Jeux d'enfants
Le soleil brille haut dans le ciel au-dessus de la Cité Royale, et devant les nuages qui s'amoncellent, poussés par le vent froid annonciateur de l'automne, les habitants d'Edolas profitent joyeusement des derniers jours de l'été.
Les enfants en particulier se retrouvent pour jouer, que ce soit à chat, à la course ou à la chasse aux papillons. Dans le château, un garçon aux cheveux bleus court en souriant dans les couloirs, dévalant les escaliers et furetant dans tous les coins.
Il est Prince d'Edolas et il vit au château depuis sa naissance. Aussi, Jellal sait que nul ne connaît l'endroit mieux que lui. Alors il cherche, méthodiquement, sachant pertinemment qu'il va finir par trouver son amie qui se cache soigneusement. Il gagne toujours leurs parties de cache-cache, de toute façon. Aujourd'hui ne sera pas différent.
Mais il sait aussi que son amie est têtue. Erza est comme ça : entêtée. Si elle rate quelque chose, elle recommence, encore et encore, jusqu'à réussir. Et quand elle réussit, elle a toujours ce sourire fier et ces yeux brillants, qui semblent lui dire Regarde, je suis trop forte. Et il est si beau, ce sourire, aux yeux de Jellal, qu'au fond, ça ne l'embête pas vraiment de perdre contre Erza, parce qu'il gagne un sourire à la place.
Il descend dans la cour de la fontaine. L'eau glougloute dans le bassin et il fait rapidement le tour des caches susceptibles d'abriter son amie aux cheveux écarlates. C'est en partie à cause de ça qu'elle perd toujours : le rouge de ses cheveux est difficile à cacher. Jellal a de bons yeux, et il trouve toujours la petite mèche rouge qui dépasse, et qui trahit sa camarade.
Dans ces moments-là, il s'approche mine de rien de la cachette d'Erza, tourne autour un moment, puis s'arrange pour surgir d'un seul coup devant elle. Elle sursaute, prend une moue boudeuse - un peu comme un hamster, avec les joues gonflées -, grommelle un peu - parce qu'elle n'aime pas perdre, Erza. Alors il lui propose un autre jeu, ou bien d'aller manger des fruits, ou alors de s'entraîner au combat - parce qu'Erza adore ça, et qu'elle le bat toujours à ce jeu-là, et comme ça, il est sûr d'avoir droit à un sourire.
Mais aujourd'hui, son amie aux cheveux feu est ingénieuse, car il a beau chercher, il est toujours bredouille. Il a pourtant tout inspecté, et il est perplexe. Où a bien pu se cacher Erza ? Il regarde la fontaine dont l'eau continue de chantonner, en se demandant ce qu'il a bien pu oublier.
« Bouh !
- Ouah ! »
Surpris, Jellal laisse échapper une exclamation, se retourne vivement, se prend les pieds dans les pavés de la cour. Un Plouf retentit. Assis dans la fontaine, éberlué et trempé, le Prince d'Edolas regarde son amie rousse en face de lui, qui lui sourit d'un air malicieux. Il ne l'a même pas entendue s'approcher.
Une grenouille, sans doute dérangée par le plongeon du garçon, saute de la sculpture au milieu du bassin et atterrit sur sa tête avant de pousser un coassement sonore. La vision fait éclater de rire Erza. La petite fille est pliée en deux de rire, incapable de s'arrêter.
Jellal boude un peu, lui - parce qu'il n'aime pas qu'on se moque de lui, même quand c'est Erza qui le fait. Elle ne le regarde pas : elle a les bras serrés autour de son ventre, dans une tentative vaine de retenir son fou rire.
Alors il sourit, lui aussi, et puis se penche soudainement en avant et agrippe les épaules de la rousse.
« Hééé ! »
Le Prince laisse échapper un petit rire. Erza est à quatre pattes dans le bassin, crachotant l'eau qu'elle a avalé par mégarde. La grenouille qui se trouvait sur les cheveux de Jellal s'invite, d'un bond, sur la chevelure écarlate.
« Non mais ça va pas ! Pourquoi t'as fait ça ? »
Elle a cette moue boudeuse sur le visage, et cette fois c'est au tour de Jellal de rire. C'est plus fort que lui : Erza ressemble à un chaton à moitié noyé - avec une grenouille verte sur la tête.
« Jellal, si je t'attrape, tu vas souffrir ! »
Oups ! Il ne se le fait pas dire deux fois et se dépêche de sortir du bassin. Une Erza fâchée est redoutable, et même du haut de ses huit ans, il le sait très bien. Alors il court, court de plus en vite - mais Erza a de bonnes jambes, elle aussi, et il n'arrive pas à la semer. Ils traversent tout le rez-de-chaussée du château, les cours d'entraînement, la cour de parade, la cour d'envol des Legyons.
« Prince ! Erza ! »
Les deux enfants se figent et se tournent vers la voix qui les interpelle. C'est Mme Hilda - ou Grand-mère Hilda -, la gouvernante de Jellal - et par extension, d'Erza. Une vieille dame intransigeante avec une capacité pulmonaire impressionnante et une détermination à respecter les règles inébranlables.
« Jeunes inconscients ! Vous allez attraper la mort avec ces vêtements trempés ! Dans vos chambres, tout de suite ! »
Un peu gênés de s'être fait prendre en flagrant délit de bêtise, les deux enfants obéissent sans discuter et suivent la vieille dame vers l'étage.
Mais pas sans avoir échangé un regard malicieux.
Demain, ils joueront à un autre jeu - et feront sans doute d'autres bêtises.
