Bonjour!
Je me trouve très productive en ce moment. C'est fabuleux. Inespéré. Et ça ne va sans doute pas durer. Mais bon, profitons!
Je suis vannée, courbaturée, j'ai les yeux à moitié ouvert, mais je suis heureuse de vous livrer ce petit OS sur Narcissa. Il a été très long à venir, très long à écrire, et je ne suis toujours pas très satisfaite. Mais à force de le retourner dans tous les sens, force est de constater que je n'arriverai pas à grand chose d'autre.
De plus, je vous annonce qu'un nouveau chapitre de "Beau Jouet..." est sérieusement sur les rails, j'espère terminer rapidement cette fanfiction.
Comme d'habitude, merci beaucoup à toutes les revieweuses: -4181315, Nikita Lann, Capucine Maina, StephAlic, Lil's C, Fractals, Anadyomède, Aba, Witche, Cornelune, et Marine.
Disclaimer : Tout est à JKR. Et aux Surréalistes. Le reste n'est que misère.
Titre: Cadavre Exquis.
Chapitre: Fleurs et Couronnes
Résumé : Dix OS. Dix tranches de vies. Parce que la guerre laisse des traces...Des failles.
Playlist: Dead Meat de Sean Lennon (rejeton de John, toutafé), Monochrome de Yann Tiersen et Iron de Woodkid.
Le temps des Noyaux
OoO
Narcissa
Soyez prévenus vieillards
soyez prévenus chefs de famille
le temps où vous donniez vos fils à la patrie
comme on donne du pain aux pigeons
ce temps-là ne reviendra plus
prenez-en votre parti
c'est fini
le temps des cerises ne reviendra plus
et le temps des noyaux non plus
[…]
Fermez vos paupières
le marchand de gadoue va vous emporter
c'est fini les trois mousquetaires
voici le temps des égoutiers
C'était un magnifique hibou brun qui avait atterri à la fenêtre du manoir. Narcissa l'avait observé et son cœur s'était mit à battre plus fort. Elle s'était levée et avait ouvert. Une bourrasque glaciale s'était engouffrée et elle avait observé l'animal.
-Bonjour Oreste…
Elle le reconnaissait, bien sur. Un si bel animal. Il avait couté une véritable fortune à Lucius, avant… Elle passa une main sur ses plumes et se décida enfin à saisir la lettre prisonnière à sa patte. Distraitement, elle lui tendit les graines qu'elle avait préparé au fond de sa poche. L'hibou donna un petit coup de bec satisfait, avant de s'envoler.
Elle avait refermé la fenêtre. Doucement. Sans un bruit. Elle n'avait pas même prit le temps de décacheter l'enveloppe. Elle l'avait reposé sur l'armoire et s'était assise sur le fauteuil.
Elle remonta le châle sur ses épaules. Il faisait froid. Elle fixa l'âtre de la cheminée et resserra les pans de la couverture entre ses doigts.
Elle avait avalé deux petites pilules blanches en buvant un peu d'eau. Elle reposa le verre sur la table et étendit ses mains devant elle. Elles cessèrent de trembler. Doucement. Satisfaite, elle replia ses phalanges et leva la tête.
Elle ne devait pas avoir peur. Elle allait lire qu'il serait là. Qu'il serait ravi de les revoir. Elle allait pouvoir appeler la cuisinière. Elle allait lui demander de préparer un gratin de pomme de terre, des tomates dorées au four et un morceau de sanglier. Elle pourrait même préparer une charlotte aux fraises. C'était son dessert préféré. Elle décacheta l'enveloppe.
Mère,
Excuse-moi de mon absence ce midi. Les affaires me tiennent éloignée de l'Angleterre. Je t'embrasse.
Bonne Fête.
Draco.
Je l'avais laissé me retomber sur les genoux. Draco ne viendra pas. La cuisinière peut rester où elle est. Elle peut partir. Quitter la maison à grand cri. Claquer la porte en partant. Elle peut emporter l'argenterie avec elle. Draco ne viendra pas. Draco ne viendra plus jamais.
Je regarde mes mains, si blanches, si maigres. Elles tremblent, je le vois bien. J'ai entendu Lucius entrer dans le salon, derrière moi. Il n'ose pas poser la question. Et c'est tellement drôle, dans le fond. Je lui ai tendu la lettre sans le regarder.
Il ne réagit pas, il reste impassible, et lentement, avec précaution, il replie la lettre, et se dirige vers le secrétaire pour la ranger. J'ai envie de me lever, de hurler, de le saisir à bras le corps pour lui arracher ce masque qui ne le quitte jamais. Je veux le voir souffrir comme moi, je veux voir son corps le lâcher.
« Réagis Lucius, il n'a pas dit « vous ». Il n'a pas un mot pour toi. Ton fils, ton unique fils, t'a rayé de sa vie. Il te hait tellement. Et ses lettres polies qu'il se force à m'envoyer depuis huit ans, parce qu'il ne me pardonne pas, de n'avoir pas su te dire non. Nous l'avons perdu, Lucius. C'est un Malefoy. C'est un Black. Il ne reviendra pas. Et j'ai déjà connu ça, Lucius. Je n'étais qu'une enfant, lorsqu'Andromeda est partie. J'ai espéré. Encore et encore. Des jours, des semaines, des mois. J'ai vécu dans son ombre, j'ai occupé sa place. Mais elle n'est jamais revenue. On ne revient pas.
Je n'ai rien dit. Et il se frotte les mains l'une contre l'autre en refermant le tiroir.
-Peut être que nous pourrions dire à la cuisinière de prendre sa journée aujourd'hui, alors.
Je n'ai pas desserré les lèvres. « Lui dire de prendre sa journée. » Ne te pare pas d'une générosité que tu n'as jamais eue, Lucius. Dis plutôt que cela nous évitera de la payer. Dis plutôt qu'il à fallu faire condamner une nouvelle chambre à l'étage, parce qu'une partie de la toiture menace de s'effondrer. Dis tout cela, mais arrête de me mentir, de te mentir.
J'approuve d'un mouvement de poignet. Qu'il parte. Et la maison gronde, sous les combles.
C'était il y a longtemps. Une journée, sept ans plus tôt. Deux préposés du Ministère avait sonné à la porte. L'un d'eux s'était mis à parler. Un petit corps malingre et frêle. Une voix nasillarde. Du genre qu'on ne prend pas au sérieux.
-Le Magenmagot l'a décidé….C'est terminé….Plus de magie ici….Encore quinze jours...Décontamination magique…Éradication définitive…On ne pourra plus pratiquer de magie ici, plus jamais… Ça a été voté par le Magenmagot, vous comprenez ?…
J'étais derrière Lucius, et j'avais entouré mes doigts autour de son bras.
-Il y a surement quelque chose à faire.
L'autre avait souri, un horrible petit sourire.
-Oui, choisir mieux vos amis, sans doute.
Lucius n'avait pas réagit. J'avais lâché son bras et enfoncé mes ongles dans la paume de mes mains. Et quand j'avais demandé pourquoi, pourquoi nous, pourquoi notre maison, l'autre avait répondu « Pour l'exemple, Madame. »
Et pour l'exemple, Lucius n'avait pas voulu partir. J'avais passé un autre gilet et serré les mâchoires.
Lorsque vous reveniez de la revue
avec vos enfants sur vos épaules
vous étiez saouls sans avoir rien bu
et la musique militaire
vous chatouillait de la tête aux pieds
vous chatouillait
et les enfants que vous portiez sur vos épaules
vous les avez laissés glisser dans la boue tricolore
dans la glaise des morts
et vos épaules se sont voûtées
il faut bien que jeunesse se passe
vous l'avez laissée trépasser [...]
Nous vous avons condamné. Je le sais maintenant. Cette haine n'était pas la vôtre. Cette guerre n'avait pas à le devenir. Mais nous étions trop surs, trop fiers pour nous en apercevoir. Et vous étiez trop jeunes, bien trop jeunes pour faire autrement.
« Les affaires me tiennent éloigné de l'Angleterre ».
Et qu'est ce que tu fais, loin de l'Angleterre, mon fils ? Je le sais bien, moi.
Je le sais depuis ce jour où tu es revenu vers nous, malgré tout. Parce que nous étions ta famille, et que tu continuais de nous aimer.
« -La guerre à fait de nous des propres à rien. Je ne sais plus rien d'autre, Mère. »
Mère. Et ce n'était plus pareil. Il y avait de la rage dedans, de l'incompréhension. Et moi, je n'avais pas de réponse.
Mais tu étais revenu. Et c'était tout ce qui comptait. La Guerre était terminée. Tu avais quitté l'Ordre, et c'était tout ce qui comptait.
Un jour, tu m'as demandé si je savais, et je n'ai rien répondu. Bien sur que je le savais. Je l'avais lu, je l'avais entendu. Mais je n'avais pas compris.
Tu l'aimais et tu es parti. Parce que ton père et moi étions venus te voir, et que tu ne pouvais pas le lui refuser.
« C'était un bouge minable, un coin à soldat, dans les bas fonds de Londres. Le patron était un vieil indicateur de Lucius, du temps du Ministère, un homme qui ne posait pas de question, tant que les consommations et l'argent coulaient à flot.
Je ne t'avais pas vu depuis plus de deux ans, et pourtant, j'avais tout de suite reconnu ta silhouette. Tu nous attendais, assis à une table, le visage caché sous ta capuche grise. L'écusson de l'Ordre brillait au revers de ta veste. Et il y avait quelque chose de changé dans ton son visage, dans ton regard, une amertume, une douceur. Ton sourire avait quelque chose d'enfantin, tes yeux avaient brillé en se posant sur moi. J'aurai juré que ce jour là, tu étais presque heureux. Et tu étais là, devant nous, avec tes mains d'hommes, désormais, ta voix légèrement trainante et tu semblais si sur, si posé. Tu ressemblais à ton père. Tu étais un propre à rien qui n'en laissait rien voir.
« -Draco, tu n'ignores pas que nous nous sommes trompés de camp.
Ton père gardait les yeux rivés sur cet écusson d'or. Tu nous avais regardés, en silence. Ta lèvre avait tremblé, et tu avais passé ta main sur le visage.
-Qu'est ce que tu veux dire ?
-On commence déjà à nous chercher des ennuis. Il n'est pas encore mort – pas encore – et je sais déjà ce qui se prépare. Mais toi, mon fils, tu étais du bon côté.
-Nous avons déplu au Lord, c'est plus un hasard qu'un choix, avait t'il seulement continué.
-Peu importe…Tu sais ce qui nous attends, n'est ce pas ? Les interrogatoires, les perquisitions, le procès…Tu sais tout ce qu'ils vont faire subir…
Et Lucius avait posé la main sur la mienne. Je savais ce qu'il était en train de te faire. Bien sur, je voyais sa manipulation. La question en filigrane « Est-ce que tu laisseras subir ça à ta mère, Draco ? Est-ce que tu oseras ? ». Tu avais levé les yeux sur moi et ta mâchoire s'était contractée.
-Je pense pouvoir faire quelque chose pour vous, vous savez…
Lucius avait souri et avait lâché ma main pour poser la sienne sur ton bras.
-Je sais, fils. Je sais. Mais il faut que tu penses à revenir avec nous, avant qu'il soit trop tard, tu le sais aussi, n'est ce pas ?
J'avais vu cette ombre sur ton regard. Nous t'en demandions trop. Mais je n'ai rien dit, n'est ce pas ? Tu as du l'espérer, Draco. Mais je n'ai rien dit.
-Ca signifie quoi, au juste ?
-Tu ne peux pas rester dans le sillage de Potter et Weasley. Tu ne peux t'afficher avec eux comme avec… des amis.
-Nous ne sommes pas amis.
Lucius avait eu un petit sourire rassurant. « C'est bien, très bien » avait il dit. Tu l'observais, tu le scrutais, et il n'y brillait plus cette adoration de ton enfance, déjà. Tu le voyais aussi petit, aussi misérable qu'il l'était, n'est ce pas ?
-Et pour toute cette histoire, Draco. Cette…Granger. Il faudra arranger cela. C'était la guerre. Les gens n'y penseront plus.
J'avais fermé les yeux, j'étais lâche, moi aussi. Je ne voulais pas voir quelque chose qui pourrait me déranger. Me donner du remord. Ton père avait continué.
-Tu es un Malefoy, Draco, mon fils. Et tu sais bien, que tu n'es rien. Pas comme eux. C'était la Guerre. Il fallait bien se raccrocher à quelque chose. Elle te quitterait. Tu pourrais accepter çà ?
J'avais senti ta main se poser sur la mienne, et quand j'avais ouvert les yeux, tu semblais inquiet.
-Tu es pâle, Mère.
J'avais hoché la tête. J'avais serré sa main dans la mienne.
-Je vais bien, Draco. Je suis heureuse de te voir…
Je t'avais souri. Et tu étais encore un Malefoy.
Alors tu l'avais laissé.
Et je n'avais pas dit un mot. J'étais tellement égoïste, Draco. Je te voulais à moi, comme l'enfant que l'on m'avait arraché. Peu importe si tu n'étais plus que son fantôme, plein de vide et d'absence. Tu étais là. Peu importe si je t'entendais arpenter le couloir, tard le soir. Puisque tu étais là.
Je ne savais pas que je devrais le payer. Que chaque jours, à chaque repas, c'était toutes nos faiblesses, nos lâchetés, nos petites compromissions de grands aristocrates qui te sautaient au visage. Et les remords, et les regrets…
Lucius n'avait presque rien dit, pourtant. Nous étions à table, et il parlait :
-Les Greengrass ont réussi à se sortir admirablement de cette guerre. Une fortune comme la leur. Bien sur, ils ne sont pas vraiment nobles, mais ils ont des filles admirables.
Il n'en avait pas fallu davantage. Tu t'étais crispé, et tu l'avais dévisagé comme si tu le découvrais. Tu tremblais.
-Tu n'aurais pas fait ça…
Et Lucius avait levé les yeux sur toi, et tu avais compris.
-Alors c'était ça ? Ein? Ton honneur ? Ton pauvre honneur ? Ton pauvre nom ? C'était juste ça ? Vendre mon nom contre l'argent des Greengrass ?
-Draco, tu ne comprends pas. Pour notre famille…
-Parce que je ne lui ai pas donné assez, à votre famille ? A ce nom ? Quatre ans de ma vie ! Je lui ai donné quatre ans. J'ai vu crever Theodore, pour un nom. Theodore Nott, sur sa tombe, pour l'éternité. Il l'aura bien porté, ce nom. Jusqu'au bout, il lui aura fait honneur. Et Bulstrode. C'est un beau nom aussi, n'est ce pas ?. Un nom pareil, ça mérite bien de mourir à dix neuf ans, ein ? Et Pansy et son visage arraché?
-Draco…
- Et j'ai cru que tu avais compris. J'ai cru que tu voulais me protéger. Je suis parti !
-C'était une sang de bourbe, Draco ! Hermione Granger ! Sois donc un peu sérieux ! Ce n'était qu'une passade, qu'une tocade.
-Je l'aimais !
Tu as vu le dégout passer dans son regard. Le mépris. Moi aussi je l'ai vu. Alors tu m'as regardé. Et je n'ai rien dit. Je ne savais pas ce que je croyais. Tu ne lui as jamais pardonné de te mépriser. Le soir là, tu n'étais plus là. Tu étais parti.
Hommes honorables et très estimés
dans votre quartier
vous vous rencontrez
vous vous congratulez
vous vous coagulez
hélas hélas cher Monsieur Babylas
j'avais trois fils et je les ai donnés
à la patrie
hélas hélas cher Monsieur de mes deux
moi je n'en ai donné que deux
on fait ce qu'on peut
[…]
-J'ai vu cette robe magnifique pour Astoria, véritablement sublime…Mrs Monagan a même accepté de l'apprêter sur mesure et j'ai bien sur pensé que…
Elizabetha Greengrass sirotait sa troisième tasse de thé en m'expliquant dans les détails le mariage à venir de sa dernière fille. Les Greengrass s'étaient facilement remis du refus de Draco. Avec la fin de la Guerre, les noms prestigieux ne manquaient pas et valaient davantage encore qu'une lignée de sang pur. Heureusement pour eux, Astoria s'était entichée de Seamus Finigan, un compagnon de l'Ordre, ami de Potter. Après avoir marié Daphné, cette opportunité représentait pour Elizabetha un véritable don du ciel.
Elle avait commandé une seconde part de tarte, et avait continué dans sa lancée. Draco avait tenu parole. A la fin de la Guerre, il nous avait inventé un rôle d'indicateur, lui fournissant à couvert des informations pour le compte de l'Ordre. Nous avions échappé au procès, aux interrogatoires et aux photos dans les journaux. Lucius avait même pu réintégrer le Ministère. Seul le statut du Manoir formait une tâche d'encre sur notre parcours exemplaire. Mais l'acharnement de mon illustre mari à préservé le bien familial avait même fini par nous attirer un certain respect. Nous étions menteurs et pauvres, mais tout à fait respectables. Et c'était bien là ce qui avait le plus de valeur.
-…Seamus est un garçon très bien. Il est Irlandais, bien sur…Mais il reste véritablement très bien. Il n'est pas roux – je n'ai rien contre eux, bien sur – mais il ne l'est pas, tout de même. Astoria avait eu pendant un moment un penchant pour ce Ronald Weasley…Mais ça lui est vite passé.
Je serrai les lèvres, hochai distraitement la tête et rajoutai un nuage de lait dans mon café.
-…C'est une femme tout à fait charmante, cela dit. Et son mari est très bien lui aussi et…Mais…Cissy, regarde : ce n'est pas Hermione Granger qui vient de sortir de chez Fleury&Bott?
Je fus brusquement sortie de mes rêveries. Lentement, j'avais tourné la tête vers la fenêtre du salon de thé.
-Oui, c'est elle.
La dernière fois que je l'avais vu, elle devait avoir treize ans, affublée de Weasley et Potter. Là, dans cette rue presque vide, elle marchait vite, les cheveux défaits, le regard fier. Elle était passée sans même tourner la tête et Elizabetha avait hoché la tête.
-Elle va se marier, elle aussi.
Mes mains s'étaient raidies sur la table.
-Je te demande pardon ?
Elizabetha m'avait jeté un regard à demi-offusquée.
-C'était écrit dans la Gazette, il y a deux jours.
-Je ne la lis plus depuis ce qu'ils ont écrit sur nous, Beth, tu devrais le savoir…
Elle avait rougi, hoché la tête de nouveau et j'avais repris.
-…Tu sais le nom du mari ?
-Oui. Joaquim Lester. Je ne le connaissais pas, mais Daphné m'a expliqué que c'était un nom montant du Ministère. Très brillant, dans les Affaires Internationales. Il a passé la Guerre à récolter des fonds pour l'Ordre et à développer les systèmes d'évacuation des blessés. Il parait que depuis qu'elle le fréquente, elle a remonté la pente, elle prépare les concours de l'entrée au Ministère de cette fin d'année. Elle est sortie major des concours préliminaires, d'ailleurs.
J'avais sifflé entre mes dents. Le palmarès de cette gamine ne m'intéressait pas. Elle allait se marier. Et Draco avait quitté l'Angleterre pour les affaires. Il le savait, nécessairement. Je sentis une boule se former au fond de mon ventre. Au fond, je n'en savais rien. J'ignorais qui était devenu Draco, durant cette Guerre. Je l'avais retrouvé et tout de suite perdu. Et il fallait rajouter à cela huit ans d'absence polie. Mes mains crochetèrent contre la nappe.
-Beth…Je…Je suis désolée, j'avais oublié un rendez vous urgent. Je vais devoir m'en allez, tu m'excuses.
Je n'avais pas attendu sa réponse. J'avais déjà quitté la table. Je l'avais vu entrer chez Mme Guipure, au coin de la rue. J'étais restée devant la porte du magasin, comme une idiote, avant de me décider à entrer. Les patères de blousons et de robes de sorcier fourrés remplissaient les portiques jusqu'à l'explosion, et des dizaines de sorcières babillaient et s'agglutinaient autour.
Je l'avais distingué, accroupi dans le rayon des tailleurs sorciers. Et lorsqu'elle s'était relevée, nous nous étions presque retrouvées face à face. Je ne sais pas ce à quoi je m'attendais, après toute cette année. Qu'elle m'ignore, qu'elle passe son chemin en me fusillant du regard. Qu'elle me conforte dans l'idée que Draco n'avait rien perdu, que ce n'était qu'une petite garce, amoureuse de Potter et qui avait séduit mon fils par dépit et fureur.
Au lieu de ça, elle était devenue livide.
-Mrs Granger, je tenais à vous féliciter, pour votre mariage.
J'avais tendu ma main vers elle et elle n'avait pas bougé. Elle finit par la serrer, le menton levé.
-Merci, Mrs Malefoy.
Elle continuait de m'observer, et il y avait quelque chose de goguenard dans son regard. Je ne savais pas quoi ajouter, et elle continua pour moi.
-Je me demande vraiment ce que vous souhaitez apprendre en venant me saluer ainsi.
Elle avait le visage dur, tout à coup. Je ne l'impressionnai pas, pas comme les autres. Et je pouvais comprendre bien des choses alors.
-Je n'ai rien à apprendre de vous, Mrs Granger. Tout ce qu'il y a à savoir est écrit dans les journaux.
-Ça vous arrangerait bien, n'est ce pas ?
Et ça l'amusait presque. Elle s'était approchée, tout doucement, me regardant dans les yeux.
-C'est si beau, tous ces gens dehors, si sur de tout savoir, de tout connaitre. Qu'est ce que vous avez su de lui et moi, au juste ? Même moi, je ne suis pas sur d'y avoir compris quelque chose. Mais vous pouvez être fière, Mrs Malefoy. Vous avez élevé un magnifique salaud, bien comme il faut, qui ne s'encombre pas de sentiments, qui prend les filles dans son lit, avec un bon sourire…
J'ai une boule de rage au fond de la gorge. J'ai envie de la saisir par les poignets, de la trainer dehors, elle et sa fêlure dans le regard. Tu l'aimais, petite garce. Je le vois bien.
-Alors c'est donc ça, Hermione Granger ? La grande et forte Hermione Granger ? Une petite boule de rancœur, de rage et de haine ? C'est dont tout ce qui en reste ? Je voudrais savoir ce que mon fils à cru trouver chez vous…
-Vous le saviez trop bien, au contraire. Et ça vous faisait peur. « Imaginez qu'il se corrompe, imaginez qu'il l'aime… » Mais vous voyez, vous aviez tort. Ce n'est pas arrivé. Mais moi, j'aurai pu vous détruire, vous savez…
Elle avait un sourire qui flottait sur les lèvre, elle se mordit la lèvre. Et je l'incitai à continuer, du menton.
-Vous n'avez jamais servi d'indicateur pour votre fils. Tout le monde le sait. Harry, Ron, moi, lui… Mais ça arrangeait tout le monde, n'est ce pas ? Qu'il vous sauve, s'il voulait, et qu'il parte ensuite, le plus vite possible. Ils se disaient mes meilleurs amis mais ils avaient leur honneur, eux aussi. Ils ne pouvaient pas se permettre…
Je sentis mes mains commencer à trembler, et elle s'était approchée encore.
-…J'étais enceinte, Mrs Malefoy. Et si j'avais gardé l'enfant, j'aurai fait de votre vie un enfer, mais j'étais trop faible, je n'en voulais pas et j'avais encore des projets…
Un enfant…Je sentis quelque chose se retourner au fond de moi. Et puis j'avais souri, comme une dernière cruauté.
-Et vous vous croyez si supérieur, si irréprochable, face à moi, face à ma famille, à mon fils ? Le lui avez-vous dit, pour l'enfant ? Non, bien sur. Ne venez pas me faire de leçon de morale, Mrs Granger. Vous n'êtes toujours pas capable de prononcer son nom.
Sa lèvre avait tremblé, et un sourire avait fané sur son visage.
-Je n'ai jamais prétendu le contraire, Mrs Malefoy.
-Je n'ai pas espéré cela, vous savez. Dans cette triste affaire, j'ai moi aussi perdu un fils.
Nous avions baissé les armes, aussi subitement l'une que l'autre. Peut être que moi aussi, j'étais fatiguée. Ce n'était qu'une enfant, et une interrogation avait traversé son regard. Nous nous faisions face, toutes deux de glace, elle avait eu un pauvre sourire.
Et elle était partie.
Draco,
C'est long, huit ans, pour une mère. C'est long, cette absence, ces regrets. Pardonne moi, Draco, je ne savais pas – ou non, je refusais de savoir, je ne voulais pas voir. Et bien sur que tout est gâché, désormais. Elle va se marier et tu l'aimais.
Elle portait ton enfant, mon fils. Et nous t'avons forcé à partir. Je sais que tu ne le savais pas – Potter et Weasley le savaient, probablement. Mais ils ne t'ont rien dit. Ils s'en sont bien gardés, eux aussi. Nous sommes tous coupables, Draco. Et tu ne pourras jamais me pardonner parce que tu n'arriveras jamais à trouver au milieu de toute cette rancœur ce qui est vraiment ma faute. Je suis prête à accepter tous les torts, si cela peut t'aider. Mais reviens. Cesse de t'enterrer, de jouer avec ta vie. Tu mérites mieux, et si Blaise ne sait rien faire d'autre, tu trouveras, toi, mon fils.
Je ne te demande rien, Draco, mais je serai heureuse de te revoir.
Narcissa.
J'ai écrit la lettre à la hâte, et je la regarde, posée sur la table. Il m'aura fallu toutes ces années, toutes ces heures dans les grandes pièces vides, toutes ces paroles creuses dans les soirées mondaines. Tout ce gouffre, cette absence, et dix minutes face à elle.
Nous sommes coupables. A tout jamais dans votre regard. Nous vous avons laissé tuer, et c'est le plus grand des crimes. Vous étiez nos enfants, et nous n'avons rien fait.
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