14.

Le second et le Médecin-Chef de l'Indomptable s'étaient présentés à leur colonel, priant Anténor de rester alors qu'il avait voulu poliment se retirer.

- Alguérande, ton père est mort…

- Quoi, encore ! ?

- Et c'est tout ce que ça te fait ? tressaillit son aîné, passablement choqué. Après, c'est moi qui passe pour l'insensible de service !

- Bon, qu'est-ce qui lui est arrivé cette fois ? s'enquit paisiblement Alguérande en buvant son thé fruité.

- Il a fait une sortie de route avec sa voiture… renseigna Gander qui tirait toujours pour sa part une tête jusque par terre.

- Quoi, lui aussi ? persifla toujours Alguérande que ses trois interlocuteurs auraient aimé saisir par les revers de sa tunique d'uniforme pour le coller au mur !

- … Son véhicule a pris feu, embraya Surlis. Il ne reste pas grand-chose d'identifiable.

- Comme par hasard ! Aucune imagination de la part de Tarkensaff.

Anténor tressaillit.

- Mais pourquoi en es-tu si sûr que… ?

- Parce que, tout comme pour toi, Anténor, j'ai demandé aux troupes d'élite de la Reine Wylvéline de le protéger discrètement ! Heiligenstadt a beau être notre chez nous, ce n'est pas l'environnement habituel de notre père. C'est Tarkensaff qui est sur son territoire, je ne voulais pas lui laisser cet avantage face à notre père !

Le beeper de sa ceinture ayant émis une sonnerie, Alguérande s'était levé.

- Un appel urgent ! C'est privé, je le prends dans ma chambre !

- Mal embouché, marmonna Anténor entre ses dents. Je vais vraiment finir par t'en coller une !


- C'est quoi tous ces chauffards sur les voies rapides du coin ! ?

- Décidément, Albator, vous avez aussi mauvais caractère que votre fils ! Je parle d'Alguérande, pas de Pouchy qui est un doux agneau !

- Ma nouvelle voiture est bonne pour la casse. Je n'ai besoin de personne pour qu'on me casse mes jouets, j'y arrive très bien tout seul et ce depuis mes premiers pas !

La Sylvidre eut un léger soupir, résignée mais surtout soulagée que le grand brun balafré soit encore en état de râler !

- Je suis…

- Thrée, vous dirigiez le commando qui a libéré Anténor alors qu'on l'emmenait pour son exécution ! Comment avez-vous pu intervenir à aussi bon escient, aussi vite ?

- Quand nous avons su pour Tarkensaff, notre Reine relayant l'info venue de l'Indomptable, Pouchy voulant être tenu au courant du moindre indice, nous l'avons mis sur écoute. Nous ne relevons pas de la juridiction d'Heiligenstadt, ni celle de la Terre ou d'aucune autre planète ! Et nous avons surtout de remarquables télépathes parmi nous. Nous avons donc appris cette fois que ce truck devait dégager votre véhicule de la route pour faire croire à un nouvel accident.

- Oui, ça j'avais compris !

- Nous savions que vu le lieu choisi, il faudrait aux complices de Tarkensaff un moment pour rejoindre l'épave. On a donc eu tout le temps de vous sortir de là, de placer un corps récupéré en chemin dans une morgue, et de bouter nous-mêmes le feu avec des produits accélérant ce qui fait que ces comparses n'ont rien eu à voir !

- Ca, je ne m'en souviens pas, juste de m'être réveillé à l'arrière de votre camionnette.

Thrée fit la grimace.

- Je suis désolée, mais les vôtres doivent croire que vous y êtes bien resté, ainsi seulement Tarkensaff gobera tout !

- Ils n'y croiront pas mais joueront le jeu d'instinct, tout comme Algie m'a fait entière confiance sans rien comprendre. Et, merci, Thrée.

- Maintenant, vous devez rester ici. Je suis sur le point de vous obtenir une communication avec l'Indomptable, vous pourrez au moins rassurer ces deux garçons-là.

- Alguérande va devoir affronter une Mouche, il n'a vraiment pas à se préoccuper de moi. Et puis, j'ai déjà mes anges gardiens à ce qu'il semble ! remarqua Albator.

Une lueur malicieuse s'alluma dans sa prunelle marron.

- La présence dans le coin de vos commandos rend soudain l'envahissement du Bunker de Tarkensaff à nouveau d'actualité !

- Ordonnez, nous obéirons !

- Bien, approuva Albator. Reste plus qu'à organiser cela pour mettre fin au cauchemar !