5.

L'Indomptable filait à travers les étoiles, magnifique, arrogant même dans ses formes taillées pour la vitesse et le combat.

Son colonel tournait comme un lion en cage quand Gander se présenta à l'appartement.

- Je peux savoir pourquoi tu me tires la gueule depuis une semaine, depuis notre départ ? siffla Alguérande.

- De quoi ? s'étrangla le Mécanoïde.

- Oui, à chaque fois que je croise ton regard, j'y vois de la réprobation.

- Tu aurais pu rester encore un peu avec tes enfants… glissa Gander. Nous n'étions pas à quelques jours près.

- A quoi bon ?… Il y a longtemps qu'ils ont pris l'habitude d'être autonomes. Et il y a bien assez de monde au château pour s'occuper d'eux !

- Qu'importe le nombre de personnes autour d'eux, ils ont besoin de leurs parents, insista Gander.

- Ils ignorent que leur mère ne reviendra pas… On a collectivement décidé de parler d'une absence prolongée pour raisons professionnelles. Ils réaliseront la vérité bien assez tôt mais d'ici là, ils auront eu un peu de répit. Ils ne devraient pas connaître les cruautés de la vie…

Le Mécanoïde soupira, ressentant quelque chose qui ressemblait à des larmes humidifier ses yeux.

- Je suis tellement désolé de ce qui t'arrive. Je trouvais votre couple si solide, exemplaire ! J'étais certain qu'il durerait pour l'éternité !

- Tout de suite les grands mots. Et puis, comment saurais-tu de quoi tu parles ? On t'a fabriqué une compagne, vous n'avez qu'un semblant de vie ! Vous n'êtes pas programmé pour la duperie ou les coups bas !

- Et toi, tu dois souffrir à un point inimaginable pour proférer de tels propos. Je ne t'en tiendrai pas rigueur. Ça va, Algie ? Tu es blanc comme un linge !

- Je ne me sens pas très bien, reconnut le jeune homme en allant s'asseoir dans le fauteuil le plus proche.

- Tu n'aurais pas dû reprendre la mission, du strict point de vue médical, insista le second de l'Indomptable. Tu as subi de sérieux chocs lors de cet accident !

- Et qui d'autre pour traquer Syrance Mulgrauth ? grinça Alguérande. Enfin, elle, n'importe qui pourrait s'en charger, mais pour sa Mouche de mère, les emmerdes sont comme de bien entendu pour ma pomme !

- Tu devrais aller voir Doc Surlis, qu'il t'examine…

- Je ferai comme je veux ! Vas sur la passerelle, je t'y rejoins plus tard.

- Comme tu voudras, colonel, fit Gander en se retirant.

Épuisé, le cœur battant la chamade et légèrement pris de vertige, Alguérande se rendit au centre hospitalier de son cuirassé où Surlis l'attendait, déjà prévenu par un attentionné et non rancunier Mécanoïde.


Sylle et Tylle Ortak étaient venues au QG de la Flotte, rencontrer Joal Hurmonde.

- Et quelles sont vos premières conclusions, Inspectrices ? s'enquit ce dernier.

- Je crois que nous avons rarement eu une enquête avec si peu de faits matériels, reconnut l'aînée des jumelles. Le site du crash n'a quasiment rien livré, le déluge ayant fait disparaître presque toutes les traces. On a juste relevé un freinage extrêmement brutal, mais sans aucune justification dans cette courbe légère !

- Quant au véhicule et aux données de l'ordinateur de bord, cela n'a pas donné grand-chose de plus, ajouta Sylle. Les expertises sont toujours en cours. Mais les techniciens n'ont jusqu'à ce jour relevé aucun signe des sabotages usuels.

- Quoi, vous pensez que Madaryne et Winguilfried auraient pu trafiquer le bolide du colonel Waldenheim, pour couvrir leur fuite, sans risque qu'il ne leur galope après ? sursauta Joal (*)

- C'est une des hypothèses, mais rien ne l'étaye, reprit Tylle.

- Quelles sont vos autres options ? poursuivit le général de la Flotte.

- Nous en avons quelques-unes, mais il est trop tôt pour les avancer. Nous préférons ne parler que preuves à l'appui !

- Je comprends… Mais cette affaire demeure bien frustrante !

- Jusqu'ici, la version de la perte de contrôle de ce bolide, sous cet orage, demeure la plus plausible, conclut encore Tylle. Votre colonel conduisait à une vitesse insensée comme le répertorie le fichier mémoire, quelle qu'en soit la raison, et par le temps qu'il faisait cette nuit-là, ça ne pardonne pas !

- Peut-être avait-il ses raisons, ajouta Sylle. Mais il l'aura payé au prix fort. Il a eu de la chance de ne pas y rester !

- Dès que vous aurez des infos, faites m'en part, pria Joal alors que la discussion prenait fin.

Les deux Inspectrices saluèrent et se retirèrent.

(*) suggestion de The Beautiful Cleopatra, ma copine de fanfics