Bonsoir ! (ou bonjour, tout dépend de quel côté du globe vous vous trouvez^^)
Ceci est l'épilogue d'Open yours eyes.
Nous sommes bien conscientes d'avoir perdu pas mal de lecteurs/lectrices suite à notre longue interruption mais, puisque cette histoire touche à sa fin, nous voulons au moins une review pour nous dire si vous avez aimé ou pas, s'il faut que le K13 continue d'écrire…
Alors, en réponse à une review (qui date d'un sacré moment) qui nous demandait pourquoi les MAJ sont si longues (notamment pour ce pseudo) :
Nous ne sommes pas les maîtresses de notre temps. Nous partageons notre temps entre notre adorable petite famille et les impondérables de nos vies professionnelles. Rajoutez à cela que l'une d'entre nous s'apparente à un véritable courant d'air et vous obtenez des MAJ plus ou moins longues…. CQFD
Bonne lecture et on se retrouve en bas,
Cdt13
TH13 : PS : si d'aventure quelqu'un se porte volontaire pour être le(ou la) beta reader d'une de mes histoires, j'en serais ravie. A bon entendeur…
Paris, 8 mai 1945, hôtel Lutétia
Vaguement nauséeuse, Bella se réveilla au son des cloches qui tintaient dans tout Paris. La jeune femme se passa une main sur le visage et se leva, enjambant les bouteilles qui jonchaient le sol.
Une semaine qu'elle était dans l'hôtel et elle passait le plus clair de son temps entre ces quatre murs, refusant toute compagnie.
Chambre qui était un vrai champ de bataille mais qui cachait un besoin désespéré de se cacher, de panser ses plaies.
La perte d'Alice avait creusé un trou béant dans son cœur. Une plaie qui ne cicatrise pas et que la jeune femme a vainement essayé d'oublier dans l'alcool mais il n'y avait pas qu'Alice. Il y avait tout les évènements greffés autour.
Débarquement des Alliés.
Disparition de Jacob.
Arrestation sous ses yeux de Jasper.
Libération de Paris ou elle avait prit part, montant sur les barricades, arme au poing, à faire feu sur les Allemands.
Epuration.
Rosalie tondue avec une e petite fille dans les bras.
Emmett parti pour une destination inconnue. Weideflicken ?
Charlie arrêté pour collaboration.
Les noms Cullen et Swan traînés dans la boue.
Laffont retrouvé et fusillé.
Violette Morris abattue par des résistants…
Un immense vide l'habitait et elle n'aspirait plus qu'à la tranquillité.
A l'abri du besoin après avoir réglé la succession de son père, Bella avait prit la décision de quitter Paris pour un endroit neutre, un endroit ou ses fantômes la laisseront en paix.
- Pourquoi toutes ces cloches ? marmonna Bella en allumant le poste de radio.
Reddition complète et inconditionnelle de l'Allemagne nazie….
- Mon dieu…
Bella ne savait pas si elle devait en rire ou en pleurer. La guerre était enfin finie en Europe.
La jeune femme fini par s'habiller et sortit de sa chambre ou un client, empestant l'alcool, lui dit :
- La guerre est finie ! Vous vous rendez compte mademoiselle ? La guerre est finie !
Bella esquissa un sourire et se rendit au bar ou elle commanda un cognac que le serveur lui donna en souriant. La jeune femme le remercia d'un hochement de tête et se perdit dans la contemplation du liquide ambré, indifférente à ce qui se passait autour d'elle.
- Cette place est libre mademoiselle ?
- Non. Répondit-elle sans regarder son interlocuteur.
- Dommage. J'aurai aimé parler avec ma belle-sœur.
A ces mots, Bella leva les yeux et fut surprise de voir Edward, en uniforme américain, se tenir devant elle, un sourire éclatant sur les lèvres. La jeune femme se leva et se jeta dans ses bras qu'il referma doucement sur elle tandis que des larmes glissaient sur ses joues mal rasées.
- Edward…
- e suis là Bella. Je suis là. Je suis tellement heureux de te voir… Ou est Jasper ?
- Arrêté et probablement mort à l'heure qu'il est. Dit froidement la jeune femme.
- Non. Il est vivant. Jasper est un battant. Assura le jeune homme en priant pour que ce soit le cas. Il faut garder espoir.
- Garder espoir ? fit Bella en se détachant de l'étreinte de son beau-frère. Comment veux-tu garder espoir avec tout ce qu'il y a eu ?
- Parce qu'il le faut.
- Parce que toi, tu as gardé foi en l'humanité ? Parce que tu persiste à croire que l'être humain est bon ? C'est de la connerie.
- Et c'est pour ça que tu tournes au cognac à dix heures du matin ? dit il sèchement en regardant la jeune femme dans les yeux. Tu es en train de te détruire Bella.
- Qu'est ce que ça peut te foutre ?
- Je suis ton ami, pas ton ennemi. Demande moi ce que tu veux, je le ferai.
- Dans ce cas là, ramène-moi Alice ! hurla Bella en pleurant et en le tapant sur le torse avec ses poings. Ramène la moi, c'est trop dur de vivre sans elle…
Bretagne, septembre 1945
Assise sur un banc de pierre adossé contre la maison, Bella scrutait le paysage sous le regard attentif et protecteur de Jasper.
Ce dernier était rentré de déportation le 9 mai et avait retrouvé Bella par hasard au Lutétia.
Ils soignaient leurs plaies ensemble bien que l'ancien déporté fut en partie responsable du mal être de son amie.
Le jeune gomme écrivait tous les jours à son compagnon et lui racontait leur quotidien. A sa manière, Jasper gardait un œil sur Bella. Il n'était jamais très loin et tout les deux passaient leur temps dans le silence. Chacun appréciait le calme des lieux et respectait l'intimité de l'autre.
Ce coin de Bretagne ressemblait au Paradis.
Endroit parfait pour se reconstruire.
Endroit neutre et sans souvenirs.
Sur la route cahoteuse et défoncée, Edward, au volant d'une traction avant noire, pestait contre les nombreux nids de poules tout en jetant de fréquents coups d'œil à sa passagère qui, impavide, fumait cigarette sur cigarette.
Au détour d'un virage, il vit le chemin de la maison de Bella et un sourire se dessina sur ses lèvres.
Bella rangea la photo qu'elle regardait dans son portefeuille et porta son attention sur le chemin poussiéreux. La jeune femme sursauta en voyant une traction noire se garer devant la maison et ferma les yeux, s'attendant à voir des Allemands mais, en les rouvrant, eu la surprise de voir Edward se tenir devant elle, visiblement exténué mais heureux.
- Espèce d'idiot ! cria-t-elle en lui tapant sur l'épaule.
- C'était le seul véhicule disponible. Se défendit-il. Enfin, le principal, c'est que nous soyons arrivés à bon port.
- Nous ?
- Ou est Jazz ?
- Quelque part dans la maison. Ed, que veux-tu dire par nous ?
- Ne nous en veut pas trop. Fini par dire le jeune homme en allant à son véhicule. Nous avions des ordres.
Edward tapa doucement contre la vitre et s'en alla, laissant Bella avec des doutes et des interrogations.
La portière s'ouvrit et la jeune femme cru qu'elle allait faire une crise cardiaque.
Devant elle, vêtue d'un pantalon, d'un caban, le cou ceint d'une écharpe blanche, les mains dans les poches et les cheveux en bataille, se tenait Alice dont le regard ocre la contemplait avec tendresse.
- Ce n'est pas possible… murmura Bella, stupéfaite. Tu… 6 juin… Non…
Un fin sourire étira les lèvres pleines d'Alice qui fit quelques pas vers sa compagne.
- Je t'avais dit que je reviendrai… Dans cette vie ou dans une autre… murmura la jeune femme en posant la main gauche contre la joue de Bella et la seconde sur sa taille. Je suis tout ce qu'il y a de plus réel.
- Comment…
- Plus tard. Coupa la brune. Je te promets que je répondrai à toutes tes questions mais plus tard…
Alice sourit de nouveau et l'embrassa.
Timide d'abord, le baiser gagna en intensité au fut et à mesure que les deux jeunes femmes réalisaient qu'elles étaient enfin ensemble.
- Chambre. Grogna Alice en sentant les mains de sa compagne défaire les pans de son caban.
Tout en riant, le couple entra dans la maison et alla directement dans la chambre de la plus jeune ou, à peine la porte fermée, Alice plaqua Bella contre cette dernière, à bout de souffle et heureuse, très heureuse de la revoir.
- Si tu savais à quel point j'ai rêvé de ce moment…. Soupira la plus âgée en regardant sa compagne.
Bella sourit, défit les boutons de son pantalon et glissa la main droite d'Alice dedans.
- Montre-moi… Comme à Schoenenbourg, sous l'orage…. Aime-moi de toutes les manières possibles et inimaginables…
- A tes ordres ma belle amoureuse… murmura Alice en glissant deux doigts en elle.
Ce fut l'odeur d'une cigarette américaine flottant dans l'air qui réveilla Bella qui s'était endormie sur le ventre.
La jeune femme se demanda si elle n'avait pas rêvé ces retrouvailles et fini par tourner la tête.
- J'ai cru que j'avais rêvé.
- Je suis là et je ne partirai pas. Répondit Alice en lui caressant l'épaule.
- Tu ne me quitteras plus ? demanda Bella en se collant de tout son long contre son amante.
- Plus jamais. Répondit la jeune femme en refermant ses bras sur elle. J'ai trop souffert de t'avoir menti.
- Raconte-moi…
- Je vais te faire lire. Dit la brune en prenant un carnet qui était dans une des poches de son caban. Mais je t'en prie, lit jusqu'au bout...
Je devais disparaître, au sens propre comme au sens figuré. Je ne supportais plus rien et les ordres, provenant de Londres, Max ou Jasper m'incitaient à jouer double jeu, à me compromettre, me donnaient envie de vomir. Ce n'était pas de gaité de cœur que je faisais tout ça mais pour remplir correctement ma mission, il fallait que je le fasse.
Je n'étais qu'une coquille vide.
Le soir où j'avais laissé Bella me faire l'amour malgré le dégoût que j'éprouvais envers moi, je suis allée voir Jasper qui a tout de suite compris que je ne ferai pas long feu. Que je finirai par me foutre en l'air en continuant ce jeu.
Ce fut avec l'accord de Londres que je laissai volontairement Violette et sa bande m'arrêter. De toute manière, j'avais laissé suffisamment d'indices pour leur laisser penser qu'il y avait une taupe dans leur service.
J'ai été arrêtée le 4 avril 1944, de façon délibérée, dans une souricière qu'ils avaient tendue rue de l'Université… J'ai été torturée pendant deux mois sans relâche par Violette et, pendant tout ce laps de temps, mon esprit était axé sur une seule chose, revoir Bella au moins une dernière fois avant le grand plongeon, avant que je ne disparaisse corps et âme et que ma compagne croie que j'étais morte.
Je me souviens à peine de l'action des gars pour me sortir du véhicule qui me conduisait à Drancy. De toute manière, j'étais une loque, à peine capable de me souvenir des derniers évènements…
J'ai reprit conscience dans la planque de Bella, au moment ou Jasper poussait une gueulante sur Emmett. Gueulante qui n'était pas simulée car personne n'était d'accord sur les fréquentations de mon frère.
Je savais ce qu'il allait se passer ensuite.
J'allais passer ma dernière nuit avec Bella, en tant que « vivante ».
Le matin du 6 juin, juste avant que la BBC n'annonce « les sanglots longs de l'automne bercent mon cœur d'une langueur monotone », je suis discrètement sortie de la chambre ou Bella dormait encore pour faire signe à Jasper que le moment était venu.
Une jeune femme, morte depuis quelques heures, allait prendre ma place et faire croire à Bella que je n'étais plus de ce monde.
Pourquoi ?
Parce qu'il était indispensable que tout le monde, Bella y compris, croient que j'étais morte. Parce qu'il en allait de leur sécurité et que les Allemands, se sachant acculés, ne reculeraient devant aucune bassesse.
Tulle et Ouradour sur Glane ainsi que Maillé allaient me donner raison sur ce point….
J'ai donc passé une partie de ma convalescence en compagnie d'Agathe et Henri mais je ne tenais pas en place. Je ne voulais qu'une seule chose, monter à Paris et aider le colonel Fabien que j'avais déjà rencontré grâce à Max.
Je suis retournée à Paris début août, juste à temps pour la Libération. Je faisais l'estafette pour Fabien et Rol-Tanguy.
C'est dans un commissariat de police, tenu par les Fifi, que je vis Bella pour la dernière fois.
Elle était endormie sur un banc, épuisée et le teint blafard.
Comment pouvais-je infliger cela à la femme que j'aimais le plus au monde ? Comment pouvais-je lui faire croire que j'étais morte dans ses bras alors que je me tenais à quelques centimètres d'elle, complètement éreintée mais émerveillée de la voir ici, en sécurité et dormant du sommeil du juste ?
En la voyant, je me suis promis une chose. Celle de ne plus jamais interférer dans sa vie.
Que Bella soit heureuse loin de moi, loin du sillage de malheur que je traînais derrière moi. Parce que la Mort, compagne fidèle qui me suivait pas à pas, allait de toute manière me ravir ce que j'avais de plus précieux au monde et qu'il valait mieux que je sois loin, très loin de Bella. Même si mon cœur et mon âme en souffraient, je devais m'éloigner d'elle.
Je lui ai caressé les cheveux une dernière fois et je suis partie sans me retourner. Ma haine envers les Collabos et les Allemands était décuplée. Envie de les tuer un par un pour tout ce qu'ils avaient fait.
A chaque allemand que je tuais, j'avais l'impression d'être le bras vengeur de la Justice. J'avais l'impression d'être surhumaine.
Ce fut en tenant en joue Rosalie, dans un des salons de l'hôtel Lutétia ou les femmes de son genre s'étaient planquées que je me rendis compte qu'au final, je m'étais laissée guidée par ma rancœur et ma vengeance.
Elle était devant moi, apeurée, ayant perdu de sa morgue et de sa superbe, tenant dans ses bras un bébé qui pleurait.
- Alice ? Je croyais que tu étais morte.
- Pas pour les chiennes comme toi.
- Je t'en prie, ne me tue pas. Pas en ayant ta nièce dans mes bras.
- Cette môme est la fille d'Emmett ? Tu racontes des conneries. C'est la bâtarde d'un Boche.
- Non. Elle a vos yeux. Regarde-le. Regarde le Alice ! Tu verras si je mens.
J'ai regardé le bébé et, aussi bizarre que cela puisse paraître, l'enfant avait la même couleur que mes yeux. Ce fameux regard ocre qui plaisait tant à Bella et qui était en quelque sorte, la marque de fabrique de ma famille. Bizarrerie génétique selon notre père.
- Cette gamine avait nos yeux. Elle était un membre de la famille Cullen. C'était, contre toute attente, la fille d'Emmett.
- Comment s'appelle-t-elle?
- Alice. Alice Isabella Esmée Cullen. Aide nous Alice… dit ma belle-sœur en pleurant. Si tu ne le fait pas pour moi ou pour ton frère, fait le pour ta nièce.
- Rosalie, pour une fois dans ta putain de vie, tu vas m'écouter. D'ici peu de temps, Paris va être libérée et je ne serai pas là pour te sauver la peau du cul alors quand les Fifi te demanderont ton nom, dit leur ton nom de jeune fille et ne mentionne en aucun cas que tu es liée avec la famille Cullen sinon tu courras à ta perte. Tu as compris ?
- Oui. Merci…
- Ne me remercie pas. Je fais ça pour ma nièce. Elle a besoin de sa mère même si c'est la dernière des putes.
Ce fut la dernière fois que je vis Rosalie. Je sus par la suite qu'elle avait fait ce que je lui avais dit mais qu'elle n'avait pas pu, hélas, échapper à la tonte.
Une fois notre belle capitale libérée, je me suis engagée dans la Croix Rouge comme ambulancière. Je sentais que je devais aller jusqu'en Allemagne pour trouver certaines réponses à mes questions.
Ce fut en allant à Bergen-Belsen, tout juste libéré par les Anglais que je retrouvais un Jasper à moitié mort dans le Revier, ou il partageait une paillasse avec trois de ses coreligionnaires, tous aussi rachitiques que lui. Aussi près de la mort aussi.
C'est lui qui m'a reconnue parce que, soyons honnête, qui aurait pu reconnaître le fringant jeune homme de l'été 40 dans cet homme qui ne pesait au bas mot que trente kilos tout mouillé ?
Son premier geste fut de vouloir écrire à Ed pour lui dire qu'il était vivant. Comme je l'enviais à cet instant ! Au moins, lui ne devait pas se faire passer pour mort auprès de la personne qu'il aimait tandis que moi…
Avant de le laisser entre les mains du corps médical des Tommies, je lui fis promettre de retrouver Bella et de rester avec elle.
- Et toi Alice ? Il faut que tu reviennes. Tu n'as plus besoin de te cacher…
- C'est trop tard pour moi.
C'est à Berlin que je vis Emmett pour la dernière fois.
Je me trouvais dans la Unter der Linden, la fameuse avenue berlinoise si souvent utilisée pour les défilés nazis. Maintenant, tout n'était que ruines et le silence environnant était troublé de temps en temps par les orgues de Staline qui déversaient leur puissance de feu sur les quelques immeubles encore debout.
La folie s'était emparée de tout le monde.
Je voyais des adolescents… Non, des enfants, aller au devant des chars, simplement armés avec des Panzerfaust. Tout ça au nom de quoi ? D'un putain d'idéal qui était mort avec les idéaux de leur Führer qui s'était suicidé la veille dans son bunker.
Je voyais des soldats combattre sous un uniforme qui n'était pas le leur. C'est comme ça que j'ai vu Emmett, dans un uniforme SS crasseux.
Sa position venait de se faire canarder et il gisait, assis, le torse appuyé contre un pan de mur, sa veste imbibée de sang. Une barbe de plusieurs semaines mangeait son visage et, au départ, je ne le reconnu pas.
- Alice !?
- Vous êtes ?
- Ton frère… Emmett….
- Mon frère est mort. Vous devez vous tromper.
- Non. Rappelle-toi d'Agathe et Henri… Nos fous rires dans la cave avec Henri et « Madelon » avec Agathe…
- C'était ça ta solution ? Aller combattre sous uniforme qui n'est pas le tien ? Bon dieu, tu as quoi dans la tête ?
- Je vais partir.
- Foutaises.
- J'ai choisi ma mort Alice. Plus rien ne me retient ici. Tu avais raison au sujet de ma femme. Dit-il en crachant du sang. Je n'aurai jamais du fermer les yeux sur sa nature…
- Il n'est pas trop tard…. J'ai une équipe d'infirmiers à l'AlexanderPlatz. Il suffit juste que tu tiennes quelques minutes pour que je t'emmène.
- C'est trop tard. Je n'ai plus rien.
- Ne raconte pas de conneries. Fis-je en farfouillant dans ma sacoche qui ne me quittait pas pour en extirper des bandages et du désinfectant afin de le soigner avant de le bouger. Tu me raconteras ça plus tard.
- Ma place n'est plus ici.
- Tais-toi.
- Je n'ai pas choisi le bon chemin. J'aurai du faire comme toi, Ed et Jazz mais c'est trop tard.
- Ouais, trop tard pour les regrets. Attention tu vas avoir mal. Répondis-je en enlevant d'un coup sec sa veste pour voir l'étendue des dégâts. Putain…
Une longue ouverture sur son ventre laissait les intestins à l'air libre et son épaule droite était en miettes.
- Alice…
- Quoi ? Dis-je, agacée tandis que je m'efforçais de panser ses plaies.
- C'est trop tard. Rétorqua-t-il doucement en me regardant et en posant une main sur les miennes. Je paie pour mes erreurs.
- Dit pas ça bougre d'imbécile. (Hurle) T'as pas le droit de clamser espèce de con. T'as pas le droit en sachant que tu es papa d'une petite fille !
- Tu es sûre ?
- Elle a nos yeux. Et tes fossettes quand elle sourit.
- Je… Comment s'appelle-t-elle ?
- Alice.
- Comme toi. Prend en soin petite sœur.
- Mais c'est quoi cette soudaine envie de me refiler un morpion ? Elle a sa mère et son père !
- Comment est-elle ? Souffla Emmett.
Comprenant que mon frère, malgré toute la meilleure volonté du monde, n'allait pas s'en sortir, je m'adossais à ses côtés et le prit dans mes bras, comme quand nous étions enfants.
- Comment est-elle ? Répéta t 'il, sa tête enfouie contre mon cou.
- Alice a tes yeux. Et ton sourire, celui qui dévoile des fossettes sur chaque joue. Elle a le nez de ta femme mais ta façon de regarder le monde qui l'entoure. Et elle est diablement mignonne…
- Tu crois qu'elle fera les mêmes conneries que moi ?
- Pas si mon grand frère, pardon, son père est à ses côtés pour lui indiquer le bon chemin.
- Pardon petite sœur. Pardon pour tout ce que j'ai fait… murmura Emmett en se calant un peu plus contre moi.
Je pouvais sentir son souffle contre mon cou diminuer. Emmett, mon grand frère, éternel compagnon de mes jeux d'enfants avec Edward, allait partir dans ce Berlin en ruines, dans un uniforme qui n'était pas le sien.
- Parle-moi. Souffla-t-il. Parle-moi de notre belle région…
- Heureux qui comme Ulysse a fait un beau voyage
Ou comme celui là qui conquit la toison
Et s'en revint, plein d'usage et de raison,
Vivre entre ses parents le reste de son âge !
Quand reverrai-je hélas, de mon petit village,
Fumer la cheminée, et en quelle saison
Reverrai-je le clos de ma pauvre maison,
Qui m'est une province et beaucoup davantage ?
(…)
- Lui as-tu pardonné ? demanda Bella car les lignes écrites par Alice s'arrêtaient sur les vers de du Bellay.
La jeune femme resta silencieuse quelques secondes, le temps pour elle d'allumer une cigarette et de se perdre dans la contemplation des volutes de fumée.
- Oui…
Bella se mit sur le côté et observa sa compagne.
Elle l'avait crue morte pendant tout ce temps alors qu'elle était vivante. Une infime partie d'elle ne comprenait pas pourquoi son amante avait agit comme cela mais au final, la jeune femme se rendit compte, de par ce qu'elle avait lu, qu'Alice avait tenu sa promesse. Celle de la protéger.
De son côté, la brune retenait son souffle. Soulagée d 'avoir pu enfin expliquer via l'écriture, ce qui s'était vraiment passé et angoissée car elle ne savait pas si elles avaient un avenir ensemble.
- Un jour, je t'ai dit que, la guerre finie, nous irions dans un endroit isolé, loin de tout, ou nous passerions tout notre temps à faire l'amour et à écouter les compositeurs que tu aimes tant. Un jour, tu as promis de me protéger et c'est ce que tu as fait même si je n'apprécie pas la manière dont tu l'as fait. Alors Alice… Ma douce et belle Alice, je ne te demande qu'une seule chose maintenant… C'est de rester. (Murmure) Reste. Reste avec moi…
Ceci est donc la fin d'Open Your Eyes.
Comme vous pouvez le voir, ce n'est vraiment une fin et peut-être, si l'envie nous prend, il y aura une suite parce que vous vous doutez bien que nos deux héroïnes ne vont pas rester éternellement dans leur petit coin de paradis^^
A bientôt pour de nouvelles aventures !
K13
PS : Le poème utilisé est « Heureux qui comme Ulysse » de Joachim du Bellay.
Epilogue écrit en écoutant les extraits suivants:
« Schindler's List main theme »( Schindler's list, John Williams)
« I'm gonna be (500 miles)» (Sleeping At Least ,Grey's anatomy saison 9)
« Heart of a volunteer » (Pearl Harbor, Hans Zimmer)
« Nocturne en C mineur, Op48 n°1 » (The Pianist, Frederic Chopin)
