Le Lien du Dragonnier
1. L'île qui murmure
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Quelques mois après que Harold est défait Drago et l'Alpha qu'il contrôlait, la vie avait repris son cours normal au village de Berk, au milieu des fracas de marteau contre le fer et des vols de dragons autour de la péninsule. Depuis cette victoire, de nouveaux dragons sont apparus et ont élu résidence sur l'île, au grand damne de Mildiou, le vieil ermite du village, qui n'avait de cesse d'éprouver une certaine rancune envers ces créatures que même le temps ne pouvait effacer.
Néanmoins, la joie, la paix et la tranquillité avait retrouvé leur place au sein de Berk et chaque matin, les vikings chantaient la gloire de leur peuple, de leurs montures, et de leur nouveau chef.
Harold avait redouté ce jour, il se l'avouait lui-même. L'heure où il devrait succéder à son père et prendre la tête du village. Les doutes avaient plané dans sa tête en permanence, craignant de ne pas être à la hauteur de ce rôle et surtout de ne pas s'y trouver. Mais ses peurs se sont évanouies dès lors que la détermination d'en venir à bout de Drago s'est emparée de lui. Et aujourd'hui, il se démenait du mieux qu'il pouvait pour continuer à faire vivre Berk et être digne de l'héritage que lui avait laissé Stoïc.
Valka, de retour à son village natal, le lui assurait chaque jour : son père aurait été fier de lui. À chaque fois, ces mots forts emplissait le cœur du jeune viking d'une félicité sans pareille.
Toutefois, bien qu'il prenne son rôle avec sérieux, Harold restait un jeune homme avant d'être un chef. C'est pourquoi, il lui arrivait de manquer à ses tâches et de s'extirper en douce afin d'échapper à ces responsabilités qui parvenaient tout de même à le rattraper. Harold voulait simplement profitait de la vie autant qu'il lui était permis.
Privilégier les instants avec sa mère, rattraper le temps perdu. Harold saisissait n'importe quelle opportunité pour passer des moments aux côtés de Valka, en dépit de sa fonction de chef. Quand le peuple ne venait pas jusqu'à lui pour lui réclamer le moindre service et avait la décence de le laisser un peu en paix, il enfourcha aussitôt son dragon et s'envola au-delà même des nuages en compagnie de sa mère, si ce n'était pas avec Astrid.
Sa relation avec cette dernière n'avait pas changé, au contraire elle semblait s'être renforcée après la confrontation contre Drago. Les deux jeunes gens se témoignaient leur amour un peu plus chaque jour et rien ne semblait pouvoir détruire cette idylle. Il n'était certes pas étonnant qu'au bout d'un certain temps, les autres vikings finissent par leur soumettre la pression du mariage. Le même baratin leur était servi chaque jour : « le chef doit avoir une femme », « il faut assurer la descendance »,... et Harold et Astrid ne pouvaient qu'y répondre que cela n'était pas urgent, qu'ils pouvaient bien attendre avant de s'engager définitivement. L'un comme l'autre ne se sentait pas encore prêt et préférait jouir des instants qu'ils partageaient déjà en toute quiétude.
Un coup de vent sortit le jeune chef de ses rêveries. Il leva le regard pour apercevoir la tête penchée à l'envers de Krokmou, la langue pendouillante, par la fenêtre. Le dragon, perché sur le toit, se remua en poussant des petits grognements excités. Harold rit.
—Oui mon vieux, on y va !
Il alla attraper son casque et régla quelques mécanismes sur sa combinaison, faisant résonner le cliquetis des engrenages. Une fois la révision terminée, il se précipita vers Krokmou.
—On va enfin pouvoir tester mon nouveau système de gouvernail, se réjouit-il en grimpant sur le rebord de la fenêtre. Ensuite, on ira rejoindre Maman aux îles de l'Est. Ça te va comme programme ?
La Furie Nocturne lui répondit par un grondement satisfait, tandis qu'il s'était positionné de sorte à laisser de l'espace à son cavalier pour se hisser jusqu'au toit. À peine fût-il debout au sommet qu'une voix l'interpella.
—Harold !
Le viking laissa échapper une plainte.
—Oh c'est pas vrai…
Il se retourna et vit depuis le toit Gueulfor, aux pieds de sa maison lui adresser de grands signes avec son bras en moignon surmonté d'une petite massue. Les épaules de Harold s'affaissèrent, comprenant ce que cela signifiait.
—Qu'est-ce qu'il se passe, Gueulfor ? demanda-t-il quand même.
—On a besoin de toi à la maréchalerie, il y a tout plein de commandes. Allez, descend de ton perchoir, le peuple attend !
—Le peuple…, maugréa Harold en retirant son casque.
Il poussa un long soupir avant de se tourner vers son dragon avec un regard dépité. Krokmou pencha la tête sur le côté.
—Je t'envie. Toi au moins, tu n'as aucune obligation depuis que tu es devenu l'Alpha.
Le dragon lui fila un petit coup de museau compatissant.
—Je te retrouve plus tard.
Il se servit de la queue de Krokmou pour glisser et descendre du toit. Il atterrit en souplesse et se dirigea au plus vite vers la maréchalerie. Les villageois le saluèrent chaleureusement à son passage. Venait-il tout juste de franchir le seuil de la maréchalerie qu'un amas de matériel lui surchargea déjà les bras. Il sentit qu'il allait s'écrouler sous ce poids, mais Gueulfor lui flanqua en plus un parchemin sous le nez.
—Bon au boulot ! On a trois selles à rapiécer, certaines sangles vieillissent, il faudra les remplacer. On manque un peu de graisse de mouton, il faudra pas trop en abuser pour adoucir le cuir. Ensuite, on a une bonne dizaine d'armures à reforger, sans parler des quelques haches et glaives qu'on aura à aiguiser. Bjarnulf demande aussi à venir solidifier le pont du port, des bébés dragons y ont causé quelques dégâts. Une fois qu'on aura fini tout ça, tu iras rejoindre Markvart pour l'aider à l'inventaire. Si on veut survivre pour le prochain hiver, il nous faut s'assurer qu'on aura bien assez de réserves. D'ici là, si on a pas de nouvelles demandes, on pourra s'occuper à réparer le toit des écuries et commencer les préparatifs pour la prochaine course de dragons.
Harold en lâcha tout ce qu'il tenait dans les bras, et s'écria d'indignation.
—Tout ça ?! Mais ça va nous prendre toute la journée, voir même jusqu'à la fin de la semaine !
—Plus tôt on commencera, plus tôt on finira ! Du nerf, monsieur le chef !
Gueulfor lui frappa le dos, manquant de le faire écraser à terre, avant d'aller réveiller Grump et lui sommer de raviver les flammes de la forge. Le vieux lascar s'était proclamé mentor pour Harold le temps de lui enseigner ce qu'était le comportement d'un chef, et se permettait de jouer le rôle de conseiller et de bras droit, comme il l'était autrefois auprès de Stoïc. Par conséquent, Gueulfor était la personne que le nouveau dirigeant de Berk voyait le plus dans la journée.
Le soleil était déjà à son zénith, et l'après-midi s'avéra plus chaude que prévue. Les heures défilèrent jusqu'à ce que les premières couleurs du crépuscule envahissent l'horizon.
Harold avait la nuque raide et le dos en compote. Il venait tout juste de clore l'inventaire avec Markvart que d'autres vikings le prirent en otage le temps d'une petite réunion pour discuter de l'avenir de Berk, les éventuels changements et modifications auxquels Harold a pour tâche de prendre les décisions définitives. Petite réunion qui partit pour durer plusieurs heures, si bien que le disque solaire engageait déjà sa descente.
Harold trouva moyen de se dégager de l'assemblée lors d'une pause. Quand il sortit à l'extérieur, il se retint avec grande difficulté de hurler pour évacuer toute la pression qui l'accablait depuis le début de la journée. Au milieu de la place, il inspira un bon coup en ouvrant grand les bras.
—S'il vous plaît, faîtes que quelqu'un m'éloigne de tout ça…
Aussitôt, Harold s'écria en sentant quelque chose lui saisir vigoureusement les bras et l'emporter dans les airs. D'abord surpris, il reconnut les griffes de Tempête et leva la tête pour voir Astrid se tenir en équilibre sur l'aile de la dragonne. Elle lui sourit malicieusement.
—Quelqu'un à appeler à l'aide ?
Dans un rire, elle ordonna au Dragon Vipère d'aller se percher sur un ravin en hauteur par rapport au village. Là, le jeune homme fut relâché et put poser pied à terre. Il y retrouva également Krokmou avec plaisir, ce dernier se précipitant sur lui pour le lécher goulument, ravi de le revoir.
—Krokmou ! s'exclama Harold entre deux éclats de rire. Je t'ai déjà dit que ça ne partait pas au lavage !
Le dragon ne s'arrêta pas pour autant. La scène fit rire Astrid qui descendit du dos de Tempête et s'approcha d'eux.
—Une fois que tu auras fini de le débarbouiller, tu pourras m'en laisser un peu Krokmou, lança-t-elle, amusée.
La Furie Nocturne se dégagea alors, laissant Harold se relever. Il s'essuya brièvement le visage, puis adressa un sourire soulagé à la jeune fille.
—Ah Astrid, soupira-t-il, c'est le ciel qui t'envoie !
Il ouvrit les bras pour y accueillir sa petite amie et s'apprêta à l'embrasser, mais dès qu'il vint jusqu'à elle, elle exécuta un mouvement de recul avec un rictus de dégoût.
—Désolée, mais j'ai aucune envie de regoûter à la bave de dragon.
Harold fit la moue, déçu. Krokmou derrière lui émit des grognements alternés s'apparentant à un ricanement, avant d'aller jouer avec Tempête. Les deux amoureux s'installèrent au bord du ravin qui surplombait une vue impressionnante de Berk et de l'océan.
—Impossible de passer du temps avec toi ! reprocha Astrid.
—Je sais… Je n'arrête d'être pris par Geulfor et les autres. Tu sais, les responsabilités d'un chef... Ça devient exténuant.
—Dans ce cas, le seul moyen c'est de t'y arracher.
—Ce n'est pas la première fois que tu le fais, plaisanta Harold.
Astrid renifla d'amusement. Elle lui prit délicatement la main pour entrelacer leurs doigts, et cala sa tête contre son épaule.
—Inutile de te demander comment s'est passé ta journée.
—Oh, je ne préfère même pas en parler. En un mot : horrible !
—Pauvre petit chef…, se moqua-t-elle.
—Raconte-moi plutôt la tienne.
—Eh bien, j'ai passé l'après-midi à m'entraîner avec Tempête pour la prochaine course. Je suis aussi allée retrouver la bande, qui aimerait bien que tu puisses trouver une petite place dans ton agenda surchargé pour passer un peu de temps avec elle. Eret a fait beaucoup de progrès avec Kranecrusher, tu serais surpris !
Harold sourit.
—Ravi de savoir que le courant passe bien entre ces deux-là. Kranecrusher avait autant été marqué par la disparition de mon père, c'est bien qu'il arrive à être complice avec Eret.
—Il n'est pas le seul à être complice avec lui !
—Kognedur ? devina le viking.
—Toujours aussi obnubilée par ses « bébés », si tu voies ce que je veux dire…
Pour ponctuer ses dires, Astrid leva le bras et contracta le muscle pour montrer son biceps, en faisant une grimace évoquant le sourire bête de Kognedur. Harold rit à son imitation plutôt réussie.
—Puis Tempête et moi avons planifié ton kidnapping afin d'avoir une occasion de te voir, termina-t-elle, en se réinstallant contre lui.
—Je t'en suis reconnaissant sur ce point.
—Qu'est-ce que tu ferais sans moi ?
Harold la gratifia d'un léger coup d'épaule, ce qui déclencha un rire espiègle de la part d'Astrid. Il prit alors une grande inspiration avant de souffler.
—Je savais que prendre en charge le village ne serait pas chose aisée, mais je n'imaginais pas être dépassé à ce point.
—Ce n'est qu'une question d'habitude, tenta de rassurer Astrid. Ça viendra avec le temps.
—Je l'espère.
Après un long moment silencieux où ils profitèrent du panorama, Harold se releva après avoir volé un baiser furtif à la jeune fille blonde. Celle-ci réprima une lippe tordue, répugnée en sentant encore l'odeur de la bave de Krokmou.
—Bon, je dois y aller.
—Encore une obligation ? taquina-t-elle.
—De la plus haute importance ! rétorqua le jeune homme sur le même ton. Ma mère m'attend, on s'était donné rendez-vous aux îles de l'Est.
—Oh, le petit chef va retrouver sa Maman ! Comme c'est chou.
—Très drôle Astrid, dit-il avec un demi-sourire.
Il porta les doigts à sa bouche et émit un sifflement aigu. Krokmou réapparut et vint jusqu'à lui aussitôt. Il courba déjà le dos sur lequel grimpa Harold. Placé en équilibre sur ses étriers, il fit déployer l'aile rectrice de la queue de son dragon avant de se préparer à décoller. Il se tourna vers Astrid.
—Tu veux te joindre à nous ?
—Non ça ira, je ne voudrais pas enrayer tes moments intimes avec ta mère.
—Tu as peur de te sentir de trop ou quoi ?
—Je pense que toi et elle avez bien besoin de vous retrouver en tête à tête.
Elle appela à son tour Tempête qui vint se poster aux côtés de Krokmou. Elle abaissa son aile, permettant à sa cavalière de se hisser jusqu'à sa selle.
—Et puis, poursuivit-elle d'un ton provocateur, je dois m'exercer encore un peu si je veux être sûre de te flanquer une bonne raclée à la course !
—Fais attention à ce que tu dis, Astrid ! N'oublie que c'est à ton chef que tu parles.
Elle roula les yeux au ciel.
—Ouais, c'est ça. À la prochaine, chef !
À son ordre, Tempête décolla à tir d'ailes. Sa chevaucheuse poussa un hurlement euphorique dans son envolée. Harold la regarda partir avec un sourire, puis il caressa l'encolure de la Furie Nocturne.
—Allons-y mon vieux, avant que Gueulfor ne me rattrape.
Krokmou déplia les ailes et s'envola à son tour.
Les deux compagnons décrivirent plusieurs tours de l'île en prenant de la hauteur. Avant de s'élever encore plus, Harold arrêta Krokmou qui vola sur place devant la statue colossale érigée en l'honneur de son père.
La silhouette de Stoïc avait été gravée à même dans la roche, il dominait la cité de Berk de toute sa hauteur, comme s'il veillait toujours sur ses habitants malgré qu'il ne soit plus là. Son fils veillait éperdument à son entretien, au risque que l'effigie ne soit désagrégée par l'érosion et le sel de la mer.
Harold posa sa main sur la statue, au niveau du croisement de ses bras épais. La nostalgie se refléta dans ses yeux.
—J'espère que depuis là où tu es, tu es fier de voir ce qu'est devenu Berk, Papa…
o*o
Il ne leur fallut pas plus d'une quinzaine de minutes pour arriver jusqu'aux îles les plus à l'Est par rapport à celle du village. Krokmou atterrit sur un plateau en hauteur où la verdure était maîtresse des lieux. Quelques oiseaux et gibiers fuirent à l'arrivée du dragon.
Harold retira son casque et observa le paysage avec émerveillement. Les îles de l'Est succombaient à un climat tropical, de ce fait, elles étaient principalement constituées de forêts, jungles, reliefs montagneux dotés d'une végétation exotique à perte de vue. Ces lieux hébergeaient également bon nombre de créatures sauvages, autres que des dragons, et s'avéraient donc un peu hostiles.
Toutefois, Harold aimait s'y rendre et explorer cette contrée jusque dans ses plus infimes recoins, pour découvrir tout ce qu'elle cachait.
Non loin de lui, il pouvait voir la figure de sa mère lui tournant le dos et trifouillant dans des broussailles. Mais il la reconnut aisément de par ses trois nattes auburn, son allure indépendante et sa manière quelque peu sauvage de se déplacer. Il fut cependant curieux de ne pas apercevoir son dragon, Jumper, auprès d'elle. Sans doute s'était-il perché quelque part dans les parages.
Le jeune viking se précipita pour la rejoindre, Krokmou à sa suite.
—Maman ! s'écria-t-il en arrivant à sa hauteur. Je suis enfin arriv-
Valka se retourna vivement et plaqua sa main sur la bouche de son fils. Elle le regarda intensément, levant l'index sur ses lèvres pour inciter aussi bien Harold que son dragon à ne pas faire de bruit. Elle jeta un rapide coup d'œil à travers les fourrés, l'ombre des feuilles se dessina sur son visage fin.
—Maman, tu m'étouffes, maugréa Harold, une fois qu'il eut dégagé sa main.
—Chut ! Ne parle pas trop fort, lui somma-t-elle.
Elle se décala légèrement sur le côté pour laisser de la place à Harold et lui fit signe de s'approcher.
—Regarde…
Il lança un regard perplexe à sa mère. Mais devant l'insistance de celle-ci, il s'exécuta et regarda à travers le maquis. Il écarquilla alors les yeux, retenant un hoquet.
De l'autre côté se trouvait un cours d'eau scintillant où se désaltérait une petite troupe de dragons sauvages. Leur corps était fin et exagérément long, mais resplendissait sous les lumières flamboyantes du crépuscule, réfléchies par leurs écailles brillantes qui tendaient dans les tons entre le cyan et l'indigo. Leur tête et leur queue épineuses les rendaient inamicaux, mais il luisait dans leurs iris une sérénité imperturbable. Ils étaient magnifiques.
C'était la toute première fois qu'Harold les voyait, et il dévorait ce tableau avec fascination.
—Ils sont fantastiques, murmura-t-il à Valka.
Sa mère rit silencieusement.
—N'est-ce pas ? Ils viennent de très loin. Ils devaient être en pleine migration, avant de se réfugier ici pour se reposer.
—Quand sont-ils arrivés ?
—En fin d'après-midi. Je suis contente que tu aies pu venir pour avoir la chance de les observer. Il est très rare de voir cette espèce de dragon. Je n'ai moi-même eu qu'une seule occasion d'en approcher. Ç'aurait été dommage que tu loupes ça.
Harold continuait de contempler les dragons sauvages, les yeux pétillants. Krokmou, à son côté, se dandinait sur place, se retenant avec grand mal de se jeter pour aller à la rencontre de ce troupeau et de jouer avec eux. Mais son cavalier le dissuada.
—Non Krokmou, tu es peut-être l'Alpha pour les dragons de Berk, mais qui sait si ceux-là te considéreront comme tel ? Il vaudrait mieux les laisser tranquilles.
La Furie Nocturne montra une expression déçue et s'assit lourdement sur l'arrière train, boudeur. Valka fut amusée par sa réaction. Elle prit le bras de son fils et l'emmena avec elle.
—Alors, fit-elle, comment se porte notre chef ?
—Oh coup-ci coup-ça, répondit Harold en haussant les épaules. La gestion du village, les demandes du peuple, les réunions, les cris de Gueulfor… Le quotidien quoi !
—Tu as l'air éreinté.
—Je ne te cache pas que je laisserais volontiers mes fonctions à quelqu'un d'autre, ne serait-ce que durant une journée ! Mais bon, parlons d'autre chose, si je suis venu ce n'est pas pour t'ennuyer avec les affaires du village.
—Non bien sûr ! Je suis ravie que tu aies pu te libérer pour me rejoindre.
—J'étais bien parti pour être surmené jusqu'à la nuit prochaine en fait, mais Astrid m'a filé un petit coup de pouce pour filer.
—Ah, je vois…, minauda-t-elle avec un sourire en coin.
Ainsi, Harold et Valka profitèrent du temps pour échanger sur les dragons et leurs découvertes sur cette île qu'ils avaient déjà survolée plusieurs fois ensemble. Ils se posèrent dans une clairière au milieu de collines, en compagnie de leurs montures respectives.
Krokmou se ravit de retrouver Jumper, qui en tant que sujet s'était incliné brièvement devant lui. La Furie Nocturne avait bombé fièrement son thorax, arborant une allure solennelle, mais s'était mis aussitôt à se réfugier sous les quatre ailes de Jumper pour s'amuser. Le dragon de Valka ne put se retenir d'être blasé par le comportement puéril de son Alpha.
Quant aux deux humains, ils s'adonnèrent à l'esquisse de la carte du monde qu'avait déjà entamée Harold au cours de ses différents voyages avec Krokmou, Astrid et Tempête. L'aide de sa mère à ce projet lui était très précieuse. Grâce à son soutien, ils étaient parvenus à répertorier plus d'une vingtaine d'îles aux alentours de leur village, de taille aussi variée que leur faune et leur flore.
—Comment veux-tu appeler cet archipel ? lui demanda Valka.
—Hmm… Krokmou avait suggéré Trou-de-nez-qui-chatouille.
La justicière leva un sourcil.
—Ton dragon a des idées saugrenues, ma foi.
—Ouais, je sais. Mais j'avoue ne pas avoir beaucoup d'inspiration, alors… il m'aide un peu.
Valka secoua la tête, tout comme Jumper. Il y avait une évidence, c'est qu'à l'instar d'Harold et Krokmou, sa mère et son dragon s'étaient parfaitement bien trouvés.
—Au fait, reprit son fils, j'avais pensé, à Berk on commence à avoir de plus en plus de monde, entre les habitants et les nouveaux dragons qui débarquent. Bientôt la population va finir par s'étouffer sur cette île, il n'y aura plus de place.
—Je croyais que tu ne voulais pas discuter à propos de ton rôle de chef, sourit Valka.
—Oui enfin, laisse-moi aller au bout. Avec cet ensevelissement, les gens n'auront pas d'autres choix que de déménager. J'ai songé à créer une milice d'expédition avec d'autres dragonniers pour survoler les terres où il pourrait être propice à s'y installer. Ça nous permettrait aussi de découvrir encore plus d'endroits si on est plus nombreux ! Et puis, Berk pourra s'ouvrir à de nouveaux horizons. Notre territoire ne serait plus qu'un simple petit village, mais tout un grand espace qui s'étendrait à travers les îles ! On instaurerait des points de commerce un peu partout et on pourrait échanger avec les marchands ambulants.
Harold s'était laissé abandonner dans son discours sans même s'en rendre compte. Il accentuait ses paroles par de grands gestes de ses bras, comme s'il visualisait devant lui les projets qui trottinaient dans sa tête et qu'il exposait. Valka en était subjuguée, si bien qu'elle avait l'impression que ce n'était plus son fils qui parlait.
—Et surtout, j'avoue que c'est la partie qui me tente le plus, aller à la découverte du monde ouvre les portes à de belles aventures ! Si je t'en parle, c'est parce que ça te concerne. J'ai pensé à toi et à Astrid pour être des membres permanents de cette milice. Peut-être Rustik et Varek. Et pourquoi pas Eret ! Les jumeaux, j'hésite encore, ils ont tendance à trop se chamailler et je doute qu'ils aient le sérieux nécessaire pour mener les expéditions à bien…
Le jeune homme remarqua seulement maintenant le regard scrutateur de sa mère. Elle esquissa un tendre sourire. Harold la fixa sans comprendre.
—Tu as grandi, dit-elle d'une voix fière. Tu es digne d'être un chef.
Il sentit le rose lui monter aux joues et baissa le regard, un peu embarrassé malgré un sourire.
À l'horizon, le soleil avait déjà embrassé la mer et s'y était englouti à moitié. Le ciel s'assombrit peu à peu tout en se décorant d'étoiles discrètes. Valka et Harold jugèrent qu'il était temps de rentrer. Volant côte à côte, ils passèrent à travers l'île en rasant de près les arbres et les plus hauts sommets. Ils purent également se délecter une dernière fois de la vue, avant de prendre la direction de Berk.
Cependant, Harold crut percevoir un murmure lointain, bien que le vent lui sifflait dans les oreilles avec force. Il tourna la tête vers sa mère. Peut-être lui avait-elle parlé. Mais celle-ci était en équilibre sur Jumper et concentrée sur leur vol.
Il secoua la tête, il devait avoir eu une simple impression. Pourtant, le susurrement revint et fit écho dans sa tête jusqu'à s'intensifier. Harold put vite en discerner le sens.
Viens… Viens…
Krokmou s'excita. De toute évidence, il avait senti quelque chose. Une certaine anxiété submergea le jeune chef. Il baissa le regard en direction de l'archipel. Il comprit que la voix faible taraudant dans son esprit semblait s'émettre depuis le sol. Celle-ci était enveloppée d'un timbre mystérieux et effrayant.
Viens… Viens à moi…
—Tout va bien Harold ?
L'appel de sa mère le sortit brutalement de sa torpeur. Valka lui adressait un regard inquiet. Harold sourit pour la rassurer.
—Oui, t'en fais pas ! Juste un peu fatigué.
Elle ne sembla pas convaincue.
—Tu es sûr ? On peut faire une pause tout de suite si tu veux.
—Ça ira, Maman. Au pire, Krokmou conduit pour moi.
—Bon, si tu le dis.
—La première chose que je ferais en rentrant à Berk, c'est de m'écrouler sur mon lit !
Valka se tranquillisa. Elle reporta alors son attention sur le trajet. Harold pivota la tête une dernière fois vers l'île qui était déjà loin. Le murmure s'était évanoui, comme si rien ne s'était passé. Doucement, il frotta l'encolure de Krokmou qui était encore nerveux. Puis il se pencha vers son oreille droite.
—Demain, on reviendra, voir ce qu'il en est, lui souffla-t-il discrètement.
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Je ne suis pas sûre de l'orthographe du nom du dragon de Stoïc... Je l'ai écrit tel qu'il a été prononcé dans le film et selon ce qui me semblait évident par rapport aux noms des autres dragons. Au pire, je le mettrais à jour !
Etant donné que c'est ma première fiction sur ce fandom, j'espère avoir su assez bien cadré les personnages et qu'ils ne sont pas trop OOC. N'hésitez pas à me le dire si certains points ne vont pas !
Vous en serez plus sur la voix qui appelle Harold au prochain chapitre. :) En attendant, portez-vous bien ! Merci d'avoir lu.
