Coucou !

Et nous passons au troisième épisode de la saison trois, riche en émotions ! Avouez que vous étiez collés à votre écran, vous aussi, et que vous avez détesté Gatiss et Moffat pour la fin ! xD Oui, ceci est une tentative pour ne pas me sentir seule... mais je n ne vous embête pas plus longtemps !

Enjoy !

Mensonge.

Ce mot résonnait dans la tête de John Watson, murmuré, chanté, crié, hurlé. Une cacophonie insupportable. Un mot qui se reflétait dans les yeux noisette de son épouse, à peine dissimulé par l'appréhension. Il ne pouvait s'empêcher de la fusiller du regard, la colère et la douleur s'entremêlant telles deux amantes terribles, embrasant sa poitrine au point de presque l'empêcher de respirer. Il avait vécu plusieurs mois avec une menteuse, cette même menteuse qui lui avait permis de surmonter la fausse mort de Sherlock. Depuis quelques temps, sa vie n'était peuplée que de menteurs, même son meilleur ami avait simulé sa mort sans lui adresser un signe, le laissant sombrer et faire un deuil qui n'avait pas lieu d'être. Devrait-il faire celui de son mariage et d'une vie fantasmée avec une femme tout aussi imaginaire ?

Cette même personne qui avait tiré sur le détective consultant, manquant de peu de le lui arracher une seconde fois. Il se souvenait clairement de la panique qui l'avait submergé lorsqu'il l'avait vu étendu sur le sol, une fleur sanguine ornant sa chemise, tout près du cœur. Il avait alors vu le portable, qui avait appelé les urgences : était-ce l'agresseur ? Non, c'était absurde, pourquoi tirer sur quelqu'un pour le sauver ensuite ? Il n'avait pas poussé plus loin les investigations, s'occupant plutôt de son ami, avec des gestes douloureusement familiers. Ce n'était pas un soldat ou un habitant anonyme qui se tenait là, tentant désespérément d'échapper à la mort, mais un être auquel il tenait plus que tout. S'il mourrait, John n'y survivrait pas. Mary le savait, et pourtant, elle n'avait pas hésité à appuyer sur la gâchette : avait-il lié son existence à une femme cruelle ? Avec qui s'était-il marié d'ailleurs, qui portait cette alliance qu'arborait le doigt de la jeune femme d'une manière horriblement arrogante ?

Il entendit de loin Sherlock l'appeler, tenter de lui expliquer… encore une fois. Mais John ne voulait pas entendre les révélations du détective, pour la seconde fois dans son existence, il souhaitait simplement courir à toutes jambes hors de Baker Street, loin de la menteuse qui lui faisait face… aussi indiqua-t-il de manière courtoise à son ancien colocataire de se taire. Une nouvelle conversation dominée par le consultant, qui maniait les mots comme personne, même si sa blessure le faisait souffrir. Le médecin en John détectait la pâleur anormale de son ami, voyait la sueur qui poissait ses boucles brunes et son front, entendait ses difficultés à respirer normalement, mais il était intarrissable, assenant les vérités les unes après les autres, impitoyable. Il défendait Mary, la femme qui lui avait tiré dessus, sous prétexte qu'elle n'avait pas le choix ?

« John, tu es accro à un style de vie. Tu es anormalement attiré par les situations et les personnes dangereuses. Donc, est-ce vraiment une surprise que la femme dont tu es tombé amoureux soit conforme à ce schéma ? conclut le jeune Holmes, plongeant son regard gris dans le sien, exigeant une réponse précise.

-Mais elle n'était pas supposée être comme ça ! Pourquoi est-elle comme ça ? dit-il d'une voix qui tremblait.

-Parce que tu l'as choisie, répondit simplement Sherlock, et cela sonnait comme une évidence. »

Pourquoi, nom de Dieu, fallait-il toujours que le détective ait raison ? N'aurait-il pas pu, une fois dans sa vie, être normal ? Aurait-il pu cesser de le contredire ? Sa rage, trop comprimée, s'échappa de la cage, et, telle une bombe, explosa.

« Pourquoi faut-il toujours que ce soit de ma faute ?! »

Il shoota dans un tabouret, qui tomba sur le sol, conscient que sa réaction était puérile. Il reprit le contrôle, tentant de ne pas détruire tout ce qui était à portée de main : Sherlock se débrouillait assez bien tout seul pour saccager l'appartement. Madame Hudson, affolée, sortit de la cuisine, s'inquiétant de la réaction des voisins, qui étaient le cadet des soucis de l'ancien soldat. Il retenait des larmes de colère, d'humiliation et de tristesse, parce que sa foutue fierté l'empêchait de s'exprimer pleinement, parce que Sherlock n'aurait pas approuvé, parce qu'il ne voulait pas se montrer faible devant la menteuse qui s'était joué de lui si facilement. Il pensa un moment à Sarah : avec elle, tout aurait été plus simple, plus doux… mais elle n'était pas Mary, elle ne réussissait pas à faire battre son cœur à un rythme alarmant, elle ne faisait pas naître des papillons dans son ventre. Si fausse soit-elle, sa femme avait été une compagne merveilleuse, qu'il avait aimée, et aimait toujours. Il avait mal de l'aimer encore, d'éprouver des sentiments pour une personne qui n'avait eu aucun scrupule à lui cacher qui elle était. La voix de baryton de son meilleur ami, l'unique chose qui le rattachait encore au monde réel et lui assurait que tout ceci n'était pas un terrible cauchemar, qu'il n'aurait pas d'occasion de se réveiller, retentit de nouveau.

« Pas dans cet appartement, pas dans cette pièce, ici et maintenant, qui est-elle ? »

Une simple question, qui aurait paru incongrue à toute autre personne que John, à tout autre personne qui n'aurait pas vécu en permanence avec Sherlock Holmes. Il était médecin, futur père de famille et époux bafoué, mais surtout, le meilleur ami et l'assistant de l'unique détective consultant du monde. Il redevint le collègue, le docteur Watson, l'homme neutre face à un client. Il ignora tout ce qu'il avait vécu avec Mary Morstan, et son visage se déforma en un rictus inhabituel : elle n'était plus sa femme. Elle était une femme qui avait besoin de leurs services, elle était une cliente. Ce mot dur ébrécha un peu plus son cœur malmené, et parut illogique à son esprit. Il s'assit, imité par Sherlock, et se força à regarder la jeune femme droit dans les yeux, en tentant d'ignorer son ventre arrondi. Aucune émotion ne transparut sur son visage : il avait eu le meilleur des professeurs.

Méfiance. Vigilance. Tout ce qu'on lui avait toujours appris… mais il souffrait de devoir considérer sa femme, l'un des êtres en qui il avait le plus confiance, comme une anonyme, qui leur déballerait sa vie comme s'il ne la connaissait pas. La véritable Mary serait-elle différente ? Pour la première fois de sa vie, John redoutait la vérité, pour la première fois de sa vie, il n'aurait pas voulu être assis dans ce fauteuil, pour la première fois de sa vie, il aurait préféré être dans ce motel sombre où son périple avait commencé, plutôt que de voir les bases de son bonheur s'effondrer une à une.