12.
Balayé comme un fétu de paille, Alguérande avait valdingué à travers toute la salle de méditation où Amarance avait rendu son dernier soupir, heurté plusieurs colonnes puis un mur, ce qui lui avait voir trente-six chandelles.
Un quatrième larron s'était dirigé vers le bolide réduit à l'état d'épave, côté conducteur, une seringue à la main.
L'aiguille s'était enfoncée dans le cou d'Alguérande à demi inconscient, envoyant le liquide bleuâtre dans son organisme.
- Il est out, c'est bon ! murmura l'agresseur.
- Tout est donc bien. Tarkensaff sera satisfait !
Les comparses battant en retraite, regagnant les véhicules dont celui où se trouvait Madaryne, Alguérande perdit complètement connaissance, tout s'effaçant de sa mémoire dans le sillage.
- Merci, Shernolpe ! Je n'aurais pu espérer meilleur électrochoc que ces nouveaux traumatismes.
- De quoi ? Qu'importe, il n'est que temps que je te détruise ! Tu as perdu ta meilleure alliée, j'ai fait ce qu'il fallait pour cela !
- Amarance était innocente !
- Non, c'était ton amie, ta comparse, je me suis régalée ! triompha la Mouche. Et les traits de mes pattes étaient empoisonnés, j'aurais dû le faire quand je t'ai transpercé ce bébé blond et toi ! J'ai adoré la voir convulsé dans l'agonie, ce fut long. Et jusqu'au bout elle ne songeait qu'à pouvoir se régénérer pour pouvoir t'accueillir et partir en guerre avec toi.
- Tu es monstrueuse !
- Oui, je suis telle que tu m'as décrite depuis le premier jour : je suis une monstruosité ! Et c'est bien ce qui me caractérise, j'en suis fière ! Je suis une déesse. Comment pourrais-je bien avoir le moindre sentiment ou empathie pour tous ces obstacles sur ma route ! Je dégage le passage, c'est tout ! Et c'est un chemin qui me mène vers toi, Alguérande ! J'aurais dû te balayer dès que j'ai tronçonné cet Arbre de Vie !
- Oui, une erreur récurrente de mes ennemis. Ça m'a toujours permis de m'en sortir ! Dommage pour toi, insecte !
- Toi et tes bravades stériles, je suis étonnée que tous ceux avant moi s'y soient laissé prendre, au point que tu les défasses dans la foulée ! Ils devaient vraiment être minables !
- Moins que celui qui a voulu faire de la femme de ma vie son petit objet instrumental ! J'ai failli tout gober ! Sans mon père… Et cette injection, on en aurait peut-être trouvé une trace si on avait suggéré quoi chercher sur moi… Oh, tout est si compliqué, confus…
D'un nouveau battement d'ailes, Shernolpe balaya Alguérande d'un bout à l'autre de la salle.
- Là, je vais avoir du mal… souffla le jeune homme avant de s'évanouir.
- Comme si tu avais eu la moindre chance ! se réjouit Shernolpe. Et maintenant, je n'ai plus qu'à te vaporiser d'un flux acide de ma trompe !
Shernolpe s'agita de contentement, battit à nouveau des ailes, raidissant sa trompe pour frapper et projeter un jet dévastateur.
- Ma roue de paon m'est revenue. Je n'ai pas compris, mais je me suis précipité. J'ai stoppé cette horrible insectoïde… Je l'ai faite à nouveau battre en retraite, mais ce n'est que reculer pour mieux sauter… Elle reviendra…
- Merci, Anténor !
- A ton service. Je n'imaginais pas pouvoir faire quoi que ce soit, hormis sur la passerelle de mon Mégalodon !
- Tu m'as ramené sur l'Indomptable…
- Il semble que ton Sanctuaire n'en soit plus un.
- Oui, mon amie est morte…
- Je suis désolé. Et ensuite ?
- Quoi ?
Anténor se raidit dans toute son attitude, poings sur les hanches, dominant son cadet buvant son lait.
Alguérande reposa soudain le verre sur la table la plus proche, suspicieux.
- Je n'ai toujours pas de solution pour la régénération du cuirassé végétal de Syrance Mulgrauth… Je ne sais pas comment on va pouvoir s'en sortir…
Alguérande frémit !
- Allons voir ta jeune araignée, elle m'a rendu mes jambes, elle peut sûrement plus depuis tout ce temps où elle a grandi !
Anténor sourit.
- A tes ordres, colonel !
