Hello people !
Une petite suite, pour rassurer Lou Celestial ;D
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Pour : Lou Celestial, donc, et aussi pour Naughty Luce (très égoïstement, pour relancer notre ping-pong, parce que j'attends la suite d'Indulto nom de Zeus !)
(Raccourcissement de la partie présentation parce que c'est toujours la même depuis le début et qu'elle ne sert plus à grand chose, à ce stade de la fic, si vous en êtes arrivées jusque là :o) )
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Enjoy !
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Warm as a living ghost
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« Duo...
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Des sourcils châtains froncés au-dessus d'un nez en trompette retroussé de laissez-moi-dodooooo. Le propriétaire des sourcils et du nez se tourne dos à la voix. Peut-être que celle-ci va l'oublier...
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- Duo !
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Ben tiens.
Un œil améthyste s'ouvre à contrecœur, se fait agresser par la lumière du plafonnier. 'Tain, il fait même pas encore jour. Et l'autre parasite s'est permis d'allumer la lampe.
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- Mmh... Quoi ?
- Je dois aller en cours, je peux me servir dans ton frigo ?
- Moui. Demande pas, la prochaine fois. Pis me réveille pas non plus.
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Le natté – pas natté, d'ailleurs, parce que le crétin de blond lui a encore défait sa tresse au cours de la nuit – renferme son oreiller autour de son crâne et isole ses oreilles pour bien signifier au gêneur que c'est ce qu'il est : un gêneur...
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- Tu bosses pas aujourd'hui ?
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… qui n'en a rien à foutre quand il lui tape la causette en chopant bruyamment ses affaires pour aller prendre une douche. Visiblement, le fait que Duo cherche à se faire oublier de la lumière/du bruit/du froid – tout ce qui se rapporte au réveil, en fait -, ça lui parle pas. RAC : rien à chaloir (parce qu'il faut rester poli, évitons le RAF).
Quand l'autre le secoue pour avoir une réponse, le châtain s'oblige à s'extraire de sa couette et ses coussins pour le regarder d'un œil torve qui, espère-t-il, en plus d'une réponse qui le satisfasse, le débarrassera de l'importun.
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- Nan, je bosse deux ou trois jours par semaine en moyenne. Des fois plus quand mes collègues prennent leurs vacances. Mais on est beaucoup à faire mon secteur, on se relaie assez facilement. Du coup, les jours où je ne bosse pas, je dors normalement, le matin.
- Ok, j'ai compris le message. Je te laisse. Bonne journée !
- Gnfgnf.
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Ou « toi aussi », en langage Endormi.
Duo s'apprête à retourner bien gentiment dans les bras accueillants de Morphée. Il se sent déjà tout engourdi et en déconnexion totale avec la réalité, dans ces moments où on ne découvre qu'en se réveillant qu'on a commencé à rêver.
Mais ça, c'est quand on peut atteindre l'instant béni du rêve. Parce que pour lui, c'est un MIAAAAAAAAOOOOOOW encoléré et un sifflement furieux qui le font méchamment sursauter.
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Le cœur qui bat vite, l'éveil total, la conscience de tout ce qui l'entoure.
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- Et meeeerde. C'mort, me rendormirai plus, là.
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De l'autre côté de la porte de sa chambre, un « Bordel ! » chuchoté un peu trop fort.
Et devant quand Duo émerge, un amas de vêtements qui bougent furieusement, puis un Quatre à un mètre de là, à poil, le pied griffé et l'air de ne pas savoir quoi faire.
Un regard penaud quand il croise les yeux de Duo qui puent encore le sommeil. Qui sont pleins de longs cheveux aussi.
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- Je lui ai marché dessus, j'avais oublié que t'avais un chat, et il m'a griffé, et il voulait m'attaquer et du coup je lui ai jeté mes fringues dessus et il est encore moins content et je sais pas comment les récupérer... Je suis désolé !
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Le châtain soupire avec un visage atterré, s'accroupit devant le tas de fringues qui se débat avec le chat, y plonge la main rapidement et en retire par la peau du cou une boule de poil qui crache de colère.
Il approche tout doucement son autre main jusqu'à être sûr qu'elle ne risque pas de passer par la déchiqueteuse Sacha-la-Boule, administre au chat quelques caresses pour le rasséréner un peu en le portant contre son torse.
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- Prends tes fringues Quatre. J'espère qu'il te les a pas abîmés.
- Merci. Douche ?
- Pas le temps. Tu vas être en retard si je te rejoins.
- Même si c'est juste pour se laver ?
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Visage penché, sourcils légèrement froncés de l'infirmier qui suspend les caresses sur son chat.
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- Quel intérêt ? Nan, t'inquiète, me doucherai après. J'ai faim, maintenant que je suis réveillé. Vais me préparer du pain grillé, j'te fais quelque chose ?
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La moue du blond est déçue. Boudeusement mignonne, aussi.
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- T'es sûr ?
- Quatre, je prends pas de douche avec les types qui ne sont pas mes copains, si le but est juste de se laver. Je vois vraiment pas l'intérêt. J'aime bien ne pas tout mélanger.
- Bon, d'accord. »
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En le voyant s'enfermer dans la salle d'eau, Duo ne peut s'empêcher de se demander ce que recherche le blond de ses relations. Prendre une douche à deux, c'est juste de la perte de temps pour le prof qui a un horaire à respecter, non ? Si c'est seulement pour faire des câlins chastes et rapides, histoire de rentabiliser le fait de ne pas être seul... Non, rien à y gagner. Duo ne fait pas ça avec un type avec lequel il partage son pieu et quelques discussions autour d'une bière, mais rien d'autre. Et même avec Trowa, il n'a jamais fait ça.
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Appartement de Quatre et Heero
Jeudi, 23h30
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Heero n'est pas d'humeur. Comme souvent ces jours-ci.
Il se trouve passablement con.
Irascible dans sa passivité face à un Quatre à qui il n'a pas su faire capter que le fait qu'il voie régulièrement Duo ne lui plaisait pas.
Ou plutôt le lui a fait capter de manière pas très appropriée. En disant que peu importe. Puis que non en fait. En poussant le blond à bout, à force de prises de tête en alternance avec des moments où, finalement, tout bien regardé, la situation ne le dérangeait pas plus que ça. En jouant au con.
En lui en voulant là où il s'en voulait lui-même.
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Le prof d'économie est conscient qu'il s'y est très mal pris pour parler de Tout Ca avec son collègue et accessoirement meilleur pote. Il est conscient que le blond n'avait pas cherché à mal la première fois qu'il s'était tapé le natté même s'il aurait largement pu éviter la connerie. Mais qu'il pensait l'incident clos après qu'ils en ont parlé ensemble trois jours plus tard. Qu'il n'avait pas eu dans l'intention de revoir l'ex de Heero, sauf que ledit Heero a merdé à son tour. Qu'il a mal choisi son moment pour le faire. Que le blond est tombé sur le natté pile ce soir-là. Qu'il était en colère de ne pas savoir ce que le prof d'éco voulait, pourquoi il continuait de lui en vouloir.
Et que, dans sa psychologie toute personnelle, Quatre s'était dit que quitte à ce qu'Heero lui en veuille, autant que ce soit pour une bonne raison.
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En gros, Quatre s'était enfoncé exeuprès, en connaissance de cause. A corps perdu dans la provoc' automatique pour ne pas dire systématique. Et, le pire, c'est qu'Heero savait dès le début que ça risquait de tourner comme ça. Pour commencer à connaître le blond, pour savoir comment il gérait (très mal, parfois) ses relations, il savait que la réaction du prof d'Arabe à sa propre humeur girouettique ne pourrait être que mauvaise – même s'il n'avait pas pris en compte la possibilité que Duo soit en plus dans les parages à ce moment-là, ce qui rendrait la situation encore plus dramatique pour les deux colocataires.
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Heero sait qu'il a foiré autant que Quatre, même si quelqu'un de normalement constitué à la place de son collègue n'aurait pas choisi la thérapie par le choc et la confrontation.
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C'est pourquoi il est passablement énervé, ce soir, alors qu'il frotte son assiette, après avoir achevé ses pâtes carbo saupoudrées d'une bonne dose de gruyère qui a vicieusement accroché le fond quand il a passé le tout au cro-onde.
Il est énervé parce que, quand il est passé voir le blond dans sa classe à la pause, quand il a pris sur lui pour aller le trouver et lui dire tout ça, peut-être s'en excuser – encore qu'il fallait pas tirer la queue du cochon trop loin – celui-ci lui a froidement dit en guise d'accueil, et juste après un bonjour distant, qu'il avait passé la nuit chez Duo.
Heero aurait dû profiter que le sujet était subtilement mis sur la table pour dire ce qu'il avait sur le cœur. Il aurait dû ne pas se laisser provoquer comme ça. Il aurait dû ne pas rentrer dans le jeu du blond visiblement en colère après son irascibilité latente des derniers jours et après son acharnement à lui assurer qu'il ne lui en voulait pas en vérité, quand ça allait mieux.
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Au lieu de ça, au lieu de contourner le piège-à-mâchoire tendu devant lui avec la discrétion et l'argutie d'un bonbon offert à un gamin par un caïman qui aurait caché la friandise au fond de sa gorge, il a sauté dedans.
Il a senti ses traits se durcir, ses yeux bleus se plisser. Il n'a même pas pu se payer le plaisir de voir le regard apeuré de son coloc' – qui est la réaction logique de tout être humain un jour confronté à ce regard – car celui-ci avait très stratégiquement détourné les yeux de son interlocuteur-d'une-phrase pour lire une copie qui, aux vues de ses sourcils blonds froncés, ne s'approchait pas exactement de la perfection. Il l'avait juste ignoré. Et Heero, qui aurait encore pu faire une dernière pirouette pour rattraper un enchaînement raté, a terminé de vautrer sa performance de mec compréhensif et déculpabilisant en claquant violemment la porte et en marchant à grand pas furieux dans le couloir jusqu'au Graal en plastique blanc rempli de café qui l'attendait sans doute quelque part.
Les élèves qui ont assisté à cette scène, s'ils n'ont pas pu saisir ce que les deux profs se sont dit, ont été proches de demander la mise en place d'une cellule psychologique pour parler de l'expérience traumatisante de laquelle ils venaient d'être témoins. Jamais, de mémoire d'élèves du lycée XY (donc pas plus de quatre ans, cinq pour les redoublants récidivistes, puisque la mémoire des anciens lycéens s'éteint avec leur départ de l'établissement vers d'autres horizons, quand ils ont passé leur bac et peuvent officiellement passer du côté de ceux qui parlent de « ces petits cons » pour désigner ce qu'ils étaient encore quelques mois auparavant...), on n'avait jamais vu le beau et charmant prof d'économie Yuy se mettre en colère. Pas plus que le séduisant et (apparemment) inoffensif prof d'Arabe Winner dont la gentillesse et la douceur acidulées par son humour corrosif étaient adulées par tous... Et on savait qu'ils s'appréciaient, qu'ils montaient parfois des projets ensemble avec leurs élèves communs dans la joie et la bonne humeur de tout le monde...
Du coup, ça a choqué.
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Heero s'en veut, là, de ne pas avoir su répliquer correctement. De ne pas avoir su laisser Quatre débiter sa pique bien sentie, de ne pas avoir su la laisser glisser sur lui pour évoquer ce qui lui tenait à cœur.
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Il en est à une demi-heure de vaisselle parce qu'il a négligé les reliefs de ses sept derniers repas et que Quatre n'est pour une fois pas passé derrière lui, ses habitudes de maniaques étant visiblement moins tenaces que sa rancœur. Du coup, quand le prof d'économie prend son verre pour le rincer à son tour, blasé par tant d'eau et de produit à la pomme, il le laisse bêtement échapper.
Il sait qu'il est un abruti fini alors même que son réflexe de sauvetage verresque se déclenche et qu'il voit comme q'il en était spectateur la suite des événements arriver : il essaie de rattraper le verre alors que celui-ci a déjà rebondi sur le métal de l'évier et s'est explosé en six morceaux et quelques miettes. Il ne peut qu'assister à l'empalement de son index et son majeur droits sur un bout de Duralex assassin, quand ses doigts se referment sur les ruines du contenant.
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« PUTAIN ! Aaaaaah...
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Le prof d'éco souffre le martyr. Ce qui lui fait peur là, c'est que la blessure soit profonde, lui ait taillé un nerf, un tendon, un muscle, un os... Peut-être un doigt entier ? Non, quand il ouvre la main gauche avec laquelle il a entouré la droite en un nouveau réflexe douloureux - encore un, il est on fire aujourd'hui! - , aucun doigt superflu ne lui reste dans la paume. Bon, c'est déjà ça.
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- Qu'est-ce qui t'arrive ?
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S'il avait la tête à ça, Heero pourrait se rendre compte qu'il a vraiment merdé en ne parlant pas à Quatre ce matin : vue la voix angoissée et concernée du blond quand il se pointe pour savoir pourquoi son coloc' a hurlé comme un goret à l'abattoir, il est certain que le blond est ouvert à toute possibilité de réconciliation, qu'il est toujours inquiété par sa santé... bref, que c'est toujours un bon ami, même s'il y a des bouts de sa personnalité qu'on effacerait avec joie et ravissement.
Mais Heero n'a pas la tête à ça. Il essaie de ne pas pleurer parce que boys don't cry. Mais putain, c'est dur parce que ça fait douiller, bordel.
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En guise d'explications, il montre ses doigts sanguinolents à un prof d'Arabe qui grimace. Le blond ne raffole pas de voir le liquide rouge sombre qui circule dans les veines de tout un chacun et, quand il donne son sang, il détourne toujours prudemment les yeux de l'aiguille qu'on s'apprête à lui planter dans le bras.
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- 'Tain, mais comment tu t'y es pris... ? Laisse-moi voir.
- Nan, c'est bon. Pas la peine que tu tombes dans les pommes.
- T'inquiètes, tant que c'est pas mon sang qui pisse comme ça, je peux limiter le malaise à devenir blanc-transparent et à avoir envie de gerber tout le reste de la journée sans mettre pour autant à exécution.
- Génial.
- Nan, sérieux, Heero. Laisse-moi regarder ça. Qu'on sache si je t'emmène aux urgences de la main ou pas.
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Un ricanement bleu-mer-de-Russie. Jaune, en vrai, le ricanement. Grimaçant de aïe-bordel-ça-fait-mal-mettons-ça-sous-l'eau-pour-noyer-la-douleur-tiens-c'est-rigolo-ça-coule-rouge.
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- Non mais tu rigoles ou quoi ? Un jeudi soir, avec toutes les soirées étudiantes, les urgences elles vont être blindées, là ! J'en suis pas sorti avant quatre heures du mat' parce que je le vois bien qu'en vrai, je suis pas une urgence.
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Le propriétaire de deux yeux cobalts fermés pour un court secouement de tête exaspéré se permet d'exprimer l'aberrant du raisonnement de son coloc' en un soupir bien audible.
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- Et tu vas faire quoi en attendant ? Espérer que les bouts de verres qui y sont fichés sortent tous seuls comme des grands et que ça se recouse par magie ? J'ai beau être blond et pas très grand, je m'appelle pas Colin Crivey et toi t'es pas Harry Potter même si tu sais pas plus dompter tes noirs cheveux que lui. Faut qu'on y aille.
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Apparemment, le prof d'économie ne goûte pas les références littéraires du blond, pas dans cette situation en tout cas.
Il se penche sur ses doigts qui saignent encore, repère que, oui en effet, y'a des miettes de verres qui semblent toujours présentes dans ses appendices digitales. Bordel.
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- Je vais enrouler tout ça dans des compresses, on verra à quoi ça ressemble demain.
- Heero, t'es sérieux là ? T'en as d'autres des bonnes idées comme ça ? Tu la vois pas venir la croûte qui colle à la gaze quand t'essaie de l'enlever ? Tu les imagines pas les bouts de Duralex qu'il faudra extraire en rouvrant la plaie parce que c'est pas les couvrir qui les fera partir ?
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Les yeux bleu foncé se posent un instant sur la pendule au mur qui affiche quasi minuit, puis sur ses doigts ruinés, et leur propriétaire semble évaluer les pour et les contre en un violent combat intérieur. « Il est taaaaard. - Oui mais ça fera mal après. - Mais faut au moins une demi-heure de route, c'est loooooin ! - Et demain ça sera toujours tout aussi loin et y'aura les embouteillages de journée en plus. - Mais je suis fatiguééééé. - Oui mais faudra aller s'occuper de ça dans tous les cas et tu donnes cours et tu n'es pas payé les deux premiers jours de congé maladie et faudra rouvrir et ça fera mal. - Mais il est taaaaar... MAINTENANT tu arrêtes de faire le con et tu remercies Quatre qui se propose pour passer la moitié de la nuit avec toi à l'hôpital alors qu'il y gagne rien à part que tu cesses de geindre. »
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- … J'ai pas le choix, hein ?
- Nop. Et moi non plus. Allez, emballe ta charcuterie de doigts dans un torchon pour pas en foutre partout – non Heero, propre le torchon, t'es intelligent mais qu'est-ce que t'es con des fois ! - et prends tes papiers et ta carte vitale pendant que j'appelle l'ascenseur.
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Vendredi, 1h26
Urgences de la main
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La salle d'attente n'est pas bondée. Mais c'est un leurre.
Parce que toutes les dix minutes en moyenne, il y a quelqu'un qui arrive pour une urgence plus urgente que les autres, et qui passe devant tout le monde.
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On sait pourquoi on doit attendre.
On sait que les autres gens ont plus de raisons que soi de passer.
Qu'ils se sont fait déchiqueter la main par un chien agressif. Par une roue de voiture traître. Par un couteau à huître belliqueux.
On le sait.
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Rationnellement, on l'accepte. Parce qu'on est philanthrope et humaniste et tout ça... Plus égoïstement, parce que nous aussi, quand on aura un pouce décroché du reste de la main à remettre en place, on aimera faire partie des urgences urgentes...
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Mais à près d'une heure trente du matin, la rationalité, ça recoud pas son homme.
Et le fait de savoir n'empêche pas la nervosité de la perte de temps sciente et en connaissance de cause de s'installer, de faire sautiller fébrilement les jambes, de faire se tordre les pouces avec agacement et de soupirer toutes les trente secondes, montre en main.
Ca n'empêche pas d'exaspérer l'ami fidèle qui vous accompagne et qui a eu la bonne idée, lui, d'emmener des copies à corriger pour passer le temps et rentabiliser sa nuit de non-sommeil - c'est pas comme si le blond avait passé la moitié de la nuit précédente à chevaucher un étalon à longue queue (châtaine, bande de crevardes) : il n'a paaaas du tout besoin de dormir. D'un autre côté, Heero songe que devoir accorder des points en plus à tous ses élèves pour cause d'excédent de sang sur ses corrections, c'est pas gégé. Il peut attendre, pour corriger les devoirs surveillés de ses cancres, d'être dans de meilleures conditions physiques. D'avoir les doigts pas coupés en deux, par exemple.
Rah, ce que c'est long ! Et un soupir en plus.
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- Heero, je t'aime, mais là je n'aurai aucun scrupule à finir de couper tes doigts pour t'étouffer avec, si tu continues à être stressant comme ça.
- Gnagna.
- Quoique ça serait pas une mauvaise idée. Ca les ferait te prendre en charge plus vite.
- Et on m'emmènerait à l'autre bout de la ville pour ça, parce que les urgences de la main ne prennent pas en charge les obstructions des voies aériennes, même si c'est par les propres doigts du patients. »
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Quatre s'illumine du sourire typique qu'il adresse au prof d'éco quand celui-ci casse une de ses blagounettes par trop de pragmatisme, et Heero se rend compte que ça fait presque dix jours qu'il n'a plus vu cette expression sur la face de son colocataire.
Merde. Ils se sont pris le bec à ce point ? Alors que le blond sourit même dans les situations dramatiques en temps normal ? Même quand il évoque ses troubles passés amoureux, même si c'est de l'ironie, du sourire jaune comme le Soleil, du sourire à ses propres dépends comme ça ne devrait pas être permis de ne pas se prendre au sérieux comme ça... ?
Ca fait chier, un peu.
Bon. Il faut se souvenir de ça, il faut être capable d'aller de l'avant.
Il faut savoir prendre sur soi, oublier ce qui s'est passé plus tôt dans la journée, ce qui s'est passer plus tôt dans la semaine... Se focaliser sur nos propres travers, oublier ceux des autres – de l'unique autre, en l'occurrence – et pardonner.
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Sauf que si Heero n'était pas énervé à cause de tout ça, il n'aurait sûrement pas cassé un verre tout à l'heure. L'interne qui l'a accueilli façon bouledogue au saut du lit ne l'aurait pas pris de haut, ne lui aurait pas signifié qu'en gros le brun allait lui faire perdre son temps avec une broutille – nan mais sérieux, c'est pas rentable d'être réveillé au milieu de sa garde pour même pas un doigt arraché... L'interne en question avait fait la moue mais avait dû estimer qu'il faudrait quand même faire quelque chose, médicalement parlant, puisqu'il ne l'avait pas renvoyé chez lui – monde cruel.
C'est donc de la faute de Quatre s'il a cassé ce verre et s'il se retrouve coincé ici à presque deux heures du matin.
Et, finalement, il lui en veut de nouveau.
Il essaie d'étouffer une petite voix aux accents de Soleil qui chante dans sa tête un air bien connu des manifestations auxquelles il lui arrive de participer, en tant que prof...
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Un pas en avant, trois pas en arrièreuh
C'est la politique-tique-tique d'Heero pas content...
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Vendredi, 3h00
Urgence de la main toujours (et avec le souriiiiiire !)
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« Quatre...
- Mmh.
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Pas la force de répondre mieux que ça. Le prof d'Arabe est exténué, plié en quatre sur sa chaise en position fœtale, un verre fumant en équilibre précaire sur un de ses genoux, pour essayer de ne pas mourir à chaque minute de plus passée dans le bourdonnement d'activité qui s'agite en permanence autour d'eux et la lumière crue des néons salement réfléchie par les murs/sol/plafond/patients vaguement blanc-gris teintés de taches rouges - les patients, pas le reste.
Inutile de dire que des centaines d'urgences urgentes leur sont encore passées devant.
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- Ton café ne fait pas effet.
- Pourquoi t'dis ça...
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Même pas assez de conviction pour élever la voix et exprimer le point d'interrogation à la fin de sa question.
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- Parce qu'il faudrait que tu le boives pour ça. Et que vu que tu t'endors à moitié, t'es plus parti pour te le renverser dessus que pour l'utiliser à des fins anti-somnolentes.
-Mmh.
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Le blond se redresse, frotte ses yeux bouffis de sommeil. Dire qu'à la base, il venait à la cuisine pour se préparer une tisane bon-dodo et ainsi dormir tôt, quand il a trouvé son ami et sa phlébotomie involontaire des doigts. Arf. Ne pas trop y penser.
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Heero s'est assis par terre depuis quelques demi-heures, adossé aux jambes de son coloc' au début, la tête tombant en arrière sur ses cuisses, leur attirant des regards au choix outrés ou attendris.
Juste roulé en boule, ses genoux soutenant son menton, quand son meilleur pote a commencé à vouloir faire pareil sur sa chaise.
Il est un peu dans le coltard, le brun, l'anesthésiant/antalgique/analgésique - il en sait rien et il s'en fout - qu'on lui a donné pour le faire patienter n'étant pas que local. Mais ses doigts sont encore suffisamment douloureux pour l'empêcher de piquer un roupillon – sans compter que les Doc le feraient encore patienter plus longtemps, il en est sûr, s'ils le voyaient faisant gentiment dodo par terre.
En gros, il se sent comme s'il avait bu un petit pack de bière qui l'aurait mis trop mal pour pouvoir fermer les yeux sans que tout tourne – alors dormir c'est même pas la peine – et qu'il s'était grillé un petit joint plutôt chargé par dessus le marché – ce qu'il n'a plus fait depuis quelques années déjà... Putain, il est déjà devenu le vieux con qu'il s'était promis ne jamais être...
Il se sent dans cette atmosphère cotonneuse où on a des révélations (foireuses) comme celle qui vient de précéder par exemple, et où, bizarrement, on se trouve prêt à déclarer des choses qu'on ne se risquerait pas forcément à affirmer en étant sobre. Qu'on ne dirait pas de la même manière, plutôt.
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Il songe qu'il va être pas mal handicapé avec sa main droite invalide pour au moins une semaine. Au moins.
Il songe qu'il va devoir se faire aider. Qu'il va devoir trouver quelqu'un qui voudra bien lui accorder de son temps.
Qu'accessoirement, le quelqu'un en question, il le connaît déjà mais que c'est pas la joie entre eux deux depuis quelques jours. Même si les quatre dernières heures semblent avoir instauré une trêve tacite entre les deux camps retranchés.
Il a intérêt à ne pas laisser le temps à son ego de reprendre contenance par dessus l'anesthésiant embrumant, et à s'expliquer correctement et rapidos avec son poto. Avant d'être emmené pour se faire charcuter la main à des fins médicales, par exemple.
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Le blond, lui, s'oblige à garder les yeux ouverts pour regarder son café et y tremper ses lèvres. Il doute que même ça le tienne éveillé, mais c'est l'intention qui compte. On ne parle même pas du goût du truc proposé par la machine à café du pauvre, dans la salle d'attente de laquelle il a eu le temps de compter douze fois les soixante-six dalles du plafond (plus quinze carrés de néons). La nourriture intellectuelle est presque inexistante. Et l'intellect n'est de toute façon plus en état de s'en satisfaire.
Quatre pense au fait que Heero et lui ne s'étaient pas croisés depuis plusieurs jours, avant ce matin où son colocataire est venu lui parlé. Qu'ils s'étaient ingéniés à ne pas se croiser, plus exactement. C'est quand même beaucoup plus simple de gérer un conflit en ne le gérant pas.
Pourtant, le prof d'économie est là, avec lui, et ça semble facile.
Mais Quatre a appris à se méfier du On-Off alternant de son vis-à-vis. Surtout quand celui-ci se lève, s'étire maladroitement puis s'assied sur la chaise à côté de lui avec l'air vaseux du mec bourré qui s'apprête à faire une déclaration éthylico-philosophique ponctuée d'un « Je t'aaiiiime mec ! » du genre qu'on préférerait ne pas se rappeler le lendemain matin.
Mais Heero n'est pas bourré. Il n'est pas dans la love attitude de l'alcool du débutant.
C'est du sérieux qui se démarque dans ses yeux à moitié fermés. C'est du pragmatique qui tourne dans les brumes de sa tête.
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« Salut.
- … Euh... 'Lut.
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Le blond ne l'aidera pas. Il en est physiologiquement incapable, en fait. A cette heure-ci, il aimerait vraiment faire une sieste, non, une nuit en fait, parce qu'il a trop peu dormi au cours de la précédente. Puis qu'il est trois heures du mat', aussi, accessoirement.
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Le brun semble mal-à-l'aise, ce qui paraît un minimum dans leur situation, à lui qui se remet dans l'atmosphère tendue des derniers jours parce que c'est ce qu'il veut évoquer.
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- Tu... vas bien ?
- Fatigué.
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Non, le blond ne l'aidera pas. Et le brun n'a qu'à se dépatouiller. Quatre ne sait pas bien pourquoi Heero entame un dialogue fumeux, aromatisé à la morphine et au pavot, pourquoi il semble prendre la température alors que la soirée, même si elle est loin d'être le contexte rêvé, est la meilleure qu'ils aient passée ensemble depuis moult.
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- Je voulais juste m'excuser, en fait.
- … ? T'as pas à faire ça.
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Et Quatre le pense, dans la partie de son cerveau qui lui octroie un reste de tonus, raison pour laquelle il n'est pas encore éclaté par terre, et qui active ses muscles buccaux et linguaux – on est aux urgences, faut rester clinique.
S'il a saisi qu'un Heero défoncé à l'anesthésiant s'apprête à lui parler de leur situation des dix derniers jours, le bond ne comprend pas trop d'où sort son excuse.
Bon, ok, il en veut au brun de ne pas être en accord avec lui-même d'une demi-heure à l'autre.
Il lui en veut de ne pas savoir ce qu'il veut.
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Mais il est parfaitement conscient aussi que tout est parti de lui à la base. Même si à cette heure-ci il ne regrette plus rien, il préfère juste ne pas y penser, parce qu'il est lasse d'une histoire qui a commencé il y a sept ans et de laquelle il n'est qu'une victime collatérale... qui l'a peut-être un peu cherché. Mais collatérale quand même.
M'enfin, après tout, il a bien continué dans la même pente glissante. Il est bien retourné voir le natté. Alors pourquoi Heero devrait-il s'excuser ?
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La question, le véritable problème, c'est que, là, excuses où pas, Quatre se fout un peu de savoir ce que Heero lui veut. Parce qu'ils sont dans une trêve tacite.
Parce que, quand ils n'y sont pas, le prof d'Arabe n'a juste plus envie d'entendre parler de tout ça. Il peut vivre en froid avec son coloc'. Il peut s'en accommoder sur le long terme. Ca serait con, certes. Mais il est con. Et conscient de cet état de fait.
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Le prof d'économie, lui, ne semble pas de cet avis. Il reprend de sa voix traînante de fatigue et de drogué des hôpitaux.
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- Si. Je ne t'ai pas dit comment tu aurais dû réagir, je ne t'ai pas dit pourquoi je t'en voulais, et du coup... Bref. C'est normal que tu sois retourné le voir.
- Ah, tu trouves?
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Heero qui lui donne son absolution ? Mais quelle idée. Merci la douleur et les calmants, non ?
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- Oui, enfin... Tu aurais pu ne pas le faire. Mais c'est tout. Ca ne sert à rien de rester là-dessus. On est adultes. On peut passer au-delà de ce genre de conneries... Tu te tapes un mec qui est mon ex. Point. Ca fait sept ans, c'est tout. J'aurais préféré que ça n'arrive pas. Je préférerais que ce ne soit plus le cas, mais je ne vais pas t'en vouloir si tu continues. Ca ne me regarde pas.
- Tu le penses vraiment ou tu es dans un bon jour et demain ce sera de nouveau la tempête ?
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Quatre se trouve chié. Et il sait qu'Heero penserait de même, si seulement il était en état de penser. Et que ça serait normal : le brun vient s'excuser, lui dit purement et simplement qu'il peut faire ce qu'il veut, même si Quatre n'est pas du tout sûr qu'il se souviendra de cette discussion d'ici quelques heures... et le blond l'envoie promener à mi-mot.
C'est juste qu'au bout d'un moment, la girouette, ça va bien cinq minutes. Que l'irrégularité sied à Heero autant qu'une marée trop haute alors qu'on veut ramasser des moules, et que Quatre reçoit les vagues montantes et descendantes avec lassitude, maintenant.
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- Je suis en colère contre moi, Quatre. Pas contre toi.
- Putain, j'aurais jamais deviné. Je ne suis pas un miroir, Heero. Je ne suis pas un punching-ball. Merci, j'ai déjà donné. Si tu as des reproches à me faire, fais-les jusqu'au bout. Si tu as quelque chose à te reprocher, vas-y, mais ne passe pas ta colère sur moi en attendant de t'en rendre compte. C'est une dynamique que je fuis et pour laquelle j'ai cessé de me poser en couple, ne deviens pas comme ça à ton tour.
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Ne me fais pas penser que tous les types qui gravitent autour de moi deviennent cons de ma faute. Je t'en supplie.
Quatre ne prononcera jamais ces mots à voix haute même soûlé de fatigue, et pourtant, c'est bien le fond du problème pour lui, depuis le début.
Merder un peu, beaucoup parfois, pour commencer. Quelque chose de pardonnable, si expliqué correctement. Sauf que les explications ne sont pas demandées, pas écoutées, coupées, ou ne viennent pas, ne sont pas telles qu'il faudrait pour que ça aille mieux. Du coup le mécanisme véreux se met en branle, toujours : fauter, ne pas se prendre de foudre directement. Mais cultiver un terrain délétère sur lequel ses relations pourrissent.
Avant, ça ne touchait que les types avec lesquels il sortait. Là, c'est son meilleur pote qu'il a poussé à bout. Loi des séries ? Ou lien de cause à effet ? Le blond prie pour que ce soit la première possibilité.
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- …
- Désolé, Heero. J'ai merdé. Je continue de merder en connaissance de cause. Je ne sais pas pourquoi. Plus tu m'en veux, plus je te pousse à m'en vouloir. C'est mon fonctionnement, je ne sais pas faire autrement. Je suis désolé que ça nous pourrisse même si on n'est pas en couple.
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Bon, bah finalement, il l'a dit.
Le brun le regarde avec des yeux doux, oui, vraiment, ce n'est pas l'effet médicamenteux. Avec un sourire, le premier peut-être, le premier vraiment franc en tout cas, depuis deux semaines.
Quatre a déjà évoqué avec lui ses déboires amoureux. Il sait combien c'est compliqué pour le blond d'en parler. De s'en excuser.
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- Bon. Je te l'ai dit, moi j'ai pas été clair non plus. Ca doit être ta gueule d'ange, on n'a pas envie de t'en vouloir vraiment.
- Youhou.
- Bref. J'ai laissé les choses pourrir. Je savais très bien que je m'en voulais d'être touché par tout ça, de ne pas être aussi peu concerné que ce que je le devrais dans cette situation... J'ai reporté une partie de ma colère sur toi. Ce n'est pas que de ta faute.
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Le blond sourit lui aussi.
C'était pas si compliqué, finalement.
Quelque part, ça le rassure quand même sur lui-même.
Il boit une lampée de son café qui commence à refroidir dangereusement, contourne la menace qu'il passe de pas-glop à pas-consommable-du-tout-n'essaie-même-pas-ça-va-te-rendre-malade. Au pire, ils sont à l'hôpital, faudrait pas aller loin pour se faire soigner d'une intoxication alimentaire à base de café périmé.
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- Ok. Ca me va. Bon. On peut en parler maintenant.
- Parler de quoi ?
- De la raison pour laquelle tu t'en veux.
- Te l'ai dit. Je préférerais ne pas te voir comme un traître à ton sang quand je sais que tu as été avec lui. C'est parce que j'en ai été incapable que je m'en suis voulu.
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Le blond sent bien que, même si le message premier n'est pas celui-là et que le prof d'éco a un peu de mal à s'exprimer clairement, la perspective que Duo et Quatre soient amenés à se revoir le dérange. Ca ennuie le blond. Mais ce n'est pas le problème pour l'instant. Enfin, si, quand même.
Le prof d'Arabe essaie de mettre la minute sincérité à profit pour pousser le problème plus loin que ce que ne veut bien le faire son collègue.
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- Ok. La question que je te pose, c'est pourquoi. Pourquoi, au-delà de la colère de mal prendre tout ça alors qu'il « n'y a aucune raison pour », tu la ressens cette colère ?
- Je ne sais pas. Ca doit être parce que je suis possessif, ou jaloux. Parce qu'il refait sa vie de son côté sans sourciller de m'avoir revu. Parce que je suis un sale con aigri et célibataire qui préférerait que tu ne t'amuses pas avec un type que je n'avais pas vu depuis sept ans... Je comprends pas pourquoi je suis comme ça.
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Le sourire du blond se fait en coin. Il voit un peu plus clair dans la tête de Heero. S'il s'est déjà demandé pourquoi le brun était en colère option On-Off, et pas simplement en pétard absolu devant la « trahison » initiale, il se rend compte que c'est parce qu'Heero ne perçoit pas ça comme une vraie trahison. Que si ça avait été quelqu'un d'autre que le natté, un autre ex, ça ne lui aurait même pas fait lever un sourcil. Exploiter ce filon.
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- Tu ressentirais la même chose si c'était une autre relation ancienne que Duo ?
- … Non. En fait, là, à part lui, je ne me souviens de la tête d'aucun de mes ex.
- A ce point ?
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Les pauvres, songe Quatre. C'est cruel. Y'en a quand même qui ont duré plusieurs mois, dont un qui a partagé trois ans de la vie du prof d'éco.
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- Non, j'exagère. Mais... Je sais pas. Duo c'était mon petit secret. Mon petit crime à moi. Mon acte manqué. Celui pour lequel j'ai risqué pas mal de trucs, quand même. C'était autre chose, quoi.
- C'était autre chose?
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Le brun semble réfléchir au milieu de la brume au sous-entendu du blond, à son insistance sur le prétérit. Il ouvre la bouche pour répondre, mais c'est quelqu'un d'autre qui parle pour lui.
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- Vous pouvez nous suivre, Monsieur. C'est votre tour. »
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Quand Quatre voit son meilleur ami se tourner avec de grands yeux ravis vers l'infirmier qui l'emmène pour s'occuper de ses pauvres titits doigts meurtris, quand il le voit ne même pas lui jeter un regard, il se dit qu'Heero aura définitivement tout oublié demain. Et que ça l'emmerde un peu, quand même. Il espère que la petite piste de réflexion sur laquelle il l'a lancé, dans sa grande science et sagesse, sera explorée un peu plus en profondeur quand le brun aura reconnecter le pont cérébelleux entre ses deux hémisphères.
Il décide qu'il fera un récapitulatif de tout ça sur le chemin du retour avec son collègue – même s'il doit lui foutre vicieusement des coups dans les doigts pour que l'autre ne s'endorme pas parce que, non mais oh ! faudrait pas pousser mémé dans les orties et qu'il ose se pioter dans la voiture, le grand blessé.
Il fera un récapitulatif et relancera la piste de réflexion pour être sûr que le brun s'en souvienne demain.
Parce que Quatre a enfin accepté de comprendre que son collègue est toujours méchamment attiré par le natté même si ledit collègue n'en semble pas conscient lui-même. Oui, il a mis le temps pour capter ça. Mais, hé ! Heero ne l'a même pas encore vraiment compris, alors le blond a droit à son propre temps de latence, quand même.
Il songe que ce serait vraiment stupide que son meilleur pote ne profite pas de la rencontre fortuite avec le natté, il y a deux semaines, pour recommencer à le voir.
Pour voir.
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Samedi, 10h00
Ligne de bus 124
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Duo est songeur.
Il se demande un peu ce qu'il fout.
Il a bossé comme un chien toute la veille, comme chacun des peu nombreux jours qu'il accorde à sa vocation professionnelle (c'te blague...), et pourtant il est déjà en vadrouille dans un bus de ville sur une ligne qu'il n'utilise jamais d'habitude.
Il a sa trousse d'infirmier avec lui alors qu'il ne va pas au boulot. Officiellement.
Il porte son jean préféré, son sweat préféré, ses shoes préférées – il n'en a pas des masses, mais quand même – et il a pris un peu trop soin à se coiffer et se raser.
Un peu trop soin parce que, même quand il va voir des patients, même quand il sort dans un bar ou en boîte pour lever quelqu'un, il fait gaffe à comment il présente - les cheveux longs, ça fait vite crade chez un mec alors faut pas en rajouter avec le reste de la tenue - mais jamais à ce point.
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Hier, il a taffé de 8h00 à 21h30 quasi non-stop – quasi, parce que sa boss est obligée de compter des temps de pauses minimals quand elle lui fait son emploi du temps, même si la moitié des breaks est en fait bouffée par du retard pris sur la route de chez un patient à l'autre – et il n'a pu checker son portable que peu de fois.
Plus exactement, quand le mobile a sonné, il a pris les appels des ses patients pour être sûrs qu'il ne se passait rien de sérieux. Quand ça a été le numéro de Quatre trois fois de suite, comme il savait qu'il ne sortirait de toute façon pas ce soir quoi qu'il arrive, il a laissé courir.
Il n'avait repensé au blond que quand il était enfin pénard chez lui, à boire de la limonade devant ses mails – une canette de bière après une journée de boulot, il a assez vite découvert que c'était pas négociable, faut rester raisonnable et boire des bulles sans degré quand on peut pas les supporter.
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Il avait rappelé.
Le bip, ça avait décroché. Duo avait fait d'entrer une blagounette dans laquelle il sous-entendait ne pas être sexuellement disponible pour le moment, veuillez rappeler plus tard ou vérifier le numéro auprès des services concernés.
« C'est pas Quatre. » avait juste déclaré la voix froide, au bout du fil.
Le natté a bugué quelques instants. Il n'avait plus entendu ce timbre à travers le filtre déformant du téléphone depuis sept ans, fallait le comprendre.
Et pourtant, il n'avait eu aucun doute quant au fait qu'Heero venait de répondre.
Ca l'a vaguement soûlé de sentir une petite pression sur sa poitrine, brève mais dont il ne pouvait nier l'existence.
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- Oh. Salut. Y'a un problème avec le blond ?
- Non.
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Duo sentait le malaise. Le sien autant que celui de son interlocuteur. Il aurait bien aimé avoir un script téléphonique comme quand il avait fait un bref passage en télémarketing, il y a des années pour pouvoir payer leur bouffe commune, à Trowa et lui. Ce script qui explique quoi dire dans tous les cas envisageables d'une conversation téléphonique, qui te donne des coups d'avance pour mener le débat où tu le veux.
Mais dans la vraie vie, les scripts, ça n'existe pas. Et là, il n'avait aucune idée de l'endroit où il voulait mener son interlocuteur.
Alors on essayait de se raccrocher à la rationalité. Au pragmatisme. A ce qu'on savait.
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- Je... Pourquoi tu décroches ? C'est toi qui as essayé de m'appeler dans la journée ?
- Oui.
-... Et... Je peux savoir pourquoi ?
- Quatre m'a dit que tu es infirmier.
-... Oui ?
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Sous-entendu : mais encore ? Pourquoi ça t'intéresse ? Et pourquoi tu m'appelles par surprise pour me demander ça ?
Le natté était mort de sa journée, il avait juste envie d'éteindre son pc sans lire ses mails, finalement. Il n'était pas en état de déchiffrer les réponses monosyllabiques de son ex.
Il n'en avait pas envie. Parce que c'était bizarre de l'avoir au téléphone comme ça. Sans prévenir. Sans savoir pourquoi.
Parce que c'était bizarre cette impression que ça rouvrait quelque chose qui était savamment fermé depuis moult temps, alors que Duo ne se sentait pas de se pencher dessus justement ce soir.
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- C'est parce que... En fait je me suis blessé hier, j'ai un pansement à faire changer tous les jours. Comme t'habites pas très loin, moins loin que l'hosto en tout cas, Quatre m'a dit que je pouvais peut-être te demander de passer... Ou que je passe. Parce que je connais pas d'autre infirmier, aussi.
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Duo avait fermé les yeux en fronçant les sourcils. Beaucoup d'informations à ingérer pour une fin de journée comme la sienne.
En gros, Heero voulait devenir son patient. Parce qu'il était en quelque sorte son dernier recours.
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A l'autre bout du fil, son temps de réflexion avait dû alerter un peu.
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- Si ça te dérange, je comprends, y'a pas de souci. Je contacterai quelqu'un d'autre, il doit bien y avoir un cabinet auquel je pourrais m'adresser...
- C'est bon, Heero. Je peux le faire. Ca ne me pose pas de problème.
- D'accord.
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La voix semblait soulagée.
Duo avait préféré se dire que c'était simplement parce que le prof d'économie avait vraiment besoin pour lui changer son pansement.
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- Il va juste falloir me dire avec un peu plus de précision ce qui s'est passé et à quoi ressemble ta plaie. »
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Il était resté clinique. Professionnel jusqu'au bout des ongles, même quand il avait ri un peu à la sobre description de Heero à propos de l'expression qu'il avait dû arborer devant le Doc lui annonçant qu'il devrait revenir tous les jours pour soigner sa blessure et qu'il avait pensé aux embouteillages et à l'heure et demie de trajet que ça impliquait.
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Après avoir raccroché, le natté s'était demandé s'il n'avait pas rêvé l'appel. Parce qu'il semblait totalement irrationnel. Invraisemblable. De ces coïncidences qui interpellent, puisqu'il n'avait rencontré Quatre que deux semaines auparavant, qu'il n'avait plus eu de nouvelles de son ancien amant et prof d'éco pendant sept années entières avant ça.
Mais non, son journal d'appel était formel. Trois communications ratées émises du portable de Quatre et une, son appel, qui avait abouti, finalement.
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A dix heures du matin, trimbalé par un bus cahotant et lent comme pas deux – mais la voiture, en ville, c'est chiant... même s'il envisage sérieusement d'en acheter une bientôt. Puis pic de pollution responsabilise, aussi – l'infirmier se laisse porter vers un appart' qu'il n'a vu qu'une fois et dans lequel il s'apprête à retrouver son ex. Et peut-être aussi son plan cul.
TOUT va bien.
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Au cours des années, il n'a jamais repensé à son ex prof d'économie en se disant que, peut-être, il le rencontrerait de nouveau. Que, peut-être, ils se reparleraient, se découvriraient en tant que personnes qui se sont connues il y a des lustres mais qui ont forcément changé... Il a forcément pensé à lui, juste pensé, mais il n'a jamais fantasmé sur des retrouvailles et des retombailles amoureuses. Sans fatalisme, il pensait que c'était de l'histoire ancienne. Que même s'il avait vécu avec son prof de lycée un truc de ouf qu'il n'avait retrouvé nulle part ailleurs, il devrait se maquer avec quelqu'un d'autre qui lui conviendrait tout autant. Mais quelqu'un d'autre.
Il ne fantasme pas plus sur leurs potentielles retrouvailles aujourd'hui. Mais le fait qu'elles soient effectives, et non plus seulement envisageables avec tellement de « si » qu'on pourrait faire rentrer New-York et sa Sky Line en canette de vingt-cinq centilitres, ça l'oblige à imaginer ce qui se passera.
A faire des hypothèses.
Celle du silence tendu.
Celle de la distance toute professionnelle.
Celle de la cordialité.
Celle du fou rire.
Celle de la colère.
Celle du rien.
Celle à laquelle il ne songe pas, mais que ce sera forcément celle-là parce que rien ne se déroule comme prévu, quand on essaie de deviner ce que sera une rencontre. Une re-rencontre.
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Et quand il bipe Heero pour lui dire qu'il est enfin arrivé en bas de son immeuble – il a découvert hier avoir toujours gardé le numéro de son prof, de nouveaux portables en nouvelles cartes Sim, ce qui le dérange un peu dans le fond... - il est certain qu'il ne ressortira pas indemne d'aujourd'hui.
Il se rend bien compte qu'il a mis trop de temps et d'attention dans sa préparation ce matin pour que cette entrevue soit anodine.
Il est bien conscient que ses réactions physiques et de bug téléphonique, hier soir, sont trop présentes à son esprit pour être normales.
Que sa relation avec son prof d'économie a toujours été là, planant au dessus de celles qui l'ont suivie. Planant au-dessus des coups de cœur. Des coups de foudre. Et même des plus ou moins platoniques coups d'amitié. Surtout récemment.
Il comprend, enfin, ce que Trowa a essayé de lui dire, la semaine dernière. Il comprend que le roux a mieux saisi que lui le fait qu'Heero reste un putain de fantôme dans sa vie.
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Et que, malheureusement, on ne fait pas revivre les morts, on ne fait pas revenir les gens quand ils sont devenus froids. Qu'il voit le fantôme, mais que rien ne dit que le fantôme le verra. Rien ne dit qu'il est lui-même resté un fantôme pour son ex.
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Il sait qu'il n'en sortira pas indemne, mais à un moment, il faut apprendre à ne plus se voiler la face.
Alors il y va.
Ca sonne.
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« Oui ?
- Je suis en bas.
- J'arrive. »
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To be continued !
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PATAPER ! :D
Oui, je suis un rat, je vous laisse ici, sur cette non-fin pleine de suspens subtil...
Vous avez le droit de m'en vouloir (mais pas trop parce que je suis malade et toute faible et que ça tombe mal... Je vous fais assez pitié ?)
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Ciao les gens ! A une prochaine (avec un nouvel épisode, ou une nouvelle fanfic, selon ! :D)
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NausS
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PS : Petit Sous-marin... C'est TON tour ! Héhé ! (No pressure. Ou presque.)
