17.
Après avoir brièvement à nouveau salué sa nouvelle passagère, Alguérande était ressorti tout aussi vite de l'appartement pour visiteurs pour presque saisir son aîné par le collet.
- Tu as ramené une jeune Araignée à mon bord ! ?
- J'ignorais qui elle était, jusqu'à ce qu'elle me dise son nom, hoqueta Anténor, la respiration presque coupée par le bras du colonel de l'Indomptable qui lui comprimait la gorge ! Ensuite, je n'ai plus rien vu, et c'est elle qui m'a ramené ici… Je te l'ai dit, Alguérande : je ne contrôle absolument pas mes supposés pouvoirs ! Et tu m'as envoyé dans un désert où Arandyll était morte !
- Si je l'avais su et si j'avais été en condition de supporter de tels efforts, je ne te l'aurais pas demandé. Tu aimais cette grande araignée, elle t'avait aidé, en mal, mais vous étiez alliés et même amis à l'époque. Je suis désolé pour elle. Si j'étais en pleine possession de mes moyens, je carboniserais ce Sanctuaire pour offrir de dignes funérailles à Arandyll, mais…
- Mais Guylette est bien vivante, il faut préserver son Nid ! Guylette est son nom d'Araignée. Dans notre monde, elle préfère qu'on l'appelle Radjanga, en hommage à celle qui l'avait enfanté.
- J'ai du mal à voir le rapport, grinça Alguérande en relâchant son aîné avant qu'il ne perde tout souffle et ne puisse plus lui répondre !
- Aucune importance. Guylette, ou Radjanga, est une créature qui m'est précieuse, car j'appréciais infiniment Arandyll. Elle fut la première à me faire réaliser la dualité de ma personnalité, à me faire voir mon passé, et le tien dans le même temps en présence de Léllanya… Cette Araignée semblait monstrueuse au regard mais elle avait beaucoup plus d'humanité que bien des êtres que j'ai rencontré au fil de mes années de Pirates. Je la regretterai toujours.
- Je suis profondément désolé, fit alors Alguérande. Avoir des amitiés surnaturelles, c'est précieux et rare. Et que Guylette, ou Radjanga, t'ait choisi, est un cadeau dont elle t'a jugé digne ! Ne la laisse pas t'échapper !
- Elle m'a embrasé les sens, j'étais prêt à lui sauter dessus, puis elle a dit être une Araignée… Ça m'a refroidi… Mais elle est fascinante, j'avoue !
Finissant de masser sa gorge douloureuse et portant la marque des galons de la manche de son cadet, Anténor fronça les sourcils.
- Ce que tu viens de dire, Algie, c'était pétri de bon sens ! Je ne te connaissais pas ainsi… Tu me surprends, et pourtant après avoir étudié ton dossier Militaire pour te piéger et attirer notre père je pensais n'avoir rien laissé dans l'ombre pour mon plan, et je t'avais classé irrémédiablement dans les tarés irrécupérables !
- J'en ai autant à ton encontre !
Alguérande s'adossa au mur de l'autre côté de la coursive, aussi haletant que son aîné un instant plus tôt, bien que personne ne lui comprime la carotide.
- Algie !
- Plus ça va, plus je suis soigné et censé aller mieux, moins bien je me sens, souffla Alguérande, soudain pâle comme un mort et trempé de sueur. Je ne vais jamais y arriver, c'est bien au-delà de mes forces, ajouta-t-il avant de perdre connaissance et de s'écrouler.
Et Anténor n'eut que le temps de le rattraper.
- Surlis, c'est encore pire que dans vos prévisions, venez vous occuper de lui ! aboya Anténor dans son oreillette.
Radjanga se leva quand Anténor revint dans l'appartement.
- Tu m'avais caché l'état de ton cadet aux ailes de Dragon !
- Je te croyais omnipotente ?
- Je suis jeune née, Humainement parlant. Cela remonte à seulement quelques mois, soit quelques fractions de secondes de mon ancien temps de vie. Je n'ai pas perçu l'agonie d'Alguérande, pas plus que ton approche sinon j'aurais répondu à ton appel. Désormais, nous sommes connectés, je saurai venir à seulement une de tes pensées si tu m'y autorises ?
- Tu es trop compliquée pour moi… Je ne comprends d'ailleurs pas grand-chose à tes propos, et ce depuis que tu es apparue à moi complètement nue !
- Je t'ai scotché, non ?
- Tu m'as fait baver et même bander ! Mais j'ai appris des débuts d'éducation comme tu l'as fait remarquer, et je l'ai gardée dans mon pantalon. Bien que je me doute que si j'avais seulement osé te toucher, l'Araignée en toi m'aurait balayé !
- Qui sait… ?
Anténor déglutit le plus silencieusement possible bien qu'il ait la gorge complètement sèche !
- Quoi, tu… ?
- Mystère !
Radjanga resserra la ceinture de sa robe cerise, courte au possible, dévoilant ses jambes interminables et ses hautes bottes cuivrées à talons effilés de près d'une dizaine de centimètres.
- Alguérande ne pourra jamais… Tu es le seul qui… Et il faut paralyser la régénération du cuirassé végétal de Syrance, et user d'une tapette géante pour sa déesse de mère.
- Tu as une solution ? Car nous, nous n'en avons plus aucune. Nous espérions… Enfin, tu étais le dernier espoir d'Algie qui là est dévoré de l'intérieur par les infections et est inconscient pour un temps indéterminé et certainement bien trop long pour qu'on s'en sorte !
- Mogoth.
- Allons bien, qui c'est encore ?
- Une Chenille. La spécialiste des cocons. Si elle ne peut vous aider, personne ne le pourra !
- Où est-elle ?
- Je vous guide.
- A tes ordres, ma belle mystérieuse ! gloussa Anténor. J'ai déjà pris le commandement de l'Arcadia, je peux faire de même avec l'Indomptable ! J'adore pirater quand on ne me demande rien !
Anténor ricana, mais sans aucune joie.
