8.
Malgré la pluie qui noyait le paysage et inondait le sol, Alguérande conduisait littéralement pied au plancher.
- Détends-toi, Mady, nous serons au château dans moins d'une heure.
- Je te fais entière confiance, mon amour !
Rassurée, Madaryne ferma les yeux, épuisée par les intensives répétitions des derniers jours.
Les coups de klaxon l'avaient tirée du sommeil.
- Que… ?
- Un conducteur fantôme, siffla Alguérande en désignant la paire de phares, devant eux, en plein sur leur trajectoire.
D'un brusque coup de volant, Alguérande se déporta sur la bande de gauche, frôlant dangereusement le rail de sécurité, mais le véhicule l'imita.
- Il est suicidaire, glapit Madaryne.
- Non, peut-être pas, gronda Alguérande. C'est un…
Dans un soudain silence, la voiture de course traversa l'hologramme qui se dressait au milieu de la route tandis que les roues n'avaient plus de prise sur le sol détrempé. Le pare-brise vola en éclats à l'instant de toucher les premiers rochers.
Un autre choc eut lieu, plus sec, plus brutal.
« Un hologramme de reflet… C'étaient nos phares dont on voyait l'écho… ».
Madaryne avait du mal à croire que l'habitacle du bolide était demeuré pratiquement intact. Elle était courbaturée comme après des heures intensives de sport mais la douleur lui prouvait qu'elle était vivante, et trempée. Ses paumes étaient rouges de sang mais elle ne parvenait pas à localiser les blessures.
- Alguérande… Il faut qu'on sorte de là ! Secoue-toi !
Ensanglanté, le jeune homme avait davantage souffert lors du crash. Inconscient, il ne réagissait ni à ses cris ni à ses secousses.
Deux véhicules s'étaient rangés derrière l'épave du bolide qui s'était fracassé contre les rochers et des ombres s'étaient approchées. Madaryne ne songea pas un instant qu'il pouvait s'agir d'âmes charitables, les voitures surgies de nulle part.
La portière ouverte à la volée, elle fut brutalement extraite du véhicule accidenté. Cagoulés, ses agresseurs n'eurent pas un mot, se contentant de lui entraver les mains avec du ruban adhésif. Avant qu'on ne l'aveugle, elle aperçut le quatrième larron qui se dirigeait vers le bolide, côté conducteur, une seringue à la main.
Depuis son arrivée sur l'Indomptable, Anténor s'était installé dans la chambre voisine de celle de son frère, laissant ouverte la porte communicante.
Aussi, une fois de plus s'était-il levé quand ce dernier s'était agité plus que de raison.
- Maintenant, j'ai compris pourquoi ces nuits ne te reposaient nullement… Réveille-toi, Alguérande !
Son cadet émergea, mais son regard indiquait qu'il demeurait dans ses songes qui l'avaient tant bouleversé.
- Que s'est-il passé, Algie ? Tu as de nouveau rêvé de l'accident ?
- Oui, comme si j'en avais été spectateur, souffla Alguérande. Ce miroir géant a complètement trompé mes sens, les freins se sont bloqués bien plus que de raison… Cette injection, elle devait effacer mes souvenirs, la présence de Madaryne qu'ils ont emmenée !
- Qui ?
- Si seulement je le savais ! Papa a toujours eu raison. Il savait que jamais elle ne nous aurait abandonnés !
- Tu as pourtant été bien virulent envers elle, remarqua Anténor tandis que son cadet buvait le verre d'eau qui lui avait apporté.
- C'était le plan, il fallait que tous y croient, avoua alors Alguérande.
- De quoi ? !
- Cet accident, l'enlèvement, c'était si bien planifié. Cela imposait de multiples complicités. Et notre père est l'être le plus méfiant que je connaisse ! Si nous étions observés, sur écoute, je devais rejeter rageusement Madaryne !
- Comment ça, qu'est-ce que tu veux dire, Algie ?
Alguérande leva les yeux sur son aîné.
- Notre père m'a demandé de lui faire une confiance aveugle. Je venais juste de me réveiller à la clinique. Je n'ai rien compris, mais je lui ai obéi, pour retrouver et sauver celle que j'aime plus que tout !
- Tu me rassures. Je me suis tellement inquiété de ce prétendu rejet ! Nous nous sommes tous fait un sang d'encre !
- Et ce n'est pas fini, gémit Alguérande. Madaryne a totalement disparu et impossible de découvrir quoi que ce soit !
- On va y arriver, assura Anténor en réconfortant son cadet.
