Bonjour,
Je suis vraiment désolée, je ne suis pas très productive en ce moment. J'ai vraiment envie de terminer ce receuil disons assez rapidement. Pour passer à autre chose, sur "Cadavre" et "Beau Jouet" qui sont très liés, au final. J'ai d'autres projets en tête, j'espere qu'ils arriveront sur le papier assez rapidement.
Je n'ai pas été très inspirée, ces derniers temps... J'ai vaguement tenté d'écrire avec les drabbles de Noël, mais ce ne fut pas précisément une réussite.
Bref. Pansy. J'ai beaucoup bloqué sur elle. Je vous livre cet OS sans être sur de rien. Elle m'a posé énormément de problème parce que j'ai toujours utilisé Pansy comme un personnage mouvant, qui différait d'une fic à l'autre. Je tente de la figer, et ce n'est pas si simple.
Encore et toujours , un grand merci à vous : MildredFeather, Celune, lumibd, xxShimyxx, Still-hopee, Ellarwen, witchee, Mlia, Appl3 d'0r, 4181315, Fractal's, Lil's C, StephAliC, Ginny Weasley Genevieve, Basmoka, Anadyomède, Capucine Maina et Choup.
Disclaimer : Tout est à JKR. Et aux Surréalistes. Le reste n'est que misère.
Titre: Cadavre Exquis.
Chapitre: Fleurs et Couronnes.
Résumé : Dix OS. Dix tranches de vies. Parce que la guerre laisse des traces...Des failles.
Playlist: Très étrangement - car pas du tout mon style - Sky and Sand de Paul & Fritz Kalkbrenner, Cup of Coffee de Garbage et Mon enfance de Barbara.
Fleurs et Couronnes.
OoO
Pansy
[…] Les hommes sont devenus ce qu'ils sont devenus
Des hommes intelligents...
Une fleur cancéreuse tubéreuse et méticuleuse à leur boutonnière
Ils se promènent en regardant par terre
Et ils pensent au ciel
Ils pensent... ils pensent...ils n'arrêtent pas de penser...
Ils ne peuvent plus aimer les véritables fleurs vivantes
Ils aiment les fleurs fanées les fleurs séchées
Les immortelles et les pensées […]
Elle y revenait toujours. Elle avait tenté de lutter, fait des détours, pour éviter le quartier. Mais elle finissait par y retourner. Elle avait besoin de se tenir debout, sur la dalle exacte : là où elle s'était écroulée.
Et sa mère lui avait dit « Ma Chérie, tu ne dois plus faire ça. Tu ne peux pas…enfin…Tu ne peux pas y passer ta vie, dans cette rue. »
Elle avait besoin, elle. De se souvenir que c'était là, que tout s'était arrêté. Elle avait juste à fermer les yeux, et elle se souvenait de la nuit noire. De l'odeur d'ammoniaque qui vous prenait à la gorge, des pavés détrempés. Elle n'avait jamais réussi à oublier, même si les lieux avaient tout effacé.
Théo les avaient proposé pour effectuer une ronde dans le quartier. Elle avait un peu râlé. Et puis il était mort, et elle avait eu le visage défiguré.
Elle regardait les passants. Ils ne savaient pas eux, le drame sur lequel ils marchaient. Et ils n'avaient pas à le savoir. C'était le sien. Lorsque Draco, Blaise et elle ne seront plus là, personne ne se souviendra. Il n'y aurait pas de pages dans les livres d'histoire, pas de plaque commémorative accroché au bout de la ruelle. De toute façon, personne n'aurait compris. Tout disparaitra avec eux.
Et elle revoyait sa mère, dans l'hôpital de campagne anglaise, où elle avait été rapatrié. Avec ses habits élégants, ses cheveux bien mis et son maquillage soigné.
- Oh, ma pauvre chérie ! Qu'ont-ils fait à ton visage ?
Alors, Pansy l'avait détesté. Elle l'avait haï si fort, sur son petit lit, entre ses draps blanc. Mais Mrs Parkinson était restée, elle, à son chevet. Elle pouvait à peine bouger, alors elle lui avait lu la Gazette. C'est comme ça qu'elle avait appris que Draco et Blaise était partis, qu'ils avaient trahi. Et avec sa mâchoire fracassée, elle ne pouvait rien dire, elle pouvait juste se taire, et écouter grandir la terreur tout au fond.
Et sa mère, et ses mots, ses insultes, ses jugements... Elles les appelaient les traitres, les vendus, les lâches. Elle n'avait jamais de cesse. Elle ne comprenait rien, rien… Et Pansy aurait voulu hurler, la faire taire, la tuer, pour qu'elle arrête. Elle jurait…oui, que si elle avait pu, elle l'aurait fait. Elle avait fini par lui dire – avec sa voix pleine de poison – que Draco avait rejoint l'Ordre et que Blaise avait fui ailleurs, en Europe. Alors elle avait respiré, un peu mieux. Mais la haine n'avait jamais cessé, et Mrs Parkinson n'avait jamais rien compris.
J'observais mon masque gris dans le miroir de l'entrée. Il était beau. Il était élégant. Cadeau de mon père, après le rendez vous à Sainte Mangouste, et le regard désolé du médicomage.
-J'aurai pu faire quelque chose si… si la blessure n'avait pas une origine magique, et si vous étiez venu plus tôt. Mais là…Nous allons vous soignez, bien sur. Vous pourrez parler, voir…Mais votre visage… Je ne peux pas vous le rendre.
Et ma mère qui était assise à côté de moi était devenue blanche comme la mort. Je l'avais regardé en serrant les poings. J'avais supplié pour qu'une fois, rien qu'une fois, elle ait la décence de se taire.
-Vous ne pouvez rien faire ? Regardez son visage ! Ma fille était une jeune femme sublime ! Vous devez faire quelque chose…Écoutez-moi, si c'est une question d'argent…
Le médicomage avait secoué la tête.
-Tout l'argent du monde n'y changera rien, Madame. A l'état actuel de nos connaissances, toute tentative serait un risque pour sa santé.
Alors ses lèvres s'étaient tordues, et elle avait craché.
-Sa vie est fichue, de toute façon. Elle à la guerre sur le visage ! Personne n'en voudra jamais !
Je n'avais rien dit, et il m'avait rattrapé à la fin de la consultation « Vous savez, la médecine magique va évoluer, peut être que dans quelques années, la situation sera différente. Mais vous devez comprendre que je ne peux rien vous promettre… ».
Et je devais bien avouer que j'avais attendu, longtemps : un hibou, une brève dans la Gazette, qui annoncerait quelque chose. Mais rien n'était jamais venu…
J'avais fait disparaitre le masque d'un coup de baguette, et j'avais parcouru du bout des doigts les cicatrices qui me barraient toute la face droite du visage. La plus grosse allait se perdre dans les cheveux, qui avaient fini par repousser, avant d'aller barrer mon œil. Il me manquait une narine et ma joue était creuse, désormais, sillonnée de cicatrices profondes. Une autre encore, courrait le long de ma mâchoire, jusqu'à l'oreille qu'elle m'avait prise. Et je ne tressaillais même plus un peu, en voyant mon reflet. C'était moi, désormais.
[…] Et ils marchent dans la boue des souvenirs dans la boue des regrets
Ils se traînent
A grand-peine
Dans les marécages du passé
Et ils traînent...ils traînent leurs chaînes
Et ils traînent les pieds au pas cadencé...
Ils avancent à grand-peine
Enlisés dans leurs Champs-Élysées
Et ils chantent à tue-tête la chanson mortuaire
Oui ils chantent
A tue-tête […]
Nous avions tous seize ans lorsque Draco est parti. Je me souviens du silence autour de la table de la Grande Salle. De nos regards et de tout ce qu'aucun de nous n'osait dire. Et ce soir là, près de la cheminée… Peut être que pour la première fois, ensemble, nous avons réalisé que c'était aller au delà des idées. Draco avait franchi le poids des mots. Et nous ne savions pas lequel de nous en reviendrait.
Mon premier souvenir de Guerre, ce sera toujours le silence. Je n'ai pas tenu longtemps, Draco. Poudlard me terrifiait. Alors je suis venue après lui. Les gens ont le droit de penser ce qu'ils veulent. Bien sur que je n'étais pas faite pour la Guerre, bien sur que « tout ça », ce n'était pas pour moi. Mais je n'avais que ça à faire. Il n'y avait plus de projet. Ce qu'il n'a jamais compris, Draco, c'est qu'il ne nous à pas laissé le choix. En partant, il a tiré un trait sur notre monde, sur notre temps. Notre Poudlard est mort quelque part, lorsque j'avais seize ans.
Ensuite… Il y a eu Blaise, puis Théo…Et Millicent. Daphné et Tracy. Mais ça n'a rien ramené, rien reconstruit, rien ressuscité. Nous étions là. Mais ce n'était plus suffisant.
J'ai été acquitté. Daphné s'est enfuie. Blaise est parti. On ne les a jamais recherché. Toutes les personnes que Draco a pu sauver grâce à ses petites magouilles et son influence, il les a sauvés. Les autres, eux, étaient déjà morts.
Et puis un jour, Draco était derrière ma porte. Je l'avais invité à prendre un café et je me souviens très bien, il n'arrivait pas à me regarder. Il avait ses mêmes manières larges, ses mêmes airs. Il me plaisait toujours, un peu vaguement, de loin.
Et puis il m'a demandé s'il pouvait squatter le canapé. Je lui ai donné une chambre et nous n'en avons plus jamais reparlé.
Ce fut une drôle d'histoire, cette Guerre. Il y a les quartiers qui me reviennent à l'esprit, l'odeur acre des entrepôts d'entrainements. L'odeur du propre, du savon noir et du sol de nos planques sous les toits, toujours briqué de près. Le fumet des potages que Blaise nous cuisinait, avec ses butins du marché noir. Quelque chose de ces hivers glaciaux, où il gelait des nuits entières. Nos heures statiques, près des baraquements – frigorifié.
Le bâton de réglisse que Théo avait invariablement coincé entre les dents. Sa manière imperturbable de lever le nez au vent, de repositionner sa cape sur les épaules.
Cette cape…Le tissu rêche et roide. Sa lourdeur coutumière lorsque nous rentrions de missions, gorgée de pluie… Quand j'y songe, dans le glacis de l'hiver, j'ai l'impression de voir émerger de la Tamise nos ombres détrempées. Et comme autrefois, le monde tremble un peu.
J'ai traversé le couloir de l'entrée, confusément. J'avais vu la lumière dans la cuisine, de la rue. Je sais qu'ils sont là.
Draco dort. Il est prostré sur le canapé, et il ne bouge pas. Je ne l'avais pas vu depuis des semaines. Mais il est là, il est revenu. Et l'odeur de Blaise flotte partout dans l'appartement.
J'ai observé son visage. Ses traits tirés – même dans le sommeil. Son visage creusé, sa barbe naissante. Parfois, Draco me fait peur.
J'ai fermé les rideaux d'un coup de baguette et j'ai allumé la cheminée. Je sais qu'il est encore là. Je le sens. Je suis rentrée dans la cuisine et j'ai mis du thé à chauffer.
Blaise ne dit rien. Il épluche une clémentine, lentement, avec ses manières détestables.
-Je te l'ai ramené entier, tu vois…
-Je n'ai rien dit.
-Je te connais, Pansy.
Toujours ce petit sourire en coin. Comme si tout l'amusait. Il a disparu pendant huit ans et il est revenu, un soir, comme une fleur. Draco n'a rien dit, n'a rien expliqué. Je ne lui ai rien demandé. Comme si ça n'avait pas d'importance.
-Tu devrais t'en aller.
Je suis raide, devant lui. Un sourire flotte sur ses lèvres. Il sait. Il sait que l'appartement est plein de chambres vides. Il sait que je vois ses cernes, tout autour des yeux.
-Pansy…Ce n'est plus un gamin. Tu n'es pas sa mère.
-Et toi tu n'as aucune leçon à me donner. Qu'est ce que tu viens foutre ici ? Regarde-le ! Il est dans un état lamentable ! Cinq ans Blaise ! Cinq ans qu'il vit ici…Que j'essaye de construire…
-Quoi ? Que tu essayes de construire quoi, çà m'intéresse drôlement, tu sais.
-Quelque chose ! Je n'en sais rien !
J'ai sorti les dents et je me suis rapprochée de lui. Blaise ne détourne pas le regard. Jamais. Alors qu'après toutes ces années, Draco a encore du mal à affronter mon visage.
-Je vais te confier quelque chose : c'est lui qui est venu me chercher. Il m'a retrouvé et il m'a demandé de l'accompagner. Je ne le mène nulle part, Draco. Je me contente de le suivre.
-Menteur !
Il a lâché le rebord de la table et je crois bien qu'il a été à deux doigts de me gifler. Ses yeux ont glissés et se sont arrêtés à la chaine autour de mon cou. J'ai déjà détourné la tête.
-Fiche le camp !
-Pansy…
Il a posé une main sur mon épaule et une tristesse gluante me scie le ventre.
-Tu ne peux pas le sauver contre son grès… Il ne veut pas…Et depuis qu'il a appris…pour elle.
Elle… Il a dit tout cela très vite, et j'ai presque hurlé
-Je sais. !
Je tremble
- On a déjà tous assez payé, Blaise ! C'est suffisant non? Il n'y avait plus que nous deux, ne viens pas tout gâcher… Ce n'est pas parce que Draco à cette faiblesse que tu dois l'accompagner…
Il semble triste.
-Tu me crois plus fort que lui, Pansy…
Je ne comprends pas, j'ai levé la tête, pour chercher son regard. Il secoue la tête.
-Moi non plus Pansy, je ne sais rien faire d'autre…
Il semble désemparé soudain.
-Alors pourquoi est ce que les autres, y arrivent, eux ? … Vous êtes faibles…
J'ai craché. Je pleure. Je l'ai senti s'approcher soudain et me maintenir debout.
Je me suis levée tôt. J'ai erré dans l'appartement et Blaise n'était plus là. J'ai entendu Draco se lever et aller dans la cuisine. Alors je l'ai rejoint. Il me regarde, en buvant son café. Il ne me lâche pas des yeux, alors que je vais et viens dans la pièce. Je suis aussi bonne qu'un Malefoy à ce petit jeu là. Je me suis mise face à lui, posant mon menton au creux des paumes, accoudée contre le bar.
Il soulève un sourcil et trempe sa tartine dans le bol de café fumant. Cette manière qu'il a de mordre dedans à grand coup de dents me serre le ventre.
Il mastique, imperturbable, continuant de me fixer. J'ai levé les yeux au ciel et un sourire vient glisser sur ses traits figés.
-Sombre con…
C'était à peine un murmure mais il a ricané doucement alors que je poussais une chaise pour m'installer en face de lui, mon thé à la main. Il tranche un nouveau généreux morceau de pain dans la miche de campagne encore fumante, déjà à moitié éventrée.
-Tu as faim ?
J'ai secoué la tête, l'observant étaler avec application beurre et confiture d'abricot sur sa tartine. Il y a quelque chose de foutument juvénile dans le festin gargantuesque que Draco affiche devant moi. D'enfantin même, qui brille dans ses yeux un peu éteint. Je ne peux m'empêcher de le détailler : ses cheveux mi-long qui battent contre sa nuque, son menton un peu pointu, les quelques poils rêches sur ses joues - rescapés du rasage rudimentaire du matin -, les petites ridules qui marquent déjà le coin de ses yeux…
-Tu le fais encore.
Il sourit franchement, maintenant.
-…Quoi ?
-M'observer. Tu sais bien…A chaque fois que je reviens, c'est la même chose. J'ai l'impression de passer un examen d'entrée.
-Draco…
Il a léché un de ses doigts plein de confiture, levant l'autre main en l'air, en signe de reddition.
-Je n'ai rien dit.
Machinalement, j'ai commencé à essaimer les miettes de pain autour de ma tasse de thé.
-Où est ce que vous étiez ?
Il semble réfléchir, prenant appui contre le dossier de sa chaise.
-Tu sais bien que je ne peux pas te le dire.
-Le problème Draco, c'est que tu ne peux rien me dire. Ni pour qui tu travailles. Ni où. Ni pourquoi…
Il secoua la tête vivement, sifflant.
-Ca ne te concerne pas.
-Tu vis chez moi, il me semble que ça me concerne un minimum.
Draco a pincé les lèvres.
-Si ce n'est que ça, je peux partir.
J'ai serré les mâchoires brusquement et il sent qu'il est allé trop loin. Une nouvelle fois, il renonce.
-Ok. Pansy…
Je le regarde toujours.
-…Nous étions en Europe, et ça a été la merde. Les choses ne se sont pas passées comme prévu. On devait y rester trois jours… Mais nous sommes en bon état, d'accord ?
-Jusqu'à la prochaine fois… Ce n'est pas un jeu !
-Nous ne jouons pas !
Tu es calme. Tu avales une lampée de café et tu te maitrises admirablement. C'est de la haine que je ressens, brusquement.
-Te faire buter comme un con ne la fera pas pleurer, tu sais.
Il a reposé son bol, sans ciller.
-Ne me parle pas d'elle. Je ne t'autorise pas.
Je ricane.
-Je me passe de ton autorisation. Elle. Tu es si pitoyable, avec ta dévotion idiote. Je hais Hermione Granger. Je l'ai haï et je continuerais encore. Je n'ai pas peur du nom d'une petite catin dans son genre…Potter, Weasley – lesquels, d'ailleurs ? -, tu n'étais qu'un crétin de plus. Arrête avec cette fille ! C'est ridicule !
Il s'est levé lentement et m'a soulevé de ma chaise.
- Tais-toi, Pansy. Ne dis plus rien. Ne me parle pas de ridicule et de dévotion, tu es d'accord ? Blaise et moi, nous avons parlé, cette nuit. Il s'inquiète. Il a vu le collier à ton cou. Il m'a demandé si tu le portais depuis longtemps. J'ai dit que oui, bien sur. Il semblait horrifié. « C'était le pendentif de Théo. » …
Il rit, et il m'agrippe plus fort encore.
-Théo, ein ? Alors c'est ça, depuis huit ans, tu veilles un mort ? Théodore Nott. Tu lui adressais à peine la parole… Et tu voudrais me faire la morale?
Je me suis dégagée et mes mains tremblent.
-Laisse Théo en dehors de ça ! Théo ! Théo était moins faibles que vous deux, et ça te bouffe.
-Mais lui, il est mort.
Et tu souris. Quelque part, je le savais. Tu es vivant, et ça règle la question. Tu as gagné, puisqu' il s'est laissé tuer.
-Alors c'est pour ça ? Tu n'en finis pas de survivre… Tu trompes la mort, et ça te semble être formidable ?
Je vois ta paupière tressauter.
-Pansy, arrête.
-Tu as détesté Potter toutes ces années, parce qu'il n'avait qu'un mérite : avoir survécu. Mais tu es fait du même moule, en fait. Tu crois qu'on préserve les meilleurs ? Tu te sens élu ? Elle ne te fait pas peur, la mort ?
Je me suis approchée brusquement et j'ai saisi sa main, pour la poser contre mon visage. Tu m'as giflé.
Il y a des enfances qui ne reviendront jamais. Et je pleure. J'ai fermé la porte de ma chambre, je l'ai barricadé de sort. Et je pleure. J'ai mal, et j'ai l'impression qu'on m'arrache quelque chose, encore.
Théo est mort. Et ceux qu'il avait connu aussi. Je nous sens nous éloigner.
En quittant Poudlard, j'avais observé une dernière fois le grand couloir menant aux escaliers. Et j'avais songé que je reviendrais. Que ce ne serait qu'une question de mois, que je rattraperais mon année….
La Guerre a duré cinq ans.
Et moi, j'ai perdu mon visage. Alors non, je ne suis pas revenue. Aucun de nous. Poudlard ne nous avait pas attendu. Il n'était plus pour nous…Nous ne l'avions pas compris…Nous pensions que notre Poudlard, il demeurerait là, quelque part…
Mais il nous a quitté le jour où nous avons choisi de grandir trop tôt, de partir si vite. Alors il n'y a plus eu de place pour notre enfance et notre adolescence. Elle a été perdue quelque part, sur les champs de bataille. Entre les dalles rouges de sang.
Draco frappe contre la porte.
Il se trompe…
Théo était celui qui nous a suivis sans nous voir. Il parlait peu. C'est lui, pourtant, qui a dit le premier que nous allions perdre cette Guerre.
Et cette nuit là…Une devanture avait explosé devant nous, et nous avions couru… Je me souviens du gout métallique dans ma bouche, du sang pulsant contre ma tempe. Et j'étais seule, perdue. Quelqu'un m'avait saisi par les hanches et j'avais rué furieusement, avant de reconnaitre la cape noire. Et tu étais là…Tu avais plaqué ta main sur ma bouche, et j'avais hoché la tête. Alors ta main avait glissé et tu avais laissé tomber ton front contre le mien, épuisé. Tu tremblais, et finalement, tu avais souri. Nous avions attendu… Ton corps plaqué contre le mien, ton souffle erratique contre ma nuque. Et si chaque explosion au loin me faisait chanceler, tu me retenais… La peur avait beau me nouer les entrailles, un plaisir violent me submergeait. Je t'ai désiré tellement cette nuit là…Je m'étais juré de te revoir plus tard, en rentrant…
Je n'ai jamais pu.
Les ruelles ont retrouvé un semblant de calme. Nous avons rejoint Blaise et Draco. Nous rentrions….Et puis tu t'es retourné. La mort. Elle a pris une partie de mon visage, elle s'est accrochée à ce qu'elle pouvait, mais elle n'a pas réussi à tout prendre parce que tu avais saisi mes doigts pour me pousser en arrière. Je ne sais même pas si j'ai eu le temps de hurler. Le choc avait du m'étourdir quelques secondes. Et déjà, Blaise était sur moi, l'air horrifié. C'est étrange comme la douleur était absente, alors. Il me tirait en arrière, et j'avais ton corps au loin.
« -Il faut aller le chercher ! Il a besoin d'aide ! »
Et j'avais presque entrainé Blaise à terre, en tentant de faire demi-tour. Alors Draco m'avait saisi à bras le corps. Il m'avait giflé en hurlant.
-Il a été coupé en deux, Pansy ! Il est mort !
Le reste, je l'ai oublié.
La porte a fini par s'ouvrir et j'ai senti quelque un me tirer brutalement en arrière. Il y a quelque chose dans le regard de Draco qui demeure. Je m'y accroche.
Même si parfois, nous sommes obligés de nous haïr. Alors j'ai emmêlé mes doigts avec les siens, et j'ai serré jusqu'à ce qu'il hoche la tête.
[...] Mais tout ce qui est mort dans leur tête
Pour rien au monde ils ne voudraient l'enlever
Parce que
Dans leur tête
Pousse la fleur sacrée
La sale maigre petite fleur
La fleur malade
La fleur aigre
La fleur toujours fanée
La fleur personnelle...
...La pensée...
Il a raison, Théo. C'est vrai que je ne te connaissais pas. Mais c'est très bête, quand tu es mort, je suis tombée amoureuse de toi.
Alors? J'espère avoir votre avis.
Une petite review?
