19.
Thrée se planta devant son pensionnaire.
- Je ne peux pas investir votre Bunker, Albator.
- De quoi ? ! s'étrangla le grand brun balafré. Deux jours entiers que je poireaute en ces quatre murs, pour ça ? Je rentre chez moi en ce cas, j'ai à rassurer les miens, même s'ils ne m'ont certainement jamais retiré leur confiance !
Albator se leva, grimaçant, car tous ses muscles étaient douloureux après les tonneaux avec sa berline, en avoir été extirpé, inconscient, dans l'urgence et sans grand ménagement par les Sylvidres pour être emmené en sécurité.
- Ma belle-fille est forcément dans ce Bunker ! se révolta-t-il. Mon fils est en pleine mer d'étoiles, mon cœur et mon âme me disent qu'il est au plus mal. Je dois lui rendre la femme de sa vie ! Et c'est ce que je ferai même si je dois fouiller ce Bunker centimètre par centimètre pour en trouver tous les interrupteurs de passages secrets !
La Sylvidre inclina positivement la tête.
- C'est bien ce que je voulais souligner, capitaine : ce Bunker est immense, regorgeant de caches et autres recoins ! Nous avons beau ne dégager aucune chaleur, ne pas être détectables, nous demeurons visibles ! Et même si nous pouvons aller plus loin que des êtres de chair et de sang, nous serions vite arrêtées, massacrées. Et je n'emmènerai pas mes sœurs à un bain de sève !
- Je réalise ce que tu veux me faire comprendre, soupira Albator en se rasseyant, une jambe extrêmement douloureuse et une cheville qui lui faisait mal à hurler quand il s'agitait trop. Sans savoir où se trouve Madaryne…
- Oui, voilà où je voulais en venir, Albator. Et votre Tarkensaff le sait parfaitement ! Il jouit d'une totale impunité ! Vos Inspectrices jumelles n'auront jamais un mandat pour une perquisition. Et vu que Tarkensaff a forcément bien camouflé ses pièces secrètes…
Le grand brun balafré se caressa doucement les lèvres du gout des doigts.
- Je venais de quitter Tylle Ortak quand j'ai eu mon « accident ». Et je ne crois pas aux coïncidences, comme je l'ai inculqué à mes enfants…
- Elle serait complice ?
- Quoi de mieux pour se tenir au courant d'une enquête que d'avoir quelqu'un dans la place ? rétorqua sèchement Albator. Et Toshiro a effectué quelques recherches pour moi : les Inspectrices jumelles ont été sur toutes les dernières affaires qui pouvaient impliquer même de très loin Tarkensaff. Il y a un lien, j'en jurerais !
- Vous n'êtes ni détective, ni même versé dans cette matière ? remarqua Thrée.
Son pensionnaire se tortilla à nouveau dans son fauteuil.
- Je suis le père d'Alguérande et le beau-père de Madaryne ! Je n'agis que pour eux, et j'ai tous les instincts nécessaires pour me débrouiller dans tous les environnements ! Et c'est Algie lui-même qui a désigné Tarkensaff !
La Sylvidre soupira encore.
- Toutes mes sœurs, et ma Reine la première, avons beaucoup d'affection pour Alguérande, le frère de notre Gardien. Mais là, il était bien plus éprouvé que vous par son « accident ». Il a été drogué pour que sa mémoire s'efface ! Son témoignage est sujet à caution, il était traumatisé, sans compter qu'à partir de son réveil, de vos instructions, son esprit a dû combler certains blancs…
- Thrée !
- Je crois votre fils, capitaine. Mais ce que je viens d'avancer, c'est ce que tout enquêteur proclamera pour désavouer le témoignage officiel d'Alguérande… Il n'y a aucun moyen de…
Albator eut soudain un sourire.
- Si, je vais piéger Tarkensaff ! J'ai un nouveau plan !
Radieuse, Salmanille s'était précipitée dans l'appartement que Warius occupait au château d'Heiligenstadt.
- Albator m'a appelée ! Il me confirme être en vie, et il revient à la maison !
- Comme si nous en avions jamais douté, sourit Warius, ravi. Il va pouvoir donner sa version. Et là, je ne donne plus cher de Tarkensaff !
Et Salmanille sourit, retrouvant sa joie de vivre.
Tylle Ortak avait à nouveau contacté en urgence Guelmond Tarkensaff.
- On l'a raté… Il est revenu !
- Le Pirate ?
- Oui. Il rentre chez lui !
- En ce cas, arrêtez-le !
- Encore ! Je n'ai aucun plan de meurtre sous le coude, je suis désolée…
- Inutile, amène-le-moi, je vais l'ajouter à ma collection ! se réjouit l'infirme en bavouillant presque de plaisir anticipé.
Les yeux mouillés de Salmanille n'étaient pas ce que Warius avait attendu.
- Salma ? Où est Albator ?
- Il aurait être là depuis longtemps ! Mais rien… Je ne comprends pas…
Salmanille prit l'appel sur son téléphone.
- Oui ? fit Warius quand elle eut mis fin à la brève conversation.
- Le taxi d'Albator a été attaqué. Il a été enlevé !
- Mais que sont donc toutes ces aberrations ? ! se révolta Warius, plus impuissant que jamais.
Rouvrant sa paupière, Albator distingua les visages de Madaryne et de Mulgastyr.
- J'y suis arrivé !
- Non, tu es prisonnier, Albator, se désola Madaryne. Qu'est-ce que… ?
- J'ai encore été attaqué, drogué, mais c'était intentionnel ! Maintenant, il ne reste plus qu'à attendre la cavalerie !
Et le sourire confiant du grand brun balafré rassura les deux prisonniers depuis trop longtemps.
