Chapitre 2
La trouvaille de Sorrente
Kanon prit finalement sa décision, il réussit à trancher entre ses prétendants. Malgré tout, il ressentait quelque chose au fond de son ventre… Une chose aigre, un sentiment de mal être, jamais il n'aurait voulu faire de la peine à Sorrente, mais l'évidence lui sauta aux yeux il fallait lui parler.
Les gens se faisaient une fausse image du gémeau maudit, ce n'était pas le perfide manipulateur sans état d'âmes pour lequel on voulait le faire passer. Il était tout autre en vérité. Un homme troublé, sensible, perdu entre l'amour et la haine de son frère. Cette malédiction qui dicta toute sa jeunesse. Longtemps il crut qu'il n'était rien. Ce flot de sentiments émergea petit à petit en lui. Il ne désirait qu'une seule chose : être aimé et reconnu par quelqu'un de spécial pour lui. Aucune méchanceté ne résidait en lui, non, il ne savait pas vraiment comment agir avec les autres tout bêtement.
La preuve, il ne dit rien au marina quand il le quitta, et une fois de plus quand il revint chez lui. Il ne souhaitait pas balancer son bonheur au visage de l'autre en sachant pertinemment qu'il serait dévasté. Kanon avait fait preuve de retenue. Cependant la situation s'envenimait de plus en plus, devoir supporter la crise de Rhadamanthe lui avait fait comme un électrochoc ! Là il fut à deux doigts de le perdre et pour de bon. Il devait tout déballer au rosé, tout… Quitte à lui faire un immense chagrin, mais il devait partir tant pis.
Une fois son juge endormi, encore éprouvé par l'attaque du vénérable Pope, le dragon bleu alla directement trouver l'intéressé en question. Sorrente préparait le dîner comme si de rien n'était. Comme si rien ne c'était passé. Il possédait un caractère tellement calme, tous les problèmes disparaissaient avec lui. Il aurait pu apaiser la colère de Zeus en personne, il en était convaincu. Ses gestes délicats, comme un pétale qui se dépose légèrement sur le sol, sans bruit, sans cris. Jamais il ne l'avait entendu tempester. Quel homme reposant. Il faisait bon de résider dans la même pièce que lui, toutes nos peurs s'évanouissaient au gré de ses rires fragiles.
Kanon reprit ses esprits puis il prit la parole d'une voix déterminée :
-« Sorrente… Je dois te parler… C'est important… »
L'autre n'arrêta pas pour autant ses affairements, il ne voulait rien entendre, rien. Il comprenait de quoi Kanon voulait parler avec lui. Il s'imaginait qu'en faisait comme si de rien n'était, rien ne changerait. Le gémeau reprit fermement :
-« Ecoute Sorrente, c'est important… Arrête… Et écoute-moi s'il te plait »
Le marina stoppa net son activité, mais tourné toujours de dos à l'autre. Ne pas le voir, ne pas laisser transparaître son malaise. Rester digne.
« Bon… C'est pas facile ce que j'ai à te dire, mais tu dois te douter quand même… Quand je suis parti du Sanctuaire sous-marin ce n'est pas parce que je ne t'aimais plus. Tu connais l'histoire de ma trahison et tout le bordel… Je vais pas revenir dessus… Je suis parti pour me racheter et retrouver grâce aux yeux de mon frère… J'ai vécu une nouvelle vie de repentir… Je me suis rallié à ma déesse Athéna, et j'ai combattu aux côtés de mes frères d'armes… Je suis allé au fin fond de l'Enfer pour combattre Hadès… J'ai… Je suis tombé sur son premier commandant de ses armées… Rhadamanthe…
Au fur et à mesure de son récit, Sorrente avait de plus en plus de mal à contenir les tremblements dont il était prit. Sa bouche tremblait, ses yeux le piquaient de plus en plus fortement. Ses pieds se dérobaient sous sa personne. Son ex petit ami continua son récit :
… Nous nous sommes affrontés, personne ne prenait le dessus sur l'autre, j'ai donc du me sacrifier en emportant avec moi mon adversaire, pour que mes compagnons puissent atteindre le mur des lamentations… Je suis mort avec lui. Puis, nous sommes revenus à la vie, et… Et… Je n'arrêtais pas de penser à lui sans que je m'en rende compte… C'était pareil de son côté… On s'est revu, à plusieurs occasions, pendant des séjours aux Enfers, pour conclure les traités de paix, en voyage diplomatique, il est venu ici… J'ai remarqué que je ne le laissais pas indifférent… Après plusieurs mois on s'est finalement décidé à sauter le pas… Et voilà, je suis avec Rhadamanthe depuis quelques temps… Oh, ça ne fait pas longtemps, mais je me suis rendu compte que je l'aimais… Je ne veux pas le perdre, je ne pourrai pas me remettre avec toi Sorrente… Je suis désolé… »
Sorrente accablé rageait en silence, comme toujours. Les sanglots dévalaient de son visage, sa gorge se serrait à en étouffer ses cordes vocales. Il sanglota au nez de l'autre :
-« Pour… Pourquoi… Tu… Ne m'as rien dit… ? Tu as dis… Que tu m'aim… M'aimais quand tu es parti… Tu m'as vite oublié ! »
-« Nan ! C'est faux ! Je ne t'ai jamais oublié Sorrente ! Je pensais souvent à toi crois-moi ! Je me demandais ce que tu devenais. Mais je n'ai jamais eu le courage de revenir te chercher… »
-« C'est… Parce que tu ne le voulais pas… Si tu m'avais aimé comme tu le dis… Tu serais venu me chercher… Tu l'aimes plus que moi ? »
-« C'est… Différent, on ne peut pas comparer deux histoires différentes… On a vécu plus de dix ans ensemble, c'était une histoire magnifique… Sincèrement ! Je n'aurais jamais tenu sans toi… Mais il faut savoir tourner la page, je ne voulais pas te faire souffrir le premier jour où tu es arrivé… Mais voilà, il faut que je le fasse… Je suis désolé vraiment »
-« Et je vais faire quoi maintenant !? Tu me fous à la rue c'est ça ? Ton juge de mes deux est arrivé faut que je dégage !? Je te gêne ! Et comme à chaque fois que quelque chose te déranges, tu le jettes ! C'est ça !? »
La sirène maléfique avait atteint son point culminant de fureur, il ne parlait pas en des termes aussi vulgaires d'habitude, mais la situation dérapait et ses nerfs également. Kanon lui répondit désolé :
-« Bien sûr que non je ne te jetterais pas à la rue ! Voyons ! Je ne suis pas une ordure comme tu le penses ! Tu peux rester ici en attendant… Mais sache seulement, que moi je suis en couple et que tu ne dois rien attendre… C'est tout… Sur ce, je retourne dans la chambre, je vais veiller sur Rhadamanthe, il a été sacrément secoué tout à l'heure »
Seul, demeurait le jeune homme dans la cuisine, démembré, déchiré, cassé. Il resta planté comme une statue en pierre pendant de longues minutes avant de percuter réellement. Tous ses espoirs tombés à l'eau, d'un coup, hop ! Plus rien, plus rien à espérer, plus rien à attendre de son amour perdu. Que va-t-il devenir maintenant ? En plus il a posé une année de congé, que va-t-il faire de tout ce temps ? Où aller et pour faire quoi ?
Kanon resta enfermé dans sa chambre avec son juge toute la soirée, pour ne plus le voir en partie et pour veiller sur son petit ami. Saga rentra et teint compagnie à son invité infortuné. Il voyait la mine déprimée du jeune homme, il éprouva de la peine à son égard, mais au moins son frère avait été juste, éclaircissant la situation. Il tenta bien de le consoler en lui disant qu'il allait finir par trouver un autre homme fait pour lui, mais rien n'y faisait, c'était trop frais, trop vif. Saga avec sa générosité innée lui indiqua qu'il pouvait résider dans son temple aussi longtemps qu'il était nécessaire, et qu'il pouvait compter sur lui au besoin.
L'ambiance devenait plus que tendue, les quatre occupants se marchaient les uns sur les autres. Quand Kanon apercevait Sorrente dans les parages, il baissait les yeux et s'enfuyait. Quand Sorrente rencontrait Rhadamanthe, il le dévisageait comme s'il avait été le diable en personne, et celui-ci se retenait de ne pas sauter au cou de l'impertinent pour lui arracher la tête. Saga, quant à lui essayait tant bien que mal à apaiser les conflits, à temporiser la haine. Non, ce n'était pas évident pour quiconque cette affaire là. Il fallait faire quelque chose au plus vite parce que sinon le temple des gémeaux allait être détruit tôt ou tard !
Saga réfléchissait au problème, bon, Sorrente ne pouvait pas rester à contempler le couple entrain de se papouiller ou de se bécoter inlassablement, il souffrait trop. Il fallait qu'il aille résider ailleurs, pour son bien, puisque Kanon ne laisserait pas partir son blondinet revêche… Il alla demander de l'aide à tous les chevaliers, pour savoir si l'un d'entre eux accepterait de le prendre sous son aile. Il fallait prendre soin de cette petite sirène perdue loin de ses profondeurs. On avait envie de le protéger, un je ne sais quoi de fragile…
Beaucoup se proposèrent, sauf Angelo et Shura, l'un étant asocial et l'autre trop égocentrique. Il fallait quelqu'un d'enjoué pour lui redonner le moral, peut être Milo, ou Aiolia, Doko… Ou Aphrodite aussi… Bon, il en conclut que le poisson était en bonne place pour se charger de cette mission, et d'une parce qu'il avait un caractère à le sortir de son isolement, de deux parce qu'il possédait la maison la plus éloignée, donc il serait le plus loin possible de Kanon, et de trois parce qu'il était d'un signe d'eau, ils s'entendraient à merveille. C'était décidé, la sirène de Poséidon allait déménager dans le temple du poisson.
Aphrodite fut ravi d'accueillir un invité chez lui, il pourrait lui faire découvrir toutes les choses raffinées qu'il aime. Ses roses bien évidement, sa passion pour la décoration, l'art de la table, les potins mondains, les fêtes VIP, la danse et bien d'autres choses… Enfin un homme comme lui ! Aussi distingué et bien élevé. Cela allait insuffler un air de renaissance dans ce monde de brute ! Plus de soirées foot-bières-pizzas ! Plus de soirées jeux vidéos-bières (encore) ! Plus de blagues graveleuses comme le cancer aimait si bien les faire, et Shura qui riait de bon cœur à ses horreurs. Ouf, enfin quelqu'un d'aussi précieux que lui !
Il se pomponna longuement pour accueillir son nouvel invité. Puis il astiqua de fond en comble son temple, il reluisait comme un sous neuf. Disposant des bouquets de roses un peu partout, re-décorant le salon par la même occasion. Son thème fut inspiré des fonds des océans, il mit au sol un immense tapis bleu canard avec des motifs de bulles plus claires, des tableaux représentant des sirènes, des récifs de coraux, des plantes marines… Des objets de décorations disséminés dans les mêmes tons, bleus turquoise, roi, nuit… Il s'amusa réellement à tout changer. Il a-do-rait recevoir, et quand un ami venait chez lui, il n'hésitait pas à tout faire pour qu'il se sente bien dans son cocon.
Par la même occasion il pouvait démontrer ses talents artistiques et prouver qu'il avait bon goût. En tout cas sa maison était fort accueillante et les pièces harmonieuses, cela donnait envie d'y séjourner sans aucun doutes. D'ailleurs en arrivant dans la demeure Sorrente en resta stupéfait. Quel lieu magnifique, quelle décoration soignée. En prime cela lui rappelait ses abysses, quel bonheur ! Et puis ces fleurs qui embaument tout l'air ambiant, divin. Il était subjugué par la classe des lieux et par celle du propriétaire. Il fallait reconnaître qu'Aphrodite était vraiment sophistiqué de part son apparence et par son parlé, son comportement. Lui aussi, ça le changeait des énergumènes du Sanctuaire marin. Enfin quelqu'un qui le comprenait et qui partageait les mêmes passions.
Le rosé semblait nager comme un poisson dans l'eau dans les appartements d'Aphrodite. Il appréciait son talent pour l'art culinaire, savourant tous les petits plats que le suédois lui faisait découvrir. Pour le remercier, lui aussi lui concocta des plats typiquement de chez lui. Surtout sa délicieuse forêt noire… Le poisson en raffolait de cette petite douceur chocolatée. Les deux hommes s'entendaient à merveille, riaient aux mêmes blagues, jamais un mot plus haut que l'autre. Pendant que le chevalier s'adonnait à sa passion du jardinage, Sorrente l'accompagnait de sa flûte traversière. Ils passaient de formidables journées ensemble. Camus se joignait même à eux quelque fois, le soir, pour des dîners gastronomiques. Angelo quant à lui se moquait du trio en les surnommant « le trio des culs-serrés » mais bon, peu importait les railleries, enfin un être plein de finesse avait fait son entrée dans ce sanctuaire surpeuplé de bourrus !
D'ailleurs, le chevalier d'or se demandait comment Sorrente, un homme si exceptionnel avait bien pu tomber sous le charme de Kanon qui n'était pas raffiné, encore moins cultivé !? Le pauvre, il devait y avoir des hommes encore pire que lui sous les profondeurs, sinon pourquoi choisir un dragon borné ? Enfin il n'y avait aucun sous-entendu, ils tissèrent une belle amitié rien de plus. Elle grandissait de jour en jour, au rythme des confidences de plus en plus intimes, des anecdotes gênantes, ils se disaient pratiquement tout. Et pour une fois la pipelette du sanctuaire ne divulgua aucun secret d'alcôves… C'était son ami précieux, jamais il ne l'aurait trahi.
Bien évidement que Sorrente c'était épanché sur son histoire tumultueuse avec le grec. De toute façon il y pensait encore, on n'oublie pas un amour en quelques jours. Il regrettait son bel amant… Il éprouvait tant de sentiments pour lui. Il n'était pas prêt à tourner la page, il n'y parvenait pas. Est-ce qu'on peut oublier un homme comme Kanon ? Surement que non. De fil en aguille, au fur et à mesure des conversations, la sirène apprit une chose bien venue, importante qui retint son attention… Aphrodite aussi lui dévoila son passé amoureux et ses frasques pour se venger ou récupérer ses anciens amants… Il apprit à son ami, qu'il fabriquait à l'occasion, une espèce de filtre d'amour… Une drogue qui éveille la sensualité de son partenaire, même si celui-ci n'est pas consentant. Pour le posséder, cette drogue cause une excitation extrême à l'individu qui l'ingurgite. Tous ses sens appellent au stupre, sans pouvoir réfréner cette envie. Le corps devient un tourbillon d'envie, incontrôlable, insatiable. Et la victime n'a pas d'autre choix que de se laisser faire, et en redemande encore et encore…
« Quelle trouvaille ! Quelle idée fabuleuse ! Quelle potion magique ! Il me l'a faut. Absolument. Pour le mettre dans mon lit une dernière fois, lui faire voir que je suis fait pour lui et que je suis le meilleur pour lui procurer des sensations voluptueuses. »
« A bat le dragon de pacotille ! Cette bête venue tout droit de la préhistoire ! Quelle horreur, en plus il ne connait pas les pinces à épiler ! Kanon, tu vas voir ce que tu vas voir… »
Sorrente chercha partout, de fond en comble pour trouver cette précieuse potion. Inutile de demander à son ami, il ne lui aurait pas donné il en était certain. Il retourna tous les appartements, la chambre, tout mais rien n'y fit. Il resta bredouille. Il désespérait, avachi par terre assit contre le canapé, quand son regard se porta au dehors… Par la porte vitrée, sur les jardins d'Aphrodite, sa serre… Oui sa serre, personne n'y met les pieds là dedans, il peut y cacher ce qu'il veut… Il attendit patiemment que son hôte soit sorti un après-midi pour s'aventurer dans la partie inviolée du domaine poissonneux.
Il connaissait la rengaine « le poison qui émane des fleurs » mais il s'en moqua, il se protégea de celles-ci avec un bouclier qu'il créa autour de lui. Puis il s'avança dans la serre. L'atmosphère qui y régnait transpirait la moiteur, l'air y était suffoquant, les effluves trop puissantes, sa tête lui tournait, il avait des nausées mais il fallait tenir bon. Il fallait dénicher ce trésor. Avec précaution, Sorrente fouilla chaque recoin pour ne pas éveiller les soupçons de l'autre quand il rentrerait. Rien ! Tous ces efforts pour rien ! Il sortit dépité, réfréna son envie de vomir et vit au fond du jardin un petit cabanon. Là où le chevalier rangeait ses ustensiles de jardinage, il y entra et recommença ses investigations. A sa grande surprise il trouva un petit meuble avec deux tiroirs, et dans un de ceux-ci quelques fioles d'un liquide bleu translucide… Peut être… C'était peut être « sa » potion magique ? Dans le doute il en prit une ou deux et repartit au plus vite avant d'être découvert.
Tout heureux de sa trouvaille, Sorrente se délectait déjà de l'usage qu'il en ferait très prochainement…
Cela aurait pu tout aussi être du désherbant ou de l'insecticide qu'il s'en moquait comme de sa première flûte ! Seul comptait le résultat final. Obnubilé par l'idée de reconquérir son preux dragon, de pouvoir le toucher encore une fois.
(suite...)
