16.
« Quand cette histoire sera finie, et qu'on s'en sera sortis en un seul morceau, je te ferai la tête au carré, Algie ! ».
Bougonnant, Anténor se releva, ayant piteusement fini son déplacement à plat ventre, le nez dans un sol qui ressemblait à une épaisse couche de cendres !
« Ce Sanctuaire n'a pas changé, sauf que je n'aperçois pas la Nef de fil de soie d'Arandyll. Je n'ai pas dû atterrir au bon endroit, manquait plus que ça ! ».
Anténor débarrassa ses vêtements du plus de poussière qu'il put.
- Arandyll ! Guylette ! J'ai besoin de vous ! Alguérande m'a dit que vous pouviez venir à mon appel !
Le jeune homme patienta ce qui lui parut être un long moment, mais rien ne vint troubler le silence de mort des lieux, que ce soit en son ou en apparition des Araignées Gardiennes.
« Je n'aime pas ça… Pourvu qu'elles n'aient pas subi le même sort qu'Amarance ! ».
Se concentrant, Anténor tenta de faire jaillir ses ailes de paon, mais rien ne surgit dans son dos.
« De toute façon, je doute qu'elles m'aient permis de voler… Manquait plus que ça ! ».
Et continuant de ronchonner, il se dirigea droit devant lui, songeant qu'il finirait bien par arriver quelque part !
« Algie, je te hais ! ».
La vision d'Arandyll, écroulée sur le dos, n'ayant plus le moindre de mouvement, fut ce qu'Anténor avait redouté de pire.
- Tu es… morte ? souffla-t-il. Comment est-ce que je pourrai bien annoncer cela à Alguérande ! ?
- Elle est décédée de vieillesse. Elle a donné ses dernières onces d'énergie pour moi.
Anténor pivota d'un bloc, par réflexe pistolet déjà à la main bien qu'il doute que cela ait grand effet sur une créature vivant dans un Sanctuaire !
Pourtant, celle qui se tenait à quelques pas de lui ne semblait pas particulièrement redoutable, trop inoffensive par contre !
Longue et fine, Humaine, son épiderme pâle tranchait avec la chevelure d'ébène qui l'enveloppait jusqu'aux cuisses et qui paraissait être la seule chose à couvrir son corps nu.
- Toi, tu n'étais pas là à ma dernière venue, fut tout ce qu'il trouva à dire.
- Ne tire pas trop vite de conclusions, fit la jeune femme au regard bleu glace. Tu es d'une précipitation, avec tant d'idées préconçues et une absolue mauvaise foi pour remettre en question tes prétendues certitudes justement !
- Comme accueil, j'ai connu plus chaleureux, marmonna le jeune homme.
- Parce que toi tu es modèle de délicatesse et de bienséance ? Laisse-moi rire, il n'y a pas plus ombrageux que toi ! Narcissique et sans concessions. Léllanya t'a peut-être changé, mais le fond demeurera sous le vernis de l'apprivoisement, jusqu'à ton dernier souffle !
La créature eut un petit gloussement.
- Tu me plais. Je te vois avec mes nouveaux yeux et j'apprécie !
- Je ne peux pas nier que c'est réciproque… J'ai eu quelques sauteries lors de sorties à Heiligenstadt mais là je commence à me sentir en manque !
- Et toujours direct. Ce n'est pas le romantisme qui t'étouffe !
- Je ne vais certainement pas t'offrir de bouquet de fleurs. J'aurais du mal, il n'y a pas le moindre végétal dans ce Sanctuaire ! J'ai assimilé quelques règles de vie en société ces derniers temps, mais rien ne changera le fait que j'obtiens ce que je veux !
La jeune femme éclata de rire.
Alguérande reposa son verre de thé aux baies.
- Alors, elle est vêtue à présent ? grinça-t-il.
- Les membres d'équipage féminines lui ont trouvé des vêtements à sa taille. Elle ne semblait pas emballée de les enfiler, mais je suis sûr que tout lui va !
- Elle te fait un sacré effet ! pouffa Alguérande. Tu envisagerais de te caser, irréductible célibataire ?
- Pas mon genre. Je ne suis pas du genre que l'on attache. Mais je reconnais qu'elle est roulée comme une déesse. Elle cache bien sa nature profonde… Et cette apparence est bien plus avenante que l'autre, il faut bien l'avouer !
Anténor rit de bon cœur devant la mine interloquée de son cadet.
- Arrête de tourner autour du pot, Antie ! rugit le colonel de l'Indomptable. Dis-moi enfin qui j'ai accueilli à mon bord ? !
- Guylette.
