Coucou !

Je suis désolée de ne pas avoir publié avant, j'étais occupée. Je le fais aujourd'hui car je ne serai pas disponible ce week-end, et que je souhaite quand même vous faire partager un texte cette semaine. Celui-ci est dédié à la fantastique shadowquill17, qui m'a donné l'idée. J'espère que ça correspondra à ce que tu imaginais. Sinon, j'ose avoir l'espoir que ça te plaira quand même. ^^

Sur ce, enjoy ! =)

John Watson se demandait tout à coup s'il n'avait pas atterri dans une dimension parallèle. Il était tenté de vérifier à la fenêtre si la ville n'arborait pas un visage futuriste, à la manière de Star Wars. Il reporta son attention sur son meilleur ami, habillé de son éternel complet noir et de sa chemise blanche ouverte sur le col, qui lui donnaient une élégance folle. Comme à son habitude, il était assis sur son fauteuil, les jambes croisées, ses bras reposant sur les accoudoirs, avec une grâce presque inhumaine. John avait toujours envié quelque peu l'élégance naturelle de son ami. Il s'avisa tout à coup que Sherlock lui parlait d'un criminel particulièrement dangereux, Charles Augustus Magnussen.

« Aucun d'eux ne me rend aussi malade que Charles Augustus Magnussen, avait ajouté le détective, un air grave peint sur son visage d'albâtre. »

Cette phrase aurait dû alarmer John : Sherlock avait avoué une seule fois, et encore, à demi-mot, qu'il avait peur. C'était à Baskerville : drogué, son ami avait cru voir, à l'instar de leur client, un chien géant. L'habituelle étincelle d'excitation qu'il apercevait toujours dans les prunelles argentées n'était pas présente : même Moriarty n'était pas parvenu à l'éteindre, au contraire, il l'avait transformée en incendie. Mais le cerveau du docteur Watson bloquait sur une donnée : Sherlock Holmes, le froid et arrogant détective, avait une petite-amie. Une jeune femme avait pu entrer dans son intimité, sans se faire humilier verbalement. Improbable. Il se rendit compte que Sherlock attendait une réponse de sa part… mais celle qu'il fournit n'avait rien à voir avec l'affaire.

« Oui, tu en as une ? »

Il fut presque surpris par ses propres mots. Jamais, au grand jamais, il n'aurait imaginé avoir cette conversation avec son ancien colocataire. Non, la Terre devait avoir changé d'orbite. Sherlock fronça les sourcils, surpris par cette question hors de propos.

« Désolé, quoi ? répondit-il.

-Tu as une petite-amie, explicita John, en espérant ne pas avoir l'air trop surpris, arborant un sourire.

-Quoi ? Oui, je sors avec Janine, ça me paraissait plutôt évident, répliqua-t-il avec son habituel débit verbal rapide.

-Oui. Enfin. Oui. »

John se maudit pour cette réponse d'une remarquable intelligence. Il avait l'impression d'être un écolier qui devait passer devant sa classe pour un exposé : il avait exactement le même niveau de langage. Ce qui s'avérait plutôt dangereux quand son meilleur ami maniait les mots comme des armes, et que rien n'atteignait, hormis peut-être Moriarty et Magnussen. Eloigner les affaires criminelles de son esprit pour le moment, et faire une expérience : vérifier s'il n'avait pas face à lui un extra-terrestre ayant pris l'apparence de Sherlock Holmes. Il eut envie d'enguirlander son propre cerveau pour émettre des pensées aussi stupides, surtout en présence d'un génie, qui le scrutait de ses yeux inquisiteurs, emmagasinant sans doute un nombre incroyable de déductions. John ne fut pas gêné par cette mise à nu, il était habitué.

« Tu es en couple. »

Fantastique, il pouvait maintenant prétendre au titre de « Roi des débiteurs d'évidences ». Sherlock le fixait avec un air presque agacé, sans doute pressé d'en finir avec cette conversation ennuyeuse pour en revenir à l'affaire. Et bien, les yeux morts de leur nouveau cas pouvaient bien attendre un peu. Il venait de prendre le ciel sur la tête, tout de même.

« Oui, répondit calmement le détective, attendant la suite.

-Toi et Janine.

-Oui, moi et Janine. »

Quelle conversation passionnante et hautement intellectuelle. John se serait frappé. Il revoyait l'amie de Mary, vêtue d'une chemise du détective, se balader dans l'appartement comme si elle était chez elle. Le médecin avait eu la désagréable et puérile impression qu'elle le remplaçait, et se sentait… jaloux ? Il eut envie de se frapper de nouveau. Il était jaloux qu'une autre personne puisse partager la vie de Sherlock Holmes, qu'une autre personne ait son attention, qu'une autre personne que lui ne soit pas ennuyeuse aux yeux de ce génie capricieux. Pourtant, il n'avait jamais été jaloux de Mrs Hudson : mais Madame Hudson faisait partie du 221B, elle en était en quelque sorte l'esprit.

« Si Mrs Hudson quittait Baker Street, l'Angleterre tomberait, avait dit un jour Sherlock. »

Mais Janine… était comme une étrangère, comme les clients qui allaient et venaient dans son ancien appartement. Il était presque terrifié à l'idée que Sherlock quitte ce havre de paix pour aller vivre avec la jeune femme : pourtant, il l'aimait bien, elle était très sympathique, et pleine d'esprit. Une femme qui avait le minimum de qualités requises pour plaire à l'exigeant et indifférent détective.

« Ça te dérangerait de préciser ? »

Sherlock souffla, comme s'il se préparait à une épreuve particulièrement difficile.

« On est bien partis. C'est… très réconfortant.

-Tu sors ça d'un bouquin, devina John en pointant un doigt accusateur vers lui.

-Tout le monde le fait, répliqua Sherlock, comme si c'était l'évidence même. »

Il n'avait pas tort : la plupart des déclarations grandiloquentes des hommes à leur dulcinée étaient tirées d'un roman à l'eau de rose ou encore d'une pièce de Shakespeare. L'objet de leur conversation choisit ce moment pour entrer dans la pièce, vêtue d'une jupe à motifs imprimés, d'un débardeur et d'un gilet blancs. Elle était très jolie dans cette tenue, et le médecin en souffla presque d'agacement. Son visage était illuminé par un sourire ravi, adressé au consultant.

« Allons les garnements, soyez sages ! Toi, Sherl, tu vas me dire où tu étais hier soir.

-Je travaillais, répondit l'intéressé avec un sourire radieux.

-Bien-sûr, tu travaillais. Je suis la seule qui te connaît vraiment, tu te souviens ? »

Ah, et durant ces dernières années, John n'avait pas vécu en compagnie de Sherlock. Non, il oubliait, il était le voisin de palier. Et si une personne avait osé appeler le détective « Sherl », elle serait probablement morte sur le champ. Son ami avait-il changé à ce point ?

« Ne crache pas le morceau, l'avertit doucement Sherlock en taquinant le ravissant nez de la jeune femme du bout du doigt.

-Je devrais le faire. Je n'ai pas parlé de cela à Mary, indiqua Janine en s'adressant à John, je voulais lui faire une surprise. Tu vas probablement réussir.

-Oui, probablement, répondit l'ancien militaire, en détournant le regard vers la fenêtre, cachant son embarras et son agacement.

-Mais nous devrions dîner tous ensemble très bientôt, mais chez moi, pas dans ce trou à rats. »

Autant pour la femme sympathique. Elle semblait être aussi impolie que Sherlock, mais l'entendre insulter ce qui, pour lui, avait signifié foyer durant des années et le signifiait toujours, l'énerva. Il conserva un visage impassible pour Sherlock, qui ne semblait pas ennuyé le moins du monde par les remarques de sa compagne. Mais comment faisait-il ? Un jour, il faudrait qu'il lui demande des leçons.

« Super, oui. Dîner, oui, dit-il en ne le pensant pas le moins du monde.

-Je ferais mieux d'y aller, c'était génial de te revoir.

-Toi aussi. »

Il se leva, comme ses deux vis-à-vis. Les tourtereaux se dirigèrent vers la porte, et le détective ordonna :

« Passe une bonne journée. Appelle-moi plus tard.

-Je le ferai peut-être. Je t'appellerai peut-être. Sauf si je rencontre quelqu'un de plus beau, le taquina-t-elle. »

Elle l'attira à elle par son col de chemise et l'embrassa. C'était confirmé : Sherlock Holmes avait vraiment une petite-amie, de quoi décevoir toutes les fans de son blog. Il hésitait à exposer ainsi la vie privée de son meilleur ami, mais ce n'était pas comme s'il s'était gêné pour le faire lorsqu'ils habitaient ensemble. Et ça lui apprendrait à se droguer alors qu'il était sensé être clean, même pour une affaire. Il se détourna quand le baiser devint langoureux, avec un air outragé. Amis de la pudeur, aurevoir. Elle avait aussi le côté impudique qui caractérisait Sherlock : une Irène Adler en moins manipulatrice. C'était bien sa veine.

« Résous un crime pour moi, Sherlock Holmes. »

Oh mon Dieu. Et puis quoi encore ? Toutes les femmes qui s'étaient intéressées aux affaires du consultant de Scotland Yard s'étaient cassé les dents sur sa froideur et son mépris. Qu'avait-elle de différent ? Il fallait que John mène son enquête, pour comprendre l'improbable, pour faire taire la boule de jalousie qui se formait dans sa poitrine. Il n'avait aucun droit d'être aussi possessif, car il était marié : Sherlock ne s'y était pas opposé. Il avait le droit de faire sa vie… mais le médecin avait vraiment l'impression que quelque chose ne tournait pas rond.

Il se sentait égoïste en se disant qu'il avait peur que Janine éloigne son ami de lui, que Sherlock ne le trouve plus assez intéressant. Peur de perdre une des personnes les plus précieuses à ses yeux. Peur de le perdre une seconde fois, en quelque sorte. Une peur irrationnelle, mais une peur tout de même. Illogique, mais il ne parvenait pas à s'en débarrasser. Tant de choses avaient changé depuis son retour, il regrettait un peu leur vie de célibataires au 221B, bercée de coups de feu, de violon et de l'odeur des pâtisseries de Mrs Hudson. Il se rendait compte qu'il avait envie de passer du temps seul avec son meilleur ami, même s'il ne pourrait jamais rattraper ces deux ans de silence et d'absence douloureuse. Mais il devait être heureux, heureux pour Sherlock qui affichait un sourire radieux lorsqu'il voyait sa compagne : il ne méritait pas de finir seul, et si Janine avait su voir l'homme qui se cachait derrière le sarcasme et l'indifférence, alors qu'elle vive avec lui. Sherlock en était revenu à Magnussen, comme s'il ne s'était rien passé : le travail avant tout. Cela ne changerait jamais, le travail passerait toujours avant. S'il ne vivait plus avec le détective, au moins Janine ne l'avait-elle pas remplacé sur les enquêtes. N'était-ce pas sur une enquête qu'ils s'étaient rapprochés, après tout ?