Posté le : 27 Novembre 2013. ROCKRITIC birthday !

Note : Oui, je sais, j'ai tardé à poster la suite de cette histoire. Non pas que j'avais envie de l'abandonner (non, ça jamais). Mais j'ai eu un gros blocage. Genre immense. Je ne savais pas comment exprimer certaines idées et c'était simplement affreux. Du coup j'avais la moitié d'un chapitre et j'avais hésité à le poster tel quel. Puis le temps passant, je me suis dit que ça serait mal interprété que je poste un truc tout rikiki après un black-out total. So, here we come. Je suis super heureuse que cette histoire vous emballe autant et que les personnages vous conviennent, huhu (bon j'écris pour moi mais avoir de très bons retours c'est du beurre dans les épinards, quoi). Je vous envoie du love. Je ne peux pas vous dire quand le prochain chapitre sera posté. J'essaierai en tout cas de moins vous faire attendre malgré ma petite vie misérable bien chargée. Besos !


Le Sinistros

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Il apparut que Sirius était excellent au jeu de l'ignorance. Il n'avait répondu à aucune des lettres que son frère lui avait envoyées au cours de l'été, et était même allé jusqu'à renier bien fort son existence lorsqu'ils s'étaient croisés sur la voie 9 ¾. De son côté, Regulus se détestait d'être aussi enclin aux changements d'humeur dès que celui-ci était dans les parages. Entre eux, c'était un vieil amalgame de la guerre froide, une bataille des nerfs qui se départagerait jusqu'à la toute dernière minute.

Les vacances avaient été affreuses au Square Grimmaurd. Walburga Black n'avait cessé de pleurer la ''perte' de son aîné. Regulus l'avait consolé autant que possible, même si, parfois, il voulait secouer sa mère et lui dire que Sirius ne vivait qu'à quelques kilomètres de là, dans la demeure cossue des Potter. « Il n'y a pas mort d'homme. Il n'est pas non plus à la rue », avait-il tenté de banaliser sous le regard larmoyant de Mrs Black. « Je te parie tout ce que tu voudras qu'une fois Poudlard terminé, il reviendra à la raison et finira par nous écouter. » S'il avait été tout à fait honnête avec lui-même, Regulus n'aurait certainement pas adopté un ton aussi décontracté.

Dehors, l'ambiance était morne, lourde et silencieuse. On pouvait disparaître du jour au lendemain sous le simple prétexte d'avoir adressé la parole à la mauvaise personne. Et les Potter étaient en ce moment, les mauvaises personnes. Certains soirs, alors que le mois d'Août répandait sur Londres une chaleur caniculaire, Regulus était allongé par-dessus ses couvertures à espérer que du bruit, n'importe quoi, provienne de la chambre du dessus.

Curieusement, son frère lui manquait. Il s'était habitué à le voir surgir d'une pièce à une autre, leur dire bonjour du bout des lèvres lorsqu'il était de bonne humeur et devoir attendre des lustres devant la salle de bain pour que celle-ci ne se libère. L'escapade de Sirius avait été si prompte et inattendue que pour Regulus cela sembla pendant plusieurs jours irréel.

Bien sûr, il avait souhaité ne plus jamais le revoir. Il avait prié Merlin un nombre incalculable de fois. Il le lui avait même crié à la figure il y a deux ou trois ans : « Par Morgane, Sirius, je voudrai que tu n'ai jamais existé ! Ou que tu crèves ! Oui, que tu crèves, Sirius ! Tu ne peux pas savoir à quel point je te déteste ». Estomaqué, Sirius avait perdu de sa superbe une fraction de seconde avant de se reprendre : « Et moi, j'aurai préféré être fils unique, ou abandonné dans un orphelinat, comme ça je n'aurai jamais vu ta sale tronche de singe savant. » Regulus l'avait frappé.

Ce n'était plus comme ils étaient tout gamin. Avant, quand Sirius n'avait pas encore rencontré Potter au cours de sa première année, quand les choses étaient plus belles et calmes, Sirius pouvait passer des heures avec lui à jouer à la bagarre. Ils riaient tous les deux comme des fous en se roulant dans le magnifique tapis persan âgé de cinq siècles. Sirius lui avait glissé entre les doigts comme s'il avait tenté d'attraper de la fumée avec ses poings. Rien ne pouvait le contenir ou l'arrêter. Il fallait vivre avec et attendre aussi longtemps que possible que les effets se dissipent, s'il y en avait.

C'est pourquoi quand Regulus revit son frère – appartement rayonnant de joie aux côtés de ses amis comme s'il ne s'était rien passé d'anormal cet été – il faillit perdre la tête. Sans doute espérait-il que son masque, hérité des Black, le protégerait de toutes analyses. Ses ascendances gryffondoriennes en gâchaient pourtant l'effet. Il était devenu de plus en plus courant au cours de cette sixième année à Poudlard, de voir le visage de Sirius – souvent neutre et impassible – se fendre en un gigantesque sourire. Ses aboiements de rire retentissaient un peu partout dans le château lorsqu'il le traversait avec son groupe d'amis. Regulus remarqua que ce dernier semblait bien plus soudé qu'il y a un ou deux ans, comme si la fugue de Sirius avait aussi changé quelque chose de leur côté, et sans doute en mieux.

Le plus pénible dans tout ça, était d'avoir uniquement des nouvelles de son frère par colportage : « Tu savais que James Potter et ses amis avaient prévu un voyage autour du monde », « C'est bien leur genre, tiens. Parfaitement indifférents à la misère du monde », « Tout de même, abandonner sa famille en pleine guerre. Il faut être complètement zinzin. T'imagine un peu, s'ils rentraient de leur voyage et qu'ils apprenaient que tout le monde avait été liquidé ? Le seul truc qui retient Potter, c'est sa copine. Je crois que ça ne lui plaît pas trop d'après ce que j'ai entendu dire dans les toilettes des filles... »

Regulus avait levé le nez de son manuel de Métamorphoses avancées tandis que la bibliothèque se désemplissait d'élèves à l'approche du dîner. Barty et lui avaient pris l'habitude de s'y donner rendez-vous – toujours à la même table – et avaient trouvé un ingénieux système pour sortir des livres de la Réserve sans que Mrs Pince ne s'en rende compte. Il y avait toujours une part de risque, mais justement, c'était ce qu'il y avait de plus grisant là-dedans.

– Tu as trouvé quelque chose d'intéressant ? demanda la voix de Barty quelque part à sa droite.

– Rien, si ce n'est le discours d'un Enchanteur qui dit que bientôt, on pourra voler en balai jusque sur la lune. Il n'y a rien à propos des vols sans support.

Le plus grand fantasme que partageait Barty et Regulus depuis déjà un an, était de trouver une idée révolutionnaire pour voler sans rien : pas de balai, de tapis volant, de parapluie enchanté, de ballon gum ou de baguette. Ils voulaient développer ce don bien que de nombreux sorciers – bien plus vieux et expérimentés – n'y étaient encore parvenus.

Les deux garçons s'étaient dit qu'avec cette invention, les Mangemorts (qu'ils voulaient par-dessus tout rejoindre) disposeraient d'une aura terrifiante bien plus grande et que, bien évidemment, Voldemort les en récompenserait. En général, Regulus faisait venir Barty, rendu invisible, dans son dortoir et ils s'entraînaient à sauter le plus haut et le plus loin possible. Regulus ne comprenait pas pourquoi ils n'arrivaient pas à s'envoler : des bébés sorciers le faisaient tous les jours, pourtant !

– D'après ce document, lut Barty, il semblerait que si on n'arrive plus à voler sans support, c'est parce que nous n'en ressentons pas le besoin.

– Comment ça ?

– Eh bien, notre mental agit plus puissamment encore que notre corps. Du coup, il se dit « Si je rate, ce n'est pas grave : j'ai mon balai ou ma baguette ». Tu vois ce que je veux dire ? Il faut se débarrasser de toutes inhibitions, de tout contrôle... Se persuader qu'on n'a pas d'autre choix que de voler pour survivre.

Sa voix se tut lorsque la bibliothécaire rôda dans les parages : Mrs Pince semblait se douter de quelque chose. Elle furetait souvent dans la zone, espérant dénicher un os à ronger avant de repartir vers son bureau en claquant des talons.

– Tu as rempli ton formulaire de carrière ? interrogea Barty en fermant son livre. Mon père a déjà reçu toutes sortes de candidatures depuis cet été pour les nouveaux stagiaires du Ministère. Pourtant, il n'en recrutera que dix. Maman déteste l'été parce qu'on a toujours une bonne vingtaine de chouettes sur le toit qui font des saletés. Et puis, elles parasitent nos correspondances privées... Tu crois que tes parents t'autoriseraient à me parler par cheminée ? J'en ai une dans ma chambre, maintenant.

Barty déménageait souvent. Depuis que son père était monté en grade au sein de l'administration du Département de Coopération Internationale Magique, les Croupton changeaient de maison environ tous les ans. Désormais, ils étaient logés quelque part en Bulgarie et Barty devait utiliser des portoloins d'escort très puissants pour rentrer chez lui lors des vacances.

Barty détestait bouger. Il disait que ça l'éloignait chaque fois de ses objectifs. Quels objectifs ? Regulus n'en savait strictement rien. Ils attendirent que l'aile près de la Réserve soit désertée pour dupliquer puis faire léviter un manuel de sortilèges. C'était odieusement simplet, mais brillant. Mrs Pince ne s'était jamais rendue compte de rien. Ils s'arrangeaient pour remettre l'original en place le lendemain soir. Barty et Regulus marchèrent en direction du Grand Escalier quand ils entendirent des bruits à l'autre bout du couloir. Ils se lancèrent un regard interrogateur avant de reconnaître les voix de Potter et sa bande, accostant pour la énième fois un Rogue terrorisé.

– Alors Servillus, je t'ai vu lorgner sur ma copine, nargua Potter, sa baguette pointée sur le front du Serpentard. Tu la guettes un peu trop souvent à mon goût, si tu vois ce que je veux dire.

Derrière Potter, Peter Pettigrow ricanait stupidement derrière ses mains qui cachaient sa dentition déjà crasseuse et partant de travers. Si Pettigrow avait bien honte de quelque chose, c'était bien de ses sales dents de rat. Sirius était planté nonchalamment contre le mur, comme s'il ne faisait que de boire un café entre deux cours.

Il se tenait avec tant de relâchement qu'on n'aurait pu croire, si on ne les connaissait pas, qu'ils ne faisaient que de bavarder poliment avec Rogue. De temps à autre, Sirius lançait des clins d'oeil goguenards à Lupin qui semblait tout simplement inquiet de se tenir là et regardait à droite et à gauche de peur qu'on ne les surprenne. Sans même réfléchir, Regulus dégaina sa baguette magique, la pointant droit sur son frère.

– Lâchez-le, rugit-il tandis que Barty observait la scène avec une curiosité presque enfantine.

Sirius leva paresseusement la tête vers lui, comme si ça ne lui ferait pas plus plaisir de le voir exécuter un petit tour de magie. Sans crier gare, Barty aussi dégaina sa propre baguette avec une rapidité déconcertante, laissant tomber sa pile de livres par terre. Il était hors de question que Regulus se batte seul.

– À votre place, je ferai demi-tour, menaça Barty. Et je laisserai vraiment Severus tranquille une bonne fois pour toutes. Je crois que ça serait la solution la plus censée et courageuse.

– T'entends ça, Cornedrue, aboya de rire Sirius. Vous voulez un duel ? Très bien.

Un rayon lumineux fusa vers Barty qui l'évita avec souplesse et rétorqua par un sortilège de Stupéfixion bloquant Pettigrow. Ce dernier s'apprêtait à se cacher derrière une énorme statue. Severus était par terre, à quatre pattes, et tentait également de prendre la fuite, les mains sur la tête. Lupin fut touché par un maléfice égaré qui le colla au plafond. La coordination au combat de James et Sirius était très bonne.

Mais en face, la symbiose entre Barty et Regulus demeurait sans faille. Chacun anticipait les besoins de l'autre et personne n'essayait de prendre l'ascendant. Lorsque James fut touché par un sort venant de Regulus (celui-ci consistant à lui faire cracher d'énormes tarentules velues), Barty poussa un glapissement d'effroi. À l'autre bout du couloir venait d'apparaître Albus Dumbledore. Il n'avait plus cet air serein et malicieux. Il dégageait une aura froide et menaçante qui fit arrêter nette les hostilités.

Enervatum, lança-t-il à Pettigrow qui cligna plusieurs fois des yeux avant de se remettre progressivement du sortilège de stupéfixion. Asciensio, ajouta le directeur et la silhouette de Lupin redescendit du plafond comme s'il se trouvait sur un lit de nuages.

Enfin, Dumbledore se tourna vers les autres et observa très attentivement les deux frères avant de prononcer :

– Severus, relevez-vous. Je ne crois pas que votre place soit par terre.

– Oui, professeur, grommela le Serpentard en essayant de remettre de l'ordre dans sa tenue.

Barty évitait soigneusement tout contact oculaire avec Dumbledore. Regulus se souvint alors de ce que disait sa cousine Bellatrix à propos de la Legimancie : regarder dans les yeux pouvait se retourner contre nous. Aussitôt, Regulus baissa la tête vers ses chaussures, espérant ne pas en avoir trop dévoilé sur ses intentions.

– J'enlève cinquante points à chacune de vos maisons pour vous être battus dans les couloirs.

Barty se permit un léger rire qui ne passa pas inaperçu. Dumbledore arqua un sourcil.

– Sans vouloir vous vexer, professeur, il faudra bien plus que des points en moins pour nous impressionner. Allez viens, Regulus, on doit aller étudier.

Barty tourna le dos à Dumbledore et aux autres puis ramassa ses livres grâce à un sortilège d'Attraction. Regulus hésita un instant avant de le rejoindre, puis, en tournant à l'angle du couloir, ricana de rire. Ça faisait du bien de se ''rebeller''. Ni Regulus, ni son ami ne respectaient plus leur directeur depuis bien longtemps.

En fait, Regulus ne trouvait pas qu'il ait la carrure d'un directeur et ne comprenait pas non plus pourquoi autant de monde l'adulait autant. Dumbledore ne faisait rien d'autre que passer des journées – voire des semaines entières – enfermé dans son bureau à n'avoir aucun contact avec ses élèves, sauf Potter, bizarrement. Dumbledore adorait Potter. Et puisque ce dernier était son chouchou, jamais il ne se retrouvait véritablement puni. Regulus trouvait le monde effroyablement injuste et bourré de privilégiés.

Tout le restant de la soirée, Severus ne se montra pas. Regulus, quant à lui, se sentait de plus en plus mal à l'aise à l'idée que son frère soit la source de ces problèmes. Personne ne méritait d'être autant harcelé sous le simple prétexte que « son vieux nez crochu hérisse les poils ».

La vie à Poudlard semblait déconnectée de la réalité. Personne ne parlait ouvertement de guerre même si celle-ci était déjà bien là. Barty disait que c'était du temps perdu de rester ici et du talent gâché par le Ministère. Quelques jours avant la première sortie à Pré-au-Lard, Regulus reçut une lettre (ou plutôt un mot) de Lucius : « Rejoins-moi le 29 aux Trois Balais, aux alentours de 14H. Emmène Barty avec toi. » Toute la semaine, les deux adolescents firent des suppositions sur ce que Lucius avait à leur dire et c'est avec une pointe d'angoisse qu'ils arrivèrent sur le lieu du rendez-vous.

Lucius était assis à une table du fond, les jambes croisées et l'air à la fois pensif et nerveux. Il ne les avait pas vu entrer. Barty et Regulus se faufilèrent entre les tables sans même faire attention aux autres, tant ils étaient pressés de s'assoir auprès de leur mentor spirituel.

Barty avait les yeux écarquillés de convoitise et son regard glissait fréquemment vers l'avant-bras gauche de Lucius, où se trouvait sa Marque sous son polo gris. D'un geste de la main, Lucius demanda deux autres liqueurs de boisier à Mrs Rosemerta qui essuyait avec lassitude le tonneau de bière au beurre que venait de faire tomber Queuedever. Lucius ne leur parla pas tout de suite. Il les incita d'abord à boire puis se pencha vers eux :

– J'ai une bonne nouv-...

Un raclement de chaise les fit quasiment sursauter. Severus était là, un délicieux sourire s'étirant sur ses lèvres retroussées. Lucius – qui avait été préfet lors de sa première année – se souvenait certainement de son petit air trouillard et sa démarche d'araignée. Il renifla dédaigneusement puis tira la chaise de son côté.

– Je sais pourquoi tu es là, Malfoy..., chuchota Rogue.

Dans le brouhaha permanent du pub, il était devenu particulièrement difficile de s'entendre même en s'adressant à son voisin de table de manière claire et intelligible. Le Trois Balais à ses heures d'affluence était incontestablement un excellent endroit afin de préparer un mauvais coup tout en passant inaperçu.

– … et je veux en faire partie, termina-t-il en attrapant vigoureusement la quatrième chaise pour s'installer.

Barty regarda alternativement Rogue puis Lucius, comme s'il attendait le moindre signe afin de lui donner un coup de pied aux fesses pour le faire déguerpir. Mais Lucius ne fit rien d'autre que de soupirer d'une manière théâtrale.

– On devait s'y attendre, bien entendu, persifla celui-ci en jouant avec sa boîte à tabac métallique. Tu es sûr que c'est ce que tu veux, le crapaud ? Parce qu'une fois que j'aurais formulé mon... – nôtre – plan, corrigea Lucius, les yeux de plus en plus perçants, il n'y aura plus de retour en arrière. Jamais. Ça sera quelque chose qui vous poursuivra toute votre vie. À tous les trois. On vous demandera de faire des choses dont vous n'aurez même pas idée avant de sortir de l'école. Votre vie ne vous appartiendra plus. Elle sera à Lui. Uniquement à Lui.

Barty n'avait pas l'air le moins du monde effrayé. Il avait même l'air excité à la perspective de signer un contrat ancien de magie noire. Severus ne cilla pas, comme si on venait de lui annoncer la météo de la semaine tandis que Regulus déglutit péniblement.

– Il y a des forces, des créatures de l'ombre, poursuivit Lucius, dont vous n'avez encore jamais entendu parler, pas même dans vos livres. Ces créatures-là, vous devrez soit les affronter, soit vous en faire des alliers. Votre identité, votre famille, vos amis... (Lucius regarda avec insistance Rogue en sachant pertinemment qu'il n'en avait aucun), n'existent plus dès que vous serez liés à Lui. Vous parlez : vous êtes mort. Vous fuyez : vous êtes mort. Vous échouez : vous êtes mort. Pas un seul écart ne sera toléré, même si vous êtes plus jeunes que les autres. Vous servez une cause et il n'est pas question de la salir.

Lucius but une gorgée de liqueur en s'assurant qu'autour d'eux, personne n'avait fait attention à son petit speech. Se jugeant en sécurité, il se tourna vers les trois adolescents. Cette fois, son visage avait l'air plus craintif, comme si chacun de ses mots lui écorchait la langue. Barty était certain qu'il était lié par un Serment Inviolable et qu'il pesait toutes ses phrases dans sa tête avant même de les prononcer :

– Le Seigneur des Ténèbres a besoin de nouvelles recrues. Plus nous sommes nombreux, plus notre lien se renforce. Deux d'entre nous ont succombé à leurs blessures il y a quelques jours, lors d'un affrontement contre des Aurors. Cette perte, nous la ressentons vivement. Le Seigneur des Ténèbres veut combler ce vide. Il dit qu'il y a de la place pour l'un d'entre vous.

– L'un d'entre nous ? répéta Barty qui avait brusquement cessé de sourire. Nous sommes trois !

– Je sais. Mais prendre trois recrues d'un seul coup ça serait... dangereux et éprouvant pour le lien. Ce n'est pas quelque chose où il suffit de signer un bout de papier. Lorsque quelqu'un entre dans le cercle, tout le monde le ressent et on devient légèrement malade pour une poignée de jours. Si l'on prend le risque de donner la Marque à vous trois, d'un seul coup, on ne sait pas ce qui pourrait réellement se produire. Le Seigneur des Ténèbres m'a chargé d'en choisir un. Pour l'instant.

Severus sentait à ses côtés Barty vibrer de toutes les fibres de son corps.

– Regulus, je t'ai choisi, prononça finalement Lucius. Tu seras... parfait dans ce rôle.

Regulus ne savait pas s'il devait sourire de fierté ou vomir une fois l'angoisse passée. Il chercha du réconfort dans les yeux de Barty mais ce dernier semblait clairement dégoûté. Il ne dit cependant rien de contrariant (sans doute surveillait-il son langage devant Lucius qui était son passeport vers sa vie rêvée). Sans un mot, Severus se leva et quitta leur table.

– Nous organiserons une réunion, peu après ton épreuve initiatique. Ça se déroulera pendant les vacances de Noël. J'en ai parlé à tes parents et ils sont déjà fous de joie.

Pour la première fois, Lucius lui accorda un sourire bienveillant. Regulus le lui rendit, même si une partie de lui – quoique infinitésimale – n'arrivait pas à oublier que cet homme avait tué quelques temps plus tôt son propre père pour ses convictions personnelles. Si Sirius se dressait contre la volonté de son Maître, serait-il contraint lui aussi de l'exterminer ?

– Bartemius, prononça Lucius d'un air solennel. Le Seigneur des Ténèbres te juge déjà amplement compétent pour remplir... mmh, la tâche. Mais le problème étant que tes ascendances nuisent à notre visibilité en l'avenir.

– Vous voulez que je me débarrasse de mon père ? demanda poliment Barty.

– Non. Non, surtout pas. C'est quelqu'un d'important au Ministère. Très important. On se doutera forcément de quelque chose. Le Seigneur des Ténèbres m'a demandé de t'adresser un message tout à fait personnel : reste à Poudlard, aie ton diplôme de fin d'étude et deviens le fils idéal de Croupton Senior. Plus tu seras proche de ton père, plus tu nous seras utile. Nous reviendrons vers toi peu après tes dix-sept ans. Il a hâte de te compter parmi nous.

Lucius jeta un gallion sur la table et se leva, flanqué de Regulus et Barty. Dehors, le ciel était d'un blanc opaque, comme si toute la neige de l'hiver c'était amoncelée dans les nuages.

– C'est dommage que Sirius ne soit pas revenu à la raison, continua-t-il à voix basse en parcourant la grand-rue. Vous auriez été terribles, tous les deux, côte à côte, un peu comme les frères Dolohov.

– Je suis son frère, rétorqua Barty en déposant une main sur l'épaule de Regulus. Et ça, c'est tout ce qui compte. Lorsque tous les deux, nous serons enfin dans le cercle, plus rien ne pourra nous arrêter.

Ooo

Les vacances de Noël arrivèrent avec une vitesse incroyable, comme si l'univers tout entier poussait Regulus vers sa destiné. Il fallut attendre le jour du Réveillon pour que Lucius vienne le chercher devant le Square Grimmaurd. Walburga Black agita un mouchoir blanc par la fenêtre en signe d'au revoir, émue au possible. Lorsque la porte de leur demeure se referma, engloutissant la façade du numéro 12, Regulus sut qu'il n'y avait plus de retour en arrière.

– Prends mon bras, dit Lucius.

Regulus s'exécuta et ils transplanèrent. Ils arrivèrent devant une grande maison que Regulus ne connaissait pas et bordée d'un cimetière. Une silhouette encapuchonnée les attendait devant une grande statue et Regulus sut qu'il s'agissait de Lord Voldemort. Il se débarrassa de toutes ses pensées et tenta misérablement de fermer son esprit. Cette épreuve aurait été bien plus facile si Barty avait été à ses côtés. Les quelques pas en sa direction furent bien trop rapide.

– Maître, susurra Lucius en s'agenouillant de manière révérencieuse.

Regulus l'imita maladroitement, et avec quelques secondes de retard.

– Ça sera suffisant, prononça une voix glacée et inhumaine au-dessus d'eux.

Des frissons parcoururent l'échine de Regulus et il ne sut pas réellement s'il était absolument terrifié ou envahi d'un sombre et grisant plaisir. Sans doute un mélange des deux.

– Relevez-vous, ordonna Voldemort. Bien... Très bien. Regulus est ici. Je suis très heureux, vraiment très heureux...

Aucune joie ne suintait de ses paroles. Alors Regulus risqua un regard vers lui et étouffa un glapissement d'horreur. Lord Voldemort ne ressemblait en rien à l'homme séduisant et aux yeux rouges qu'il avait connus lors de sa cinquième année. Désormais, il avait la peau visqueuse, recouverte d'écailles grossières, comme s'il était en pleine mue. Sa bouche n'était qu'une fente et ses dents s'étaient affutées, noircies comme s'il lui arrivait régulièrement de dévorer de la chair humaine. Le choc le cloua sur place, l'empêchant de bouger. Il était certainement très transparent à cet instant précis, car Voldemort lui accorda un sourire aimable et ôta son capuchon de velours.

– Deux de mes Mangemorts te suivront lors de ton épreuve initiatique. Je connais ton affection pour Lucius. Il restera ici, pour ne pas t'influencer. Tu ne verras, ni ne connaîtras ces hommes. Moi seul détiendrai leur véritable identité. Tu te rendras dans un endroit qui t'es cher et tu tueras la première personne qui passera devant toi avant de t'enfuir avec le corps. Tu me l'apporteras ici et ensuite nous ferons ton tatouage. Tiens, voici une baguette volée. Confie-moi la tienne le temps de la mission.

Regulus était assommé et tira lentement sa baguette magique de sa poche, acceptant celle que lui tendait Lord Voldemort. Cette baguette n'était pas déplaisante. Elle était souple et parcourut d'une bonne énergie. Le sorcier ou la sorcière à qui elle avait appartenu devait être quelqu'un de bien. Comment réagirait la magie contenue lorsqu'il prononcera le fameux Impardonnable ? Regulus s'inclina une nouvelle fois, avec plus de stature maintenant puis transplana. Il avait appris à le faire seul et était légèrement en avance sur son permis.

Il ne savait pas comment les sbires du Lord parviendraient à le traquer, mais il s'en fichait. Il pensa à un endroit qu'il avait aimé par-dessus tout, et c'est tout ce qui comptait. Il atterrit durement sur le sol d'une ville côtière. Même si cela faisait près de dix ans que Regulus ne s'y était pas rendu, il s'en souvenait encore. C'était là que Sirius lui avait appris à nager. Il s'avança légèrement près du chemin bordant la plage et observa les lumières pimpantes provenant de la fête foraine, sur la jetée. C'était un endroit magnifique et Regulus attendit, les mains mordues par le froid. Il attendit longtemps.

Finalement, des petits cris de joie l'alertèrent. Des pas tambourinèrent le sol dallé et les doigts de Regulus se resserrèrent sur la baguette volée, toujours tapis dans la pénombre. Une petite fille ramassait par terre des confettis et des serpentins qu'elle déposait dans une boîte.

Elle était accroupie, un bonnet marron sur la tête et Regulus se demanda s'il serait capable d'exercer la volonté du Lord. Même si ce n'était qu'une enfant. Oui, mais lui aussi n'était qu'un gamin. La différence entre lui et elle, c'est qu'il avait souhaité ce qui finirait par arriver. Regulus sortit précautionneusement de sa cachette et s'avança. La fillette se redressa, un sourire désarmant sur les lèvres.

– Bonsoir. Joyeux No-...

Avada Kedavra !

Le rai de lumière vert passa inaperçu parmi tous ceux propagés par la fête foraine. Le corps de l'enfant s'effondra au sol, comme si elle glissait dans un sommeil soudain et salvateur. Regulus préféra ne pas regarder son visage même s'il était certain qu'il s'en souviendrait toute sa vie. Au moins, elle n'avait pas eu le temps de réaliser ce qui lui arrivait. Il souleva le corps de la fillette et s'assura que les alentours étaient absolument déserts. Ça l'était.

Mais en regardant mieux, vers le nord, se trouvaient deux yeux jaunes. Regulus resta figé et constata que ce n'était qu'un gros chien noir. Peut-être était-ce le fruit de son imagination. Mais le chien avait sans doute tout vu et le regardait fixement, comme s'il sondait son âme ou le connaissait. Regulus serra contre lui le corps de la petite fille et transplana alors qu'une voix de femme appelait un nom. Il supposa que c'était elle qu'on cherchait. Elle s'appelait Mindy.

Ooo

Regulus s'était toujours imaginé qu'après avoir reçu sa Marque des Ténèbres, il serait l'homme le plus heureux du monde. Mais il n'avait rien récolté à part la nausée et une fièvre violente. Il resta alité une bonne partie du restant des vacances de Noël et ignora le courrier que lui envoyait régulièrement Barty. Il voulait très certainement savoir comment tout c'était passé. Un seul mot lui vint à l'esprit : « Horrible ».

Le quatrième jour, Lucius vint lui rendre visite. Lui aussi paraissait plus pâle que d'habitude. Il devait ressentir l'état maladif de Regulus à travers la Marque. Pourtant, même à travers les vapeurs de la fièvre, Regulus vit clairement Lucius lui sourire avec une fierté immense. Le même sourire qu'il aurait sûrement envers son propre fils lorsqu'il recevra la Marque à son tour.

– Tu as été parfait, dit-il en s'asseyant dans un lourd fauteuil après que Walburga Black les ait laissé seuls. Le Seigneur des Ténèbres est ravi. Il a de plus en plus confiance en la jeunesse grâce à toi. Tu n'as pas tremblé comme les autres, ou même hésité. C'est un don, ce que tu as là. Le sang froid c'est de l'or. Du vrai or.

Regulus voulait une nouvelle fois vomir, lui dire qu'il avait hésité, qu'en revenant de la cérémonie avec son tatouage, il était resté enfermé dans sa chambre et avait beaucoup pleuré. Tout ça, Lucius l'ignorait et c'était tant mieux.

– Personne ne t'a vu ?

– Non, articula Regulus. Mais... Mais il y avait ce chien. Un gros chien noir.

Lucius fronça les sourcils puis il dit prudemment :

– Il se pourrait que ça soit un Sinistros. Tu sais, ils apparaissent souvent avant la mort de quelqu'un. Cette créature a dû sentir que la toute fin s'approchait pour cette gamine. Alors, il est venu.

Le Sinistros était une créature des cimetières, mais aussi considéré comme un mauvais présage chez la plupart des sorciers. On disait que lorsqu'on en voyait un, nous allions bientôt mourir. Regulus, lui, n'y croyait pas.

– Tu as déjà vu un Sinistros toi ?

Lucius s'étira.

– Oui, j'en ai vu un. Une fois. C'était à l'enterrement de mon père. J'étais parti fumer dans le jardin et j'ai vu ce gros chien noir m'observer longtemps. Trop longtemps pour que ça ne soit qu'une coïncidence. Puis il s'est enfui. C'était un Sinistros et tu vois, je n'en suis pas mort pour autant.

Lucius éclata de rire et lui tapota l'épaule.

– Remets-toi vite. Les missions commenceront bientôt.