Ça fait longtemps…Trop. Je m'en excuse. Tout simplement. Disons qu'avec les cours, la recherche de stage, le projet tutoré (affaire obscur qui me prend un temps fou…) je n'ai plus guère le temps pour écrire. Et quand bien même je le trouve, ma correctrice est aussi débordée que moi. Donc au final, je suis affreusement en retard.
Voila. C'est dit. Mea Culpa. Ca va mieux en le disant.
Bref, que dire sur cet OS ? C'est le tour de Blaise. Blaise le ténébreux, Blaise le secret. Normalement, ca aurait du être au tour de Narcissa en numéro trois. Mais Narcissa à fait de la résistance. Alors Blaise.
J'ai écrit cet OS très vite, en une soirée ou deux. De travers. Un peu sur un coup de tête. Dans un magma de musique. Alors merci à Archive, Interpol, Muse ainsi qu'a l'artiste en filigrane tout du long et que vous reconnaitrez sans doute…Merci à eux, pour la tristesse, les pointes d'espoir et la mélancolie.
Et puis c'est aussi cette question à Sith : Dis, tu le verrais en musicien Blaise ?
Sith dit oui. Sith approuve. Sith est d'accord avec moi sur l'instrument de prédilection Blaise. Soit. Je tente. Le résultat est hasardeux. Mais je n'ai jamais eu le cœur de le modifier. Alors je l'offre.
Merci aux sublimes reviews, je sais, je le dis à chaque fois. Mais à chaque fois, je me sens comme une gamine de voir que ce que j'écris résonne un peu (rien qu'un peu) en vous. Alors voila.
Merci à Sith', Aurelle, c_Uz, Tik4tak, -4181315-, Basmoka, Anadyomede, Zena1, Dramionne et MargauxR
Certains persos peuvent sembler OOC . Mais, je dis bien mais. Dans cette fic, tout est question de Point de vue…
Disclaimer : Tout est à JKR. Et aux Surréalistes. Le reste n'est que misère.
Titre: Cadavre Exquis.
Chapitre: Fleurs et Couronnes
Résumé : Dix OS. Dix tranches de vies. Parce que la guerre laisse des traces...Des failles.
Compagnons des Mauvais Jours
Il se souvenait assez nettement du quatrième mari de sa mère. Son extravagance, comme elle aimait à l'appeler. Un moldue. Ce qui avait fait froncer le nez de beaucoup de monde.
Il se rappelait du plaisir provocateur qu'elle avait à l'afficher à son bras durant les soirées mondaines.
OoOoO
Son saltimbanque. Un mètre quatre-vingt de nonchalance. Qui se souciait peu de savoir dans quel monde étrange ma mère et moi évoluions. Déjà trop rempli de ses propres chimères. Sans doute, pas destiné à rester longtemps parmi nous.
Mais assez pour me faire découvrir ça. Londres et ses artères. Ses bars d'habitués. Sa fumée crasse, et ses concerts. Les concerts… Une révélation. Une addiction. Et les cd qu'il me donnait, furtivement, au détour des escaliers.
- Et, surtout, pas un mot à ta mère.
Comme un accord tacite. Il restait son extravagance, et il devenait pour moi, l'enfant, l'initiateur d'un monde plein de promesses et de richesses.
L'impression confuse d'avoir entre les mains un saint Graal, réservé à une pléiade d'initiés. Quand les Smiths avaient prétendu que la Reine était morte, je n'avais jamais eu davantage l'impression, moi, que le royaume ne cesserait jamais de resplendir.
Et, puis, il y avait eu lui. Le temps d'un soir. Et je ne m'en étais jamais remise. Sur la scène crasseuse, au milieu des fils et des lumières, il m'avait semblé n'avoir jamais vécu que pour entendre ça
En rentrant, j'avais la gorge nouée en lui demandant qui était ce type. Il avait souri, et, doucement, comme un aveu, une confidence, il avait murmuré.
- Une comète, Blaise. Rien que ça.
Et, puis, un album. Le dernier. Celui de cet homme, qui était sur cette scène, un soir, tard. Quelques jours plus tard, le saltimbanque tirait sa révérence. Et je me souvenais d'avoir pleuré. La fin d'une époque.
Le début d'une autre. Et la Guerre, plus tard. Bien plus tard. Et dans la piaule miteuse, auprès du Lord, cette musique que je gardais comme l'ultime relique d'un monde révolu.
Je me souvenais de la douleur lumineuse de Lila Wine. De la sensualité farouche de So Real, l'envie d'une femme, dans ces moment- là, qui m'arrachait les trippes et me tordait le ventre. Cette chanson qui me susurrait des cantiques de luxure. L'appel quasi-mystique de Grace, pour une rédemption qui ne viendrait pas. Le mysticisme trouble et éternel d'un Corpus Christi Carol, presque a capella, la voix au-dessus de tout le reste. Au-dessus de moi. Au-dessus de nous, d'eux et de leur monde en ruine.
OoO
J'ai la nausée. Une putain de nausée qui ne me lâche pas le ventre. Vaseux depuis le réveil. La tête en vrac et les yeux rougis. Le manque de sommeil, s'acharner sur les partitions malhabiles de Stan et répéter jusqu'à plus d'heure. L'alcool aussi. Les filles, trop souvent.
Et, puis, cette date. J'ai trop longtemps voulu faire comme si. Comme si j'avais tout digéré. Mais chaque année, son fantôme vient me hanter.
Ce type a toujours été un foutu sadique. Avec ses cheveux défaits et son sourire malfaisant. Il a toujours su comment faire, toujours su mieux que les autres - mieux que Draco - pointer nos faiblesses pour nous les jeter aux visages.
- Allons, Blaise, ce n'est pas sérieux…
Et peut-être que ce fut la nuit de trop. L'année de plus. Se jeter en bas du lit et toiser un mort, de toute sa hauteur. Et se rendre compte que l'on est devenu pathétique. Il avait fait une moue avant de disparaitre…
« Non, Théo, tu as foutument raison, il n'y a rien de sérieux dans le fait de mourir à vingt ans. C'est une sinistre farce. Un prêt trop vite rendu. Mais si tu parles de mon choix, je t'arrête tout de suite. Tu ne sais pas ce que c'est… »
Et, au réveil, j'avais la tête des mauvais jours. Stan piquait du nez dans son café et Côme sifflotait en repassant son linge. Il manquait Barth', encore, et il était déjà seize heures quinze. Je n'avais jamais été fichue de retrouver un rythme de vie normal.
Durant la Guerre, les planques s'éternisaient jusqu'à plus d'heure. Les permanences pouvaient durer plusieurs jours sans relève, dans les plus mauvais moments. Et il fallait réintégrer les piaules merdiques, ivre de sommeil, les membres lourds. J'avais souvent le sentiment que la fatigue permanente, continuelle, m'avait sans doute permis de survivre. J'avais traversé ces années dans un brouillard opaque. A demi éveillé, à peine conscient. Je n'avais plus goût à rien et traversais le monde dans une saine indifférence. Les massacres, les cadavres, les privations et l'avilissement. Il fallait tous que l'on soit redevenue cruellement primitif pour ne pas s'être foutu en l'air.
- On est à la bourre !
L'invective de Stan m'avait tirée de mes réflexions.
- Et on fait quoi pour Barth' ?
Côme boutonnait sa chemise et attendait la réaction du guitariste. Stan avait haussé les épaules, une lassitude extrême se lisait sur son visage.
- Il ira peut être directement au bar pour répéter, sans passer ici.
Il devait se demander comme nous tous dans quel état on allait le récupérer. Barth' était le mec sur la brèche. Constamment. Déglingué jusqu'à la moelle. Au début, il y avait eu la boisson, les drogues et les filles. Mais il cherchait plus. Toujours plus. Je ne comptais plus les coups de téléphone au beau milieu de la nuit et la voix lugubre du fonctionnaire de police à l'autre bout du fil, nous sommant de venir récupérer « notre ami ». Ivresse sur la voie publique. Exhibitionnisme…
Mais il gardait encore cet ascétisme furtif propre à tous les mecs un peu réglo. Etre clean pour les concerts. C'était son point d'honneur, sa planche de salut.
Jusqu'à ce qu'il commence à ne plus s'y tenir. Il zappait les répet', arrivait déchiré sur scène, oubliait les paroles. Chantait n'importe comment et n'importe quoi.
Je savais bien que j'allais devoir m'en mêler. Stan avait bien eu des coups de gueule, mais aussi spectaculaires qu'éphémères. L'un était le chanteur, l'autre le guitariste principal. Deux leaders à gérer.
Je n'avais jamais été taillé pour l'étoffe de leader. Jamais. Autrefois, il y avait eu Draco et ça me convenait. J'étais Blaise. Le taciturne. L'économe. Celui qui parle peu.
C'était comme ça qu'il y à des années le Saltimbanque avait passé en revue les instruments. Et puis il m'avait désigné la basse.
- Tu vois, Blaise, le bassiste est en retrait. Toujours. Tu ne déclencheras pas l'hystérie de la foule. Ou si peu. Mais les véritables esthètes te reconnaitront à la première note. Le bassiste, c'est la colonne vertébrale harmonique. C'est celui qui lance la magie - un avant goût de divin - ou quelque chose comme ça.
OoOoO
- Votre pote, le chanteur là, il est où ?
Le proprio du bar, un petit mec excité, criblé de tics nerveux avait déboulé dans le cagibi-loge en se tordant les mains.
- Il va arriver.
Mon ton n'admettait pas de réplique, mais il fronça néanmoins les sourcils. Les lèvres pincées.
- J'espère que oui. Je ne paye pas un groupe sans chanteur, moi, je…
- J'ai dit : il va arriver.
L'autre avait dégluti, avait vaguement grogné quelque chose et avait refermé la porte.
- En fait, Blaise, dans une autre vie, tu étais tueur à gage, rigola Côme, tout en jetant un coup d'œil furtif à sa montre.
Un sourire. Ils n'avaient même pas idée…
OoO
Les gens ne viennent pas au concert, pour entendre hurler à la mort.
Nous avions été médiocres. Même pas mauvais. Pire. Suffisant et ailleurs. Je m'en foutisme jusqu'à l'excès.
Barth faisait peur. Avec son cocard qui lui rognait la moitié du visage, la turgescence était noire et purulente, sous les lumières blafardes. Et il n'y avait pas eu un souffle de vie. Son chant était poussif et maladif. Même Stan n'avait pas cœur à l'ouvrage. Stan l'artisan. Le surdoué. Le seul génie de la bande. Il avait bâclé tous ses solos, du fond de la scène, la tête basse. Pauvre Côme. Qui tentait de redonner du souffle à l'ouvrage. Sans moi. Désespérément. Dès que je l'avais aperçu, ça avait été foutu.
Comme une longue déchéance. Une mise à mort méthodique dont nous étions à la fois les victimes et les bourreaux.
Le patron s'étouffait de rage. Il avait vitupéré contre nous en faisant des moulinets avec les bras. Barth lui avait grogné qu'il n'avait qu'à ne pas nous payer.
- Je paye toujours les artistes qui bossent pour moi. C'est juste que…
Je crois que, dans le fond, il était juste déçu. Et sans savoir pourquoi, il me fit de la peine. Avec son bar minable et sa petite scène rock. Et son éthique en bandoulière…
Parfois, je me disais que, dans le fond, ça n'avait servi à rien… Je sentis rapidement poindre les prémices d'un mal de crâne, et, pour me donner une contenance, je glissais une cigarette entre mes lèvres.
Compagnons des mauvais jours
Je vous souhaite une bonne nuit
Et je m'en vais.
La recette a été mauvaise
C'est de ma faute
Tous les torts sont de mon côté
J'aurais dû vous écouter…
Je savais que c'était une sorte de point final. Que nous ne remonterions jamais sur scène ensemble. Que notre entreprise mal fagotée finissait ici.
Et j'avais le souvenir furtif des quatre années passées. Des quatre types que l'on était, dans ce bar miteux. Les bières que l'on buvait et notre conversation à bâton rompu. Nos envies et nos passions. Ce rêve un peu fou de laisser tomber notre vie minable pour « monter quelque chose ». On y croyait. Ce soir là, je tremblais. D'impatience. Je me prenais à rêver.
Aujourd'hui, le rêve avait mal. Côme allait repasser ses vestes trop grandes sur ses chemises impeccables. Il allait fermer les yeux et retourner dans la boîte de son père, cesser enfin ces enfantillages. Stan allait lâcher cet or qu'il avait entre les mains. Il ne squatterait plus la scène et retournerait derrière le comptoir.
OoOo
Il m'attendait, adossé à un mur. Le même sourire. Il n'avait pas changé. Ou plutôt, il le feignait tellement bien.
- Draco.
Un hochement de tête. Il me désigna une table d'un geste de la main. Impérieux. Toujours.
- Je t'offre un verre.
Ce n'était pas une question. Et assis face à lui, je me demandais ce qu'il voulait. Pourquoi si tard, après tant d'années ? Il me regardait en silence. Comme un con. Il savait que je détestais jouer à ce jeu là avec lui. Nos joutes silencieuses durant la Guerre. La bataille informelle du silence.
- Elle va se marier.
Il avait lâché la phrase à brule pourpoint. Comme une conversation laissée la veille, avec cette sorte de nonchalance et de légèreté qu'il affectionnait tant. Comme si cela ne faisait pas huit ans…
Granger. Un poison. Elle l'avait rendu fou. Je crois qu'il s'était mis en tête de la manipuler. Au final, elle l'avait eu. Et elle n'était pas bien différente des autres. Dans le fond, elle ne l'avait jamais aimé. Il y avait toujours eu trop de Potter pour ça.
Dans ses yeux, son regard. Trop d'admiration, pour un type qui en méritait si peu.
- Sans blague, Draco. Huit ans, et tu débarques ici, la bouche en cœur. Pour me parler d'elle ?
- Ce n'est pas moi qui ai fui comme un voleur, Blaise.
Je le regarde, impassible. Je n'ai jamais eu le désir de fuir. Jamais. J'étais juste las. Sans avenir et sans projet. Fatigué. Je me souviens d'avoir loué une piaule sous les toits, près de la Tamise, et d'avoir dormi. Des jours. Des semaines. Je vivotais. Et puis un jour, j'avais laissé ma baguette sur la table basse. Juste ça. Mais je n'avais jamais fui. Je n'avais jamais rien oublié. Pas un jour, une seconde… Notre fardeau.
- Alors, elle va se marier ?
Parce que, malgré tout, j'avais été son ami. Et que cette histoire, c'était le début de notre déchéance. Quand le bateau du Lord avait commencé à prendre l'eau de toute part et que notre couverture était tombée. La planque de Londres. Nos visages sur les murs. Et la folie du Lord. « Le massacre des Mangemorts ». Pour purger ses troupes de la gangrène noire de la dissidence.
- C'était dans la Gazette. Ce matin. Un type du Ministère. Joaquim Leaster… Soi-disant charmant…
- Il ment. Granger n'est pas le genre de fille à aimer les clinquants du Ministère. Va savoir ce qui se trame derrière cette histoire.
Je mentais. Je n'en savais rien. Mais c'est ce qu'il voulait entendre. Il voulait que je le rassure, parce que j'avais eu un peu d'estime pour elle. Avant. Et parce que je l'avais vu pleurer pour cette fille. Les Malefoy aussi pleuraient. En silence et sans mélo. Mais ils pleuraient. Comme pour jeter définitivement un trait sur nos années de Poudlard, où la faiblesse n'était pas de rigueur.
Il jouait avec son verre sur la table. Il en but une rasade, grimaça doucement :
- Elle va refaire sa vie… Et, moi, je reste là, à regarder. Je sais bien qu'on est trop vieux pour les promesses. Que tout ça, c'est terminé. Mais la mort, Blaise. Elle est là. Avec Théo, qui passe et repasse. J'ai bien compris. Elle est là. Je n'ai pas envie de l'attendre… Mais la tromper…
« Non, Draco. Je suis trop vieux pour ce jeu là. Ou plus assez con. J'ai ma vie, tu vois. La musique, tout ça. Et c'est bien… »
Ou ça aurait dû l'être. Et il commande un autre verre. Il m'observe. Me jauge.
- Arrête de te mentir. Ta musique… Elle sent la résignation à plein nez. Elle infeste l'humilité. Bordel, Blaise. Nous, c'était l'excès. L'absolu, jusqu'au bout. C'était notre seule et unique règle.
- Et Théo en est mort, de cette putain de règle ! La prudence l'aurait sauvé. Mais non, Draco. C'était trop simple comme ça. Et toi. Tu aurais pu toutes les baiser. Toutes. Mais tu as foutu sa vie en l'air, en prime de la tienne.
- Résignation…
Il n'avait pas le droit. Cette ordure. « La résignation, c'est la force des lâches. » Je voudrais l'envoyer se faire foutre.
- Toi comme moi, on a voulu avoir une vie normale. Mais la vérité, c'est qu'on sait trop de choses, pour y croire encore, à leur vie de rêve. Oh oui, Théo est venu souvent. Pour nous dire à quel point ils nous trouvaient minables, dans nos vies de misérables, de planqués. Pas une seule fois pour nous reprocher sa mort. C'était la règle du jeu…
J'ai les lèvres serrées. Et le cantique d'une chanson me revient en tête. Un soir, tard dans un bar. « Une comète ». C'était toujours mieux que rien. Préférable à tout.
- C'est quoi, ta proposition ?
Et je savais, au pli satisfait de sa bouche, que c'était ce qu'il espérait. Quand il se pencha sur moi, le mot avait une douceur et une âpreté merveilleuse. Mercenaire.
Parce que nous n'étions plus que ça. Dans le fond. Et depuis trop longtemps.
Compagnons des mauvais jours
Pensez à moi quelquefois
Plus tard...
Quand vous serez réveillés
Pensez à celui qui chante en souriant un air désolé
Quelque part...
Le soir
[…]
Compagnons des mauvais jours
Je vous souhaite une bonne nuit
Dormez
Rêvez
Moi je m'en vais
