Bonjour,

Alors voila, il m'aura fallu cinq ans. Cinq ans pour venir au bout de dix petits chapitres, dix petits points de vue. Beaucoup de choses ont changé depuis ce début d'année 2009 où j'étais m'étais mise en tête de livrer ce recueil en pied de nez à l'épilogue de cette chère JKR.

Bref, enfin la fin. Même s'il ne doit plus rester grand monde de la première heure, j'ai terminé ce projet.

Je vous laisse donc avec Remus, une dernière fois.


Disclaimer : Tout est à JKR. Et aux surréalistes. Le reste n'est que misère.

Titre : Cadavre Exquis

Chapitre : Continuer - Remus

Playlist : De l'instrumental ! Beaucoup de Johann Johannsson, un peu d'Ólafur Arnalds. Les albums de Soley et plus particuliè la chanson Read your book. Soda de Cinematic Orchestra et The Other I&II de Vassilis Tsabropoulos


Oui, on peut faire la guerre en ce monde, singer l'amour, torturer son semblable, parader dans les journaux ou simplement dire du mal de son voisin en tricotant. Mais dans certains cas, continuer, seulement continuer, voilà ce qui est surhumain – Albert Camus


10 Mai 2010 - Ministère de la Magie


Ce qu'ils avaient fait en premier, c'est abattre les murs.

La Ruche logeait au quatrième étage du Ministère, à la place de l'ancien département de contrôle et de régulation des créatures magiques, dont les locaux avaient été transférés dans un bâtiment annexe.

La Ruche était le sanctuaire. D'une gloriole un peu fanfaronne, inscrite dans les esprits de n'importe quel sorcier ayant plus d'une dizaine d'année. C'était ce service mythique, né durant la guerre : au Square Grimmault, d'abord. Dans les cafés qui avaient servis de QG lorsque la maison des Black était tombé, ensuite… On disait parfois que c'était à ce service que l'on devait tout. Ses noms prestigieux en étaient la gageure : Weasley, Granger, Fol-Œil, Lovegood, De Pierrebourg, Potter… Les plus acides aimaient à glisser que Malefoy aussi, avait un temps occupé les lieux.

La Ruche était restée. Elle avait gagné son surnom dans les Gazette des temps troubles. Une image romantique d'une résistance héroïque, que personne n'avait jamais eu à cœur de démentir. Le service le plus prestigieux, celui pour qui les Septièmes années les plus brillants des écoles de magie du monde entier étaient sélectionnés sur le volet. Il suffisait d'un an ou deux au sein de la Ruche pour se faire une jolie réputation et valoir assez pour jouer du galon ailleurs… N'importe où...

« C'est un monde qu'il ne faut pas fréquenter trop longtemps… On finit par s'y perdre », aimait à répéter De Pierrebourg lorsqu'il briefait les nouvelle recrues. Cependant, ceux qui restaient, les acharnés, comme il les nommait, demeuraient ceux qui fascinaient le plus l'ancien diplomate français. Il les couvait du regard, assis à son bureau au fond de la grande pièce.

Remus était immobile dans l'embrasure de son bureau, scrutant les locaux vides, les longues lignées de bureaux venant se cogner les uns contre les autres, et les tableaux de lièges tapissant les murs, couverts de cartes du monde, de portraits ou de liste de réseaux. Les membres en service étaient encore tous à l'Opéra. Lui, il aurait pu rentrer. Mais il avait un rendez-vous.

Elle l'attendait.


Elle l'a entendu entrer parce qu'elle a murmuré, très doucement

- Est-ce que tu aurais du vin, Remus ?

Il a fait demi-tour et il est allé dans la cuisine de garde, il a trouvé une bouteille sous l'évier, il a fait sauter le bouchon d'un coup de baguette et a saisi deux verres en train d'égoutter. Ils n'ont jamais pu lui prendre ça, Hermione a gardé cette douceur, cette tendresse. Elle aurait pu devenir amère, elle est juste devenue un peu triste. Elle a gardé ce visage d'enfant décidé. Il lui a versé un verre et il s'est excusé

- Je n'ai que du blanc…

- Ce n'est pas grave. Alors… Il est mort ?

Il s'est assis sur le rebord de son bureau et il l'observe.

- Oui.

Elle a bu une gorgée de vin.

- Est-ce que tu me méprises ?

Elle a un petit rire.

- Jusqu'au bout, vous aviez promis un procès … Je le voulais pour eux… Il était responsable… Pour la mort de Padma, de Charlie…

Ses yeux traînent dans le vague, émue soudain, elle a remonté sa manche autour de ses doigts et frotte le tissu entre son pouce et son index. Elle déglutit lentement

- Mais il visait la place de Premier Ministre…Et le gouvernement sorcier ne pouvait pas se permettre un scandale pareil. Alors …

Elle laisse sa phrase en suspens. Il termine

- Nous ne pouvions pas laisser un homme comme lui devenir Premier Ministre.

Elle hoche la tête. Elle ne fera pas de scandale. Elle a toujours été bien trop intelligente pour ça. Hermione, petite Hermione les boucles dégoulinantes de pluie, sur le perron de son appartement. Elle avait une énorme enveloppe de papier kraft entre les mains main. Elle avait pris soin de faire des photocopies. A la manière moldue. Elle avait dit qu'il devait faire ce qu'il y aurait à faire, et qu'elle l'aiderait pour ça. Ça avait pris presque un an. Et maintenant il l'avait fait tuer. Elle lui avait fait confiance, à lui, Remus Lupin, et voilà qu'à son tour, il l'avait trahi. Et il était désolé pour ça.

-S'il avait été un peu plus cynique, il lui aurait proposé de venir travailler pour lui. Mais il n'aurait pas cet affront. Elle s'est servi un nouveau verre qu'elle a presque vidé d'une traite.

- Alors, me voilà veuve…

Elle s'est levée d'un bond

- Qu'est-ce que tu vas faire maintenant ?

Elle passe son écharpe autour du cou

- Je vais passer les concours du Ministère. Ensuite, j'irais travailler à l'étranger, quelques années. Quand je reviendrais, j'aurai sans doute une ambition politique alors… Vous prendrez votre retraite Remus… Parce que je n'ai aucune envie d'avoir un jour à révéler ce que vous avez fait pour « assainir » le monde sorcier.

Il voudrait la serrer dans ses bras mais il sait qu'il a perdu ce droit là depuis longtemps. Elle s'est arrêtée avant de franchir la porte.

- C'était lui, n'est-ce pas ?

Et puis elle a secoué la tête « Non, ne dites rien. Je ne veux pas savoir. C'est trop tard, quoi qu'il en soit ». Elle a refermé la porte et elle est partie.


Olivier l'attend au lieu de rendez-vous habituel, face à la Tamise. Remus le voit arpenter nerveusement le quai, une rigidité dans les épaules.

- Il a dépassé les bornes, Remus ! Que vous le défendiez depuis le début, j'en ai pris mon parti mais là…Là…

Il a jeté ses mains en l'air comme pour prendre le ciel à témoin.

- Tuer un homme politique dans un lieu public ? Face à Potter ? A quoi croit-il jouer ? Nous ne le payons pas pour ça ! Nous avions parlé d'un accident et… Désormais, ce sera à la une de tous les journaux du monde sorcier demain matin. Il pense vraiment que nous avons besoin de ce genre d'affaire ?

Remus reste impassible, et le français le connait assez bien désormais pour savoir qu'il n'obtiendra pas de réponse claire. Il désapprouve certainement l'initiative de Malefoy, mais il ne le désavouera pas.

Et lui, le confident de l'ombre, celui qui a tout vu, tout entendu depuis des années sans jamais rien dire s'est approché brusquement.

- Tu ne lui dois rien, Remus. Je sais que tu te sens responsable, pour Harry, pour Hermione… Mais Draco ? Je n'ai jamais compris ce qui te fascinait chez lui, mais arrête, cesse. Il finira par te couter ton poste, et il n'aura aucun remord, aucune clémence. Tu le sais bien.

Il ne comprend pas. Ce n'est pas ça. Comment pourrait-il comprendre ?

- Tu ne me fais plus confiance ?

Olivier a secoué la tête et a plongé son regard sur les eaux calmes du fleuve. Il se mordille la lèvre et Remus reprends

- Je lui ai fait parvenir une missive. Je lui ai fixé un lieu de rendez-vous, pas ici, naturellement. En France, dans la maison d'Adèle.

- Qu'est ce qui te fait dire qu'il viendra ?

Rien… Un silence, un sourire. Il ne sait plus très bien. Remus a allumé un bidî du bout de sa baguette qu'il a fumé en suivant la Tamise. De Pierrebourg continue de l'observer, de le suivre du regard … Et Remus s'est fondu parmi les ombres.

Il est le survivant. A sa façon. Des personnes qu'il a aimées à Poudlard, de ceux dont il a partagé les bancs, il ne reste plus rien… Deux guerres en vingt ans…C'est une génération qui a sombré dans l'oubli. Maintenant que les enfants, eux aussi, sont morts dans cette folie. Maintenant que c'est le souvenir de Lavande, Padma, Fred et Charlie et des autres qu'il faut pleurer, qui va-t-il rester pour se souvenir du sourire de Lily, de la beauté de Sirius, des reparties acerbes d'Alice ? Il n'y a plus personne.


Une onde brumeuse commençait déjà à apparaître sur les pourtours éloignés du lac, proche des montagnes. J'avais laissé mon regard errer sur la roche s'élevant à pic et plus haut encore, sur les hauteurs bleutées. La fraîcheur du soir avait définitivement chassé les derniers relents de douceur et un vent sec et doux venait troubler les ondes paisibles du lac d'Annecy.

De cette enfance nomade que Greyback m'avait offerte, il y avait cette vieille maison usée, comme un point de repère. Et Adèle. Cette grande tante de la famille de ma mère, qui nous accueillait sur le pas de sa porte.

Lorsqu'elle avait appris que ma mère était une sorcière, elle avait trouvé cette nouvelle formidable. De ce que m'en avait dit mon père, Adèle avait été la seule à ne s'être jamais atermoyer sur mon sort. Une sorcière, un loup garou…Pour une moldue comme elle, ce n'était pas bien différent. Elle avait aménagé la cave de la seconde guerre mondiale en « louverie » et ça n'avait plus jamais été un problème.

Ces étés auprès d'elle et de Suzie, demeuraient dans mon esprit semblables aux reliques merveilleuses d'un autre temps. Des souvenirs de confiture aux abricots et de tarte tout juste sorti du four. De ses fauteuils trop larges pour moi dans lequel je m'enfonçais jusqu'à la taille. Des histoires qu'elle me racontait, le soir autour de la table du salon : son tour de l'Amérique du Sud en sac à dos alors qu'elle n'avait pas vingt ans, sa vie de cabaret, les hommes et les femmes qu'elle avait aimé. Et puis sa rencontre avec Suzie, son coup de foudre. « Tu sais… Tout le monde te dira que c'est niais, un coup de foudre. Ils auront raison, je l'ai vu et j'ai su que je ne quitterais pas Annecy sans elle… Elle ne comptait pas partir alors…Je suis restée ». Et elle riait. Auprès de moi, l'enfant timide et renfermé, Adèle semblait avoir un don miraculeux. Mes parents se sont effacés de ma mémoire et de ses étés, trop plein de leurs peurs, de leurs angoisses face à moi, ce petit monstre qu'ils aimaient. Adèle et Suzie avaient gommé le paysage. Elles et cette vie qu'elles aimaient follement.

Les seuls autres compagnons de vie d'Adèle avaient été de gros chats roux, qu'elle avait toujours nommé Octave. Octave IV demeure le gardien du lieu de mon enfance, il siégeait sur la bâtisse depuis les rebords de ses larges fenêtres. Souvent, il venait me rejoindre sur le ponton en surplomb du lac, lorsque la nuit venait à tomber, et il toisait la brume de son regard serein. Et Adèle répétait en m'ébouriffant les cheveux. « C'est parce que tu es un loup de confiance »

Il m'avait bien fallu cette boule de tendresse rousse et toutes les vies d'Adèle pour survivre à nos fins d'été et aux années d'errances qui nous attendaient, de ville en lune.

Octave IV était mort lors de ma première année à Poudlard. Je me souvenais de l'énorme chouette de ma mère qui était venue s'écraser au beau milieu de la grande table. De mes larmes d'enfants que j'avais écrasé dans la volière. Sirius était venu me rejoindre avec ses airs de jeune prince, et il s'était assis à côté de moi, en silence. Comme un sombre présage, confusément. Déjà, mes anciens compagnons s'effaçaient devant les autres...

Je sens ma gorge se serrer soudain. C'est un pigeon qui s'était à moitié écrasé sur le terrain de Quidditch. James avait repéré la lettre à sa patte et lorsqu'il avait compris qu'il était pour moi, il s'était précipité tout équipé dans notre salle commune, Sirius en nage derrière lui. Il m'avait fallu quelques mots pour comprendre

« Je crois que cette lettre est un au-revoir, mon enfant-loup… »

Adieu Adèle. Adieu les abricots et les souvenirs au coin des tables. C'était pourtant bien joli. Il restait cette maison, qu'elle m'avait laissé en héritage, une fois que Suzie ne serait plus là.

Et Suzie n'était plus là depuis des années, désormais.

- Je te dérange ?

Il est venu. Et quelque chose se réchauffe en moi. « Tu vois, Olivier, tu as tort. Il est venu. Comme Sirius l'aurait fait. »

- Non Draco, tout va bien.

Il a repoussé sa capuche d'un coup d'épaule et je l'observe à la dérobade. Il a maigri. Ses joues se sont creusées et il a gardé ses cheveux longs, assez pour les retenir dans un catogan sévère. Une barbe de quelques jours lui grignote les joues. Ses cernes noirs racontent trop bien les nuits sans sommeils et le mauvais café. Je connais ce gosse depuis des années, et je vois…

- Ce n'était pas vraiment un plan, tu sais…

J'ai relevé les yeux sur lui, et pour la première fois depuis très longtemps, je vois qu'il tente de trouver mon regard. C'est ça. C'est une excuse. Pour ne pas l'avoir tué au fond d'une ruelle, alors qu'il rentrait chez lui. Pour avoir fanfaronné devant Harry. Il présente ses excuses pour ce monde qui lui échappe et dans lequel il glisse. Quelque chose l'a rattrapé. Je ne saurais sans doute jamais quoi. Mais quelque chose s'est éteint.

Il est encore un peu Sirius, ce soir. Je me fous de ce qu'ils disent, peut être que c'est un cliché, et alors ? Olivier ne peut pas comprendre. Ils ne l'ont pas vu eux, ils ne l'ont pas connu. Je le sais moi, qu'une partie de la vie de Sirius est restée accrochée dans ce coin de Private Drive. Il y avait déjà ce gouffre dans ses grands yeux noirs, avant même qu'Azkaban tente de le briser.

Peut-être qu'il aura fallu ça : James mort et Sirius déchu. Avant, je ne vous avais pas compris. Vous étiez trop forts, trop durs, trop proches du soleil pour moi, Remus, l'enfant loup. Moi, j'avais grandi dans les ombres des caves, dans les renforcements des sous-sols, et vous et votre lumière, vous étiez un cadeau. Je n'ai jamais compris cette amitié que vous m'aviez offerte, je vous respectais trop pour m'opposer à vous. Il a fallu ça…Oui, il a fallu que vous ne soyez plus réduit à rien, pour que je vous aime vraiment. Avec vos histoires et vos secrets, vos familles et vos haines. Il a fallu que l'ombre prenne sa place.

Alors quand je les ai vus grandir… 'Time is a flat circle', je l'ai lu quelque part. Je vous ai reconnu. Je ne pouvais pas laisser cela arriver, encore. Je n'avais pas compris, qu'il fallait que ça arrive. Que vous feriez tous les mêmes erreurs. Que vous resteriez vivants, mais cassés, tous à votre manière. Je vous maudits, parfois. Il n'y a que la mort qui fixe les choses. Avant, tout peut encore se défaire, se refaire…

Mais ce sont tout leurs orgueils, leurs rancœurs. Toutes ces haines épuisantes et informes. Vous refusez. Et bientôt, vous regretterez. Il y aura un temps, où ce sera l'herbe coupé, l'odeur des parchemins, les éclats de rire, les courses à perdre haleine dans les couloirs, qui vous reviendront. Ce sera implacable, alors. Un gout de cendre et de terre. Un gâchis.

Un brouillard bas flotte au-dessus des eaux froides du lac. Je frissonne. Draco est ancré sur le sol, les yeux rivé sur l'étendu d'eau paisible. Seule sa main bat l'air, d'un mouvement régulier.

- Ce n'était pas un plan, mais tu l'as pourtant brillamment exécuté.

Il m'observe.

- J'ai longtemps plaidé ta cause, Draco… Peut être trop. Je ne m'attendais pas à ce que tu me vendes ainsi à Harry, je l'avoue. Mais peut être qu'ils ont raison, peut être que je n'ai plus ma place au Ministère. Parce qu'étrangement, lorsque tu dis ne pas avoir fait tout cela pour me nuire…Je te crois.

Draco s'est approché soudainement et je n'ai pas bougé. Il semble sur le point de dire quelque chose, puis il secoue la tête et sort son paquet de cigarette.

- Je… Est-ce qu'Harry va parler ?

- Non…L'affaire va être camouflée. Le meurtre sera certainement revendiqué par des réseaux de sorciers extrémistes bientôt. Disons simplement que j'aurai désormais les coudées moins franches.

Je vois la question qu'il brûle de me poser. Il n'ose pas, cet imbécile. Je sais que je ne devrais pas.

- Elle savait… Pour ce qu'il a fait, tu sais. C'est elle, qui est venue me voir avec ce qu'elle avait découvert.

Il a un temps d'arrêt, et son regard gris me transperce.

- Elle… elle était d'accord?

C'est plus fort que moi, j'ai ri. Il a compris.

- Non, bien sur. Elle voulait un procès.

Il la connait. Il l'a aimé. Harry pourra toujours en penser ce qu'il voudra. Ron aussi. Ils ont préféré ne pas le voir, mais bien sûr qu'il l'a aimé. Peut-être qu'il l'aime toujours. Et je suis ému, soudain. De voir qu'après autant d'année…. Il sourit. Il doit certainement se dire « Alors non, elle ne l'aimait pas ». Et le revoilà prince à nouveau. Pour quelques minutes, il relève son menton et un sourire perce. Il y a quelque chose qui brille dans ses yeux, une férocité oubliée. Elle aurait pu faire de lui un roi.

- Tu vas te retirer un peu des affaires, Draco…Un temps. Il faut que l'affaire se tasse.

Il a hoché la tête en tirant sur sa cigarette.

- Repose-toi, prends des vacances. Emmènes Blaise et Pansy avec toi. Tu peux même rester ici, si tu le souhaites.

- Est-ce que c'est réellement le responsable des services secret qui parle ?

- Pas vraiment, non.

Il m'a tendu son paquet en silence. J'ai accepté sa cigarette que j'allume du bout de sa baguette. La nuit est presque tombée désormais. Je sens entre nous ce lien étrange que j'avais déjà perçu, avant, durant la guerre. Celui qui n'a jamais existé entre Harry et moi.

- Je me suis encore engagé dans une affaire… Blaise pense que c'est un plan pourri mais… C'est un peu tard désormais.

- Donne-moi quelques informations. Je pourrais t'aider.

Il me regarde en souriant. Il a raison de ne pas comprendre. Je ne comprends pas vraiment moi-même.

- Je crois que j'en ai assez fait. Non, c'est juste la routine. Après ça... Oui, je me reposerais. J'ai… Je crois que j'ai besoin d'un peu de temps. J'ai appris des choses et…

Il hoche la tête et il est déjà en train de faire demi-tour.

- Merci, Remus.

Et il faut que je le laisse partir. C'est la seule chose que je puisse encore faire.


Je n'avais jamais eu à cœur de le débrancher. Adèle l'aimait tant. Il était resté là, pendant des années. Et puis, durant la Guerre, Olivier avait proposé de l'utiliser comme ligne direct. Personne ne connaissait l'existence de la maison, la ligne téléphonique restait donc indétectable. Les informations les plus urgentes pouvaient transiter entre les QG de Londres et les hommes en transit sur Annecy. C'était une bonne solution. Il n'avait plus sonné depuis des années.

J'étais resté un moment interdit, comme une habitude qui répugne à votre mémoire. Pourquoi sonnait il ? Je ne voulais pas… Je m'étais levé et je l'avais regardé longtemps, sans répondre. Alors l'appel avait cessé. Je m'étais senti mieux. Un temps. C'était peut être une erreur. C'était certainement une erreur. Un mari trop pressé qui tentait de joindre son épouse, des enfants farceurs qui voulaient faire une blague, une vieille dame dont la mémoire avait un peu flanché. Il suffisait d'un chiffre…

Et le téléphone s'était remis à sonner.


- Oui…Olivier ?

-…

- …

-….

- Je… Oui, je suis là. Je vais bien. Je…

Mes doigts s'était crispés sur le rebord de la margelle sur laquelle était disposé le téléphone

-…

- Où est ce que ça s'est passé ? Je…

-….

- Non, je ne savais pas, il avait refusé de me…

- …

- Oui, oui… Je me prépare et je rentre à Londres immédiatement.

-…

Je l'entendais brailler des informations qui ne me semblaient plus avoir aucune importance. J'avais répété comme un automate.

- Les journalistes sont au courant…


12 Mai 2010 - 9h


C'est le premier client de la journée. Entre deux commandes, il a glissé quelques mots de la nouvelle du jour qu'il a lu dans la Gazette. Georges pense avoir mal compris. Il lui demande de répéter.


Elle a fermé la radio et s'est laissé glisser contre la commode. « Expire, inspire…. ». Le monde s'est figé. C'est un vieux souvenir, et elle sait qu'elle pleure. Elle se mord l'intérieur des joues, pour l'empêcher de monter, comme avant, de gripper son ventre, son cœur, sa gorge. C'est trop tard, c'est déjà là, elle le sait. Il ne faut pas, il ne faut pas. Ses mains se sont mises à trembler. Elle voudrait l'appeler, et elle sent que sa raison ne tient plus, elle a des plumes pleins la tête. Elle a saisi la chaîne du collier autour de son cou ...


Il s'est presque jeté dans le couloir. C'est faux. Il est là, nécessairement, il est presque certain de l'avoir entendu rentrer hier soir. Il sera là, dans sa chambre, avec sa morgue et ses grands airs. Il a fermé les poings face au grand lit vide.


Il regarde De Pierrebourg parler face à lui, il regarde tous les autres du service s'agiter, parler, commenter. Ils étendent tous la gazette, passent un doigt sur un paragraphe, fébrile. Il se sent très éloigné, soudain. Longtemps, il a pensé que ça réglerait un tas de chose. Il avait tort. Au fond de lui, il n'y a qu'un grand silence.


Elle a vu au visage de la femme de service que quelque chose n'allait pas. Elle n'a même pas eu besoin qu'elle termine sa phrase. Elle a réussi à la congédier sans trembler. Elle est a regardé Lucius partir au Ministère, et elle est montée dans sa chambre. Pliée en deux au-dessus de son lit, il n'y a rien eu d'autre qu'un cri.


Elle a arrêté l'eau du robinet. Son esprit a divagué quelques secondes. Lily gazouille dans le berceau. L'horloge égrène son tic-tac régulier. Elle est un peu ébranlée. Elle a fouillé dans les affaires d'Harry. Elle a posé Lily dans l'herbe, derrière la maison, elle s'est assise sur le perron et en observant les hirondelles en train de préparer leurs nids, elle a allumé une première cigarette.


Elle ne bouge pas. Immobile contre le mur de sa chambre, elle entend Blaise de l'autre côté de la cloison, qui retourne le lit, la commode, le bureau. Les minutes passent et elle prie Merlin qu'il finisse par arrêter. Elle ne dit rien, les yeux fixés devant elle. C'était interminable et puis le bruit s'est arrêté, et elle l'a entendu se mettre à pleurer.



Il a jeté un coup d'œil sans s'arrêter sur la gazette que la secrétaire a déposé sur le bureau. Il est agacé, pressé, fulminant. Il a eu l'impression que tout le monde l'observait ce matin lorsqu'il a traversé le Ministère. Du moins, plus que d'habitude. Il a ouvert les volets d'un coup de baguette, il a mordu dans le beignet qu'il avait gardé dans son sac pour le petit déjeuner et il a lu la Une de la Gazette. Il l'a relu ensuite. Doucement, il a reposé le journal sur la table. Ses mains se sont rejointes, quelque chose a flotté dans son regard et il a fermé les yeux.


Olivier ne cille pas, il parle, il documente. Il saisit les papiers étendus face à lui. Il dit

- J'ai déjà planifié quelques interviews. J'ai pensé que ce serait mieux, si je les donnais, je ne suis pas sure que tu pourrais supporter l'exercice.

Il serait capable de voir une guerre mondiale débuter sous ses yeux sans cesser de nous sourire jusqu'au fond des yeux, si ce n'est pas prévu à l'agenda. Ce doit être une grande qualité.

Je n'ai rien dit. J'ai hoché la tête. Qu'ils aillent au diable, tous.

- Où est il ?

Il a l'air triste, soudain. Rien qu'un peu. Peut être qu'il se souvient que lui aussi, a partagé des nuits de garde à ses côtés. Peut être. Il murmure que son corps a été rapatrié dans la morgue de l'hôpital Sainte Mangouste.

- En attendant l'examen des médicomages, ses amis et sa famille n'y ont pas accès. Je peux y aller, si je veux. Ensuite, ce sera moins évident. On pourrait me voir. Les journalistes pourrait parler. Et qui sait les liens qu'ils pourraient imaginer ? Maintenant qu'il est mort – il faut bien le reconnaître – c'est une gêne en moins, il ne faudrait pas tout gâcher. Je suis désolé d'être brusque Remus, je te dis les choses comme d'autres te le diront. Sans doute moins gentiment - .

Je me suis levé et j'ai quitté son bureau.


C'est un point final.

Lui, étendu sur cette table. Pâle. C'est d'une banalité... dire que les morts sont sereins. Tu n'as pas l'air serein. Tu es triste. Tu as cette expression figée qui me tord le ventre, je voudrais te toucher, passer la main sur ta joue, te rassurer. C'est trop tard. Il fallait.

J'ai des sanglots d'un autre âge au fond de la gorge qui ne sortiront jamais.

On t'en a trop demandé. Il aurait fallu que tu vives, que tu continues, que tu progresses, que tu oublis Tu ne pouvais pas, n'est-ce pas ? Personne ne t'a attendu. Trop de souvenirs, trop d'odeurs…Et le monde t'avait déjà sans doute un peu défait.

Blaise est là, dehors. Il me toise. Il ne m'accusera pas. Pansy est droite à côté de lui, et j'ai bien l'impression que c'est elle qui le soutient.


La folle terreur du piège dans un regard d'oiseau
[...]
La joie de chaque jour et l'incertitude de mourir et le fer de l'amour dans la plaie d'un sourire ...

Lanterne Magique de Picasso - Jacques Prévert


Fin


...

Pour ceux qui m'auront lu jusqu'au bout, peut être que vous m'en voudrez un peu. Je ne sais pas. Ce n'était pas un planifié. J'ai réalisé en publiant mon dernier OS que j'avais tué un personnage à qui je n'avais jamais encore réservé ce sort. C'était une étape. Et c'est comme ça que j'ai compris ce qui allait arriver à Draco. J'ai aussi choisi le présent, le plus souvent, dans cette narration, car j'avais le sentiment qu'elle s'imposait.

Je crois que c'est une sorte de point final. C'est grâce à lui - d'une certaine manière, c'est pour lui - que je suis arrivée à la fanfiction. C'est peut être un peu symbolique. Il ne faut jamais dire jamais, mais je ne pense plus écrire sur Harry Potter à nouveau. C'est la fin d'un chapitre, d'une très belle histoire.

Je tiens à remercier tout ceux qui m'auront lu durant toutes ces années, c'était un plaisir d'échanger avec vous, j'ai vraiment aimé écrire, inventer, me documenter, chercher pour vous présenter ces petites histoires.

Encore une fois, merci beaucoup. Et j'espère recevoir quelques reviews, si le cœur vous en dit.

Azalan.