Voici la suite d'Autant en emporte le temps :D
La pluie avait détrempé le parc du château, transformant le chemin qui y conduisait en véritable patinoire. En cette matinée de septembre, Hermione regardait, sans vraiment le voir, le paysage écossais qui faisait grise mine.
Dans quelques heures seulement, les premiers étudiants pénétreraient dans l'école pour y découvrir les mystères du monde magique. La jeune femme se souvint avec émotion et tristesse combien ses propres années avaient manqué d'innocence. Quels noms faisaient déjà parti de son passé ? Ou de son futur, elle ne savait plus vraiment avec quelle perspective regarder la ligne du temps. Son passé devenait-il son futur ? Le présent qu'elle vivait était-il en fait un passé ? La nouvelle infirmière de Poudlard ne savait plus où donner de la tête et pour tout dire l'arrivée des centaines de petites sorcières et de petits sorciers la paniquait un peu.
Bien sûr son histoire de couverture, pour expliquer sa présence dans l'école, était au point. Tout l'été elle avait suivi des cours accélérés avec une ancienne médicomage à la mine patibulaire, mais au savoir Ô combien nécessaire. La soigneuse Olga Raidemort était une véritable institution et apprendre à ses côtés avait été une expérience très enrichissante. Mais maintenant, seule dans son infirmerie, Hermione ne savait que penser de l'avenir. Lors de son temps libre elle s'était exilée dans la bibliothèque, vidée de sa gardienne durant les vacances, afin d'y rechercher un éventuel moyen de retour. Pour le moment ses recherches étaient restées vaines et aucune information ne lui avait donné beaucoup d'espoir. L'immense horloge de Poudlard sonna, indiquant que l'heure d'arrivée du train approchait. Décidée à ne pas laisser son esprit se faire polluer par des pensées bien tristes, l'infirmière rejoignit son bureau et entreprit de ranger et organiser la grande armoire qui contenait les potions les plus puissantes.
Une fois son rangement fini, Hermione se plongea dans un manuel de sorts de soin, bien décidée à s'occuper au maximum afin de ne pas penser aux heures à venir. Elle se laissa tellement entraînée dans sa lecture qu'elle n'entendit pas le directeur toquer légèrement à sa porte restée ouverte. Albus sourit avec indulgence et toussota discrètement pour attirer l'attention de sa recrue venue du futur.
La jeune femme sursauta et se retourna vers son supérieur.
« Oh monsieur le Directeur ! Vous m'avez fait peur ! »
« Ce n'était pas là mon intention ma chère. Et je vous ais déjà dit, il me semble, de m'appeler Albus, comme les autres professeurs. » la rabroua t il gentiment.
« Et je vous répète que je ne suis pas professeur, par conséquent je peux vous appeler monsieur le Directeur si je le souhaite. » répondit Hermione avec applomb, son ton sérieux démenti par un léger rictus.
« Ma chère, loin de moi l'idée d'écourter votre lecture mais nous vous attendons dans la Grande Salle, les étudiants vont arriver d'une minute à l'autre. » expliqua le sorcier, indiquant la fenêtre à son employée.
En effet, au dehors, on pouvait voir les lanternes des bateaux guidant les premières années qui se mouvaient sur la surface du Lac Noir.
« Je vois … » répondit simplement Hermione en se levant, enfilant une robe de sorcière noire par-dessus son jean et son t shirt à manches longues. Elle s'était battu becs et ongles pour ne pas être obligée de porter l'immonde uniforme blanc requis pour son métier. Son argument était qu'il fallait être à l'aise dans ses vêtements pour soigner au plus vite, Albus, plus qu'amusé par l'argumentaire déployé, avait fini par céder.
Le duo se dirigea sans un mot vers la Grande Salle et chacun prit place autour de la table professorale. Assise à côté de Minerva McGonagall, la jeune sorcière lui adressa un sourire hésitant tandis que les étudiants des années supérieures s'installaient à leurs tables respectives. Le niveau sonore était passé en une seconde d'un silence de cathédrale à un raffut inimaginable.
Avec une curiosité frisant le desespoir, Hermione se mit à chercher les visages des personnes qu'elle connaîtrait dans le futur. Où étaient les fameux huitièmes années ? Ce fut le rire caractéristique de l'héritier des Black qui l'interpella. Un son ressemblant de manière si troublante à un aboiement qu'il faisait feuler les chats. Du coin de l'œil elle regarda la table des Gryffondors, et senti ses yeux devenir humides devant le tableau qui se présentait à elle.
Assis à cheval sur le banc, Sirius Black était plongé dans une conversation virulente avec son ami Remus Lupin. Ce dernier était pâle, grand et avait visiblement besoin d'une bonne nuit de sommeil … se s yeux doux enveloppaient son troublant ami d'un amour amical si fort que Hermione se demanda s'il avait existé, entre ces deux là, autre chose que de l'amitié.
Devant eux, la joue appuyée contre son poing, se trouvait la réplique exacte d'Harry. La gorge de la sorcière se noua, un lourd sanglot prêt à exploser dans sa poitrine. Où était son meilleur ami à l'instant même ? Que lui était-il arrivé ? Mais là, sous ses yeux se trouvaient le père du Survivant … portant lui aussi de petites lunettes rondes, les cheveux décoiffés d'un noir de corbeau et ce sourire éblouissant. L'aura dégagée par le jeune Potter était bien différente de celle de son fils, là ou le fils était entouré d'une aura qui criait méfiance et danger celle du père exprimait l'insouciance de l'adolescence. Comme elle aurait aimé que Harry ait ce genre d'expression, ce genre de considération …
Mais malgré tous ses coups d'œil, elle ne vit aucune tête rousse pouvant faire penser à Lily Evans, en revanche un petit adolescent rondouillard et au visage agité de tics nerveux vint s'asseoir à côté de James : Peter.
Pour tout dire, Hermione ne savait que penser de ce personnage. Certes il avait été un lâche et un traître mais aussi bien pour un camp que pour l'autre ! Les regrets le dévoraient et il l'avait aidée à s'enfuir. Bien sûr il n'était pas devenu son idole mais elle ne pouvait s'empêcher de se demander s'il était possible de changer les choses pour ce pauvre garçon. Moqué, se sentant inférieur aux autres, tout juste bon à jouer les faire valoir … Hermione connaissait ce sentiment, si Ron et Harry n'avaient pas décidé de devenir amis avec elle, qui sait comment elle aurait fini elle aussi.
Assis en face de ses deux meilleurs amis, James Potter se sentit un peu nostalgique. Il était finit le temps où il courrait après la belle Lily Evans pour obtenir un rendez-vous, ils étaient maintenant fiancés et la future madame Potter occupait un poste d'apprentie dans un atelier de potions, refusant l'opportunité de revenir à Poudlard pour la huitième fois. N'écoutant que d'une oreille la discussion animée concernant un débat sur le meilleur chocolat possible, il promena son regard sur les murs de la Grande Salle. Les mêmes fanons des maisons ornaient les murs et certains pendaient aux poutres, et enfin il avisa la table des professeurs. Aucun changement cette année… pensa t il à première vue avant de rencontrer des yeux marrons, scrutateurs.
Qui était donc cette personne ? James recompta les autres personnes présentes et arriva à la conclusion que chaque matière avait un professeur attitré, que venait donc faire cette jeune femme ? Après tout elle n'avait pas l'air beaucoup plus vieille qu'eux et il était sûr de ne l'avoir jamais vue.
« Qu'est ce qui te chiffonne mon petit James chéri ? » demanda Sirius en levant un sourcil inquisiteur.
« Y a une nouvelle prof … mais toutes les matières ont déjà quelqu'un. Je vois pas ce qu'elle fait là. »
« Elle est peut-être la nouvelle secrétaire de Dumbledore ? » proposa Sirius en jetant lui aussi un œil à cette inconnue. Quelque chose chez elle le troublait, mais il aurait été incapable de dire quoi !
« Ou alors elle …. » allait rajouter Peter quand finalement les premières années pénétrèrent dans le château.
Le silence se fit parmi les années supérieures, tandis que la répartition avait lieu. Une fois chaque enfant placé dans une maison, le directeur se leva et rétablit un silence de circonstance.
« Bienvenue mes enfants, pour une nouvelle année … je dirai magique. L'équipe professorale ne change pas cette année, mais je laisserai chaque professeur se présenter lors de vos premiers cours. En revanche un changement de personnel est tout de même à noter, notre infirmier nous a quittés cet été pour des raisons familiales et c'est donc avec joie que j'accueille l'apprentie médicomage Hermione Granger, qui vous fera l'honneur de soigner vos bizarreries. Mademoiselle Granger si vous voulez dire un mot ? » demanda Albus, les yeux pétillant de malice.
Vieux sorcier … pensa Hemione, de la manière la plus puissante possible, faisant sourire le sorcier.
Se levant simplement de sa chaise, Hermione laissa son regard au-dessus des têtes étudiantes, appréhendant de parler en public.
« Bonsoir à tous, je serai donc chargée de votre survie cette année. J'aimerai, dans l'idéal, ne pas vous voir trop souvent mais je pense que certains se feront un plaisir de venir m'occuper dans mon infirmerie. Je vous souhaite une bonne année et, je suppose, bon appétit. »
Elle se rassit soudainement, les joues rouges tandis que des applaudissements polis retentissaient dans la salle.
« Bon ben ce n'était pas une secrétaire … » soupira tristement Sirius en remuant la grande cuillère dans un plat de purée.
« Patmol tu comptes te servir ou te lamenter comme un gamin ? » grinça Remus en louchant sur le plat.
« Pourquoi tu voulais absolument que ce soit une secrétaire au fait ? » demanda naïvement Peter.
James ricana et laissa le malheureux sans réponse.
Remus fronça les sourcils et étouffa un grognement, surprenant ses amis.
« Oh Merlin ! Je vais devoir lui expliquer mon … problème. Et si jamais elle est comme … »
L'inquiétude ternissait la voix claire du jeune homme qui sentit une main réconfortante se poser sur son épaule.
« T'inquiète Lunard, si cette poule te traite aussi mal que l'autre abruti on lui refait le portrait. » le rassura Sirius avec un accent de protection.
Un sourire hésitant fleurit sur les lèvres du loup garou qui jeta un coup d'œil à cette nouvelle menace pour son statut d'étudiant, mais fut surpris de la voir le dévisager. Elle rougit et se plongea dans une conversation avec la jeune professeur Chourave.
Le dîner terminé, Remus eu la surprise de trouver une note à côté de son verre. Il était sûr de ne pas l'y avoir vue avant ! Ouvrant le parchemin, ce qu'il y lut lui glaça les sangs d'angoisse.
« Monsieur Lupin,
Le Directeur m'a prévenue d'un éventuel problème d'allergie vous concernant. Ce dernier n'apparaissant pas dans votre dossier j'aimerai en parler avec vous après le repas, pouvez-vous venir dans l'infirmerie à 20h pour en discuter ?
En l'attente,
H. Granger »
