18.

Après avoir servi les deux tasses de thé, Warius avait pris place sur la terrasse auprès de Salmanille.

- Alors, d'après toi, qu'est-ce qu'il manigance, ton fantôme d'époux ? interrogea-t-il.

- Il faut absolument que Madaryne refasse surface, jeta Salmanille. Tarkensaff a joué un bien mauvais tour à toute la famille et ses enfants se languissent d'elle à un point inimaginable…

- Moi, c'est cet infâme personnage que je voudrais voir traîné devant les tribunaux ! ajouta Warius. Si seulement j'avais idée de ce qu'Albator a en tête, je pourrais lui prêter mainforte !

Salmanille ne put s'empêcher d'avoir un petit rire.

- Moi, je ne sais toujours pas, alors tu n'as aucune chance d'arriver à le percer à jour quand il en a décidé autrement ! Il n'empêche que cet accident ne peut qu'être l'œuvre de Tarkensaff et j'espère qu'il s'en est sorti sans trop de soucis…

- S'il lui était vraiment arrivé quelque chose, Clio l'aurait perçu, assura Warius pour la réconforter. Et Alveyron adore son grand-père, il aurait aussi réagi si ces pirouettes s'étaient mal terminées !

- La seule caméra du coin a filmé de très loin, mais ce camion a intentionnellement percuté sa voiture, reprit Salmanille. En revanche, il semble s'être complètement volatilisé ! Et sans corps et sans suspect, l'enquête des Inspectrices Ortak ne risque pas d'avancer !

- Ils sont toujours en train de piétiner avec l'autopsie ? reprit Warius.

- Disons que, qui que soit qu'ils ont récupéré dans l'épave calcinée, ils ne leur reste pas grand-chose à identifier, fit la blonde, sombre. Ils ont juste relevé la présence d'agent inflammable accélérant. Et je doute que Tarkensaff ait pu ordonner à ses sbires de commettre une telle erreur qui démonte la thèse de l'accident naturel !

- Mais au moins, à nous, cela nous a permis de ne pas être dupes un seul instant ! remarqua Warius avec un profond soulagement.

- Comme si un camion pouvait avoir raison de lui, ne put s'empêcher de sourire Salmanille en effleurant machinalement l'alliance à son doigt. Et même d'entre les morts, il reviendrait pour sauver la famille d'Alguérande, et n'importe lequel d'entre nous d'ailleurs ! C'est ce qu'il s'apprête à faire, sans nul doute maintenant que Tarkensaff croit l'avoir dégagé de sa route !

- Des nouvelles d'Algie ? poursuivit encore Warius alors que Salmanille s'était levée pour aller faire quelques pas dans le Labyrinthe.

- Silence radio complet. Je n'aime pas ça du tout ! Les derniers entretiens que j'ai eus avec Surlis n'étaient pas rassurants. Et encore, il ne pouvait tout me dire de son dossier médical ! Après s'être pris ce javelot, il aurait dû rester au repos et non remuer la mer d'étoiles pour contre cette Mouche ! Comment est-ce que sa blessure pourrait bien guérir en ces circonstances ? Sans compter cet accident, ou plutôt cette tentative de meurtre, pour couronner le tout ! Il doit être dans un bien triste état, mon grand garçon. Et jusqu'ici, nous n'avons aucune bonne nouvelle à lui transmettre pour lui mettre un peu de baume au cœur.

- Tout finira bien, prédit Warius. Quand ton mari et Alguérande se déchaînent, il n'y a plus rien qui leur résiste !

- J'aimerais tant te croire, soupira Salmanille en se serrant contre lui. Mais je crois que les presciences de Clio me parviennent et je redoute le pire !

- Ne sois donc pas si défaitiste, s'attrista Warius.

- J'essaye, mais c'est très dur ! Merci que tu sois là, c'est précieux en ces circonstances !


En short, de l'eau jusqu'à mi- chevilles, pataugeant dans la rivière qui traversait le domaine, Alveyron se tourna vers son père qui était resté sur la rive.

- Toi, tu ne vas pas bien, mon papa.

- Comme si je l'ignorais ! Ce n'est pas pour rien que tu m'as rejoint dans mon délire… Mon corps flanche complètement, je ne peux plus rien faire !

- Oncle Antie est là, sourit le jeune adolescent en ne pouvant se retenir de l'asperger d'un peu de l'eau fraîche où il faisait quelques pas.

- Il est aussi perdu que moi, protesta faiblement Alguérande qui même dans le rêve se sentait complètement vidé de ses forces !

- Et Radjanga est là aussi, poursuivit Alveyron. Shernolpe est une déesse, il faudra plus que toi seul pour la défaire.

- Ce n'est pourtant qu'une Mouche, objecta Alguérande. Elle est juste démesurée !

- Tu trouveras la solution, j'ai confiance en toi.

Les prunelles vert émeraude du jeune garçon brillèrent intensément.

- Maman sera bientôt de retour. Il ne manquera plus que toi ! A bientôt, papa !

- A bientôt, Alfie… J'espère.