House. Et le garçon en face de lui était A. En pyjama. Se relevant de sa position prostré, B marmonna d'une voix tremblante des excuses pour l'avoir réveillé. A fit alors une chose complètement inattendu. Il le prit dans ses bras. Beyond se tendit, effrayé et mal à l'aise. A ne relâcha pas son étreinte et lui dit qu'il n'avait pas besoin de s'excuser, qu'il était là si il voulait en parler.
B était complètement bouleversé. Jamais personne ne l'avait enlacé comme cela. Pas depuis ses quatre ans du moins. Une boule dans la gorge, Beyond relâcha lentement ses muscles contractés. Il sentit de l'humidité couler le long de ses joues. Troublé, il souleva une main pour les toucher et se rendit compte qu'il pleurait. Il n'avait plus pleuré depuis très, très longtemps. N'arrivant pas à faire stopper les larmes, il arrêta de lutter et se laissa entièrement aller dans l'étreinte chaleureuse de A qui lui frottait le dos tout en lui murmurant des paroles rassurantes.
Ils sont restés dans la même position jusqu'à ce que les pleurs de Beyond finissent par se tarir. Epuisé après cette montagne russe émotionnel, Beyond s'endormit.
Une profonde amitié s'était formé ce jour là. Pour B, c'était une première.
A et B étaient inséparables. Il était devenu chose rare de voir l'un sans l'autre. A était l'un des seul à ne pas l'avoir jugé dès la première fois. Il n'avait pas peur de lui et acceptait sa manière de se défouler sur des poupées de paille ainsi que sa façon bizarre de se déplacer.
Grâce à lui, Beyond sortait peu à peu de sa coquille et il lui arrivait même de sourire de temps à autre.
Environ un mois avant le onzième anniversaire de B, lui et A étaient allés dans la cuisine de l'orphelinat. Ils y étaient autorisés. A voulait manger une part de tarte au citron car c'était son pêcher mignon. Chaque fois qu'il entendait le mot " tarte " , on pouvait le voir sautiller et regarder partout autour de lui en s'écriant « Où ça ? Où ça ? »
B pendant ce temps, flânait entre les étagères, observant les différents ustensiles et ingrédients autour de lui. Un récipient remplit d'une substance rougeâtre et épaisse attira son attention. Curieux, il descendit le bocal de l'étagère pour l'examiner de plus près.
Sur l'étiquette était écrit " confiture de fraise ". Beyond continua d'inspecter avec des yeux écarquillés le pot sous tout les angles avant de se décider d'ouvrir le couvercle.
Une douce odeur fruité atteint les narines de l'enfant et, n'y tenant plus, il plongea son index dans la substance collante avant de l'engouffrer dans sa bouche.
C'était comme une explosion gustative dans la bouche de Beyond qui gémit de plaisir. Ses papilles dansaient. Il plongea sa main de nouveau dans le récipient et finit par engloutir tout ce qu'il contenait en un temps record.
C'était la chose la plus délicieuse qu'il n'ait jamais gouté. Il lui en fallait plus ! Prit dans une sorte de frénésie, il se mit à fouiller toute la cuisine de fond en comble à la recherche d'un autre pot remplit de cette merveille gluante. Il trouva deux autres bocaux qui se sont très vite retrouvés vidés à leurs tour. B nageait en pleins rêve. Il gloussait et se tortillait par terre, enlaçant d'une manière possessive un bocal vide contre sa poitrine. Il avait mit de la confiture partout. Sur le sol, sur ses vêtements, sur son visage et même dans ses cheveux.
Mais il n'en avait rien a faire parce qu'il venait de faire la découverte de la huitième merveille du monde !
Un raclement de gorge lui fit relever les yeux. B rougit lorsqu'il se rendit compte que A l'avait observé depuis tout ce temps assis à une table, un sourcil relevé et un rictus amusé peint sur ses lèvres, tout en terminant tranquillement sa part de tarte. Le jeune garçon tout tâché de confiture lui sourit d'un air penaud et se dépêcha de vite aller nettoyer le chantier qu'il avait créer et se débarbouiller.
Au moins maintenant, il savait ce qu'il demanderait lors de la prochaine visite de Roger.
Review ? :)
