Bonjour !

Aujourd'hui encore, je ne suis pas vraiment ponctuelle. Je sais, c'est mal. Je pense notamment à un petit débat que j'ai pu avoir sur LJ avec une lectrice, concernant le manque de respect supposé des auteurs vis à vis de leur lecteur, en ce qui concerne les délais d'attente. Je tiens juste à dire que je m'excuse si les retards peuvent parfois donner cette impression, mais il devient finalement de plus en plus dur d'allier temps et inspiration.

En plus, ces derniers temps, j'ai été accaparé par la découverte de série fabuleuses. Je suis juste devenu totalement fan de la série Sherlock de la BBC . Cette série est juste absolument parfaite. Entre Sherlock qui est un sale con, supérieurement intelligent, hautain, sarcastique et autoritaire, absolument génial, John Watson, le mec le plus trognon de l'univers. Irène Adler, la femme fascinante par excellence et Moriarty...L'un des méchants les plus génial que j'ai pu voir depuis longtemps.

Et puis dans ma période de frustration intense, une fois terminée, j'ai découvert Doctor Who ( C'est une honte d'avoir mis tant de temps à m'y mettre...) et Torchwood. Et ce fut fait. Les anglais ont eu raison de moi. J'aime le Doctor. J'aime Rose. Et quand je serais grande, je voyagerais dans l'univers avec la TARDIS.

Alors voila, si vous avez des heures à perdre ( et des nerfs. Et quelques neurones). Il ne faut plus hésiter !


Encore et toujours , un grand merci à vous : MildredFeather, Arrion, Celune, lumibd, witchee, Harmonia Necteri, MissHermioneJeanGranger, StephAliC.

Disclaimer : Tout est à JKR. Et aux Surréalistes. Le reste n'est que misère.

Titre: Cadavre Exquis.

Chapitre: Fleurs et Couronnes.

Résumé : Dix OS. Dix tranches de vies. Parce que la guerre laisse des traces...Des failles.

Playlist : Beaucoup de Max Richer, de This Mortal Coil et le remix de I Follow Rivers de Lykke Li par The Magician Remix.


Fiesta

OoO

Draco


Et les verres étaient vides
et la bouteille brisée
Et le lit était grand ouvert
et la porte fermée
Et toutes les étoiles de verre
du bonheur et de la beauté
resplendissaient dans la poussière
de la chambre mal balayée
Et j'étais ivre mort
et j'étais feu de joie
et toi ivre vivante
toute nue dans mes bras

[Jacques Prévert]


J'avais tourné à l'angle de la rue, dégrafant la cape de mes épaules et la fourrant d'une main à l'intérieur de mon blouson. J'avais déjà chaussé une paire de lunette, enfoncé une casquette sur mon crane, remontant la fermeture de l'autre main, et rentrant le cou dans les épaules. L'opération ne m'avait pas pris plus de cinq secondes, juste le temps de me fondre dans la foule du Londres moldu. J'avais sciemment changé de rythme, calquant mes pas sur ceux de la masse compact de l'avenue. Ruelle à gauche, une autre à droite. Je rejoignis plus posément l'artère perpendiculaire à la rue principale. J'étais seul. Désormais. Je plongeai les mains dans les poches, terminant rapidement les dernières encablures. Le pub était au début d'une ruelle mal embouchée et mal éclairée. L'atmosphère était humide, poisseuse et un nombre d'étudiants passablement ivres occupaient déjà la chaussée. Je me faufilai à l'intérieur.

Il était là. De dos, toujours. Je m'étais discrètement assis sur la chaise face à lui, laissant tomber la casquette sur mes genoux.

-J'avais dit : Zabini.

De Pierrebourg n'avait même pas levé la tête. Il avait fait un rapide signe de la main, à destination du serveur.

-Et les chiens du Ministère continuent de me suivre.

-Je pensais que tu trouvais cela…Distrayant ?

-Il faut croire que je me lasse

-Semés ?

-Evidemment…

Le serveur avait déposé deux tasses de café devant nous. De Pierrebourg avait distraitement porté un doigt à sa moustache parfaitement taillée. J'avais continué

-Vous ne seriez pas là, sinon…

Une lueur joyeuse pétilla dans les yeux du français.

- Depuis ta reprise du service, tu inquiètes les services de renseignement du Ministère … Je dois donc découvrir pour qui tu travailles.

Un sourire.

-Mais j'arrange bien vos service de contre-espionnage, alors…Il ne faudrait pas réellement que l'on découvre mon véritable employeur.

Autre sourire.

-En somme. Et crois-moi, ménager la chèvre et le chou est sans doute la meilleure option.

- Il faut bien contenter Potter.

-Et m'assurer que j'emploi du personnel compétent.

Il avait reposé sa tasse dans la soucoupe, alors que je tournais le regard vers lui. Il continua.

- … Mais je n'ai pas fait appel à toi. J'ai demandé Zabini.

Ma mâchoire se crispa, machinalement. J'étais habitué à ne pas poser de questions Le mercenaire exécute, encaisse et se tait. L'expérience n'était pas bien différente de celle du soldat, dans le fond…Le salaire juteux en plus. Peut être que c'était ça, le plus perturbant, dans le fond.

Une fois mise à terre les rhétoriques ronflantes de l'honneur, du devoir et du sacrifice pour la patrie, il restait la mécanique. Huilée, impeccable, rodée du côté du Lord, pendant des années... Il n'avait pas fallu attendre deux mois pour que De Pierrebourg nous contacte : le Ministère. Et en sous main, Lupin. Nécessairement.

Du ménage à faire. Des choses à clarifier. Le Sacro-saint temple d'Harry Potter était désormais notre unique employeur. Et Blaise, certain que tout se faisait derrière le dos du Survivant. J'étais presque de son avis. A cette différence près que j'avais tendance à croire que ne rien savoir l'arrangeait bien.

Potter est du genre à y faire semblant d'y croire : à sa connerie de justice, à son Ministère de la sainteté…Et Lupin réglait les affaires, en silence. Comme il l'avait toujours fait.

-Blaise n'est pas disponible.

-Foutaise.

Il ne cessait pas de sourire.

-Vous voulez mon avis ? Cette histoire pue, Olivier. Blaise ou moi, vous n'avez jamais rien trouvé à redire, pas un mot. Et maintenant, vous précisez un nom ? Il y a quelque chose d'autre, c'est plus gros…

-Et ça te fendrait tellement de voir « plus gros » aller à un autre que toi ? Draco, tu ne grandiras donc jamais ?

- Allez-vous faire foutre.

J'avais craché. Il secoua la tête en terminant son café, fit un signe vers le bar.

-Tu fais une erreur, en venant ici. Tu le sauras bien assez tôt, mais qu'importe ? Lupin a toujours ce désir idiot de te protéger. Il pensait que tu lui ferais confiance…Mais un Malefoy ne fait confiance à personne, je présume ?

J'avais froncé les sourcils. Pour la première fois, De Pierrebourg se découvrait un peu, une veine pulsait contre son front. Evoquer son supérieur direct n'était pas dans ses habitudes. Lorsque nous convoquions Lupin, dans nos entrevues clandestines, il restait l'ombre.

Le serveur déposa deux verres de whisky sur la table, remportant avec lui ma tasse pas encore entamée. D'autorité, le français posa sa main sur le verre que je m'apprêtais à saisir. « Plus tard ». Et c'était presque un murmure. De l'autre main, il sortit un papier de sa poche. Brun, rigide, plié en deux. Un nom. Le nom.

« Une tête que nous voulons. Proprement. Dignement. Mais si le Ministère venait à vous mettre la main dessus, à nos yeux, vous n'existeriez plus. »

L'homélie habituelle. J'avais déplié le papier, presque fébrilement. Il m'avait fallu le relire, encore, pour vraiment comprendre.

Joaquim Lester.


Olivier de Pierrebourg avait fait glisser le whisky face à moi.

-Je ne comprends pas.

Draco Malefoy avait replié ses doigts autour du verre. Et il avait froissé le morceau de papier au creux de sa main.

-Nous ne te demandons pas de comprendre. Evanesco !

L'ancien mangemort avait déplié ses longs doigts fins, qu'il avait observé, comme légèrement sonné.

-Elle…Elle va l'épouser.

Sa voix avait glissé, avant de se raffermir. Le Français avait un peu de tendresse pour ce gamin, dans le fond. Un peu comme Lupin. Même si plus aucun d'eux n'étaient vraiment des gamins. Mais c'était comme s'ils étaient tous restés figés, à cette époque incertaine qui leur avait demandé d'être des bourreaux avant mêmes d'être devenu des hommes. De Pierrebourg avait répondu, doucement.

-C'est pourquoi j'avais stipulé Zabini.

Il avait seulement fait mine de se lever que Malefoy avait jailli, saisissant son poignet

-Non !

Le français s'était arrêté, semblant écouter.

-Si vous ne me dites rien, j'irai trouver Lupin…Aux yeux de tous, s'il le faut.

Un sourire avait flotté sur le visage du conseiller. Malefoy avait repris, un ton plus bas.

-Vous savez que je le ferais.

-Bien sur que je le sais.

Alors De Pierrebourg s'était assis. Il avait murmuré

-C'est un nom, Draco. Rien qu'un nom de plus…

-C'est un membre de votre Ministère. Eminent fonctionnaire, promis à un brillant avenir… J'ai lu les journaux ! La Gazette en a fait ses choux gras depuis…Depuis que le mariage a été annoncé. Alors quoi ! Un égo, qui devient trop encombrant ?

Cette fois, le français avait ri.

-Je me fiche de son orgueil. Je me fichais de lui, Draco, lorsqu'il n'était qu'un petit cadre, d'un bureau quelconque du Ministère. Il pouvait faire ce qu'il voulait, cette ordure…

Une colère froide avait accompagné les mots. Et l'accent de De Pierrebourg était ressorti plus vif alors, plus tranchant.

-Cette ordure ?

-Il a travaillé au Ministère pendant la Guerre. « Fonctionnaire de la haute », comme on disait à l'époque, peut être que tu t'en souviens… Lester était en charge du périphérique Ouest de Londres, aux confins de la Tamise. Il y avait eu des irrégularités dans son secteur…Mais…Après tout, comme ailleurs…Quand le conflit s'est terminé, il a été décoré, comme tous ceux de la Haute.

-Il y a un mais…

-Un jour, on m'a demandé de rouvrir un dossier…Blessure dans les quartiers qu'il gérait à l'époque, besoin d'un certificat…Il m'a fallu à peine trois minutes pour comprendre que quelque chose clochait sérieusement : anomalies, rapports falsifiés, erreurs dans les dates, des pertes humaines disproportionnés …Quatre-vingt seize hommes ont transité par son secteurs. Seul sept en sont revenus…Les autres sont morts…Ou disparu.

Malefoy avait serré les lèvres.

-Ce type était un bourreau, Malefoy. Il travaillait avec le Lord, cette ordure. Il utilisait la Tamise pour le transit de marché noir : c'était juteux, rapportait beaucoup et il ne se mouillait pas trop…Mais le Lord lui a demandé plus…

-Plus ?

-Tu te souviens des évacuations de bordures de la Tamise ? Dans son secteur : soixante quinze femmes se sont envolés des registres. Si personne n'avait cherché à cet endroit précis, personne ne l'aurait jamais remarqué.

- Trafic humain.

Il avait hoché la tête.

Les dernières années furent les plus sombres…

De Pierrebourg n'avait pas besoin de parler. Malefoy les avaient vus, ces premières cargaisons de femmes, qu'on livrait pendant la nuit. Nott avait même été chargé de la sécurité d'un convoi, une fois…Il en était revenu malade. Hagard. « Pour remonter les hommes », comme disait les directives.

C'était sa solution, lorsque les prostituées ont désertés la ville…

De Pierrebourg s'était massé la tempe. Les prostitués de ce temps là, il s'en souvenait : le visage bouffi, les lèvres fendues. Elles étaient en premières lignes, morflaient plus que les autres, parce que dans le fond, tout le monde s'en foutait. Il avait du en traiter, des histoires de soldats dépassant les bornes, dans son propre camp…Alors de l'autre côté…Il ne préférait pas y penser. Seulement, un jour, les filles de Londres s'étaient envolées à Belfast. L'arrière garde, là ou transitaient les blessés et où l'on formait les jeunes recrues.

Ce fut après la Guerre, que l'on avait découvert que Voldemort avait décidé de régler les choses…A sa façon.

- Et il est là, Malefoy. Cette enflure…Avec les articles dans la Gazette …Ca lui donne des idées, il brigue de hautes fonction, désormais…

- Les vôtres, peut être…

Devant le regard du Conseiller, Draco avait ouvert les mains

- Moi aussi, j'ai mes informations. Un Français, troisième hommes…Mêmes chez les sorciers, ça fait grincer des dents.

- J'ai risqué ma vie pour votre nation. Je la sers depuis des années.

Cela, Malefoy le savait.

- Les gens ne sont pas reconnaissants, Olivier. Ils oublient…

C'était presque une question.

- Moi je n'oublie pas. Nous le voulons morts. Cette histoire sortira – tôt ou tard. Et il vaut mieux qu'il soit alors dans une tombe, que Premier Ministre

- Et…Elle.

Le Français avait secoué la tête.

- Cette histoire va bien au delà d'elle.


Il avait retrouvé le chemin sans même le chercher. Il se souvenait qu'avant, ils étaient resté là. Il reconnaissait cette terrasse de café – c'est là qu'il s'était usé les yeux sur des cartes défraichies. C'est là qu'on leur servait du Leoxor -le café tord-boyau, peut être le plus infâme de Londres. C'était cette pièce un peu chagrine, cet endroit un peu miteux, que l'Ordre avait réquisitionné, et qu'ils avaient hanté pendant quelques mois. C'était là, près de la grande glace du fond de la salle, qu'il l'avait fait rire pour la première fois.

Elle avait jeté la main devant sa bouche, et levant l'autre en l'air, elle avait juste murmuré « Désolé. ». Mais ses yeux souriaient encore.

Ce n'était pas le moment. A cette époque, ce n'était le temps pour rien. Alors ils n'avaient rien demandé. Elle avait noué ses doigts autour des siens, un soir, alors que les nouvelles étaient mauvaises. Il ne sait pas pourquoi il avait serré plus fort. Ce n'était rien. Pas même une promesse. Pas même un mot.

Il lui avait fait l'amour, là bas. Entre deux couloirs, derrière une porte mal fermée. Elle avait gémi contre son épaule, il se souvenait encore…

-Monsieur ?

Le garçon attendait devant lui, l'air pressé, indifférent… Malefoy avait fouillé la pièce autour de lui, comme pour trouver une réponse.

-Vous auriez du café Leoxor ?

Le serveur avait plissé le nez, comme face à une trop mauvaise blague.

-On n'en trouve plus depuis une éternité…Et il n'y a pas de quoi s'en plaindre, Ser…

-Depuis la fin de la Guerre…

-Pardon ?

-Je disais…Depuis la fin de la Guerre. Ce n'est pas si vieux.

Le garçon avait soufflé entre ses dents.

-Je vous sers quelque chose, alors ?

Non, il n'y avait plus rien à attendre ici. Plus rien à chercher. Est-ce qu'il y avait même quelque chose à regretter ? Il n'y avait rien de plus.

-Un café crème. Merci.


Il avait été à la fois vieillard. Et puis jeune étudiant. Ensuite, homme d'affaire pressé. Il remontait l'artère désormais, la casquette enfoncée jusqu'aux yeux. Plus loin devant, Joaquim Lester remontait doucement la rue.

C'était devenu comme une habitude, Draco aimait les suivre. Oh, jamais bien longtemps. Quelques jours, une semaine… C'était comme rentrer par effraction, s'imprégner de leur vie, se familiariser avec leurs gestes, leurs habitudes… Il fallait au moins ça, se disait t'il. Au moins ça pour pouvoir les attendre un soir et les tuer sans ciller.

Et lui, loin devant, ne se doutait de rien. Et Malefoy avait été un peu déçu, dans le fond. Joaquim Lester était ordinaire. Mesuré, poli, aux manières enjôleuses. Il partant tôt le matin. Rentrait tard. Il saluait les serveuses au bar. S'effaçait pour laisser passer les personnes âgées. Il n'avait pas ce visage rassurant du salaud, de l'ordure. Il n'était même pas laid. Il avait un beau visage, lisse, de gendre idéal. Et peut être que c'était ça, qu'elle avait aimé chez lui. Un visage sans marque, sans passé.

Son estomac s'était noué et instinctivement, il avait saisi le manche de sa baguette. Blaise avait raison. Mercenaires. Ils n'étaient plus que ça.

Il l'avait observé gravir les trois marches du perron avant de faire demi-tour.


Elle était recroquevillée sur l'un des fauteuils du salon. Endormie. Machinalement, il avait saisi la couverture pliée sur le sofa pour la couvrir. Elle était si menue, si frêle, parfois, il lui semblait qu'elle était en train de pâlir depuis des années. Et souvent, il avait peur de la perdre. Petite Pansy, avec ses grands yeux cernés de noir. Elle le terrifiait tellement. Quelque chose était resté là-bas, sur les pavés. Avec Théo, il y avait bien longtemps. Elle pouvait dire ce qu'elle voulait, feindre le sourire : il y avait ce vide.

Mais elle était là. Chaque soir.

Il avait ouvert la porte fenêtre du salon et avait allumé une cigarette. Une porte du couloir avait été refermé, et il avait attendu, sans surprise. Blaise était sur le seuil du salon, l'air vaguement hagard.

- La maitresse de maison t'a offert une chambre, finalement.

Zabini avait eu un demi-sourire et avait jeté un regard sur la silhouette endormie.

-Elle a eu pitié.

-Elle a eu tort.

Malefoy avait secoué la tête, avant de tendre une cigarette. Blaise l'avait porté à ses lèvres, puis s'était avancé sur le balcon.

-Sans vouloir te vexer, Blaise, tu as une tête à faire peur.

-Va te faire foutre.

Il avait penché la tête en arrière et un rire nerveux avait secoué ses épaules.

-..La vérité, c'est que notre petite tournée m'a totalement foutu en l'air.

-Tu finiras par t'y faire…

Blaise avait observé Malefoy en coin.

-Tu ne vas pas y arriver…

- De quoi est ce que…

Zabini avait secoué la tête.

- Pas avec moi, Draco. Je t'ai suivi ces derniers jours.

-Tu n'es pas censé…

Et Blaise avait souri, de son grand regard dont la tendresse débordait encore.

-Mais je fais quand même. Tu sais bien.

Draco avait jeté un regard dans le salon, nerveusement. Puis avait refermé la fenêtre, alors que Blaise continuait.

-Tu n'arriveras pas… si tu t'obstines à le suivre. Tu cherches quoi ?

-Rien. Je ne cherche rien.

Et Draco observait fixement devant lui. Si calme, soudain.

-Draco…

-Ma mère m'a écrit, tu sais.

Et Blaise n'avait rien dit. Il avait porté la cigarette à ses lèvres, regardant la fumée faire des arabesques. Le soleil déclinait lentement, et il y avait une sorte de langueur paresseuse qui s'étendait sur la ville. Malefoy continuait.

-Je croyais que tout ça était mort. Enterré. Et une lettre… Je voudrais les détruire, Blaise : Potter, Weasley, mon père. Et je te jure que je ne cillerai pas. Mais Lester…Je n'ai pas de haine pour ce type. Et malgré ce que je sais sur lui, je ne sens rien… Cette colère froide, qui m'a permis de faire ce… métier. Cet abatage en règle : je ne l'ai plus. Plus pour tout le monde…Seulement eux…

-La lettre…

- Elle était enceinte. Quand je suis parti.

L'accumulation de nuage gris pesait lourd et quelque chose se mit à gronder au loin, étouffant un peu plus encore l'atmosphère saturée. La main de Draco caressait le rebord de la balustrade, nerveusement.

-Et ils savaient, Blaise : Potter et Weasley. Et ils m'ont fait partir. Et elle… Je crois qu'elle a compris alors… Que j'étais un lâche… Mais qu'ils étaient peut être pire que moi.

Alors Blaise avait posé la main sur celle de son ami. Sans rien dire. Et Malefoy avait détourné le regard.


Parfois, cela le réveillait la nuit : hagard, à bout de souffle… Il rêvait de son corps et ça le brulait. Et il rêvait seulement de la prendre, encore. A moitié ivre. Ca lui tordait tellement le ventre qu'il se mettait à gémir, comme un enfant, incapable de se maitriser. Alors il fallait se lever et marcher. Arpenter la chambre, le couloir, et puis attendre. Et quand le désir était trop fort, il ne lui restait plus qu'à sortir : retracer ses lieux de mémoires. Il retrouvait ses pas, reprenait le chemin des rondes, restée si familières. Il pouvait passer des minutes acculé contre un porche, les tempes vibrantes et les souvenirs trop tendres, encore.

Hermione Granger l'avait rendu faible. Il s'était cogné à ses certitudes. A ses regards. Elle le faisait parler. Avec elle, il n'y avait jamais de cesse. Il fallait combler, engloutir les inconstances de mots. Il fallait répondre, se justifier. Et il avait eu cette faiblesse de l'accepter. Elle le regardait, avec son regard trop fier.

Et puis un matin, en se levant, il avait pensé à elle. Et c'était une terreur enfantine. Une crainte sourde. Il y aurait eu désespérément besoin de la tempérance de Blaise, dans ces moments là. Du bon sens de Théodore et du regard acéré de Pansy. Elle n'avait jamais cillé devant Hermione Granger, on pouvait au moins lui reconnaitre ça. Pansy était capable de lever le menton, les dents en avant.

« Tu n'es rien qu'une petite idiote, une petite pimbêche. Tu ne sais rien, Hermione Granger. »

Elle aurait été tout à fait capable de dire ça. Et de le protéger, alors. Mais Pansy était loin, dans un pensionnant anglais. On la disait entre la vie et la mort. Et cette petite idiote, il s'était mis à l'aimer.

Et des années après, toujours, il sentait le poids rassurant de sa main dans la sienne : avec elle, il avait presque des certitudes. Et c'était con.

Et ça ne partait pas. Ce n'était pas fait pour ça. Ca le brulait toujours. A demi fou. Il fermait les yeux et…

Comme avant, elle étouffait ses gémissements contre sa paume. Son corps se cambrait sous ses doigts. Se fondait. Cette manière acculée qu'elle avait, proche de la jouissance, à lui soupirer dans le creux de l'oreille « Arrêtes ! Tu es fou. On va nous entendre. Pas là…Draco ». Et son nom… Quand elle se laissait toute entière, lorsqu'elle tremblait longuement, et qu'elle finissait par reposer près de lui. Ses flancs pâles essoufflés.

Parfois, elle passait ses mains autour de son cou. Elle lui murmurait de la prendre. Ici. Immédiatement. Parce qu'elle en mourait d'envie.

Il aurait pu tuer, pour cette sensation de toute puissance.

Mais il suffisait de l'ombre de Potter pour tout faire basculer. Il suffisait de sa main, qu'il posait comme une habitude, au creux de sa hanche. Et comme un lâche, lorsque le doute lui avait semblé trop fort, il était parti. Tout plutôt que perdre la face. Prendre le risque qu'elle puisse le quitter.

Il ne s'était pas battu, et Harry Potter, encore, avait gagné.


C'était comme un souvenir…Les robes de taffetas délicats et les costumes sombres. L'odeur des parfums capiteux mais élégants. Le bruit des discussions à demi-voix, feutré. Les regards et les dédains. Ils dansent. Draco avait connu ses salles et ses ambiances, comme une vieille ritournelle de l'enfance, au milieu de grands salons trop éclairés.

Et puis, il y avait eu le gouffre de la guerre. C'était comme s'ils avaient tous disparus : les vieux messieurs élégants. Les dames aux visages nobles et hautains. Et en traversant la salle ce soir là, Draco réalisait qu'il y avait sans doute un peu de ça. Il savait, lui, déceler l'ourlet maladroit d'une robe, les talons un peu trop usés et les manches élimées. Il y avait quelque chose de vulgaire, alors… Comme des masques grossiers sur les nouveaux visages du Ministère. On singeait des images, le prestige du passé.

Quelque chose de son enfance était morte, dans ses vieux salons. Malefoy avait marché plus vite. Il avait emprunté le corridor adjacent, grimpé les escaliers, dupé un garde ou deux. Et puis il s'était faufilé dans la loge…Sa loge.

Il s'était contenté de prendre un fauteuil dans l'ombre, et d'attendre.

Ca avait été simple. Il n'avait eu besoin que d'une information ou deux. De toute manière, ça se murmurait dans les couloirs du Ministère. Ca enflait. Harry Potter voulait voir Joaquim Leaster. Il voulait s'entretenir.

Il s'était demandé : où ? Et puis c'était seulement l'évidence, dans le fond. Qui allait à l'Opéra pour voir un spectacle ? On s'y trouvait pour les affaires, les rencontres. Pour se faire voir. Harry Potter rencontrerait Lester à l'entrée, ils feraient semblant de se découvrir. Ils singeraient admirablement. Le Survivant, grand seigneur, proposera au futur mari de partager sa loge. Et quand ils monteront les escaliers, les journalistes seront déjà retournés dehors, pour joindre un collègue, actionner une plume à papotte. Parce qu'il faudra écrire, vite, plus vite que les autres : Harry Potter et Joaquim Lester sont en relation. La brouille serait elle enfin de l'histoire ancienne ? Le retour d'Hermione Granger auprès du Survivant ? Ca spéculera, ça se perdra en conjoncture, ça se gargarisera, et on croira connaitre le monde, savoir ses rouages. Ils se regarderont avec des airs satisfaits et quand l'entracte sera là, alors ils rentreront à nouveau : pour savoir. Et c'est là qu'ils apprendront que Lester est mort.

Draco Malefoy s'était levé, et avait repositionné les fauteuils. Un en avant. Suffisamment proche du rebord pour être vu de toute la salle. Et deux autres, légèrement en retrait. Tout juste de quoi être invisible. Et puis, il avait épousseté sa cape en se relevant avant de se dissimuler derrière la tenture de velours rouge.

Un petit homme avait ouvert la porte. Elégant et sombre, il s'était incliné en laissant passer les deux hommes. Alors Potter avait choisi le siège principal. Et l'autre s'était installé à sa gauche. L'homme avait demandé d'une petite voix obséquieuse s'ils souhaitaient quelques choses d'autre. « Non merci ». Alors il avait refermé la porte tout doucement, en partant.

Ca n'avait pas duré longtemps. Les gens prenaient place dans la salle en contrebas, alors Malefoy avait murmuré. Les épaules de l'autre s'étaient affaissées lentement. Sans un mot. Et voila qu'il était mort. L'ancien mangemort avait senti ses jambes flancher, se maintenant en équilibre contre la paroi de la loge. L'Avada Kedavra avait toujours demandé une puissance impressionnante. Mais le sortilège avait été dument amélioré du côté du Lord, durant la guerre. Et à l'époque où il grossissait encore les rangs du Lord, il avait subi le même entrainement d'élite que les autres : enseignement d'un Avada Kedavra informulé, et surtout, théorie et pratique intensive de la magie noire : pour la plus grande discrétion, il fallait parvenir à faire disparaitre l'éclair de lumière verte et le souffle de vent caractéristique du sort. Il fallait pouvoir tuer par surprise. L'objectif que chaque mangemort récitait comme un mantra illustrait parfaitement la situation actuelle : un homme doit pouvoir mourir au milieu d'une réception, sans que son voisin en prenne conscience.

Alors Draco s'était installé sur la dernière chaise.

-Joaquim Lester est mort.

Ce n'était qu'un murmure et il avait déjà fiché sa baguette dans les côtes du Survivant. Et il savoura les quelques secondes où il perçut de la panique dans ses yeux. Potter avait détourné la tête vers le cadavre de son compagnon: yeux ouvert, bouche tordu. Il avait amorcé un mouvement mais le Serpentard avait accentué la pression de sa baguette.

-J'éviterai grandement si j'étais toi.

-Malefoy…

Sa voix était enrouée, faible. Il se racla la gorge. Et Draco sentit un sourire imperceptible sur son visage. C'était drôle à voir. Ou peut être triste. Harry Potter s'était empâté. Comme tout le monde. Comme les autres. Dans sa vie de petit bourgeois sans imagination, de bureaucrate pompeux. Et il lui semblait qu'il avait peur. De lui, Draco Malefoy.

-Tu n'étais pas obligé de le tuer lui. Tu ne lui épargneras donc rien ?

Et Draco serra le poing, comme une vieille habitude.

-Tu vas me faire une leçon de morale ? Toi ?

-Et toi, tu penses pouvoir me juger ? Je vais appeler la garde, Malefoy.

-Oh non. Tu ne vas pas faire ça. Tu ne veux pas qu'on sache qui m'emploie. Qui me paye.

Harry Potter s'était raidi sur son siège.

-Qu'est ce que tu insinues ?

-Allons, tu es un garçon intelligent. Un peu lâche, sans doute…Ce qui fait que tu laisses aux autres le soin de s'occuper des affaires bassement sordides. Mais tu sais bien que le Ministère…Pardon, ton Ministère, fait le ménage. Les vieilles histoires de la guerre : les choses pas jolie-jolie, ceux qui ont échappée aux mailles du filet et que l'on découvre tout juste.

Il y eu un silence, et puis Potter murmura.

-Tu es venu pour lui ?

-Brillante déduction.

Et la foule avait fini de s'installer en contrebas. Les lumières s'éteignaient et le rideau venait tout juste de se lever. Draco fixait la scène, attendant.

- Qu'est ce qu'il avait fait ?

- Oh. La routine : assassinant de membre de l'Ordre, marché noir, trafic humain avec les mangemorts. Un type tout à fait convenable.

Et pendant qu'il parlait, Draco avait senti ses mains trembler. Comme quelque chose qui le remuait, tout au fond. Potter avait dégluti.

- Et…Elle ?

- Tu ne vas pas tenter de faire ça, Potter. Pas à moi. Elle t'a renié, toi aussi. Et pendant des années, je me suis demandé : Pourquoi ? Pourquoi elle t'avait quitté, toi, son grand Harry Potter. Et puis j'ai appris…

Et il s'était mis à rire, doucement, nerveusement.

- Quand tu m'as demandé de partir. Quand tu as promis de sauver mes parents et mon honneur. Tu m'as dit de la quitter, de l'abandonner…

- Et c'est ma faute, c'est ça ?

Draco avait passé la main sur son front, avant de se pencher à l'oreille du Survivant.

- Ma lâcheté, j'en ai fait mon affaire, tu sais… Mais tu savais… Elle aurait fait n'importe quoi pour toi, et tu n'as rien fait pour elle. Strictement rien. Et quand tu as appris qu'elle était enceinte…C'était trop ? C'est ça ? Ca s'est passé comment, dis moi ?

Et Potter s'était retourné brusquement, à deux doigt de le saisir par le col de sa cape. Mais quelque chose l'avait arrêté, soudain.

- La haine va finir par te bouffer, Malefoy. Toi, l'impassible. Regarde-toi…

Il y avait une tristesse alors.

- Elle m'a changé.

Et c'était tout ce qu'il avait à dire, mais il avait repris, doucement.

- Je l'ai tué et il n'y a rien d'autre que je puisse faire pour elle. Je peux au moins te reconnaitre ça : Elle ne reviendra pas. Mais toi … tu iras la trouver. Et tu lui diras la vérité sur cette ordure. Tu lui rendras sa place…

- Et c'est tout ? Tu vas continuer comme ça, jusqu'à ce qu'un plus malin mette un prix sur ta tête et finisse par t'avoir, c'est ça ?

- Je nettoie votre merde depuis des années, Potter, tu devrais même te montrer reconnaissant…

Et le Survivant semblait hagard. Draco avait jeté un œil à la scène, à la foule et le chant qui enflait dans la salle, tout autour, formait comme une cage. Doucement, il avait reculé son siège, et il s'était levé.

- Ce soir, c'est ton tour.


Il avait descendu les escaliers, abandonné sa cape derrière une colonnade. Avec son veston et sa chemise blanche, il arborait la tenue des serveurs de l'opéra. Il laissait derrière lui les robes, les charmes et les délicatesses feintes. Il entendait chanter encore, et il se mit presque à courir. Une main dans ses cheveux colorés en brun, chausser les lunettes larges à écailles dissimulé dans sa poche intérieure. Des serveurs trainaient dans le hall, vérifiant que tout était prêt pour l'entracte. Souplement, il avait saisi un seau de glace déposé sur une table et traversé la salle. Déjà, quelques journalistes trainaient sur les escaliers du perron. Il était passé devant eux sans attirer le moindre regard. Il avait déjà quitté ce monde depuis longtemps.

Et puis il s'était fondu dans la foule, répétant logique inverse : abandonner le seau, jeter le veston, ranger les lunettes. Et lorsqu'il arriva sur les bords de la tamise, il n'avait plus rien de grand. Plus rien de terrifiant. Il était presque frêle et semblait las. Un pauvre type en bras de chemise. Seul.

Il avait sorti une cigarette qu'il avait fumée lentement. Et quand la silhouette sombre de la seule personne qu'il attendait encore s'était détachée d'une ruelle, main dans les poches, Draco Malefoy l'avait suivi.


...

A suivre : Harry.

Une petite review?