3.

Peu avant neuf heures, les secrétaires du dernier étage du QG de la Flotte terrestre avaient vu arriver Joal Hurmonde et Ouchu Sorkaloze. Leur couple n'était plus un secret pour personne et on chuchotait même qu'il y avait du mariage dans l'air !

- Votre rendez-vous est dans votre bureau général.

- Déjà !

- Le temps ne signifie rien pour l'horloge interne du lieutenant Oxymonth. Il était là dès la fin du tour de garde nocturne !

- Je le reconnais bien là. Qu'on ne nous dérange pas.

- Bien, Monsieur.

Joal prit les mains de la toute petite avocate, se pencha pour l'embrasser.

- Nous nous reverrons pour déjeuner, ma mie. A tout à l'heure.

- J'espère que tout se passera bien.

- Je croise les doigts pour ta plaidoirie, murmura-t-il avec un geste tendre pour sa fiancée.

Il la regarda retourner vers les ascenseurs, puis se dirigea alors vers son bureau, activant le signal rouge d'interdiction d'accès derrière lui.


Gander se leva d'un bond à l'entrée de son général, effectuant un impeccable salut.

- Je suis désolé de n'arriver que maintenant, général. Je viens seulement d'apprendre alors que ça fait une semaine que cela s'est produit… J'étais parti à la montagne et je n'étais pas joignable.

- Décidément, c'est une habitude.

- Pardon ? s'étrangla le Mécanoïde.

- Rien, une réflexion qui m'a échappé. Oui, je savais que vous profitiez de ce congé avec la compagne que l'on vous a offerte.

- Si j'avais su…

- Rien du tout ! Vous ne pouviez, et vous n'êtes toujours pas utile dans cette enquête. Il était préférable que vous profitiez de ces moments.

- Avec le recul, je… J'étais là-bas, mécaniquement heureux, tandis que mon meilleur ami… Je n'ai pas osé contacter sa famille, d'où la raison du rendez-vous que j'ai pris la liberté de vous demander.

- Je comprends.

- Je me disais que s'il y avait des nouvelles vous… Qu'en est-il, général Hurmonde ? Est-ce que tout est vraiment fini, cette fois ?

Joal Hurmonde leva légèrement en signe d'ignorance.

- Je pense que seul Alguérande Waldenheim a la réponse. Et il est toujours hospitalisé. Seuls ses proches lui rendent visite. Je lui ai dépêché une surveillance discrète, il n'a aucun contact avec ces soldats en civil.

- A Shérel. Pourquoi ne pas l'avoir transféré à notre hôpital ?

- C'était inutile, fit Joal Hurmonde avec un sincère étonnement. Shérel est au plus près des lieux du crash, et donc de chez lui.

- Mais vous l'avez mis sous protection, remarqua le Mécanoïde.

- Bien sûr. Tant que j'ignorerai les causes de cet accident, je préfère garder ouvertes toutes les hypothèses !

- Et qu'a-t-il dit sur le fond ? questionna Gander. Car vous devez être en contact avec les enquêteurs, général ?

- Les Inspectrices Ortak n'ont guère eu plus de chance, si du moins elles espéraient son point de vue. Il n'a aucun souvenir de l'accident, elles ne peuvent donc pas compter sur lui pour en éclaircir les circonstances ou tout du moins son ressenti. Que ce soit un excès de vitesse, une perte de contrôle, les deux à la fois, ou un sabotage, les expertises finiront bien par le révéler.

Gander eut un petit soupir.

- Et pour Madaryne ?

- Vous avez des oreilles tout comme moi, Oxymonth. Et bien qu'il s'agisse désormais d'entrefilets dans la presse, elle a bien filé avec ce chef d'orchestre dès qu'il a eu le dos tourné. Ils ont parfaitement monté leur coup et je doute qu'on les localise de sitôt.

- Quel gâchis…

- Je ne vous le fais pas dire ! Au moins, notre ami ne s'enferre pas dans des illusions de retour ou une rage stérile. Il a tout bonnement tiré un trait sur elle ! Ce sera plus dur à faire avaler à leurs enfants, mais là aussi le temps finira bien par faire son œuvre. Voilà la parfaite illustration du fait que nos démons ne nous lâchent jamais ! Après plus de dix ans, Madaryne est donc finalement partie avec celui avec lequel elle devait convoler pour avoir une vie normale.

- Et pour la mission, la Renégate, la Mouche ? interrogea encore Gander.

- Rien ne change au planning. A moins d'un contrordre médical ou d'un renâclement d'Alguérande, vous repartez donc bien fin de ce mois.

- Je vais donc surveiller les ultimes révisions de l'Indomptable et tout préparer, conclut Gander en se levant pour prendre congé.

- Je ne vous raccompagne pas, fit Joal avant de se mettre à ses affaires courantes.