Vérone
Acte I, Scène 1: Le trio infernal de Vérone: Roméo, Mercutio et Benvolio.
"Francis ! Attends nous, Francis !"
Au milieu de la rue sombre, éclairée seulement par la lune et son cortège étoilé, le jeune homme se retourne et sourit.
Il est beau, magnifique avec sa peau opaline ainsi reflétée par le clair de lune;
Ses longs cheveux d'or, juste assez pour atteindre ses épaules, sont gentiment ballotés par la douce brise du soir;
Un sourire de diamant, tantôt secret tantôt moqueur mais toujours séducteur, est bien espiègle ce soir;
Et ces yeux, oh, ces yeux... deux saphirs éclatants d'un bleu profond, qui savaient si bien parler d'amour quand les mots ne suffisaient plus.
Cet homme à la silhouette élancée, vêtu élégamment d'une ample chemise blanche en soie à col ouvert et de fins pantalons noirs, n'était autre que Francis Bonnefoy. Le successeur de l'illustre famille Bonnefoy en personne.
"Allez Gilbert ! Antonio ! Ne me dites pas que vous avez tellement bu que vous n'arrivez plus à me suivre ?" Ria t-il tandis que ses amis le rattrapaient.
Un des deux garçons, visiblement du même âge avec le cheveu blanc hirsute et l'œil pourpre typique de l'albinisme, protesta vivement bien que son large sourire requinois trahissait son grand amusement.
"Oserais tu mettre en doute la tolérance à l'alcool de la quintessence de génialité que je suis ?!"
L'autre garçon, le teint bien plus mat que ses camarades trottina à leur rencontre. Et l'ombre révéla ses cheveux ébouriffés couleur chocolat , ses grands yeux verts de jade et sa mine déconfite mais ô combien enfantine.
"Mais amigo, tu es parti si vite ! Et on commençait à peine à s'amuser !"
Ce jeune homme, Antonio était d'origine espagnole et sa famille a longtemps servi les Bonnefoy; si longtemps à vrai dire, que les Carriedo étaient devenus des amis privilégiés malgré leur faible statut social. La propre mère d'Antonio, une belle dame douce et gentille (-paix à son âme), avait même été la nourrice de Francis, faisant des deux garçons des frères de lait. Plus tard, quand le garçon eut grandit un peu, sa mère lui demanda de veiller sur lui. Et c'est ce qu'il fit, le plus naturellement du monde: Francis était déjà comme un frère pour lui et il n'imaginait pas sa vie sans sa présence; Alors il fût son ami, son confident, son mentor ("El Jefe", aimait il à se faire appeler) et à l'occasion son précepteur; mais jamais un laquais. Pour leur plus grande joie à tous les deux, et qu'importe ce que pouvait dire ou penser les nobliaux en fanfreluches du château dans leur dos.
Quant à Gilbert, il était le descendant d'une famille de braves soldats prussiens que les Bonnefoy avaient autrefois prit sous leur aile quand leur propre pays les avaient abandonés malgré tous leurs services rendus. Depuis, les Weilschmidt faisaient un point d'honneur à protéger la famille française en leur offrant leurs services aussi longtemps que leur nom perdurera. Ainsi, afin de faire en sorte que Gilbert s'acquitte naturellement de cette mission, il fût élevé lui aussi (quoique un peu plus tard), au sein de Madame Carriedo au Château Bonnefoy.
L'on pourrait croire que l'enfant se serait rebellé contre ce destin tout tracé une fois en âge de comprendre, mais non, au contraire: il adorait Francis et Antonio et ne souhaitait rien de plus que de rester à leurs côtés, tous heureux et en sécurité; ainsi ne ménageait il jamais ses efforts durant ses entraînements ô combien spartiates.
Francis sourit tendrement à ses amis. Ses meilleurs amis au monde et ce depuis pour ainsi dire, le berceau. Et qui sait, jusqu'à la tombe et dans leurs prochaines vies: Antonio Fernandez Carriedo et Gilbert Weilschmidt.
"Ah, désolé, désolé. C'est juste-..." Il s'interrompit un instant, son expression changeant de la joie à la mélancolie, puis décida de ne pas aller au bout de sa pensée. Changeant de sujet, il força alors un sourire.
"... Je me sens un peu fatigué ce soir."
Ses amis le regardèrent d'un air sceptique. Francis ne savait pas à quel point il était expressif et comme il était facile de lire en lui. Ce côté de lui aurait pu maintes fois causé sa perte si les deux compères n'avaient pas été près de lui pour le sauver à chaque fois qu'il fallût le faire.
"Ha ? A d'autres ! Ca prend pas avec moi ! Crache le morceau, beau gosse !"
"Si, Francis. Ce n'est pas ton genre de partir d'une fête aussi tôt, sans avoir rien bu ou presque, ni même dragué une seule fille !"
Ah. Comme quoi l'espagnol savait être perspicace de temps en temps. Une chose rarissime.
Et puis il aurait dû savoir que Gilbert se douterait de quelque chose.
N'y avait il donc rien qu'il puisse leur cacher ?
Francis lâcha un léger soupir.
"D'accord, j'avoue." Fît il en abandonnant tout faux-semblant. "Je n'ai pas vraiment la tête à faire la fête ce soir parce que... eh bien..."
Son assurance sembla le quitter soudain, tandis qu'il réalisait l'embarras que lui causerait ses propos quand bien même il se confiait à ses meilleurs amis. Ses joues rosirent un peu tandis qu'il détournait les yeux.
"... Quoi ? Parce que quoi ? ... Oh, attends, me dis pas que tu te fais du mouron pour cette histoire de mariage arrangé ? C'est ça, hein, j'ai bon ? Kesese, Francis, c'que tu peux être chochotte quand tu t'y mets !" S'esclaffa ouvertement Gilbert.
Piqué à vif, Francis oublia toute gêne, remplacée par de l'indignation. Ce genre de réaction était exactement celle qu'il redoutait.
"Comment ça, une chochotte ?! On voit bien que ce n'est pas à toi que ça arrive ! Qu'est ce que tu dirais si un jour tes parents débarquent dans ta chambre et annonce ton mariage avec une fille que tu as rencontré (ou dragué) peut-être une fois pendant une soirée il y a des années, puis repartent comme si de rien n'était ? Comme si ton propre avis n'avait aucune valeur !?"
"Boooof..." Fît l'albinos, pas le moins du monde impressionné.
Gilbert s'était depuis longtemps résigné à l'idée qu'il y ait des choses en ce monde qu'on ne pourrait jamais contrôler qu'importe les efforts fournis. Et les mariages arrangés, où le fait que les parents décident de l'avenir de leurs enfants faisaient partie de ces choses là.
Voilà pourquoi vivait il chaque jour comme si c'était le dernier. Philosophie Gilbertienne.
"Et si c'était à Erzebet Herdevary qu'on te collait ?"
Francis sourit malicieusement en voyant que son argument avait fait mouche. C'était un coup bas, il le savait. Mais à ce moment, il n'en avait cure.
Gilbert pâlit aussitôt et en resta bouche bée, comme un poisson hors de l'eau.
Il y ait des choses qu'on ne dit pas entre amis, des promesses muettes et des tabous jamais mentionnés: "Erzebet Herdevary" était en tête de liste dans cette catégorie.
Il s'agissait en fait du premier (et sans doute le dernier) amour de Gilbert, ainsi que de son premier chagrin d'amour.
Gilbert l'avait connue enfant. Erzebet ou Eliza pour les intimes, était un vrai garçon manqué qui ne craignait pas la vue du sang, se salir et se battre. Tout le contraire des petites filles choyées dont il avait l'habitude au château.
Elle faisait même jeu égal avec Gilbert que ce soit en combat singulier, à part ou pendant leurs entraînements, et n'avait jamais peur de dire ce qu'elle pense aux trois petits farceurs qu'ils étaient; n'hésitant même pas à les gifler lorsqu'ils allaient trop loin dans leurs plaisanteries. Mais ni Antonio ni Francis ne furent étonnés quand Gilbert leur avait finalement avoué, au prix de railleries puériles, qu'il en était tombé amoureux. Ils l'avaient même soutenu !
Mais le temps que Gilbert ne décide de se déclarer, Eliza aussi avait grandi, arrêté de s'entraîner et se mit même à porter des vêtements plus féminins; et surtout... elle était tombée amoureuse.
Un fils de famille noble ruinée, qui a quitté le doux pays d'Autriche pour s'installer à Vérone avec le peu qui restait de leur fortune. Comble de malheur, les Kirkland les accueillirent à bras ouverts en entendant dire que le fils unique de la famille était un véritable virtuose et un génie pour son temps. Roderich Edelstein était son nom.
Il avait suffit d'un seul regard entre les deux jeunes gens au détour d'une rue pour qu'ils tombent éperdument amoureux l'un l'autre. Et ainsi, peu de temps après, Eliza quitta sans regret la protection des Bonnefoy pour rejoindre son bien-aimé chez les Kirkland en tant que simple servante.
Gilbert eut à jamais le cœur brisé. Il ne le dit pas ouvertement mais il se jura alors de ne plus jamais aimer personne, se condamnant à une vie de célibat. Mais peu importe: "C'est marrant d'être seul",aimait il à crier sur les toits.
Pourtant, ni lui ni ses amis n'avaient manqué, la pâleur de son visage quand la rumeur des fiançailles entre une certaine servante et un noble pianiste avait atteint leurs oreilles...
Fort de son moment de perspicacité prolongé, Antonio jugea bon d'intervenir avant que la situation ne s'envenime.
"Oy, Francis, elle est si terrible que ça, ta fiancée ? On dit qu'elle est de bonne famille pourtant, non ? Comment elle s'appelle, déjà ? " S'empressa de demander Antonio pour changer de sujet.
"Ah... oui, elle vient de la principauté du Liechtenstein, en Suisse. Une archiduchesse ou je ne sais quoi. Lili, qu'elle s'appelle. Et apparemment elle et son frère sont en ce moment en route pour Vérone, pour me rencontrer..."
"Génial, une tête couronnée. Et ? De quoi tu te plains, déjà ?" Fit Gilbert d'un ton agacé, pas encore tout à fait remis du manque de tact de son ami.
"Le problème... est tout d'abord qu'elle n'a que 15 ans. " Répondit le blond du même ton.
"Tsk. Ouais bon, c'est pas comme si le mariage était prévu pour tout de suite non plus, nan?"
"Mais ça ne change rien ! Pour redorer leur blason, ma famille va me vendre à une fille que je ne connais pas ! Je ne l'ai vue qu'une seule fois dans ma vie ! Et tout le monde se fiche pas mal de ce que moi je veux !"
"Et... qu'est ce que tu veux ?" Osa timidement Antonio.
Vivre.
Passer ses journées avec Gilbert et Antonio à rire, partager leurs repas et leurs leçons ensemble, faire les idiots en ville et à l'occasion, embêter les partisans des Kirkland en les provoquant en duel ou leur tendre des guet-apens hilarants...
Boire les vins les plus fins, goûter les meilleurs plats, lire les plus beaux ouvrages, charmer les plus jolies filles... Peindre, chanter, voir ce que le monde à de plus beau à offrir en dehors de Vérone...
Voir le monde...
Oh, il y a tant et tant de choses qu'il voulait faire avant d'abandonner sa jeunesse pour embrasser une vie morne et ennuyeuse qu'il ne désirait pas.
Une vie de traditions où le bonheur n'avait pas sa place; seulement de la haine et du mépris sous un masque de courtoisie arrogante et sous couvert d'une étiquette sacro-sainte.
Une vie de pantins. Une vie vide de sens. La vie de ses parents.
Francis était un esprit trop libre pour se résoudre à vivre en cage, aussi dorée soit-elle.
Il en mourrait.
Mais... que pouvait il bien y faire... ?
"Je ne sais pas." Dit-il alors dans un souffle.
Et tandis qu'il baissait la tête, ses amis échangèrent un regard.
Ils n'avaient pas besoin de plus pour comprendre que leur ami était en proie au désespoir.
Leurs yeux s'adoucirent alors. Tant pis s'ils ne comprenaient pas vraiment les raisons du désarroi de leur ami, au fond. Alors Gilbert, meilleur ami que rancunier, fût le premier à lui donner l'accolade.
"Haut les cœurs, Franz ! Oublie cette histoire, Gilbert le Génial à une nouvelle qui devrait t'intéresser !"
Antonio comprit immédiatement de quoi le prussien voulait parler, aussi il rejoingnit le flanc droit de Francis, entourant ses épaules d'un bras, tout rieur lui aussi.
"Si, Francesco ! Ça devrait te plaire ! Tu ne devineras jamais !"
"Quoi ? Quoi ?" Questionnait le blond, surpris, en regardant ses amis tour à tour.
Ils ne l'appelaient par son prénom dans leur langue natale respective qu'à de rares occasions; la plupart du temps quand ils manigançaient quelque chose qui les conduiraient à, soit quelque chose de très amusant ou alors d'extrêmement dangereux. Francis ne savait pas s'il devait être inquiet ou excité.
"Les Kirkland organisent un grand Bal costumé demain soir, dans leur manoir !" Annonça Gilbert avec de grands yeux brillants, souriant de toutes ses dents.
"Et... ?"
"Et nous allons y aller aussi ! Tous les trois !" Finit Antonio en marchant au pas avec Gilbert, traînant Francis avec eux pour rentrer au château.
"Quoi !?"
"Y'a pas d'lézard ! Personne ne nous reconnaîtra puisqu'on sera déguisés aussi ! C'est-y pas un plan génial digne du type génial que j'suis, ça ?"
"C'est une fête en l'honneur du fils Kirkland pour son anniversaire. Son père à rameuté tout le gratin de Vérone pour être sûr que son rejeton ait la plus belle fête possible !"
"Je parie que c'est parce qu'il a eu les boules en apprenant que notre Franny allait épouser une princesse..." Ricana doucement Gilbert.
Francis ne pût réprimer un sourire.
S'infiltrer en plein territoire ennemi sous couvert de déguisements, et rouler tout le monde en profitant de la musique, du vin et de la charmante compagnie de dames qu'il n'aurait jamais pû approcher en tant normal...
Tout cela sonnait effectivement très excitant.
"Et là non plus, j'imagine que je n'ai pas mon mot à dire ?"
Tous trois arrivaient bras-dessus bras-dessous devant les portes du Château Bonnefoy quand Francis posa cette question qui au fond n'en n'était pas vraiment une, et purement rhétorique.
Ses deux amis se tournèrent vers lui, et lui adressèrent un sourire espiègle.
"Nan~!"
Francis rit, songeant comme il était chanceux d'avoir ces deux casse-cou là pour amis.
Acte I, Scène 2: Green-eyed Juliet.
Ce soir là, comme tous les autres soirs, Arthur Kirkland lisait un livre.
Une histoire tragique, le récit d'un amour impossible entre un homme et une femme de clans différents qui ne manqua pas d'arracher une larme au jeune homme une fois l'histoire terminée.
D'un revers de sa manche, il essuie doucement sa joue rosie d'ordinaire si pâle, et rouvre deux grands yeux d'un vert scintillant, tels deux émeraudes. Ce sont des yeux curieux, rebelles, tristes, dignes, colériques et criants de solitude tout à la fois. Tant d'émotions en un regard est déconcertant pour le commun des mortels, aussi est-il plus aisé de les concentrer sur les livres. Car eux au moins, ne peuvent détourner leur regard.
Il passe ensuite sa main sur ses mèches rebelles pour dégager son front, effleurant au passage d'épais sourcils qui ne font qu'accentuer la beauté de ses yeux. Puis remonte jusque l'arrière de sa tête, ébouriffant un peu plus sa tignasse à jamais désordonnée. Des cheveux couleur sable, comparables à de la poudre d'or quand ils étaient caressés par les rayons cléments du soleil italien.
Ses lèvres sont minces, presque pincées. Elles ont oublié comment sourire, mais elles savent poser des questions. Des milliers de questions muettes au bord de cette petite bouche fine qui ne demande qu'à les crier. Mais comme toujours, elle se tait et se mure dans son silence obstiné.
Lentement, il reposa l'ouvrage sur sa table de chevet et alors il s'aperçut du haut de son grand lit comme la lune était haute. Il avait encore perdu la notion du temps, tout plongé dans l'univers des mots qu'il était.
La fenêtre était grande ouverte sur le balcon et ses roses, laissant la brise estivale entrer dans la chambre pour y apporter un peu de fraîcheur.
Arthur accueillit la brise avec plaisir. Sa tête était un peu lourde après tant d'heures passées à lire, et ce petit vent frais était la bienvenue. Il se leva alors, prudent de ne pas s'entortiller les jambes, et alla prendre l'air dans son balcon. Traînant son corps est frêle et délicat, celui d'un jeune homme de bonne famille, vêtu d'une banale chemise blanche sous un chandail de laine rouge et de pantalons marrons en velours, chauds et confortables.
Une main posée sur la rambarde, il respira l'odeur des roses et de la nuit encore jeune à pleins poumons.
Il repensait encore à l'histoire qu'il venait de lire, à la beauté des mots et de la narration de l'auteur, ainsi que les sentiments et les émotions intenses qu'il avait ressenti à la lecture de certains passages en particulier. Et il se rappelait...
Il se rappelait comme l'héroïne semblait partager certains points communs avec lui.
La solitude, l'impression d'être incompris de tous, de n'avoir aucun contrôle sur sa propre vie... Cela avait été très perturbant au début, et Arthur avait bien failli refermer l'ouvrage; mais l'espoir que ce personnage puisse trouver une fin heureuse, et ainsi peut-être donner à lui même quelque chose qui puisse l'aider à mieux vivre sa vie, l'avait poussé à continuer.
Certes, le récit ne finit pas du tout comme il l'aurait voulu, ni ne l'avait éclairé en rien au final; mais Arthur ne pouvait dire de ce livre ait été une déception, et encore moins mauvais. Même s'il ne savait pas encore s'il le relirait un jour.
Arthur soupira.
La lune était belle ce soir. Nul doute que demain elle serait pleine. L'ambiance idéale pour une fête costumée, d'après son père.
Ah... si seulement il pouvait rester enfermé dans sa chambre, au milieu de ses livres et de ses pensées pour seule compagnie et prétendre que le monde n'existe pas. Mais l'invité d'honneur ne peut manquer sa propre fête, n'est ce pas ?
"Ce ne serait pas convenable."
Les mots tant rabâchés depuis son enfance s'échappèrent d'eux mêmes de ses lèvres, dans un faible murmure qui s'estompa dans la nuit.
Il fronça soudain les sourcils, dépité encore une fois de s'apercevoir qu'il ressemblait chaque jour davantage à l'image du fils parfait de la famille Kirkland que désirait tant ses parents: amer, solitaire, hautain, et de peu de mots. Ainsi était leur idée d'un Gentleman digne de ce nom.
Mais Arthur détestait cela. Si ça ne tenait qu'à lui, il serait déjà capitaine de son propre navire pirate, écumant les sept mers à la recherche de fabuleux trésors, coulant galions et navires corsaires de tous pays pour son bon plaisir. Il explorerait des terres encore vierges, visiterait ces pays lointains peuplés d'hommes et de créatures extraordinaires, et alors le monde entier connaîtrait son nom. Il aurait une vie d'aventures, remplie de rhum et d'exploits fantastiques, loin de ce manoir et de cette ville... enfin libre.
Vivre. Loin de ses chaînes, de cette vie monochrome et sans saveur. Loin des convenances, des Tea Party interminables, et des conversations sans but.
Voir le monde...
Son cœur se serra fort dans sa poitrine en songeant que ces vœux impossibles ne se réaliseraient jamais. Et comme pour se moquer de lui, le vent du soir choisit cet instant pour porter le son lointain de rires à ses oreilles.
Arthur regarda au loin, croyant voir trois petites silhouettes marcher devant le Château Bonnefoy. Mais cela était impossible, on ne pouvait ni voir ni entendre quoi que ce soit à une telle distance.
Sûrement.
