2.
Mal à l'aise, ne sachant comment se comporter et encore moins comment aborder le sujet, Warius s'était néanmoins rendu au bureau du maître des lieux qui s'y était cloîtré depuis le petit matin.
- Tiens, pas de bouteilles de caisse de red bourbon avec toi ? remarqua le grand brun balafré avec une ironie un peu trop marquée. Je sais que tu adores nous surprendre quand nous sommes émotionnellement instables, mais là je peux déjà te dire que tu n'y arriveras pas !
- Comme si j'ignorais que vous, les balafrés, ne lâcheriez rien sous la torture, mais que si je vous prends par les sentiments, je peux obtenir quelques confidences, reconnut Warius en s'asseyant. Mais là, pas plus que toi, je n'ai le cœur à plaisanter. Je n'ai entendu que les rumeurs pour me faire une idée. Et c'est parce que je suis ton ami que je suis obligé de venir aux nouvelles !
Warius se redressa soudain dans son fauteuil.
- C'est bien une blague ? jeta-t-il presque avec hargne. Tout cela n'est qu'un mauvais rêve ?
- Si seulement… Et tu peux constater que nous sommes bien éveillés !
- Je ne crois malgré tout à rien de ce qui se colporte ! poursuivit rageusement Warius en martelant les accoudoirs de son siège.
Albator demeura silencieux, aussi Warius n'en repartit que de plus belle.
- J'ai vu Alguérande mener son Pharaon puis l'Indomptable à travers les univers, ce n'est pas un malheureux bolide terrestre si rapide soit-il qui l'aurait surpris ! gronda-t-il. Et même si ça avait été le cas, je crois encore moins que Madaryne ait soudain décidé de céder précocement au démon de midi et de se carapater en évitant soigneusement d'être joignable. Enfin, c'est qui ce vieux trognon de Mulgastyr Winguilfried avec lequel elle aurait mis les bouts, il sort d'où ?
- Je t'en ai pourtant parlé, à l'époque, parla enfin Albator. Madaryne le connaît très bien, et depuis longtemps. Leur mariage était même prêt, elle l'a annulé au dernier moment quasi.
Warius tressaillit alors.
- Quoi, c'est la même personne ? C'est lui ? Je me rappelle du divorce d'Algie et de Mady. Mais j'avais complètement oublié le nom de celui auprès duquel elle s'était réconfortée… Alors, en réalité, elle n'aurait pas cessé de… ?
- Jamais ! siffla Albator.
A la mine interloquée et choquée de son ami, il rectifia sa pensée.
- Jamais Madaryne n'aurait commis une telle bassesse envers Alguérande !
- Ah, tu me rassures ! Mais alors, qu'est-ce que…
- Aucune idée, maugréa Albator.
- Et tu comptes rester planté là ? s'étonna Warius.
- L'enquête a commencé dès que les experts se sont approchés de l'épave de la voiture, pour les relevés sur les lieux de l'accident, avant son transfert dans un labo pour des examens approfondis. D'autres investigateurs sont au centre polyculturel pour suivre la piste des fuyards. A ces deux niveaux, je suis inutile. Je n'ai que ma conviction qui est en opposition avec les premiers rapports faisant état de cette prétendue infidélité.
- Et tu ne vas rien faire ? insista Warius, décontenancé.
Albator se leva.
- Je retourne à la clinique Shérel. Je n'en peux plus de demeurer ici à attendre leur appel. Je préfère être déjà sur place quand Alguérande reviendra à lui et que ces fichus inspecteurs voudront le harceler sur l'état de sa vie privée…
Arrivées en fin d'après-midi à la clinique Shérel, les jumelles Sylle et Tylle Ortak s'étaient retrouvées face à un balafré, mais pas celui pour lequel elles étaient là !
- C'est votre fils que nous sommes venues interroger, M. Ilian Waldenheim, firent les Inspectrices. Son médecin a dit que nous pouvions relever son premier témoignage.
- Vous ne pouvez donc pas le laisser tranquille ? siffla Albator. Vous n'avez nul besoin de l'entendre, vos premières constatations devraient vous suffire. Tout ce qu'il veut, ce que nous voulons tous, ce sont vos conclusions et si possible les résultats de votre enquête !
- Mais c'est bien pour progresser que nous avons besoin de sa version des faits, répondit patiemment Tylle. Certaines confirmations ou infirmations, nous sont indispensables afin de ne pas orienter nos investigations dans de mauvaises directions.
- Et ce bien que nos premières déductions nous conduisent dans une seule direction, enchaîna Sylle.
- Entrez dans sa chambre mais ne vous attardez pas, céda le grand brun balafré. Il est encore très faible. Et n'ayez pas trop d'espoirs, il ne se souvient quasiment de rien !
L'œil tout aussi mauvais que celui de son père, du moins celui qui n'était pas tuméfié, Alguérande le détourna rapidement des deux Inspectrices qui s'étaient présentées.
- Permettez-nous d'insister, colonel Waldenheim, reprit Sylle pour rompre le pesant silence. Pensez-vous réellement que votre femme…
- Elle a abandonné ses enfants, et moi avec, ça me semble clair, non ? jeta alors le jeune homme d'une voix rauque. C'est la seconde fois ! Et je ne veux plus jamais entendre parler d'elle !
