Bonjour bonjour !

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Oui, déjà relà ! :p

(Eh, vous savez quoi ? VACAAAANCES : 8D)

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Quoi à qui : Ca n'a pas changé, les persos sont à GW and co, sauf celui de Louise que je revendique ! Sinon, j'ai volé deux expressions aussi : "handicapé sentimental" qui revient à artemis69, et la "quintessence de la swaguitude" (ouaip, ça envoie du lourd, que dis-je, du pâté !) à Poupinette la vachette. Ah, puis l'"odieuse cohorte pubescente", c'est Le Cercle des poètes disparus (en tout cas, dans les sous-titres de la VO, je ne sais pas comment c'est traduit en VF).

Résumé : toujours le même !

Pour : vous. Si, si !

Merci : aux revieweuses, aux lectrices fantômes, à la Poupinette. Et à Mithy !

Blabla additionnel : ce troisième chapitre est juste un monstre que je n'ai pas le temps de corriger en une fois... Du coup j'ai coupé à un endroit stratégique (tu parles...), j'en poste la moitié maintenant, la suite viendra bientôt !

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Ayé, vous savez tout !

Enjoy !


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My mistake is your mistake - Partie 1

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Mercredi, 7h55

Salle des profs du lycée XY

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« Tiens, Heero. C'est Thibault Percart qui m'a demandé de te passer son devoir en retard.

- Et tu le fais ? T'es quoi, son chien ?

- Calme. C'est pas la première fois que je te ramène un DM de la part d'un de nos élèves en commun. Il m'a juste demandé si ça ne me dérangeait pas et, non, ça ne me dérange pas.

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Le blond soupire. Son colocataire, à part une petite phrase exaspérée et vaguement amusée, même si ça semblait quand même un peu jaune et noir, ne lui a fait aucun reproche depuis le Dimanche matin où le brun a eu la surprise qui n'était peut-être pas la quintessence de la swaguitude de découvrir son ex dans leur cuisine commune. Et pas n'importe quel ex.

Attends. La « quintessence de la swaguit... » ? Les ados qui sévissent dans la classe de Quatre ont clairement trop d'influence sur son vocabulaire. Quelle odieuse cohorte pubescente. Ce sont des stratèges, des graines de délinquants en puissance. De futurs terroristes. Au moins.

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Laisser son esprit divaguer sur des problèmes qui n'en sont pas ne va pas l'aider à se dépatouiller du véritable souci qui sévit entre son ami et lui-même.

Parce que si le pudique Heero Yuy ne s'est pas permis d'émettre la moindre critique ouverte sur le comportement de son meilleur ami, quand celui-ci a ramené en connaissance de cause comme coup d'un soir un p'tit jeune sur lequel le brun avait plus que flashé des années auparavant, la tension est bien là.

De petites piques. Des réactions excessives à propos de points sans importance.

Comme tout de suite.

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Même si Quatre comprend pourquoi Heero peut lui en vouloir, même si lui-même sait qu'il a profondément merdé trois jours plus tôt, ça ne l'empêche pas de se dire que son colocataire pourrait prendre la chose autrement.

Attention. Il n'a pas dit « la prendre bien ». Mais pas comme ça, en tout cas. Lui adresser des reproches clairs et nets. Lui donner quelque chose auquel le blond pourrait véritablement répondre. Pas se justifier, parce qu'après tout il n'a pas réellement à le faire. Mais au moins qu'ils s'expliquent.

Que le brun ne fasse pas une fixette sur l'incident. Qu'il en parle. Juste en parler.

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Le problème, c'est que ce type est un handicapé sentimental sévère voire profond.

'Fin non. Communicationnel, plutôt.

Quatre a même du mal à imaginer comment le brun a pu avoir des relations. En y réfléchissant bien, il se demande comment lui-même a pu s'en faire un ami si proche.

Parce que si le brun a l'air de penser que ça a tout de suite accroché entre eux, en vrai, Quatre n'a pas su pendant longtemps comment le prof d'économie le considérait. Il n'était jamais désagréable, mais il a fallu un certain temps au blond pour comprendre que l'amitié de Heero ne s'exprimait que par touches subtiles, légères, presque invisibles... que les autres ne recevaient pas.

C'est vrai qu'ensuite, quand ils ont eu l'occasion de faire quelques soirées de boulot – dont certaines s'étaient révélées d'un chiaaaaaant... - il avait clairement perçu que le brun préférait de loin rester avec lui plutôt qu'aller voir ailleurs s'il n'y était pas.

Le blond l'appréciait réellement dès leur rencontre, même s'il ne savait pas toujours sur quel pied danser avec ce type qui restait souvent de marbre dans ses sourires neutres et détachés, avec une culture telle que qui que ce soit discutant avec lui se demandait inévitablement si le brun ne trouvait pas stupide la conversation ou le point de vue qui lui était exposé.

Pas qu'on lise le moindre ennui, la moindre condescendance sur le visage du prof d'éco à l'humilité aussi grande que son érudition, mais c'était un état de fait. Avec un vocabulaire simple et à la portée de n'importe qui, il savait exprimer ce qu'il pensait avec une facilité et une justesse déconcertantes et surtout preuves qu'il savait exactement ce qu'il voulait dire, qu'il connaissait parfaitement le sujet, un des nombreux à propos desquels il pouvait discuter des heures entières.

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Quatre avait su lire les quelques signes qu'il lui avait donnés pour comprendre que le brun lui portait de l'affection.

Et ça avait été avec un naturel confusant qu'il avait un jour proposé à Quatre de partager un appartement. Il avait besoin de changer d'air – ça tombait bien, lui aussi - et le blond avait compris par la suite qu'il espérait ainsi se défaire du souvenir d'une relation passée... En tout cas ne plus avoir tout son F3 qui lui rappelait la relation en question, même si ça faisait déjà quelques années.

Relation qui n'était autre que le jeune châtain aux très longs cheveux que le blond avait dragué et ramené chez lui – chez eux – pour une nuit, puis jeté en pâture, involontairement, comme un trophée de chasse, aux yeux froidement énervés d'un Heero pris de court.

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Il en frissonnerait presque, le prof d'Arabe, en repensant à ce moment, en revoyant la scène, quand il s'est pointé comme une fleur dans la cuisine et s'est rendu compte d'une omission qui avait tout de l'éléphant dans la pièce unique d'une chambre de cité U de 9x9 m et à côté de laquelle il n'aurait jamais dû passer. Il avait juste un tout petit peu oublié de prévenir Duo, ledit châtain, ladite relation, qu'il pourrait potentiellement rencontrer son ex en se levant de bon matin après une courte nuit. Et même si la nuit en question avait été... mmh... c'est forcément pas très agréable comme surprise.

Quand il avait vu les deux hommes face à face, le blond, y'a ses deux neurones qui ont fait contact avec leur axone.

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Depuis, Heero avait été difficile à vivre.

Tout comme son amitié était exprimée par de tous petits signes presque imperceptibles, son mépris et sa colère étaient la subtilité faite emmerdements.

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Il fallait que ça cesse. Le blond avait assez payé.

Et puis il ne pouvait pas non plus s'empêcher de vivre parce que Heero avait loupé une marche dans sa vie amoureuse, que la marche en question était tombée sur son coloc' et avait autant était intéressée que le coloc' susnommé.

Quand on est un retardé affectif, faut assumer après. Et de préférence ne pas faire assumer les autres ad nauseam.

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Rattraper un Heero qui se dirige vers la machine à café de la salle des profs.

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- Bon, Heero, va falloir qu'on parle, là, parce que ce n'est plus possible.

- Je ne vois pas de quoi tu parles.

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La base du nez pincée, sous le pont des lunettes aux fines montures bleu turquoise que le blond porte au travail à cause de son astigmatisme qui lui explose le cerveau après quarante corrections de copies et une journée dans la lumière du rétro-projecteur, quand sa vue n'est pas corrigée.

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Ne PAS soupirer. Ne pas énervé le brun plus qu'il ne l'est et que ce qu'il veut bien montrer.

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- Moi je vois très bien de quoi je parle. J'ai merdé Samedi soir. J'ai découvert trop tard qui il était, il était intéressant, il m'a plu et c'était réciproque.

- Tu vis ta vie, Quatre. C'est pas mon problème.

- Sauf que ça devient le mien quand tu dis ça mais que tu n'en penses pas un mot. Et que, du coup, tu deviens invivable.

- Je ne suis pas invivable. Je ne t'ai pas fait de scène. Et puis, pourquoi l'aurais-je fait ?

- Par pitié ? Pour m'éviter le regard noir et froidement culpabilisant qui me scanne depuis trois jours quand tu crois que je ne peux pas le voir ? Pour mettre les choses au clair ?

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Quatre attrape d'autorité le bras de son colocataire quand celui-ci fait mine de lui passer devant sans plus de cérémonie pour aller chercher sa drogue, celle qui lui permet de ne pas s'endormir le matin, celle grâce à laquelle il tient ensuite de la récréation au repas, puis du repas à la pause de l'après-midi, et enfin celle qui fait qu'il ne pique pas du nez pour les deux dernières heures potentielles de cours qu'il doit parfois aligner avant la fin de la journée.

Le blond fait en sorte qu'il se tourne vers lui, le regarde, l'écoute. Et se prend de plein fouet le regard qui était justement détourné une seconde plus tôt pour le prévenir de son intensité.

Peut-être que le brun a pitié de lui et l'épargne, en fait, en ne lui exprimant pas la profondeur de son courroux.

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- Heero. S'il te plaît. Je sais que j'aurais dû me contenir. Le laisser partir quand j'ai reconnu en lui ce que tu m'as décrit.

- Laisse tomber, Quatre. Je ne t'en veux pas.

- Euh... Si. Et je comprends, mais laisse-moi me défendre, au moins.

- T'as rien à défendre, vraiment. Ce n'est pas après toi que je suis en colère.

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Un regard cobalt qui se fronce. Ah bon ? Le brun ne lui en veut pas ? Vraiment ?

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- Enfin... J'aurais clairement préféré que votre petite partie de jambes en l'air n'ait pas lieu. Ou plutôt que je ne l'apprenne pas comme ça.

- Désolé...

- Arrête donc de t'excuser.

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Quatre ne peut s'empêcher de sourire en pensant à Duo, quelques jours plus tôt, qui lui a sorti à peu près la même phrase. Même si, du peu que le blond a pu découvrir du châtain, son caractère paraît foncièrement différent de celui de son colocataire – la spontanéité voire l'impulsivité opposées au sang froid, les yeux qui portent à l'extérieur et visibles de tous les moindres sentiments et ressentis, opposés au visage posé même dans les grandes émotions... – il ne peut que se dire qu'en fait, il n'a pas été très long, pour lui, de trouver une ressemblance entre les deux énergumènes. Une certaine tendance à pardonner assez facilement, apparemment.

Puis une phrase qui percute après un temps de réaction plutôt lent.

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- Mais attends, si tu ne m'en veux pas à moi, c'est contre qui que t'es en colère ?

- Quatre... J'ai pas envie de parler de ça.

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Le blond le suit, cette fois-ci, quand il reprend son chemin vers la machine à café.

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- Mais tu peux pas être en colère contre lui quand même !?

- Quatre, sérieusement. Tu me fais chier là.

- T'imagines ? Ça fait sept ans que vous ne vous êtes plus vus... T'as continué ta vie et lui aussi, c'est normal. C'est pas de chance que ça soit tombé sur moi...

- Et qu'en connaissance de cause, tu l'aies quand même ramené...

- Je croyais que tu ne m'en tenais pas rigueur. Tu viens de me le dire.

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Heero qui prend le temps de penser et composer sa réponse, qui prend le temps de récupérer son café tout pas bon mais qu'il tient à boire pour survivre, avant de dire au blond le fond de sa pensée.

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- Je ne sais pas. Je ne sais pas si je t'en veux de l'avoir levé, qu'il t'ait plu, que tu lui aies plu... Si ça me dérange que ce soit en sachant qui il était pour moi que tu l'aies fait ou si je ressentirais les choses de la même manière si tu n'avais découvert qu'après coup... Je ne sais pas si c'est le fait qu'il soit rentré dans ta vie ou si c'est parce qu'il a été de nouveau balancé dans la mienne comme un dogue allemand dans un jeu de dominos express.

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Quatre sourit en coin, une mimique désolée toute en douceur. Il aime bien quand Heero s'approprie des expressions pour en créer de nouvelles. Un peu l'équivalent du dopage à « l'insu de son plein gré » du cycliste, là, y'a quelques (dizaines d')années...

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- Et puis, dans tous les cas, si tu m'avais dit que tu l'avais croisé et que tu n'avais rien concrétisé par égard pour moi, je m'en serais voulu et je me serais dit que c'était stupide, qu'il n'y avait pas de raison. Si tu m'avais demandé si tu pouvais tenter quelque chose avec lui, je t'aurais dit oui parce que je l'aurais pensé et je m'en serais mordu les doigts. C'est mon problème en vrai. Te prends pas la tête avec ça. »

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Le blond acquiesce. Il récupère son propre café, accompagne son collègue et ami vers les couloirs, alors que la sonnerie du début des cours retentit.

En faisant entrer ses ados dans la salle de classe, il pense.

Il a gardé la carte de Duo, celle sur laquelle il a appris – réappris, en fait, puisqu'ils en ont parlé samedi dans la nuit mais que la chaleur, l'alcool et l'ambiance l'avaient effacé de son cerveau – que le châtain est infirmier.

Il estime qu'il ne l'appellera pas. Parce qu'il ne faut pas abuser, quand même. Sur le coup, sous la surprise qui les a pris à revers à un moment trop tard dans la nuit, trop chaud dans leur corps et leurs contacts, trop alcoolisé même si c'est loin d'être une excuse, il peut exiger de Heero qu'il lui pardonne, et surtout il peut se pardonner à lui-même.

Là, s'il le rappelait de sang-froid, le blond trouverait tout à fait approprié d'ensuite proposer à Heero un large panel d'armes parmi lesquelles choisir pour le descendre et lui indiquerait même par avance un endroit pratique pour se débarrasser de son corps.

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Il garde la carte parce qu'il se dit que, peut-être, Heero pourrait en avoir besoin. Oh, juste comme ça, on sait jamais.

Quelque part, ça le fait chier de laisser de côté un si bon coup, un type qui bouge foutrement bien tant sur une piste de danse qu'entre un drap et un matelas... mais son abnégation n'a pas de limite. Et, au delà du fait qu'il ne supporte plus son colocataire et son humeur actuelle, il préférerait ne pas lui refaire de mal en entrechoquant le passé et le présent sans précaution aucune.

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Vendredi de la même semaine, 23h00

Bar ambiance Jamie's

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Une table, de la musique rock des années 60 à 90, quelques verres devant eux. Pas les premiers : ils ont été en commander plusieurs depuis le début de la soirée. Soirée dont l'ambiance n'est pas à son comble, d'ailleurs.

Ca arrive certains soirs, dans ce bar. Des fois, les jeunes adultes désertent, vont voir ailleurs, restent chez eux... Ca repose un peu pour ceux qui bravent la nuit : la musique est moins forte que ce qu'elle peut l'être aux plus hauts taux de fréquentation.

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Duo bâille sous le regard amusé et prédateur de son meilleur pote, passe paresseusement une main sous sa lourde natte qui semble lui tirer les muscles du cou.

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« J'adore quand t'as l'air mort comme ça.

- Je ne comprends même pas comment t'as réussi à me convaincre de venir ici ce soir.

- T'es jeune, bordel. Profite !

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Le châtain est complètement relâché, presque étalé dans le canapé qui les accueille, meut son cou en l'étirant de gauche à droite avec langueur pour détendre ses muscles. Et Trowa le trouve tout aussi sexy que quand il est tout feu tout flamme, lancé sur la piste de danse. Sexy d'une autre manière. Sexy comme quand ils viennent de coucher ensemble et que son meilleur pote y a laissé son corps et son énergie. Dans ces cas-là, Trowa sait que même s'il paraît au bord de l'endormissement, il suffit de pas grand chose pour relancer le natté sur le chemin du sexe. Il faut juste connaître la technique. Le roux compte bien sur le fait que ce soir ne fasse pas exception à la règle.

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- C'est facile à dire, sale glandeur d'étudiant. J'ai bossé toute la journée !

- Pour une fois ! T'as bossé trois jours, cette semaine.

- Ouais, de sept à vingt-et-une heures avec vingt minutes de pause à midi. Avec seulement dix minutes à consacrer à chaque patient en moyenne. Trajet de chez l'un à chez l'autre compris.

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Une moue du roux, de la compassion, réelle. Il sait que c'est aussi frustrant qu'éreintant, pour Duo. Qu'il y a des compensations, celles de bosser peu de jours par semaine tout en gagnant une blinde (à leur niveau d'êtres humains connectés aux réalités de la vie), mais enchaîner les patients, rendre les gestes mécaniques et en chasser toute humanité parce que le risque d'entamer une conversation est qu'elle se prolonge et qu'elle mange du temps sur le patient suivant, c'est absolument pas fait pour le natté.

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- Oui, je sais. Mais si t'es venu, c'est que t'en avais envie.

- Tu m'as fait du chantage, p'tit con. Tu m'attendais devant chez moi et t'aurais profité de ma fatigue pour me violer.

- Tt-tt-tt... T'exagères. Je ne suis pas si vicieux que ça.

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Un éclat de rire du châtain.

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- Tu es un rat, Trowa. On le sait tous les deux.

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Le roux lui adresse un sourire à mi-chemin entre le carnassier et l'adorable – quelque chose qui ressemble à un Bisounours avec trois rangées de dents de requin – et passe un bras autour de ses épaules.

Il tourne le châtain légèrement dos à lui, pose ses pouces à la jonction du cou et des épaules et exerce une douce pression en rotations parfaitement traîtres et sournoises pile sur les muscles tout tendus du travailleur de force.

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- Tellement un rat que, si tu ne trouves personnes avec qui rentrer ce soir et que moi non plus, je te raccompagnerai chez toi et je n'en repartirai que demain matin.

- Sache que mes ronronnements actuels peuvent t'induire en erreur sur ce que je pense, c'est pourquoi je te le dis : t'es horrible. Tu le sais ça ?

- Moui, tu me le dis, souvent. C'est pas bon, ça, quand tu dois te défendre. Trouve de nouveaux arguments.

- J'utiliserai des termes de Droit, histoire que le requin que tu es comprenne : j'invoque la clause de révocation de notre relation sur le plan sexuelle en raison de celle d'exclusivité que tu envisages de mettre en place prochainement avec un concurrent.

- Objection refusée.

- Pour quel motif ?

- Aucun. T'es trop crevé pour me dire non.

- T'es lourd quand tu bois, Tro'.

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Un rire émeraude qui pourrait éventuellement croire que son ami est sincère dans son insulte, s'il n'entendait pas le sourire dans la voix et si l'ami en question ne ronronnait pas si ostensiblement sous les caresses de ses doigts.

Avant un sursaut.

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- Oh ! Quatre !

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Le roux cesse tout mouvement sur les épaules, surpris par l'exclamation et par le mouvement de Duo qui s'est soudainement redressé.

Trowa est à l'affut. Si "Quatre" est ici un nom – et il n'y a pas de raison que ce soit le nombre – l'étudiant est intéressé de la raison pour laquelle il a été prononcé.

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Le natté fait un geste de la main vers le bar, à l'intention d'un type qui se dirige déjà vers eux avec un sourire étonné, raccrochant tout juste d'un appel depuis son mobile. Un type que Trowa avait capté quand il était entré dans le bar il y a vingt minutes, aussi seul que maintenant et attendant visiblement quelqu'un. Trowa ne s'était pas attardé dans le reluquage, un Duo déroutant de langueur et de fatigue sexy l'ayant distrait par sa proximité et ses potentialités.

Le radar du roux entre en action, maintenant qu'il sait que ce nouveau type est The Quatre. Il analyse la présence de ses yeux verts plissés.

Du blond en mèches folles dont quelques unes effleurent ses sourcils plus sombres. Des yeux qui percent, bleu insensé – il s'y connaît en couleurs d'yeux improbables, son meilleur pote en arborant une pas mal dans son genre, et le vert de ses siens propres étant bien trop foncé pour être simplement banal – et un corps présentant un galbe attrayant sous le jean saillant délavé et le tee-shirt à col en V noir.

De tout ça, le roux sait qu'il n'aura droit à rien. Pas avec son meilleur pote dans les coins.

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Présentement, Trowa hait Duo. Avec tout son amour, du fond de son cœur de rat.

Encore que Duo lui a dit n'avoir eu aucune nouvelle du fameux coup qui a ravivé le souvenir d'un certain prof d'éco dans la tête d'un certain natté. Peut-être qu'il le laissera prendre le relais.

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L'apparition range son portable dans sa poche. Le roux aperçoit qu'il y a eu un peu de colère dans ses yeux, juste avant. C'est en la voyant disparaître qu'il la perçoit, alors que le blond les rejoint.

Duo n'a apparemment rien capté, se contente de lui proposer de se poser avec eux.

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Un grand sourire cobalt qui plaît fichtrement au roux, un regard tout à fait amène, maintenant. Il s'assied à côté du natté qui lui dépose un baiser sur la joue, tout en spontanéité. Trowa lui serre la main avec son sourire le plus séducteur.

Le natté ne lui laisse pas le temps de se présenter – non mais ça va pas, sérieux ? Duo ne tient pas à perdre toute chance d'entrée de jeu.

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- C'est quoi ce hasard de ouf ? Ca me fait plaisir de te voir !

- Moi aussi. C'est que moyennement un hasard, c'est toujours là que je sors.

- Oui mais moi pas. On connaît juste le barman et le nouveau gérant, aussi... C'est Trowa qui a insisté pour qu'on revienne ici. Il a bien aimé la dernière fois.

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Duo sent le rat derrière lui adresser un clin d'œil et le sourire du Don Juan qu'il est au blond. Le natté a presque envie de lui dire que non, pas touche : chasse gardée. Sauf qu'il n'a jamais signé de clause d'exclusivité avec le blond, pour continuer à parler juridiction – le domaine du grand dadais qui lui sert de meilleur pote. Et que Quatre ne l'a pas appelé dans la semaine. Et que, de toute façon, c'est le blond qui décide de son plat. S'il en cherche un bien sûr.

A savoir que, si ce qu'il décide, c'est de goûter de nouveau du Duo sur canapé, le mets ne dira certainement pas non.

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- Je dois comprendre que c'est toi, Trowa ?

- Enchanté.

- Ne l'écoute pas, Quatre. C'est un serpent. C'est lui qui a dit à Adam et Eve de manger du fruit défendu. Il est sournois. Je le connais depuis toujours, on était ensemble au lycée, je sais de quoi je parle.

- Merci, Duo. Ca fait plaisir. Ca vaut bien le coup de te faire un massage amical.

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Le natté se tourne vers le roux, lève un sourcil châtain plein de scepticisme et de condescendance.

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- Oui, parce que c'était tout-à-fait désintéressé. En uniquement amical.

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Le blond rit dans un souffle, faisant frémir le roux qui se dit que ce soir, Duo ou Quatre, ou même Seize, si on les potentialise – arf, non, Duo n'est pas ouvert aux plans à trois – tout lui irait.

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- T'inquiète Duo. Une moyenne d'un ancien élève de Heero par mois, c'est suffisant. Je ne compte pas récidiver.

- T'es grillé Trowa !

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Le sourire en coin, pas un sourire d'excuse mais quand même, du blond vers le roux. Ce dernier hausse les épaules. Il a compris que son meilleur pote compte bien profiter d'une potentielle remise de couvert avec Quatre... Et que le seul étudiant de la tablée n'intéresse pas le nouvel arrivant – pas ce soir en tout cas : l'ombre du prof d'éco plane. A voir si elle plane suffisamment pour empêcher le blond de sauter sur (Duo) l'occasion. Ce serait criminel de cracher sur le natté. Quel que soit le motif.

Trowa serait curieux de connaître les intentions du blond vis-à-vis du natté. Surtout quand il lui demande :

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- Tu danses le rock, Duo ?

- Nop, pas le rock. Puis je ne bouge de ce canap' que pour partir du bar. Ou aller chercher à boire d'ici là.

- Il a bossé aujourd'hui, le pauvre, tu comprends... Il a fallu que je le tire par la peau du cul pour qu'il vienne.

- Tro', laisse-moi décuver de ma journée de travail en paix. Je suis en pleine gueule de bois de trop de patients en pas assez de temps ni assez de mains.

- D'accord, d'accord, je te laisse tranquille. Je vais voir sur la piste si je peux pas trouver un type qui peut encore mettre un pied devant l'autre après avoir honnêtement bossé aujourd'hui.

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Le roux détend son long corps avec grâce et félinité – et perçoit au passage le bref regard appréciateur du blond. Ah, quand même ! Trowa avait presque commencé à se demander si le prof d'Arabe n'était pas réellement indifférent à... tout ça. Lui, quoi. Même si ça lui aurait paru science-fictionnel.

Mais l'attestation de l'intérêt du blond ne va pas plus loin qu'un sourire en coin accompagné d'yeux légèrement plissés avant de détourner le regard vers Duo. Nop, le roux devra définitivement se trouver un autre casse-croute. Pas grave, c'est pas l'habitude qui manque.

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Quatre, pour ramener son attention sur lui, pose une main sur la cuisse d'un Duo qui darde ses beaux yeux accusateurs dans le dos de Trowa.

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- Ne le fusille pas du regard comme ça.

- Il est toujours comme ça. Il empiète sur les plates-bandes des autres. Et il en ressort en fier conquérant.

- C'est moi la plate-bande fièrement conquise ?

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Un sourire taquin du châtain.

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- Visiblement, non. Et pas plus par lui que par moi, je me trompe ?

- Mmh. Je sais pas. Disons que conquis, dans tous les cas, c'est pas demain la veille que ça arrivera. C'est pas dans le contrat.

- T'inquiète, pour moi non-plus. C'est pas ce que je cherche. Et ça serait très malvenu dans la situation. Même si on n'est plus à ça près, j'imagine.

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La main est toujours sur le jean, sur la cuisse, joue du bout des ongles avec les raies du tissu. Le regard cobalt s'accroche à l'échancrure de la chemise du natté qui capte l'indécision dans ses yeux.

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- Mais pour un engagement à court terme... Disons, pour les dix prochaines heures... C'est envisageable ?

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Le blond s'accorde quelques secondes pour répondre.

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- Je n'étais pas venu ce soir dans cette optique...

- Tu ne savais pas que tu me tomberais dessus ce soir. Mais j'ai l'impression que tu es venu seul. Que tu es avec nous – avec moi maintenant – depuis vingt petites minutes et que personne n'est venu te chercher. Tu pourrais être ouvert à l'opportunité...

- Je ne voudrais pas te fatiguer plus que n'as déjà l'air de l'être.

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Le châtain soulève un coin de son sourire, se penche sur l'oreille de son vis-à-vis, le nez dans les mèches blondes, le souffle qui effleure la peau du cou – oh, juste comme ça, pour se faire entendre malgré la musique, pas très forte au demeurant...

Chair de poule.

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- Tu crois que Trowa m'aurait tenu compagnie toute la soirée jusqu'à ce que tu prennes sa place s'il ne pensait pas qu'il y aurait du sexe dans la nuit au final, malgré ma fatigue ?

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Un frisson qui naît au creux des reins et remonte le long de la colonne du blond quand il entend le piercing à la langue cogner contre les incisives du natté, faire siffler légèrement les fricatives tout contre son oreille. La main de Duo a aidé en se posant sur la taille dans la manœuvre.

Quatre secoue légèrement la tête pour sortir de la mini-transe qui menace de le submerger.

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- Tu peux bien penser que ton pote est le parfait manipulateur, t'es pas mal non plus dans ton genre, petit sournois.

- Merci. Après, le mot séduction ne va pas sans celui de manipulation, j'ai bien peur...

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Un clin d'œil améthyste. Un lapement du bout du piercing affolant sur une pommette. Le blond se souvient de ce piercing, de cette langue.

Impossible de réfléchir dans ces conditions.

Duo paraît lire dans son esprit. Il s'éloigne, casse tout contact physique avec beaucoup de sadisme. Avec tout autant de manipulation, il penche la tête, prend un air sérieux et concerné pour demander :

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- Ca te pose problème vis-à-vis de Heero ? Je comprendrais tout à fait.

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Une seconde, puis le blond fait non de la tête avec un sourire.

Bêtement.

Bêtement parce qu'il est en colère quelque part, même s'il ne le montre pas à Duo. Parce que ce soir, c'est avec Heero qu'il devait sortir, entre potes, pour se poser tranquillous après une semaine de hauts et de bas entre eux. Que le prof d'éco devait le rejoindre il y a quarante minutes et qu'il a attendu l'appel interrogateur de Quatre pour lui dire qu'il ne viendrait finalement pas.

Parce que le brun aux yeux bleu foncé n'est toujours pas au clair avec ses ressentis, ses ressentiments, et qu'il le lui fait toujours payer, en alternance avec des moments d'humeur tout à fait cordiale. Là, c'était l'instant "Je t'en veux, va crever."

Mais y'a des limites. Faut pas tirer la queue du cochon trop loin.

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Avant de rejoindre Trowa et Duo, le blond venait de se prendre la tête avec lui, par téléphone. C'est con. C'est bas. Mais là, du coup, il n'a pas, plus envie de se prendre la tête justement. Il a juste envie de prendre son pied, remettre le couvert avec ce type aux longs cheveux attrayants, à la beauté à couper le souffle, au doigté expert et au piercing affriolant.

Et tant pis pour les conséquences. A cette heure-ci, alors que Heero l'a envoyé chier loin loin loin il y a peu de temps, qu'il lui a balancé des piques un peu trop violentes et un peu pas en rapport avec le schmilblick, Quatre se dit que, finalement, prendre des gants et essayer d'arranger les choses, ça ne sert à rien.

A bout, par téléphone alors qu'ils se bouffaient le nez avec Heero depuis dix minutes, Quatre s'était demandé à voix haute pourquoi, finalement, il n'avait pas rappelé Duo pour le revoir cette semaine. Son collègue lui a alors venimeusement répondu qu'en effet, il ne comprenait pas pourquoi le blond s'était retenu alors que son respect pour lui n'était que fiction, visiblement. Qu'il appelle donc Duo, de toute façon, ça ne le regardait pas. Qu'il vive sa vie, Heero n'en avait rien à foutre.

Quatre l'a prévenu qu'il ne pourrait en vouloir qu'à lui-même s'il le prenait au pied de la lettre.

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Le blond ne comptait certainement pas le prendre au pied de la lettre. Déjà parce qu'il ne s'était pas amusé à prendre la carte professionnel du natté avec lui pour sortir. Ensuite parce que ç'aurait été mesquin. Que c'était une petite engueulade à la con qu'ils régleraient la prochaine fois qu'ils se croiseraient.

Sauf que le natté l'avait repéré et interpellé juste au moment où il raccrochait. C'te hasard.

Et là, maintenant, alors que sa colère envers Heero n'est pas passée, que cette engueulade qui le ramènerait presque à ses années lycée pour son motif et son déroulement, sa stupidité, n'est pas expliquée, qu'un Duo frivole, intéressé et intéressant se tient presque entre ses jambes, il se sent changer d'avis.

Quand on hésite entre deux alternatives, on sait déjà ce qu'on va choisir, il paraît. Le blond hésite mais sait vers quoi son envie balance.

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C'est pourquoi il se penche sur le natté, l'embrasse sur la commissure des lèvres avec des yeux affamés.

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- Motivé pour rester encore un peu ici ou tu préfères tailler la route ?

- J'étais pas motivé pour venir, à la base, Trowa m'a juste emmené ici parce qu'il voulait boire et me faire boire, et qu'il en a marre de l'éternelle Leffe qui remplit mon meuble à alcool. La musique est bonne en soi mais trop forte pour mon intolérance au bruit d'aujourd'hui. Et si je sais que je pars avec un type avec ton potentiel, j'aime autant entrer dans le vif du sujet au plus tôt plutôt que mener le jeu inutile de la séduction.

- Déjà blasé ? On se connaît déjà suffisamment pour que tu ne fasses plus d'efforts ?

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Le blond cligne de l'œil pour souligner l'humour de sa remarque. Le natté répond quand même :

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- Pas envie d'y perdre de l'énergie, je préfère manifester mes efforts un peu plus tard.

- Je te suis, alors.

- Mmh... Chez moi, c'est possible ? C'est moins proche, mais à peine. Et je vis seul...

- Sans ex dans les coins, tu veux dire.

- Oui.

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Le blond acquiesce.

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Au passage vers la sortie, Duo attrape le coude de Trowa, interrompant quelques secondes son corps-à-corps avec un type... mmh, pas mal, de là où il est.

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- Je bouge. A plus !

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Un regard vert qui aligne Duo et Quatre, juste derrière. Un sourire de chat qui en voit un autre s'apprêter à se repaître d'un canari tout à fait consentant.

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- Bonne bourre.

- Toi aussi, mec. »

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Un dernier clin d'œil avant que le roux ne ré-entreprenne sa proie actuelle.

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Samedi, matin

Appartement de Duo, la chambre.

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« Quatre. Wake up.

- Non. Je veux pas.

- N'a foutre.

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Duo s'étire, secoue le blond sans ménagement. Aucune pitié. Il peut bien lui faire subir ça : l'autre l'a tenu éveillé trop longtemps cette nuit alors que le natté se défendait de son mieux.

Ouais, bon, d'accord, peut-être pas de son mieux, peut-être pas tant que ça. Peut-être en ronronnant un peu. Beaucoup. En lui disant de virer ses doigts de sa peau tout en les guidant là où il voulait sentir les caresses.

BREF. Comme dit il-ne-sait-plus-qui : la chair est faible et je le suis.

Luke. C'est Luke qui dit ça.

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- Pourquoi tu me réveilles ? Il est que 11h30. C'est encore l'aube.

- 'Tain, tu réponds quoi à tes élèves qui se pointent un quart d'heure en retard à cause d'une « panne de réveil » ?

- D'aller se faire foutre. Je me lève quand je dois faire cours, ils peuvent en faire autant. Par contre je leur fiche la paix pendant le week-end, je suis en droit d'exiger la même chose d'eux.

- Dommage pour toi que je sois pas un de tes élèves, alors. J'ai zéro compte à te rendre.

- Ok, j'ai compris. Aucune compassion.

- Clairement. Je me tape mes cernes pour la journée. Et je suis tout courbatu. C'est de ta faute.

- Tu te plains ?

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Le blond affiche exactement le même sourire que celui que Trowa a adressé à Duo avant qu'il ne quitte le bar... N'est finalement pas canari qui on croit. Le natté savait à quoi s'attendre avec Quatre, il l'avait quand même testé la semaine dernière, mais peut-être que le fait qu'ils se connaissent un peu mieux a permis au prof d'Arabe d'exprimer tout son art et de dessiner arabesques et lignes sinueuses de ses doigts sur le corps d'un Duo à la fois trop et trop peu fatigué pour y mettre fin... Un Duo qui s'est fait bouffer à maintes reprises cette nuit. Avec un plaisir renouvelé.

C'est pourquoi il répond en ronronnant :

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- Non. Je ne me plains pas.

- Bien.

- Je schnouff. J'ai besoin d'une douche.

- Tu veux bien de moi pendant ta douche ?

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Regard améthyste qui jauge, qui juge pour de faux, comme si la valeur du blond était encore à évaluer.

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- Mmh... D'accord. Mais je dois faire des courses et voir Trowa un peu plus tard dans l'après-m'.

- Moui ?

- Je veux juste dire que je n'ai pas beaucoup de temps.

- Non non, t'inquiète. Ca prendra pas forcément beaucoup de temps.

- 'Tain, je commence à les connaître, cette voix, ce regard et ce sourire. T'es insatiable.

- T'as le droit de me dire non. Dans ce cas je peux partir maintenant, et puis te dire à une prochaine si nos chemins nous amènent à nous recroiser un jour. Dans une semaine, un mois, dix ans...

- … Nan, c'est bon, viens donc prendre ta douche avec moi.

- Héhé.

- Sale fourbe.

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Duo se dit que le blond, sous ses airs d'angelot scrupuleux, il enfle bien son monde. Mais il ne va pas cracher sur le matos. Il commence à connaître la qualité, à reconnaître le talent. Autant en profiter – même s'il sera mort avant la fin de l'après-m'.

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- J'espère pour Trowa qu'il ne compte pas sur moi pour le service après-vente de sa soirée s'il est tombé sur un coup merdique. Je serai pas en état.

- D'expérience, je peux te dire que s'il est parti avec le type avec qui il dansait, y'a pas de raison qu'il soit pas satisfait.

- Tu le connais ? Au pire, j'm'en fous un p... Putain, Quatre, tu pourrais attendre que je sois dans la baignoire, crevard !

- Ne jamais gâcher le temps et la marchandise, Duo. Tes fesses me sont tendues en offrandes quand tu cherches je-sais-pas-quoi dans un tiroir, je me fais un devoir d'honorer ce sacrifice.

- T'es grave. T'es pire que Trowa. Je suis entouré de types complètement bestiaux. Un peu de subtilité dans ce monde brutes !

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Un rire tout en souffle sur son dos alors que Quatre le guide vers la baignoire avec force de caresses pour joindre l'utile à l'agréable. L'eau, c'est cool. Ca se marie bien avec le sexe.

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- Mmh... Plus tu me parles de ce Trowa plus il m'intéresse. C'est un bon coup ?

- … Non. Je ne me le suis pas du tout tapé pendant x(xx) mois. Il n'est absolument pas intéressant. S'il te plaît, ne vas pas voir de son côté.

- Ah ? Pourquoi tant de défensive ?

- Parce queeee... T'as beau apprécier mon corps – en toute modestie, j'me base juste sur ton... insistance pour dire ça... – tu vas goûter au roux et il va t'attraper dans sa toile et il va se maquer avec toi et je serai out.

- Je veux me maquer avec personne, moi.

- Tu penses ça mais tu ne connais pas encore sa force de persuasion. Et puis c'est à contrecœur que je te le dis, mais en plus il serait super comme copain. Même si on est pas compatibles lui et moi, je sais qu'il serait vraiment... Aaaaaaah... Comment tu fais ça, bordel ? Tu vas me tuer, sale blondinet qui cache trop bien son jeu ! »

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Dimanche, 15h02

Appartement de Duo

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Une Leffe, encore (et Trowa songe qu'il devrait amener son propre alcool parce qu'à force d'en boire à chaque fois qu'il est chez Duo, et à force d'être trop souvent chez Duo, il a fini par se dégoûter de cette marque. Ou qu'il devrait arrêter l'alcool. ... Mouais, nan, en ramener plutôt, hein, c'est bien.), canap' gris, encore. On prend les deux mêmes et on recommence.

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- Alors, sale môme, comment ça se fait que tu m'as posé un lapin hier ?

- Je t'ai pas posé de lapin, je t'ai prévenu que je serais pas dispo au final.

- Vingt minutes avant l'heure où on devait se voir.

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Duo se sentirait presque mal si, d'habitude, ce n'était pas l'inverse qui arrivait régulièrement.

Il s'étend à moitié dans le canapé, repose son corps éreinté. De la bonne fatigue – mais de la fatigue quand même.

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- Quatre a fait le forcing pour rester.

- Genre. Le forcing. Je fais quelques centimètres de plus que lui et je suis convaincu d'être plus musclé, même si ce que j'ai entraperçu il y a deux jours était tout à fait exploitable...

- Mmh, moui, tellement exploitable...

- … et moi tu me vires de chez toi à coup de pieds au cul quand je m'incruste un peu trop longtemps à ton goût – mais comment je peux encore être pote avec toi, en fait ? -, t'essaie vraiment de me faire croire qu'il a dû se battre pour rester ?

- Mmh, non, c'est vrai qu'il n'a pas trop eu besoin de se battre.

- C'est tellement frustrant de t'entendre ronronner pour quelqu'un d'autre que moi.

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L'améthyste cligne d'un œil complice.

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- Tu ronronnerais aussi, crois-moi.

- Je mets un point d'honneur à ne pas ronronner, Duo. Je suis un fauve, un prédateur. Je feule, je grogne à la rigueur... Faire le chaton quand on me caresse, je laisse ça aux autres.

- En tout cas, il m'a tué. Vraiment. Heureusement que j'avais le frigo blindé. D'ailleurs, je suis désolé pour le tennis cet après-m', mais là c'est juste pas possible. En bossant vendredi et en alignant une non-nuit et une journée sexuellement productive...

- Je suis en train de te perdre à cause de ce blond. Je devrais le fouetter pour le punir.

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Un sourire amusé. Sceptique. De ceux qui veulent dire « mais tu sais bien que tu ne peux pas me perdre ».

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- Et le prof d'é... Heero ?

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Le natté soulève un sourcil. Quoi, Heero ? Pourquoi le roux en parle-t-il ? Lui-même n'y a pas pensé une seule fois depuis qu'il a ramené le blond chez lui. Bon, si, peut-être qu'il a pensé à lui une ou deux fois quand même. Mais quel intérêt à évoquer le sujet, s"rieux ?

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- Euh... Je ne sais pas. Il faisait peut-être quelque chose vendredi soir, il a dû passer son samedi à corriger des copies, boire un coup, regarder une série, lire un bouquin... Je vis pas avec lui, j'en sais rien, c'est quoi cette question ?

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Soupir vaguement exaspéré d'un roux qui se demande véritablement comment la politique de l'autruche de Duo leur a permis de rester amis si longtemps alors qu'il ne supporte pas les gens qui se voilent la face à répétition. Qui pensent sans réfléchir, qui ressentent sans assumer. Sans accepter de s'en rendre compte.

Ah, oui, c'est vrai. D'habitude, la politique de l'autruche ça n'existe pas, chez le natté.

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- Vous n'en avez pas parlé ?

- Sauf pour se dire que ce serait aussi bien que Quatre vienne ici plutôt que j'aille chez lui – chez eux.

- Et lui ? Quatre ?

- Quoi, Quatre ? Pose des vraies questions Trowa, bordel, je comprends pas où tu veux en venir !

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Mais pourquoi être si facilement dérangé par ces questions, Duo ? La bornattitude de son pote ferait frémir Trowa. Presque.

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- Est-ce que tu sais comment ça se passe pour Quatre et Heero ? Ils sont colocataires et bons potes à la base, visiblement. Ca se passe comment entre eux ?

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Les améthystes sont plissées. Duo n'a pas l'air de goûter la conversation.

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- Ecoute, Trowa. Quatre est un grand garçon, il prend ses décisions. Je ne l'ai pas kidnappé vendredi, je ne l'ai pas séquestré hier. S'il a un problème avec Heero il pouvait me le dire, il pouvait faire le choix de ne pas aggraver les choses. Si Heero a un problème avec tout ça, qu'il vienne m'en parler histoire qu'on règle le souci une bonne fois pour toutes. Ca n'a absolument rien à voir avec toi. C'est bon, t'as fini maintenant ? Mind your own business !

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Deux mains du roux qui se lèvent en reddition ironique. Un sourire en coin indulgent pendant que les émeraudes se ferment quelques secondes pour observer un court silence amusé et légèrement excédé de sa part. Silence juste irrité pour un Duo qui passe à l'Américain quand une émotion l'étreint. L'énervement, ici.

Un cerveau roux aux yeux vert foncé qui songe Qu'est-ce que tu es con, Duo, quand tu t'y mets !

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- Tout doux chaton, j'ai compris. Je me mêle de ce qui me regarde.

- Parfait.

- Tu veux des nouvelles du type avec qui j'étais, moi, vendredi ?

- Oui, tiens, Quatre m'a dit que c'était une valeur plutôt sûre. C'est toujours vrai ?

- C'est pas toi, mais voui, c'était plutôt à la hauteur.

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Trowa parle de la chasse, de la capture, de la transformation de l'essai.

Il pense en même temps. Que Duo est con, qu'il ne s'en rend pas encore compte mais que ça ne saurait tarder. Et il se demande ce que le natté fera quand il comprendra pourquoi ses réactions sont si virulentes, pourquoi il est tellement inflammable sur le sujet Quatre-Heero. Ce qui n'arrivera que quand il finira par se demander pourquoi il perd son flegme habituel, bien sûr.

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Trowa pense aussi au regard du blond, avant qu'il les rejoigne vendredi soir. Il revoit la fin de la colère, visiblement en lien avec l'appel téléphonique. Il revoit l'étonnement de trouver Duo par hasard. Le calcul et l'hésitation, quand le natté essayait de le ramener dans ses filets – avec beaucoup de subtilité et de stratégie, Trowa qui n'était pas très loin et qui zyeutait en bonne commère qu'il peut être l'aurait presque félicité s'il n'avait pas bloqué sa cible et préparé son coup à tirer pile au même moment.

Trowa se dit qu'il peut se planter du tout au tout. Qu'il peut être en train de fantasmer sur quelque chose qui n'a absolument rien à voir avec lui.

Mais, pour lui, Quatre et Heero ne sont pas en clair. Même s'il ne peut pas dire exactement comment il a tiré cette hypothèse, comment il peut en avoir la certitude, comment il a déduit ça de la solitude du blond, son énervement passager et sa récidive avec le natté alors qu'il n'avait pas rappelé de la semaine, que Duo n'avait pas l'air d'être un second choix mais bien le premier type avec qui Quatre parlait de la soirée.

Mais bon, comme Duo l'a fait remarquer, le prof d'Arabe est majeur et vacciné. Il prend ses décisions, accorde ou non de l'importance aux conséquences... Et puis Trowa peut toujours s'être planté sur la colère du petit blond.

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Surtout, ne connaissant personnellement ni le prof d'Arabe, ni le prof d'éco, ce n'est en effet pas ses affaires.

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A suivre !

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Voilà !

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J'espère que ça vous a été.

Contrairement aux deux premiers chapitres pendant lesquels on vit tout ça à travers la vision et les pensées de Duo, j'ai eu besoin de faire évoluer les points de vue, et ça continuera normalement comme ça, ça enrichit un peu le truc.

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Bises à toutes !

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NausS (ayé, le S est officialisé ;D )