Bonjour les gens !

Mais c'est incroyable, ça, encore un truc publié cette semaine ! Comment est-ce possible ? Je m'étonne moi-même ! ;D

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La suite, pour vous, aujourd'hui !

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Persos : Gundam & cie

Rated : T

Résumé : Duo a oublié d'oublier une relation ancienne... Et les fantômes sont toujours plus proches qu'on ne le croit, même en pleine nuit en boîte.

Pour : Ceux qui veulent !

Warning : Fic' à chapitres, et sauf si quelqu'un invente les journées de 38 heures, je ne sais pas bien si la suite viendra d'ici quelques jour ou quelques mois. Lalalaaaaa ! Je préfère prévenir. Après, ça se lit même s'il n'y a pas de suite dans l'immédiat !

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Sur ce... Enjoy !


Ice and fire

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Chapitre 2 : Hot and cool

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Appartement de Duo, la cuisine

13h55

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« Duo, tu ne m'écoutes pas. C'est pas très galant.

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Le natté jette un regard ironique à sa sœur jumelle, pose son menton sur ses mains devant lui, les coudes sur la table.

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- Louise, la galanterie, c'est envers les femmes.

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La demoiselle en face laisse échapper un soupir visiblement exaspéré et jette un coup d'œil à son propre décolleté comme pour vérifier que ses seins sont toujours là. Oui, tout est en place. Pas de doute, son frère est stupide. Et elle est convaincue que le regard de Sacha la boule – de poils ou de bowling, au choix – qui se fait allègrement caresser sur ses genoux depuis le début du café, approuve tout à fait ce qu'elle pense.

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- Je suis ton frère, je vois pas tes seins. C'est physiologiquement impossible pour moi. Je te verrai toujours comme le petit garçon manqué qui était injustement plus grand que moi en maternelle et en primaire alors qu'on avait le même âge, mais qui a subitement arrêté de se battre avec moi quand il s'est arrêté de grandir alors que je prenais encore des centimètres. Et qui a revendiqué son sexe féminin pour se protéger des coups, une fois l'inversion de la domination établie. Nan mais la féministe du Dimanche, elle existe que quand elle a pas de risques à prendre, ouais !

- Gnagna. C'est faux. Et puis je suis toujours plus forte que toi.

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Duo sourit. Avec ses vingts bons centimètres de plus que Louise et la musculature qu'il a développée au moment où elle-même devenait une jeune femme fine mais pas frêle pour deux sous, il sait pertinemment qu'il est physiquement plus fort qu'elle. Pour le reste... il se trouve qu'elle a de la gniac et de la volonté à revendre, la miss.

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- Bon. Je me concentre. Tu me racontais quoi ?

- Non, on inverse. Ca fait trois fois que je dois te rappeler que j'existe alors que mon histoire est super intéressante. Maintenant tu me dis ce qui te tracasse, et après on revient à mon problème.

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Le châtain la regarde en plissant des yeux. Il n'est pas sûr de vouloir partager ça avec sa sœur... Il n'est pas sûr de vouloir partager ça avec qui que ce soit, en fait.

Parce que ce qui le tracasse, c'est un truc qui a sommeillé loin, enterré au fin fond de son esprit pendant des années, et qui a resurgi des profondeurs de son hippocampe assez subtilement hier soir, et carrément violemment ce matin. Il n'y était pas préparé.

Et il a beau confier à peu près toute sa vie à sa sœur, il y a aussi des choses sur lesquelles il ne s'est jamais ouverte avec elle et que, commencer à cette heure-ci à lui raconter un épisode de sa vie qui a commencé il y a près de 8 ans, ce n'est pas très stratégique.

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- Je t'en parlerai plus tard. Vas-y, répète ce que tu me disais, je t'écoute. Et Trowa est tout ouïe aussi.

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Le concerné se redresse, surpris d'entendre son prénom dans la conversation. Il se dirigeait lentement mais surement vers le comatage, tellement oublié par les deux autres qu'il avait lui-même commencé à oublier sa propre présence parmi eux.

Oui, parce qu'à table, il y a aussi Trowa, qui s'ennuie ferme comme toujours quand il voit son meilleur ami en compagnie de sa jumelle. Le roux n'est arrivé chez Duo que pour le dessert (Haaaalelujah!), et n'a pas décroché un mot depuis. Pas qu'il soit de mauvaise humeur, non. Plutôt que la paire Maxwell, quand elle est complète, a tendance à exclure involontairement tous ceux qui ne font pas partie de leur clan restreint. Soit tout le monde qui n'est pas eux deux.

Trowa a tout simplement hâte que Louise s'en aille. Et pourtant, il l'adore, la sœur de Duo. C'est une copie conforme en plus petit et en fille de son meilleur ami. Les mêmes cheveux châtains, qu'elle porte courts en carré quand ceux de son frère approchent les un mètre vingt le plus fréquemment nattés, les mêmes yeux d'un bleu tirant sur le violet, étranges, hypnotiques. Le même beau visage fin.

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- Non, c'est bon, c'était pas important. Et il faut que je parte. Je vais chez... Je vais chez les parents, cette après-midi. Tu... veux que je leur dise quelque chose ou... Tu veux venir peut-être ?

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Trowa frissonne. Les parents de la paire Winner n'est pas un sujet fréquemment abordé, et il sait que Louise prend sur elle pour proposer ce genre de chose.

C'est sûrement pour ça que Duo ne ricane pas à voix haute, même si le roux aux yeux verts perçoit une lueur dans le regard bleu améthyste masculin, une lueur qui le teinte d'une autre couleur qui tire sur le jaune. Comme le sourire.

Visiblement, l'heure est au passer-outre : éludons, les amis !

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- Passe une bonne après-midi alors, P'tite sœur !

- Je suis née en première. Je suis ton aînée de huit minutes et pas ta petite soeur. Ca compte !

- Salut Louise. A la prochaine.

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Trowa qui intervient bien vite avant que Duo ne réplique pour ne pas repartir dans dix minutes de chamailleries fraternelles sans fin ni autre sens qu'une profonde tendresse des deux jumeaux, parfaitement exaspérante pour qui n'en est que spectateur.

La miss sourit au roux de toutes ses dents :

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- On t'as pas beaucoup entendu, toi, faut que tu parles plus quand on se voit, ça arrive tellement peu souvent !

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Trowa oblige ses lèvres à se retrousser en un sourire amical plutôt que d'insulter gentiment la sœur de son meilleur ami qui l'a mis de côté toute la conversation. Oh, ce n'était pas volontaire, certes. Et puis le roux sait bien qu'elle est sincère, quand elle dit ça. Mais il vient quand même de passer une demi-heure à faire la décoration sous forme de pot de belles grandes fleurs orange, au bout de la table. Dix minutes plus tôt, il a même hésité à renverser sa tasse de café pour qu'on se souvienne de son existence. Comme quand il était gamin. Il n'aime pas quand des gens qu'il adore le poussent presque à commettre un acte puéril pour se rappeler à leur bon souvenir.

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Des bises d'au revoir, des caresses sur la boule qui miaule un « ne part paaaaas » déchirant, une porte qui claque, un discret soupir du roux. Soulagement.

Un regard d'excuse de Duo, un sourire taquin.

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- Allez, tu t'es fait chier, mais je suis sûr que t'étais content de la voir.

- Autant que j'étais soulagé de savoir qu'elle partait une demi-heure plus tard.

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Un clin d'œil vert, pour bien montrer qu'on plaisante.

Duo commence à ranger la table, mécaniquement, en silence.

Trowa et lui se connaissent depuis moult temps. Le roux l'a aidé à s'installer dans son appartement il y a quatre ans, après l'avoir hébergé plus ou moins gratuitement pendant trois ans, le temps de ses études. Disons que Duo payait la moitié de la bouffe et consignait dans un petit carnet la somme qu'il devrait plus tard à son meilleur ami. Somme qu'il a récemment fini de rembourser. Et il en est fier.

Le natté sait la chance qu'il a d'avoir Trowa comme meilleur ami. Il sait qu'il peut compter sur lui en temps de crise, quoi qu'il advienne. Et ça, ça n'a pas de prix.

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Le roux est assis devant un verre de vin rouge, histoire de bien digérer la tarte à la myrtille.

Il observe le silence du châtain. Il sait que ce silence veut dire quelque chose. Mais visiblement, Duo ne veut pas se lancer de lui-même.

Trowa étouffe un bâillement – la soirée s'est terminée tôt ce matin, pour lui – et il lance innocemment :

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- T'as fini la nuit où ?

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Duo prend son temps pour répondre. Il semble se remémorer les événements, même si Trowa est convaincu qu'il n'en a pas besoin, qu'il sait très bien ce qui s'est passé hier soir. Cocktails nombreux ou pas.

Beh oui. Pour qu'un Duo soit troublé et inattentif à une conversation, d'autant plus si c'est avec sa sœur, il faut un événement d'importance nationale. Au moins. Trowa sait pour sûr que la veille au soir, Duo n'était absolument pas troublé. Il dirait plutôt que le Duo de la piste de danse la nuit-dernière était troublant. Même la conversation avortée qu'ils avaient échangée, tard, pendant laquelle Trowa avait glissé qu'ils pourraient peut-être sortir ensemble n'avait pas réussi à décontenancer un Duo qui avait tous les arguments pour qu'ils ne fassent pas cette connerie. Parce que, oui, le lendemain, après réflexion et démurgeage, Trowa ne pouvait que voir que ça serait une connerie pour eux de se mettre ensemble.

Comme dit Duo : « prends mon pieu, prends ton pied, puis prends la porte et à la r'voyure. » Au moins, Trowa a la chance qu'il y ait une revoyure.

Non, hier, Duo était glop. Duo était miam. Duo n'était pas troublé. Duo n'est jamais troublé. Même quand la pire merde lui tombe sur le coin du nez.

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- Je suis parti avec un type... Pas mal du tout. Un blond. Une bombe.

- Duo Maxwell qui place « blond » et « bombe » dans la même phrase ? C'est possible ?

- Beh ouais, apparemment.

- Tu me le présenteras ? Moi c'était pas top hier, je suis pas super bien tombé. Du gâchis quand on savait que t'étais à quelques mètres.

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Le châtain sourit, mais hausse tout de suite un sourcil en pointant un doigt vers son meilleur ami.

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- Tu rêves ou quoi ? Tu cherches à te poser, c'est pour ça que je vais voir ailleurs, je trouve un bon filon et tu voudrais que je te file l'adresse ? Tu crois que je te vois pas venir ? Tu vas te maquer avec lui et après je serai tout seul. C'est hors de question. Je partage pas : si tu veux du long terme, tu te trouves toi-même un mec à monopoliser.

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Deux mains levées, un rire sonore et une tête qui se secoue.

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- D'accord, d'accord, j'y toucherai pas à ton blond ! Mais c'est égoïste de ta part. Imagine, si c'est l'homme de ma vie. Il cherche un copain ?

- J'en sais rien, et je ne lui demanderai pas. Na. De toute façon, je lui ai donné mon numéro de portable au cas où, mais c'est pas dit qu'on va se revoir. Quoique ça serait bien dommage.

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Un clin d'œil améthyste en même temps qu'un frisson de plaisir théâtral.

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- Sadique.

- Oui, c'est mon deuxième prénom. Y'a des parents qui choisissent un prénom très bien à leur gamin et qui le pourrissent dans son deuxième prénom, moi on ne m'a laissé de quartier ni sur mon premier ni sur mon deuxième prénom.

- Si c'était Sadique ton premier nom, tes initiales ça ferait SM.

- Ah ah. Bref.

- Oui, bref. De toute façon ton deuxième prénom c'est Siméon, je sais pas si c'est beaucoup mieux que Sadique.

- J'aurais jamais dû te dire mon deuxième prénom.

- Mais si, t'en fais pas : je t'aime malgré tes prénoms de merde. A croire que tes parents t'en ont voulu dès ta naissance, quand on voit qu'ils ont gentiment appelé ta jumelle Louise Hélène Maxwell.

- Ouaip. A croire qu'ils avaient prédit que ça se finirait comme ça.

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Un sourire améthyste et jaune, encore. Trowa n'aime pas quand Duo tourne en dérision son impasse familiale, mais là il se rend compte qu'il a quand même tendu la perche.

On élude. Encore.

Et on revient au sujet intéressant.

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- Et après le blond ?

- Quoi, après le blond ?

- Qu'est-ce qui s'est passé après ça pour que tu zones complètement aujourd'hui ?

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De nouveau le regard plissé, celui qui évalue si on va parler. Duo se dit qu'il n'aurait jamais dû laisser quelqu'un être suffisamment proche de lui pour lire ses humeurs. Autre que sa jumelle, s'entend, ça il n'a rien pu y faire : elle l'aurait poursuivi jusque dans les vestiaires des hommes de la piscine municipale, s'il avait essayé de lui échapper. Surtout dans les vestiaires des hommes, d'ailleurs. Et, maintenant qu'il y réfléchit deux secondes, il se souvient de quelques fois où elle s'était fait passer pour un petit garçon, du temps où ils se ressemblaient vraiment comme deux gouttes d'eau, exprès pour qu'ils se changent ensemble. Ah, l'enfance...

Mais Trowa il le connaît depuis qu'il est minot, à cinq ans, tu baisses ta garde et tu te fais des super copains. Et puis ils n'avaient plus été dans le même collège mais s'étaient retrouvés au lycée, dans la même classe. Et l'image de Duo en avait pris un coup, parce que les dossiers de primaires ont resurgi avec l'arrivée fracassante du beau roux. Et ils avaient repris contact, et ils étaient devenus meilleurs potes.

Même si Duo ne lui avait jamais parlé du fait qu'il était sorti dix mois avec leur prof d'éco de première et terminale. Ca, c'est bien plus tard, après leur bac, qu'il avait pu l'évoquer.

Non, franchement, quelle idée de devenir tellement proche de quelqu'un que tu ne peux pas avoir un comportement légèrement anormal sans qu'on te demande le pourquoi du comment ?

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- J'ai fait une rencontre imprévue.

- C'est-à-dire ?

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Comment raconter ça... ? Comment faire comprendre à Trowa ce qui s'est passé exactement ? Certes le roux le connaît bien. Mais il n'a jamais su ce qui s'était passé exactement dans sa tête, le jour où leur prof d'éco et lui ont cassé. Il n'a jamais su combien ça avait affecté Duo.

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Commet lui expliquer... ça.

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Flash-back : cinq heures plus tôt :

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Ailleurs, un lit

Heure : inconnue. Le matin, certainement.

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Un sursaut, il se réveille.

Duo ouvre des yeux desquels le sommeil s'est déjà échappé malgré une courte nuit. Il n'est pas chez lui.

A côté de lui, un corps étendu, encore endormi, qui bouge légèrement entre les draps bleus quand Duo se redresse en station assise. Il sent un petit mal de tête qui menace. C'est comme ça qu'il se souvient des cocktails. De la boîte. Des gars. Du gars. Un blond, exotique, une boisson violette, exquise. Un prénom pourri, comme le sien... Quatre, c'est ça ?

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Duo se lève, passe ses doigts dans ses longs longs cheveux détachés... bordel. A chaque centimètres dans sa tignasse, il rencontre dix nœuds. Parfait. Il frappera le blond quand il sera debout en représailles de lui avoir détaché la natte qu'il s'est faite à la va-vite avant de dormir.

Pour l'instant c'est l'heure de la douche, pour au moins physiquement avoir l'air pas trop dans le potage. Il attrape ses vêtements en tas à côté du lit, voit sur son portable qu'il est 9 heures, au passage. Parfait. Il sera frais pour accueillir Louise à manger.

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Son hôte lui avait montré vite-fait les toilettes et la salle de bain, avant d'aller dans la chambre pour le reste de la nuit... Duo frissonne, sourit, en se remémorant la nuit. La chasse avait été excitante, la danse l'avait mis en appétit, et le blond avait été à la hauteur pour le satisfaire jusqu'à satiété.

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L'eau lui fait du bien, même si elle ne coule pas bien fort. Il taxe savon et shampooing à l'habitant – wow, on ne se refuse rien ici, c'est de la putain de qualité les cosmétiques du blond -, démêle sa tignasse sous la douche avec la brosse qu'il emmène partout avec lui (cheveux d'un mètre vingt obligent...). Le temps de renfiler son jean, il sort de la pièce, affamé. Il va devoir se servir dans le frigo lui-même, vu que le blond n'est pas debout.

Duo préfère largement quand les types qu'il accueille une nuit ou plus se servent en bouffe sans le réveiller plutôt que quand ils interrompent sa nuit, certes par politesse, mais quand même. Duo s'est fait engueuler une fois de s'être servi sans avoir demandé, mais bon, ça lui convient mieux.

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De toute façon, il n'aura visiblement même pas besoin de se servir, il y a du bruit dans la cuisine. Le blond s'est sûrement réveillé le temps de sa douche qui aurait été éclair si la liane emmêlée qui lui sert de cheveux au réveil n'avait pas été de la partie.

Duo termine de débroussailler son rideau châtain, tête penchée, tant que l'humidité les empêche d'onduler, en même temps qu'il se dirige vers les odeurs de petit-déjeuner et les bruits de vie.

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« La douche a pas de pression, c'est la misère pour laver des cheveux longs.

- Tu reviendras sûrement pas, alors c'est pas un gros problème. Nous on a les cheveux courts. »

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Duo se fige, interrompt son brossage de Sisyphe. Depuis l'encadrement de la porte de la cuisine, il voit quelqu'un. Quelqu'un qui n'est pas Quatre, même les hypothétiques brumes éthyliques qui demeurent encore certainement dans son organisme n'empêchent pas ses neurones de le comprendre.

Des cheveux noirs qui partent dans tous les sens. Un dos blanc masculin. Un pantalon de pyjama vert moche et complètement délavé, en tout cas au niveau des fesses, elles-mêmes assises sur un tabouret haut. La voix n'a pas la couleur du Soleil de celle de Quatre, la peau est bien plus claire, les cheveux trop foncés. L'apparition a le naturel de la personne qui se trouve chez soi, et n'a pas levé les yeux du journal lu en attendant qu'une tasse fumante soit un peu moins chaude.

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Le truc, le vrai problème, c'est que le châtain se rend compte qu'il connaît ce dos.

Il connaît le tracé des muscles qui se sont peut-être un peu fournis. Il connaît les trois grains de beauté qui forment les sommets d'un triangle équilatéral sur l'omoplate droite. Il connaît la petite cicatrice en-dessous - quelle en est l'origine, déjà ? Duo est sûr qu'il l'a su... Il connaît la ligne des épaules, du torse, des reins, du bas du dos...

Et surtout, il connaît la voix, même si quand elle s'adressait à lui, à une époque, elle n'avait pas le ton monocorde et indifférent qu'elle vient de prendre.

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Duo se sent frissonner. L'autre est certainement surpris de ne plus l'entendre, de ne pas avoir de réponse peut-être...

Le natté le voit se retourner vers lui, voit son regard bleu et interrogateur tomber sur son visage comme Sacha, Pierre et Ondine tomberaient dans un trou creusé par la Team Rocket, caché par des branchages et des feuilles d'allure inoffensive : un instant innocent où il ne se passe rien, avant la chute surprenante et violente, puis encore une seconde avant la prise de conscience de ce qui vient de se passer.

Duo voit le regard le reconnaître, se troubler. Il voit les yeux dévier leur course sur son torse nu, sur ses hanches, suivre le cours de ses longs cheveux mouillés. Duo prend conscience des quelques gouttes qui le chatouillent en glissant dans son cou. Il a un peu trop conscience des yeux qui ne le lâchent pas, seuls mouvements chez son vis-à-vis, qui le détaillent, qui s'arrêtent quelques fractions de seconde ici et là sur son corps à moitié nu.

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Qu'est-ce qu'on peut dire quand on se retrouve nez à nez avec son ex de longue date sans l'avoir prévu, sans vraiment comprendre comment c'est possible ?

Qu'est-ce qu'on peut raconter après sept ans de silence radio qui ont suivi une relation brutalement avortée, jamais finie, mise entre parenthèses sans néanmoins que l'un ou l'autre ait jamais pensé à rouvrir la parenthèse en question ? N'ait jamais pu le faire ? Comment gérer après une rupture qui n'en était pas une et pourtant depuis longtemps consommée, une rupture qui impliquait de malgré tout revoir son ex trois fois par semaine, pendant plus d'un mois et demi ? Quoi dire de plus à celui avec qui le dialogue s'est terminé pendant sa terminale mais qui est resté son prof d'éco jusqu'au bac ? Quoi dire de plus quand tous leurs derniers mots échangés n'étaient que termes d'économie, vides ? Quand l'un et l'autre en souffrait sans qu'aucun n'ait pu se résoudre à revenir vers l'autre, parce qu'un lycéen et son prof qui sortaient ensemble, c'était prendre des risques. Quand ils n'avaient plus gardé aucun contact depuis que Duo avait terminé le lycée – garder contact ? Pourquoi faire, alors qu'ils n'échangeaient plus aucune parole ayant le moindre sens, le mois et demi entre leur rupture et le bac ?

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Rien.

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« Je peux me servir dans le frigo ?

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On ne peut rien dire.

Alors on retourne aux bas instincts, on satisfait les besoins vitaux, on verra plus tard pour la suite. La pyramide de Maslow, tout ça, le genre de trucs que Duo a appris avec lui...

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- … Oui, bien sûr.

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Duo est dans une espèce de brume. Il finit de démêler ses cheveux en se dirigeant vers le frigo.

Se rassembler. Se souvenir. Qu'est-ce que le blond lui a dit, déjà ? Duo se souvient qu'il a évoqué Heero. Il avait zappé ça, depuis son réveil, avant de tomber sur son ancien amant, comme ça par hasard. Avant de tomber sur la blessure la plus mal cicatrisée de toute sa vie sans le moindre avertissement.

Quatre avait dit qu'il était lui-même prof... d'Arabe. Et que Heero était un collègue. Le châtain est à peu près convaincu qu'il n'avait pas parlé de collocation, d'amitié, d'habiter ensemble, de... sortir ensemble ? Non, Heero ne réagirait pas comme ça si c'était le cas. Ou bien... ?

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Duo interrompt son geste alors qu'il ouvre l'Antre de la Bouffe, se tourne avec hésitation vers le brun, éprouve des difficultés à accrocher son regard bleu sombre qui ne s'est pas détourné de lui une seconde.

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- Toi et Quatre, vous êtes...

- On est juste colocataires.

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Duo ne sait pas s'il doit dire ouf. Enfin si, bien sûr. C'est toujours mieux de savoir que le mec inconnu qui petit-dèj' dans la cuisine de ton coup n'est pas son copain. A fortiori si l'inconnu n'est pas si inconnu que ça. Que c'est ton ex, quoi.

Par contre, le châtain ne sait pas si c'est très bon pour lui d'en savoir un peu plus sur cet homme qui l'a involontairement écorché vif, il y a de ça sept ans.

Parce qu'aujourd'hui, il n'est plus à vif, la peau est recouvert la blessure, mais il y a toujours les traces. Toujours.

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Alors il prend un yaourt nature et ferme le frigo.

La marque est la même qu'il y a sept ans. Duo grimace en se disant qu'il n'en a plus mangé de comme ça depuis tout ce temps. Et qu'il se souvient de la putain de marque de yaourt nature que son ex achetait déjà à l'époque. Et il grimace de nouveau en voyant les yeux bleus s'arrêter sur sa pitance, reconnaître ce qui lui faisait déjà office de petit-déjeuner quand ils sortaient ensemble.

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- Je peux taxer du café ?

- Les tasses sont là.

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Duo ouvre le placard indiqué, se sert à la source de café dans un bol jaune – et surtout en évitant un mug qui existait déjà à l'époque, rangé à son côté.

Duo s'assied sur la seule autre chaise, face à celle de Heero. Monde cruel.

Le châtain aurait tellement aimé avoir pu se préparer à l'apparition de son ex dans la cuisine d'un type avec qui il vient de coucher. C'aurait été un peu plus facile. Et si ça avait été un autre ex que celui-là, aussi.

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Au pire. Il ne se laisse pas démonter comme ça. Il n'y a pas de véritable raison, en plus.

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Un sourire furtif éclaire un instant le visage de Heero quand ce dernier regarde la tasse fumante que son ex et ancien élève vient de poser sur la table.

Duo se dit qu'à l'époque, il abhorrait le café.

Il se dit qu'Heero doit s'en souvenir. En tout cas, lui se rappelle ses tartines au beurre demi-sel et son sourire gentiment moqueur quand Duo buvait un bol de chocolat chaud.

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Duo essaie de ne pas laisser les souvenirs qui l'assaillent de toute part le frapper trop fort. Soit il regarde Heero qui peine à se réintéresser à son journal et ne le lâche pas tant que ça des yeux, soit il laisse son regard errer alentour et aperçoit un peu partout des objets qui lui rappellent l'ancien appartement de Heero, il y a sept ans.

Etrangement, Duo s'était senti obligé de faire disparaître un bon bout de la décoration de sa chambre après leur rupture. Tout lui rappelait Heero. Il n'avait rien jeté, il avait tout mis dans un carton. De toute façon, il avait bien vite dû déménager de chez ses parents peu de temps après son bac. Le carton l'avait suivi au milieu des deux-trois affaires qui l'avaient accompagnées chez Trowa, et maintenant, il se trouvait au-dessus d'une armoire chez Duo. Le carton en question, Duo sait très exactement où il est, même s'il n'y avait plus repensé entre son emménagement et aujourd'hui.

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Mais Heero, lui, n'a visiblement pas eu besoin d'un grand changement d'air ni de jeter les objets à la con qu'ils avaient choisis ensemble sur Leboncoin, quand il manquait quelque chose chez le prof d'éco.

Paroxysme du cassage d'illusion : Duo est franchement surpris de voir, sur un tableau encombré de papiers plus ou moins importants fixés par des aimants, une feuille froissée sur laquelle il avait dessiné une connerie en cours il y a des année de cela et que Heero lui avait confisquée pour l'obliger à se focaliser sur les sciences économiques et sociales. Pourquoi il avait gardé ça ? C'était un dessin humoristique, c'était sur le sujet du cours et même rétrospectivement, Duo trouve toujours que l'esquisse et sa légende sont amusantes, mais il ne comprend pas pourquoi c'est là, affiché dans sa cuisine. Leur cuisine. Une feuille une peu jaunie par le temps, qui fait tache au milieu des autres immaculées.

Heureusement, il y a aussi des objets nouveaux, ou appartenant à Quatre certainement. Duo y accroche son regard comme un naufragé agripperait une planche qui flotte : de toutes ses forces et avec l'énergie du désespoir. A la base, il comptait attendre que le blond se réveille pour prendre son numéro de portable si l'autre était intéressé pour remettre le couvert un de ces jours, mais finalement, Duo va peut-être prendre la sortie sans passer par la case Attente, parce que le regard bleu de Heero et les silences certes pas tendu mais quand même dérangeants le mettent à vif.

Il souffle sur le café trop chaud pour pouvoir se soustraire le plus rapidement possible aux regards qui brûlent.

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Bêtement, Duo s'en veut. Il s'en veut de revoir son ex dans cette situation. Dans une cuisine inconnue, chez un inconnu avec qui il a passé la nuit. Après l'avoir rencontré en boîte. En le sélectionnant sur son physique, un peu sur son cerveau, certes, ils avaient échangé quelques phrases hier, mais c'est pas non plus comme si Quatre et lui avaient eu une longue conversation métaphysique sur leur conception du monde et leur conviction personnelle du sens de la vie.

Bêtement, Duo se dit que Heero doit lui en vouloir de réapparaître dans ces conditions. Savoir que votre ex sort tout juste de la chambre de votre colocataire, c'est pas la meilleure recette pour bien commencer un Dimanche matin.

Bêtement, le fait qu'il n'y ait en fait ni animosité ni reproche dans les yeux de Heero surprend un peu le natté... Le rassure aussi.

C'est plus simple comme ça.

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Son café ne refroidira jamais.

Heero a fini le sien. Il a reporté son attention sur le journal, ne lui prête plus aucune attention.

Duo a envie de lui dire des trucs. Mais il ne sait pas lesquels. Son cerveau est trop vide et trop plein à la fois. Parler de banalités serait ridicule. Parler de choses profondes serait inapproprié. Parler de ce qu'ils étaient il y a sept ans, ça serait stupide.

Il a face à lui un homme qu'il ne connaît plus.

Mais qui n'est pas un inconnu.

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Il n'a pas envie de recoller les morceaux avec lui. Il n'a pas envie de trop en savoir. Connaître un de ses collègues, savoir qu'ils habitent ensemble, que Heero est toujours prof dans son ancien lycée... Tout ça, c'est bien suffisant. Connaître son adresse aussi.

Duo se rappelle être passé devant l'ancien appartement de Heero, il y a quelques années. Il n'y avait plus vu le nom de son ancien amant sur la sonnette quand il y avait jeté un coup d'œil par curiosité. Il s'était dit que c'était pour le mieux, qu'il avait déménagé, peut-être dans une autre ville. Que c'était aussi simple.

Finalement, son ex avait bougé de quelques rues, seulement.

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Pour occuper ses mains en attendant que le café soit buvable, Duo commence à natter ses cheveux. Histoire de se donner contenance. Y'en a qui regardent leur portable, lui il occupe cinq minutes à prévenir la future zone capillaire.

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Il subit le silence.

Il n'a pas l'habitude du silence. En tout cas pas de le subir. Duo sait occuper les blancs, de manière générale.

Ou alors il sait ne pas s'en formaliser. Là, il cherche, il pédale dans la semoule pour trouver quelque chose à dire.

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Mais qu'est-ce qu'on dit au fantôme de quelqu'un qu'on a connu ? Qu'est-ce qu'on a à raconter à quelqu'un avec qui on n'a partagé un bout de route que dix mois avant que les chemins ne se séparent pendant sept longues années ? Qu'est-ce qu'on peut dire à cette personne dont le souvenir ne nous a pourtant pas quitté et qu'on essayait inconsciemment de reconnaître en chaque nouvelle rencontre ?

Comment on s'adresse à un personnage qui ne fait plus partie de sa vie depuis si longtemps ? Quand on a tourné la page ? Changé de chapitre ? Quand un livre s'est fermé pour qu'un nouveau s'ouvre sur une toute nouvelle histoire, familiale, amicale, estudiantine ? Quand un personnage est mort à la fin d'un livre et qu'il réapparaît pourtant dans les lignes, bien plus tard, qu'est-ce qu'il reste à dire ?

Watson, t'a dit quoi, toi, à ton pote Sherlock quand il s'est repointé comme une fleur dans le dernier bouquin de la série alors qu'il était mort au cours du pénultième ?

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Le café brûle trop la langue pour que Duo en profite, mais suffisamment peu pour qu'il puisse l'avaler quand même. Il ne retient pas sa grimace. Qui ne passe apparemment pas inaperçue auprès de Monsieur Journal.

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- C'est trop chaud. Prends ton temps. C'est pas un problème.

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Le natté repose la tasse, la fixe quelques secondes. Puis se lance.

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- Tu... bosses toujours au lycée ?

- Oui. C'est là que j'ai rencontré Quatre.

- Il a l'air sympa.

- Ah ? Tu fais gaffe à ce genre de choses, quand tu sors pour lever quelqu'un, toi ?

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Pour le coup, Duo sourit. Un petit sourire en coin, comme ça.

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- Un minimum, ouais. J'évite les boulets quand je peux.

- C'est mieux.

- Puis je me dis que si tu vis avec lui en plus de bosser avec lui, ça doit être un type cool.

- Je t'ai jamais dit qu'on bossait encore ensemble.

- Il me l'a dit, hier. Cette nuit. Tout à l'heure quoi.

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Un regard bleu sombre, un regard qui se plisse légèrement. Derrière le regard, le type analyse visiblement la phrase.

Puis une question qui n'en est pas une. Un constat.

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- Vous... avez parlé de moi.

- Euh... Pas vraiment, on a un peu discuté et... apparemment il a fait le lien entre nous deux quand je lui ai dit 2-3 trucs. Il m'a dit que vous étiez collègues.

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Sourire un peu pincé de Heero, étincelle dans les yeux, étincelle toute légère, un amusement un peu froid.

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- Et il t'a dit qu'on était colocataires aussi ?

- Non.

- Surprise, alors.

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Ouais. Surprise.

Duo ne pensait pas qu'échanger comme ça, avec légèreté, serait si facile. Il ne s'attendait pas non plus à ce qu'ils parlent de Quatre. A ce qu'ils parlent sans en parler de la soirée, de la nuit. Ce que tous les deux savent qu'il s'est passé entre le blond et le châtain il y a quelques heures, sans qu'il n'y ait de tension ni de ressentiment, au final.

Duo n'y est pas pour grand chose, en même temps. Le monde est petit : un type qui en connaît un autre, ça ne veut pas dire qu'ils vivent ensemble.

Et le natté ne va pas arrêter de vivre à cause d'une histoire qui date. Qui a laissé ses marques, certes. Mais qui ne va pas l'empêcher de continuer à rencontrer du monde, à bosser tous les jours (euh... pas tout-à-fait, m'enfin...), à se lever le matin et se coucher le soir.

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Heero est retourné à son journal. Ses yeux sont restés neutres. Un sourire tout léger incurve doucement ses lèvres. Il boit son café sans y penser.

Duo n'est pas mécontent de l'échange. Il est soulagé de ne pas s'être trouvé face à un type plein d'animosité. Il est aussi soulagé qu'une conversation sept ans après qu'ils aient cessé de se voir n'entache pas leur ancienne relation. Qu'elle soit subtilement sympathique. Pas invasive.

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Des bruits de pas et un bâillement bruyant pas délicat pour deux sous le coupent dans sa réflexion.

Quatre toujours bronzé, ébouriffé, en caleçon noir qui rentre dans la cuisine en se passant une main dans les cheveux. Un blond qui voit les deux hommes assis à table. Duo le détaille – bon, d'accord, le bouffe – des yeux, le regard ironique.

Il voit aussi Heero perdre son sourire. En fait, là, son regard est tout-à-fait neutre. Pour ne pas dire froid.

Un Quatre qui semble réaliser qu'il a éventuellement pu oublier de dire quelque chose au natté, la veille.

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- Ah. Euh... Salut les gars. Je... Je vous présente pas, hein...

- Non, ça sera pas nécessaire.

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Heero lui lance un dernier regard plissé, peut-être un peu noir, puis revient à la lecture de son journal. Il ne lève les yeux que quand il voit Duo quitter la table et lui faire un rapide signe d'au revoir auquel il répond d'un hochement de tête, avant que le natté se dirige rapidement pour chercher ses affaires dans la chambre du blond.

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A la porte, le blond l'attend, chemise ouverte et pantalon de jogging gris sur lui. S'habiller, c'est vrai que c'est bien, dans la vie. Même si c'est comme un sac.

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- Je... J'ai omis de te dire que tu risquais de le croiser ce matin, hein ?

- Un p'tit peu, oui. Mais c'est pas grave.

- Souvent il part tôt, les dimanches matins... Tu l'aurais pas vu d'habitude.

- Au pire. C'est pas grave.

- Excuse-moi.

- C'est pas grave, Quatre ! Oublie, ça arrive. 'Fin non, dans cette situation particulière, ça n'arrive pas, mais ne te prends pas la tête avec ça.

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Duo qui sourit devant l'air confus du blond.

Duo qui comprend que l'Arabe s'en veut un peu.

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- T'aurais pas fait ça, hein, avec quelques verres de moins dans le nez...

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Le blond relève les yeux de ses pieds nus.

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- Je sais pas. J'ai pas pensé au-delà de la nuit, je crois.

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Les doigts du natté qui caressent la joue et le menton.

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- Tu sais, c'est pas parce qu'on est sortis ensemble à un moment que je dois m'arrêter de vivre. Et que je dois demander aux types avec qui je vais potentiellement coucher s'ils sont ses coloc'.

- Oui. Mais il m'a parlé de toi. Je crois pas qu'il ait évoqué ton existence avec quelqu'un d'autre. J'ai un peu merdouillé quand même. Vis-à-vis de lui, au moins.

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Extrémité droite des lèvres de Duo qui s'étire en une moue compatissante.

Il passe une main dans son cou, grattouille les cheveux qui naissent sous sa longue natte, trop courts pour se sentir concernés par l'emprisonnement de leurs congénères capillaires dans l'élastique. Il réfléchit.

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- J'allais te demander ton numéro pour qu'on se revoie, si tu voulais. Mais c'est un peu problématique, du coup.

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Le blond semble étudier l'option, en proie à un dilemme intérieur.

Duo écourte la réflexion, lui laisse une de ses cartes professionnelles.

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- Tu m'appelles si tu veux. Je suis complètement ok pour te revoir. Tu gères, tu décides.

- Je verrai.

- Il est un peu irritable. Mais il est pas rancunier. T'en fais pas.

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Un sourire et un clin d'œil améthyste.

Le cobalt hoche la tête.

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- J'habite avec lui depuis trois ans... Je commence à le connaître. Ca va aller.

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Duo acquiesce. Il ne s'attendait pas à ressentir ce type de sympathie pour le blond, en partant de chez lui.

Il lui dépose un baiser sur les lèvres, lui caresse la mâchoire, puis sort.

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Le natté a un froncement de sourcils, quand la porte se ferme derrière lui.

Il se sent un peu brumeux. Un peu sur une autre planète.

Il s'est vraiment passé ce qu'il vient de se passer ?

Il vient vraiment de tomber par hasard sur son prof d'éco ? Son ex ?

Il serait presque prêt à croire que tout ça, c'est dans sa tête, sauf qu'il entend, de loin, étouffée, une voix qu'il connaît bien prononcer : « Tu fais chier, Quatre Winner. »

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Appartement de Duo, le salon

14h32

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Les deux mecs sont assis dans le canap' gris, une Leffe brune à la main, Duo parce que c'est sa préférée, Trowa parce qu'il n'y a pas d'autre choix, pour digérer la tarte à la myrtille et pour accompagner la petite histoire du châtain.

Le roux a oublié de boire depuis quelques minutes. Il rattrape ce retard en quatre-cinq gorgées, ce qui lui faut pour avoir la gorge moins sèche pour parler.

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- Et tu vas faire quoi du coup ?

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Un sourcil du natté est levé.

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- Comment ça, je vais faire quoi ? Qu'est-ce que tu veux que je fasse ? Soit il me rappelle, soit il me rappelle pas, c'est tout.

- Je te parle pas du type que t'as rencontré hier, couillon, j'te parle du prof d'éco.

- J't'emmerde, Trowa, sois plus clair dans tes questions si tu veux les réponses que t'attends. Et puis je comprends pas ta question. Je l'ai croisé, c'est tout. Je vois pas ce que tu voudrais que je fasse.

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Le roux secoue la tête. Qu'est-ce qu'il peut être borné, son meilleur pote, des fois...

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- Tu sais où il habite, tu peux recommencer à le voir : tu deviens pote avec son coloc'...

- Je me tape son coloc', Tro'. C'est pas exactement le must pour reprendre contact. Et pourquoi tu voudrais que je reprenne contact ?

- T'es con, Duo. T'en as pas envie ?

- Je ne le connais plus, ce type. Et puis j'ai quoi comme base pour vouloir le revoir ? Dix mois de relation, il y a sept ans.

- T'as jamais revécu ce que t'ont apporté ces dix mois. Ca serait con de ne pas retenter.

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Duo plisse des yeux, pinces des lèvres, semble évaluer ce que dit son meilleur ami.

Depuis quand Trowa fait de l'ingérence dans la vie amoureuse/sexuelle de Duo ? D'habitude, il la partage quand il a de la chance, il en entend parler quand d'autres ont de la chance, il la commente à la rigueur, mais il ne la conseille pas.

Pourquoi s'insérer entre le blond, le prof et le natté ?

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- Mmh... Toi tu vois un blond qui se libère potentiellement si je renoue contact avec mon ex, j'me trompe ?

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Grands yeux innocents de Trowa et bouche grande ouverte de fausse stupéfaction qui le trahissent immédiatement.

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- Quooooiiiiii ? Mais n'importe quoi, je pense à toi en premier, t'es la première personne que je veux voir satisfaite dans cette histoire !

- Ben tiens. Ton pénis, c'est pas une personne, et tu le places devant dans ta liste.

- Maaaiis ! Il a l'air trop bien çui qui s'appelle Quatre ! Déjà je préfère les blonds, même si tu es l'exception qui confirme la règle – très belle exception, soit dit en passant...

- Tu ne m'auras pas à la flatterie.

- ... puis il a l'air loyal, et gentil, et tout mignon quand il culpabilise ! C'est trop con de gâcher ce genre de qualités dans un plan-cul, il faut l'exploiter pour le transformer en copain, je sais pas moi, au hasard, celui d'un roux aux superbes yeux verts...

- T'es vraiment un rat, Tro'.

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Duo se marre en secouant la tête, pense que son meilleur pote sera toujours le même.

Le roux capte le regard amusé améthyste et un sourire tendre adoucit son visage. Il se penche sur Duo, passe un pouce sur sa joue.

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- Je déconne pas, Duo. Même si j'adorerais que tu me passes le relai pour Quatre, en vrai, j'aimerais vraiment que tu y trouves ton compte à toi. C'est trop con, tu as une porte qui s'ouvre alors que tu m'avais dit que tu regrettais de pas avoir pu le revoir ni rien pu lui dire de plus, quand tu m'en as parlé la première fois, de Yuy.

- Tu te souviens de ça ?

- J'ai une shitty memory, comme on dit chez toi, sauf quand ça concerne mes potes...

- Je devrais pas te raconter ma vie, définitivement.

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Le pouce passe sous le menton, relève le visage pensif du châtain pour le regarder dans les yeux.

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- Duo, je suis sérieux. Profites-en. Tu vas t'en vouloir sinon.

- C'était plus facile de regretter et de vouloir tirer les choses au clair quand j'avais pas la possibilité de le faire. J'en ai plus trop envie, là.

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Le roux lui offre une moue à la rigueur indulgente, un peu gentille quand même dans son sourire qui semble dire « on te refera pas, toi ».

Une question sur le visage, quand même, soudainement.

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- Attends, du coup c'est seulement pour ça que tu m'as appelé et que je me suis tapé la demi-heure Maxwell entre jumeaux ? Pour que tu me racontes ça ?

- Merci, ça fait plaisir de voir que ma vie t'intéresse.

- Arf. Non, c'est juste que je pensais pouvoir au moins m'amuser et me dépenser c't'après-m', comme ça s'est moins bien passé pour moi que pour toi cette nuit. Que maintenant que tu t'es trouvé un blond de substitution, tu voudrais bien remettre le couvert avec moi jusqu'à ce que je me pose.

- Tu penses avec ta queue, Trowa.

- Ouaip. Et alors ? Ca t'a jamais dérangé avant.

- Rien, je te le dis comme ça. J'ai juste hâte de te voir galérer quand tu seras en couple. Ca sera marrant.

- P'tit con.

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Le natté lui adresse un sourire ironique et tire la langue.

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- Par contre, si tu veux, je comptais aller taper quelques services pendant une heure dans l'après-m', j'ai réservé un terrain. Tu veux venir « t'amuser et te dépenser » un petit peu ?

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Le roux acquiesce. L'idée a l'air de lui plaire.

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- On passe avec beaucoup de subtilité à un autre sujet, mais tu réfléchiras quand même pour le prof d'éco.

- Heero, Tro'. Tu peux l'appeler Heero.

- Mouais. C'est bizarre. »

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Le natté ne répond pas. C'est vrai, ça fait bizarre. Il ne s'attendait pas à ça, hier, en décidant de se dégourdir les jambes et d'aller voir ailleurs si Trowa y était en boîte.

Rien ne s'est passé, mais Duo n'arrive pas à empêcher ses pensées de passer de et si ça s'était passé comme ça en ça aurait pu être ça.

S'il n'avait pas envoyé Trowa balader hier.

S'il n'avait pas laissé de côté le type trop jeune et tous ces autres qu'il a refoulés.

S'il avait dit non à Quatre, au final.

Il n'aurait pas revu Heero.

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Et c'est con, mais comme dit le roux, y'a une porte qui s'est ouverte alors qu'il ne soupçonnait même pas qu'elle existait. Une porte cachée, un passage secret qui s'est découvert.

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Oui, le natté est d'accord avec lui. Savoir que son prof d'éco est de nouveau accessible, ça fait bizarre.

Un peu comme quand on touche une surface tellement froide qu'elle paraît brûlante. Ou de l'eau bouillante à ce moment où on ne sait plus bien si c'est de la chaleur ou de la fraîcheur qui nous fait mal.

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WALA !

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J'espère que ça vous a plu !

N'hésitez pas à laisser un p'tit mot pour dire si ça vous avez apprécié ! ;D

Pour la suite ? Je ne sais absolument pas quand ! Dans quelques jours, la semaine prochaine ou dans quelques mois, selon le temps !

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Bises à tout le monde !

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Naus