Posté le : 18 Janvier 2014. La foire aux vinyles avec Sam !
Note : Et voici l'avant-dernier chapitre de ce petit biopic sur Regulus d'amoooooûr. Ça va me faire tout drôle de mettre un point final à tout ça, mais bon... Il le faut bien. Ce chapitre a survécu à bien des désesatres. Ces mois de décembre et janvier furent extrêmement durs pour moi et épuisants. Je suis bien contente de bientôt arriver en février, mois d'abondance. J'ai déjà une idée très précise de ce que je veux pour la toute fin de cette histoire. Il me manque seulement du temps pour l'écrire, mais j'essaie de tout prendre du bon côté et de continuer ! Je vous remercie de suivre cette histoire et de parfois déposer de si gentils mots. Love, D.
Les frères ennemis
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À la fin de sa septième année, Regulus Black avait déjà tout d'un Mangemort accompli.
Il avait tellement changé que même ses professeurs l'avaient remarqué. Depuis que la Marque ornait son avant-bras, Barty le regardait avec des airs révérencieux, ses yeux s'humidifiant de fierté de le compter parmi ses plus proches amis. Regulus était même certain que Barty aurait pu en fanfaronner dans tout le château si ce dernier avait été un peu trop bête pour révéler leur plan.
Même les filles avaient une attitude tout à fait différente vis-à-vis de lui, comme si la menace avait quelque chose à faire avec les phéromones. « Tu ne trouves pas que Regulus Black est terriblement sexy ? », avait chuchoté une fille dans la file d'attente du cours de Sortilège. « Au début, je m'étais dit que Sirius était le canon de la famille, mais je ne sais pas... Reggy a un charme. J'aimerai tant qu'il m'invite au bal de fin d'année. » Le concerné leva les yeux au ciel et s'installa au fond de la classe.
Depuis plusieurs semaines, il n'écoutait pas. Les préoccupations des adolescents ordinaires – tels un bal, les examens ou autres parties de Quidditch – lui passaient au-dessus de la tête. Il passait le plus clair de ses heures de cours, le regard rivé à une des étroites fenêtres, l'esprit complètement vide. Cet été, Regulus avait accompli plusieurs missions pour le Seigneur des Ténèbres. Il faisait partie d'un groupe de jeunes Mangemorts tous plus déterminé les uns que les autres à semer la terreur pour rétablir l'ordre et l'équilibre.
À certains moments, Regulus se sentait comme une machine de guerre : prêt à repousser n'importe quelle limite pour parvenir à ses fins, quitte à brutaliser des innocents. Lord Voldemort ne faisait aucune différence entre les sorciers sans défense et ceux dangereux pour leur cause ni même entre les enfants des adultes. Ils voulaient tous les tuer pour bâtir un monde nouveau, plus pur que jamais. Regulus marchait dedans. Il adorait même cette idée, excité simplement à l'idée de vivre dans ce monde idoine.
Une partie lui avait pris goût à la bestialité avec une rapidité déconcertante. Entendre ses victimes gémir, supplier, se tordre de douleur... Ça, c'était tout bonnement grisant. Il se sentait plus puissant qu'il ne l'avait sans doute jamais été de sa vie. Il en tirait du plaisir, c'est vrai, mais celui-ci était bref et n'atteignait jamais le degré du précédent. Plus il tuait, plus le plaisir de le faire s'amoindrissait et devenait aussi fade qu'une blague répétée jusqu'à l'usure.
En revanche, une personne ne se lassait jamais de ses récits de meurtres : Barty. Il l'observait avec des étoiles dans les yeux, salivant presque de jalousie. « Est-ce que... est-ce que tu leur laisses le temps de réaliser ce qui est en train de se passer ? » Regulus avait haussé des épaules : « Parfois, pas toujours. Lorsque ce sont de puissants sorciers, le Lord nous ordonne de les débusquer par surprise, histoire de garder l'avantage. Mais quand ce sont des cibles faciles – comme des enfants, des cracmols ou de très vieux sorciers – il nous laisse nous amuser un peu. Lucius a pu garder la cracmole de la semaine dernière. Il ne veut pas l'admettre, mais je crois qu'il la trouve très séduisante, et puis, ça lui permet de se défouler un peu... » Depuis que les vœux d'éternité avaient été récités entre Narcissa et Lucius, ils ne pouvaient plus rester dans une pièce sans la présence d'un tiers ou même se toucher jusqu'à leur mariage. Leur union aurait lieu d'ici quelques mois, alors, en attendant, Lucius forniquait avec cette cracmole séquestrée on-ne-sait-où.
« Toi aussi tu as eu le droit à des cadeaux ? », s'était empressé de demander Barty, une lueur démente dans les yeux. Regulus ne répondit pas tout de suite, comme s'il appréhendait de prononcer une phrase qui coûterait à son honneur de Sang Pur. « Je n'ai pas le rang de Lucius dans le groupe. Je ne suis encore qu'un novice, donc je n'ai pas eu le droit à une cracmole provenant d'une famille à peu près convenable... Ils m'ont donné une moldue pour mon anniversaire. Mes parents étaient fous de rage de la voir apparaître chez nous pour la nuit. Mais, je crois qu'ils ont fini par comprendre où voulait en venir le Lord. Donc ils m'ont laissé la salir, puis je l'ai confié à Greyback » Barty avait semblé clairement impressionné devant le calme glacial avec lequel il avait fait sa petite déclaration. Il était devenu son modèle, son demi-dieu vivant. Quand le cours s'acheva, Regulus fut à peine surpris de trouver Barty l'attendre à la sortie.
– Alors, comment ça s'est passé ?
Barty s'attendait toujours – depuis qu'il portait sa Marque – que quelque chose d'extraordinaire se produise, y compris en cours. Regulus haussa vaguement des épaules et cette absence de réaction acheva de décevoir son ami.
– Tu ne parles plus beaucoup, constata-t-il. J'ai... J'ai fait quelque chose de mal ?
– Non, grogna l'autre. Non, rien du tout.
Sans même s'en rendre compte, ses pas le menèrent tout droit à la bibliothèque qui était devenue sa seconde maison. Il salua le professeur Slugorn d'un hochement de tête tandis que Barty levait vers lui un regard clairement inquiet. Tous les deux s'installèrent à la table la plus éloignée que possible des Gryffondor (James Potter s'étant lancé dans un long et bruyant discours sur sa fabuleuse manière d'attraper le Souaffle à un groupe de troisième année émerveillé). Barty fusilla Sirius du regard, mais ce dernier ne semblait faire comme s'ils n'étaient pas passés devant eux.
– Ton frère aussi est devenu bizarre, fit remarquer le Serdaigle. On dirait... On dirait qu'il s'en fiche de ce qui peut bien t'arriver maintenant, que tu n'existes même plus.
Cette phrase aurait dû laisser Regulus de marbre, pourtant, il ressentit son ventre se contracter à ces simples mots. Désormais, ces frères étaient Lucius, Rodolphus et Rabastan, Antonin et bien d'autres. Sirius n'avait plus rien d'un frère pour lui, ou peut-être un frère ennemi. Des éclats de rire se propagèrent dans toute la bibliothèque et Mrs Pince accourut aussitôt pour disperser le groupe sous le regard moqueur de Lily Evans. Elle accepta le baiser rapide que déposa Potter sur ses lèvres et le regarda partir en soupirant. Barty n'avait pas loupé une seule miette de la scène.
– Quel gâchis, dit-il enfin. Une autre lignée pure se souille en se frottant avec des branches moldues.
Une grimace tordit son agréable visage moucheté de tache de rousseur. Regulus leva les yeux vers son ami et lui accorda un sourire : les blagues sur la pureté du sang lui redonnaient tout de suite le moral. Il entreprit de commencer sa longue dissertation en Sortilèges, quitte à rater une partie du déjeuner.
Barty l'imita sans protester. Même si ce dernier avait un an de moins que lui, Barty prenait de l'avance et suivait également le programme de révision des A.S.P.I.C. Il disait vouloir en décrocher un maximum, comme Lucius le lui avait conseillé lors de leur petit rendez-vous à Pré-au-Lard. Regulus, lui, doutait que la mention à un diplôme ait une quelconque valeur aux yeux d'un homme comme le Seigneur des Ténèbres. Mais, puisque rien d'autre ne bougeait à Poudlard, Regulus révisait pour oublier cette menace persistante flânant dans le monde sorcier...
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Depuis que Regulus avait reçu sa Marque des Ténères, sa relation avec Barty avait totalement changé. Ils étaient passés de rapport d'égal à égal, à une relation de maître à domestique. Barty était devenu – consciemment et volontairement – son laquais, et ce, malgré leur respective pureté du sang. Au départ, cette mutation avait complètement enchanté Regulus. Barty était au petit soin pour lui, le regardait avec de grands yeux ébahis dès qu'il prononçait la moindre phrase.
Mais là, d'ici quelques minutes, les choses allaient redevenir normales, comme avant, comme lorsqu'ils étaient de nouveaux égaux. Barty allait recevoir sa Marque. Il se balançait d'avant en arrière dans le hall du Manoir Malfoy sous le regard moqueur de Severus Rogue. Lui aussi était sur le point d'être intronisé. Ce soir, ils étaient quatre : Rogue, donc, Barty, un type plein de zèle nommé Yaxeley et un grand jeune homme bulgare aux yeux pétillant de méchanceté.
– Ça va aller, rassura Regulus en déposant une main réconfortante sur l'épaule de Barty qui se gonfla de fierté.
– Toute ma jeunesse, j'ai attendu ce jour. Je sais que ça ira, mon frère.
Regulus lui accorda un sourire tandis que Lucius s'approchait. Il semblait rayonner de joie à l'idée de les voir rejoindre leur cercle.
– De fabuleuses recrues que nous avons là, répéta-t-il pour la seconde fois de la soirée. Regulus, j'ai touché quelques mots au Seigneur des Ténèbres. Je pense qu'il n'émettra aucune opposition à ce que tu sois le mentor de Barty.
Chaque Mangemort était lié magiquement à un mentor. Celui de Barty était Lucius. Et le mentor de Lucius était Voldemort. Cette hiérarchisation par leur date d'entrée dans les rangs était nécessaire pour mettre à l'épreuve les limites et la fidélité de chacun. Regulus ne se sentait pas capable d'endosser une telle responsabilité. Ça ne faisait que deux ans à peine qu'il avait quitté Poudlard. Il avait torturé, tué, certes. Mais il ne pouvait pas tenir le destin de Barty entre ses mains. C'était trop. La lueur de panique passant des yeux fut nettement perceptible, mais Lucius ajouta :
– C'est dans l'ordre des choses. C'est ce que vous vouliez, après tout, non ?
Barty acquiesça d'un air grave et important. Lucius envoya une oeillade dédaigneuse à la robe de seconde main de Rogue puis retourna dans la pièce principale en fermant les grandes portes d'un coup de baguette magique. Barty se laissa glisser le long du mur, comme sur le point de rendre le contenu de son dîner. Le sorcier bulgare renifla dédaigneusement et s'éloigna autant que possible, comme s'il était sur le point d'être contaminé par sa faiblesse.
– Relève-toi, allez, encouragea Regulus.
– M-Mon père, hoqueta-t-il. Mon foutu père... Il croit que je suis à un congrès sur la profondeur des chaudrons en étain taille standard à l'étranger. Au lieu de quoi, je suis dans un couloir à attendre bien sagement, comme le jour des A.S.P.I.C. qu'on appelle mon nom et que je fasse mes preuves.
Barty avait eu toutes ses A.S.P.I.C. Les douze. C'était le premier depuis plus d'une décennie à être parvenu à ce petit prodigue.
– Tu es un sorcier brillant. Tu feras de la grande magie ce soir. J'en suis certain.
Barty n'en avait pas l'air aussi certain, mais consentit à se reprendre. Finalement, les portes s'ouvrirent et le sorcier bulgare entra d'une démarche princière sans même attendre qu'on l'y invite. Rogue serra les poings, les jointures blanchâtres et finit par le suivre. Barty (qui enfila sa cagoule) et Regulus fermèrent la marche. Ils pénétrèrent dans le salon des Malfoy. S'ils n'y avaient jamais mis les pieds auparavant – comme par exemple le jour des funérailles d'Abraxas – ni l'un, ni l'autre, n'aurait pu reconnaître l'endroit.
Le Seigneur des Ténèbres était assis, trônant sur un majestueux trône de marbre noir. Ses disciples se tenaient à une distance respectueuse, la tête inclinée. Tous portaient une cagoule et des dizaines de yeux se posèrent sur les nouvelles recrues, tels des noctambules suspendus à leur perchoir. Les flammèches bleues des bougies augmentaient en intensité au gré des secondes et Barty remarqua que celles-ci bougeaient en fonction de la respiration tranquille du Seigneur des Ténèbres.
Rogue, le Bulgare et lui finirent par s'incliner profondément et attendirent, les poils de la nuque hérisser. Au sol, le gigantesque serpent du Lord traçait des sillons tout autour, la mâchoire impatiente. L'animal les sentait grâce à sa langue fourchue, comme si ce simple sens pouvait les prémunir de leurs intentions véritables.
Le serpent retourna auprès de son maître qui caressa paresseusement sa tête qui s'entortilla de plaisir. Voldemort lui murmura quelques mots et Barty supposa que cela était du Fourchelangue. Regulus l'avait averti que le Seigneur des Ténèbres possédait des pouvoirs qu'il n'imaginait même pas, mais cela eut le mérite de le prendre au dépourvu. Il baissa les yeux et se contenta d'observer la scène à travers le sol brillant aux reflets hasardeux.
– Nagini me dit que votre cœur est plein de bonnes intentions envers notre cause.
– Oui ! s'exclama le Bulgare à la droite de Barty.
Celui-ci ferma les yeux d'anticipation. Quel genre de crétin était-il pour parler sans qu'on le lui autorise ? Les yeux en forme de fentes de Voldemort se rétrécirent et le corps visqueux de Nagini retomba au sol comme un bruit mat.
– Tu es Karkaroff, prononça Voldemort en un sifflement glacial.
– O-Oui, Monsieur.
Un couinement étranglé provint de la foule. C'était Bellatrix. Elle semblait clairement outrée et avait déjà dégainé sa baguette.
– Monsieur ? répéta Voldemort. Monsieur ?
Il éclata d'un rire à glacer le sang et ses sbires l'imitèrent bruyamment.
– Ça va bientôt faire une vie entière qu'on ne m'a pas appelé ainsi. Tu vois Karkaroff, je me contenterai de Maître, si tu le permets.
Le Bulgare déglutit, se sentant pris au piège.
– Montre-moi ton bras ?
Il semblait quelque peu réticent à l'idée de montrer un de ses membres à la vue d'un serpent aux airs affamé mais consentit à le faire, tout en devenant extrêmement pâle. Voldemort l'étudia longuement puis sortit sa propre baguette magique. Il murmura une longue incantation tandis qu'une substance – ni liquide, ni gazeuse – se propagea dans l'air et vint se greffer juste sous sa peau, traçant une tête de mort enroulée d'un reptile. Pendant toute la formule, Karkaroff devint rouge et hurla toute une série d'aveux embarrassants, pleura et se recroquevilla de douleur, le bras enroulé dans sa cape.
– Tu avais si hâte de faire partie des nôtres. Je ne voulais faire attendre notre Majesté.
Voldemort exécuta une piteuse révérence et les Mangemorts, Rogue y compris, se mirent à ricaner. Barty était si tendu, qu'il n'entendit pas réellement la suite. Il sentait son cœur battre incroyablement vite, ses mains devenir moites, mais les mots du Seigneur des Ténèbres, ça, il ne pouvait les retenir. Pourtant, il était en train de vivre le moment le plus important de toute sa vie.
– Rogue, dit Voldemort. Severus, Rogue.
Pendant un instant, le Mage Noir resta parfaitement silencieux avant d'exiger le bras de sa future recrue. Rogue cria, mais fut moins pathétique que Karkaroff qui sanglotait encore, à l'écart. Une lueur de fierté sans pareille illumina le teint cireux de Severus qui s'aplatit au sol de déférence. Il avait l'air de vivre le plus grand moment de son existence. Barty haletait d'excitation. Finalement, Voldemort se détourna et s'assit sur son trône. Barty jeta un regard de côté, où il savait que Regulus se tenait.
– Bien, passons à l'attribution des mentors, déclara le Seigneur des Ténèbres. Rogue, tu seras aux ordres de...
– V-Vous m'avez oublié, osa prononcer Barty. (Ne se décourageant pas, il s'avança de deux pas) Vous ne m'avez pas honoré de la Marque. C'est... C'est ce que je souhaiterais le plus au monde, Maître.
Il s'agenouilla platement, imitant l'attitude révérencieuse de Rogue tandis que Nagini sifflotait d'impatience autour de lui.
– Je n'ai pas oublié. Je sais tout ce qui doit être su. Mon instinct me dit que tu as encore un grand rôle à jouer dans cette guerre. Tu dois être au courant que j'ai de nombreux espions, y compris très proches de l'autre camp (Barty hocha de la tête). Ce serait gâcher ton talent, et me mettre le Ministère entier à dos que de ''t'honorer de la Marque''. Ils prendraient cela comme un affront personnel. Un si bel espoir de la magie corrompu par une doctrine radicaliste, diraient-ils. On ne peut se permettre ce genre d'erreur tactique. Si tu portes notre symbole, tu ne pourras le cacher à ton père bien longtemps. Et j'ai besoin d'avoir des yeux sur ce qu'il fait en ce moment. Bartemius Croupton Sr est la clef de tout. Il ne se méfiera pas de son propre fils (une lueur bestiale anima Barty qui semblait exulter et prêt à accepter n'importe quoi). Je veux que tu t'intègres au Ministère, que tu suives les affaires et viennent tout me raconter ensuite. Mais il n'y aucun de doute sur le fait que, même si tu n'en portes pas la Marque, tu es déjà un Mangemort. (un sourire de plénitude envahit le visage de Barty qui avait l'air d'avoir atteint un seuil spirituel particulièrement élevé) Tu as mes mots.
– J-J'ai vos mots ? balbutia-t-il sous le coup de l'émotion, des larmes s'écrasant sur son visage juvénile.
– Tu as mes mots que tu fais partie des nôtres et qu'une fois le Ministère renversé, tu recevras la Marque. En attendant, mène à bien ta mission.
Ému, Barty embrassa les pans de sa cape en déversant un flot de compliments. L'orgueil flatté, Voldemort retourna s'assoir.
– Rogue, tu auras pour parrain Mulciber. Karkaroff... avec Rockwood. Quant à toi, Croupton, je veux que tu sois avec Lestranges...
Rodolphus, fier comme un paon, s'avança vers son filleul.
– … Bellatrix, Lestranges, ajouta sournoisement Voldemort.
La cousine de Regulus s'avança, les paupières lourdes et le sourire victorieux. Elle traîna Barty dans une pièce adjacente et Regulus ne le revit plus de la soirée, sachant pertinemment ce qui l'attendait. Il allait devoir tuer.
Ooo
Il apparut que Barty était excellent dans son rôle d'espion. Trop, peut-être. Car au bout de deux mois seulement, La Gazette du Sorcier publia une colonne sur les fuites à répétition dont était victime le Ministère. Tout le monde était sur le qui-vive et, même le type minable s'occupant du service de détournement de l'artisanat moldu du nom de Weasley, avait fait l'objet d'une enquête pointilleuse. Tout le monde déportait la faute sur les autres et il était devenu impossible de retracer l'acheminement des informations.
Depuis, les réunions importantes se déroulaient à huis clos sous l'effet d'un puissant sortilège Fidelitas. Ce n'était pas alarmant, dans la mesure où les Mangemorts avaient eu le temps de préparer le terrain et de recueillir tous les éléments dont ils avaient besoin. Il ne leur manquait plus grand-chose pour mettre un point final à cette guerre.
De son côté, Barty était incroyablement à l'aise dans ses nouvelles fonctions et buvait chacune des paroles prononcées par Bellatrix. Il s'était mis en tête – et ce, contre l'avis raisonné de Lucius – de devenir le plus fidèle Mangemort de leur maître. Le voir marcher sur ses plates-bandes n'était pas du goût de Bellatrix. Regulus le savait. Un jour, il décida de prendre son ami à part :
– Tu ne comprends pas, dit-il tandis qu'ils avaient fini par rejoindre sa chambre au second étage du Square Grimmaurd. Ma cousine ne te laissera pas faire. Elle est bien trop attachée à lui pour renoncer à sa position. Tu viens juste d'arriver et...
– Et alors ? J'ai apporté au Seigneur des Ténèbres bien plus qu'un Rockwood ou un Karkaroff lui apportera bien en toute une vie. Je prends mille et un dangers pour vous tous, pour vous couvrir toi et ta famille.
Regulus ne dit rien, lui accordant ce point.
– Tu es une recrue exceptionnelle. Tout le monde peut le reconnaître. J'ai juste peur que... que ton excès de zèle fasse de toi une cible pour les autres, qu'ils... qu'ils essaient de te nuire.
– Je ne crains rien. Le Seigneur des Ténèbres m'a...
La porte s'ouvrit sur Kreattur, un minuscule balai en main. Il s'inclina si bas, et si vite, en voyant Regulus et Barty dans la chambre que son nez en forme de groin s'écrasa contre le sol.
– Quelle joie ! Quelle joie de revoir Mr Croupton dans notre ancienne demeure, couina Kreattur d'une voix émue.
Barty éclata d'un rire franc.
– Je crois que je n'ai jamais vu ton elfe s'incliner ainsi devant Potter.
– Potter ne méritait pas un tel accueil, de toute manière, répliqua froidement Regulus. Plus tard pour le ménage, Kreattur. En attendant, tu peux reprendre le chapitre sur les plus nobles lignées d'Europe que je t'ai prêté. Je t'interrogerais tout à l'heure.
Lorsque la porte se referma, après que Kreattur ait bonifié son maître d'un flot de superlatifs plutôt flatteur, Barty se tourna vers lui :
– J'avais complètement oublié que ton elfe savait lire. Tu lui fais des leçons ?
– Oui, je lui fais apprendre tout ce qu'il doit savoir sur la culture Sang Pure. Mes parents ne sont pas réellement d'accord à l'idée d'avoir un elfe éduqué, mais je ne veux pas que Kreattur ait un jour à nous faire rougir de par son comportement. Il sera un elfe accompli, j'en suis sûr. Mais... en ce qui concerne ton problème, je dois dire que ça devient préoccupant. Si tu suscites des jalousies, un coup peut être monté contre toi. Le Seigneur des Ténères t'a peut-être donné ses mots, mais pas les autres. Rien ne les oblige à respecter ce pacte tacite. Dès que tu ne seras plus d'aucune utilité et que ta mort passera pour... pour un énième meurtre dans la colonne des faits divers, crois-moi qu'ils le feront.
– Un pacte magique me lie à Bellatrix. Elle me protégera et c'est une excellente sorcière.
– Oui, elle te protégera. Mais que feras-tu si la menace vient de ton propre mentor ? (Barty le regarda fixement) Si Bellatrix doit un jour couler, tu couleras avec elle.
Un silence inconfortable s'étira pendant un moment.
– Tu dis qu'un tas d'âneries, finit par soupirer Barty en s'étalant dans le grand lit. Bellatrix, me faire du mal ? Elle me considère comme son petit frère !
– Tu ne connais pas les Serpentard. Tu n'as pas été élevé dans ce milieu...
– J'ai grandi avec toi, rappela-t-il. Et je crois que ça compte quand même pour quelque chose. De toute façon, il n'y a plus aucun espoir pour l'autre camp. Nous sommes allés trop loin pour pouvoir perdre. Trop loin.
Ils avaient encore sur les mains le meurtre sanglant de tout à l'heure. Ils s'étaient brossé les ongles, mais quelques taches subsistaient. Une famille au complet de Moldus, comportant un Né-Moldu, avait été décimée en moins d'une minute. Ils étaient tous les deux revenus au Square Grimmaurd sans laisser de trace derrière eux.
– Je voudrai que ça soit toujours comme ça, ajouta Barty. Que je me sente fort, et important. Pour toujours. Ça doit être merveilleux de se réveiller tous les matins avec ce sentiment. J'ai vraiment hâte d'avoir la Marque. Allez, fais-moi voir la tienne.
– Tu l'as vu des centaines de fois, grommela Regulus d'agacement qui relevait déjà sa manche, sachant que rien n'arrêterait son ami.
– J'ai étudié les tatouages ensorcelés l'autre jour dans la bibliothèque de mes parents. Il y en a de plus de sept cents variétés et je crois que celui-là est unique. Tu es tellement chanceux. Je n'arrive pas à croire que tu sois indifférent à ça.
Tout à coup, le tatouage passa du noir encre au rouge vif. Regulus serra les dents, ne supportant toujours pas cette sensation. Le regard de Barty passa de l'ébahissement à la franche fascination.
– On doit transplaner ? Tu crois que je peux venir ?
Barty acquiesça et attendit qu'il prenne son bras pour se volatiliser. Ils arrivèrent dans une clairière, les pieds fermement ancrés dans un sol boueux. Quelques Mangemorts étaient déjà là, mais pas tous. La plupart devaient être en position quelques part ou en mission. Regulus et Barty n'eurent pas besoin de s'avancer pour constater qu'une silhouette pathétique était au sol, reniflant pitoyablement. Voldemort avait l'air, quant à lui, préoccupé.
Mais ce ne fut rien comparé au sentiment d'incompréhension que ressentit Regulus en réalisant que l'homme agenouillé au pied de son Maître n'était autre que Peter Pettigrow. Estomaqué, il était incapable de dire quoi que ce soit. Peu nombreux, la dizaine de Mangemorts présent se resserrèrent autour de Pettigrow, lui lançant des regards dégoutés ou dédaigneux, la baguette pointée vers sa gorge. Peter Pettigrow couinait et Regulus comprit que le pauvre malheureux, qui venait certainement de se faire capturer, allait mourir dans d'atroces souffrances.
– Bien... Non, écartez-vous, dit Voldemort. Peter n'est pas un prisonnier, mais un invité. Saluez Peter comme il se doit. (Abasourdi, Regulus inclina raidement de la tête) Il est venu me fournir des informations capitales pour la suite des évènements. Avec ce que m'a confié Rogue hier, je crois avoir réuni suffisamment de pièces au puzzle pour pouvoir achever l'Ordre du Phénix à tout jamais. Bien, répéta le Seigneur des Ténèbres, en proie à une fébrilité intellectuelle sans pareille. Voici la manière dont nous allons procéder. Peter, tu es le gardien du secret, celui qui protège les Potter du sortilège Fidélitas.
Peter Pettigrow acquiesça lentement puis déclara de sa petite voix insupportable :
– Oui, oui, je sais où il se trouve. Sirius m'a finalement accordé raison. Il a accepté que je devienne gardien à sa place. Il pensait que personne ne soupçonnerait quelqu'un... quelqu'un comme moi de détenir une telle information.
Le cœur de Regulus s'arrêta de battre. Son frère... Allait-il bien ? Pour combien de temps ? Lorsque le Seigneur des Ténèbres aura exterminé les Potter, laissera-t-il à Sirius la vie sauve en nom de la pureté de son sang ? Que se passera-t-il pour lui ?
– Je vais tout vous dire, poursuivit Pettigrow. J'ai réalisé que vous seul étiez la solution, que ça ne servait à rien de se battre et que...
D'un geste de la main, Voldemort le fit taire, pensif. Regulus semblait fébrile, l'esprit tout aussi agité. Puis, après un moment qui sembla être une éternité, le Seigneur des Ténèbres prononça :
– Je tuerai très bientôt les Potter. Mais d'abord, il me faut vérifier une chose (Il se parla à lui-même un moment) Bellatrix, je veux que tu ailles à la rencontre des Londubat. Ils ont également un fils né à la fin du septième mois. Je ne voudrai pas laisser échapper la possibilité... Enfin, trouve-les et je veux savoir s'ils sont ou non ce que je suppose. Il faut que cela soit fait ce soir...
Malgré ses propos flous, Bellatrix sembla comprendre et acquiesça vivement.
– … Et j'aurai besoin d'un elfe. Pour quelques heures.
Cette requête, en revanche, parut incongrue. Les Mangemorts se regardèrent les uns les autres un petit moment avant que Regulus s'avance cérémonieusement.
– Mon elfe de maison est tout à fait apte à vous servir, mon Maître. Ça serait un honneur pour la famille Black.
– Excellent. Donne-le-moi immédiatement.
Regulus se racla la gorge et dit :
– Kreattur.
Dans un pop! léger, l'elfe apparut. Il cligna plusieurs fois des yeux avant de se ratatiner sur place de frayeur.
– Kreattur, redresse-toi, ordonna Regulus. Écoute attentivement ce que j'ai à te dire. À partir de maintenant, tu serviras le Seigneur des Ténèbres. Il a besoin de toi. Tant qu'il n'en a pas fini avec tes services, tu dois rester auprès de lui. Vas. Rejoins-le maintenant.
Kreattur, bien que tremblant de peur, obéit sagement et se plaça auprès de Voldemort. Ce dernier reprit la parole :
– Si tout se passe comme prévu, nous nous reverrons à la fin de la semaine pour célébrer notre victoire.
– Gloire ! Gloire ! crièrent en choeur les quelques Mangemorts en propageant des étincelles émeraudes à l'aide de leur baguette magique.
Ils quittèrent tous la clairiè, à l'exception de Pettigrow et Kreattur. Le groupe de Mangemort sautillait presque de joie en remontant le chemin boueux et Bellatrix arborait un sourire conquérant. Elle passa près de Barty et lui souffla :
– Rejoins-nous au repère dans deux heures. Nous irons chez les Londubat.
Barty acquiesça, souriant. Désormais, il ne restait plus que Regulus et lui.
– Alors, dit Barty, c'est bientôt la fin ?
– Oui. Nous n'aurons plus à nous cacher pour faire valoir nos idéaux. Une époque formidable arrive.
Pour la première fois depuis des mois, Regulus sourit vraiment malgré la peur atroce qui lui tordait inexplicablement les entrailles.
– Fais attention. (Barty arqua un sourcil) Pour les Londubat, je veux dire. Ce sont de très grands aurors.
– Nous réussirons à les battre. Nous sommes quatre. Et rien que Bellatrix et moi, nous sommes de force égales. Il n'y aura pas de problème. Notre équipe est forte... J'espère que Kreattur se comportera bien avec le Seigneur des Ténèbres.
– C'est un bon elfe, répondit-il simplement. Il n'y a pas de quoi s'en faire.
– Oui. Tu as raison, il n'y a pas de quoi s'en faire.
Barty lui adressa un autre sourire et s'approcha, déposant ses lèvres sur son front.
– Prends soin de toi, mon frère.
Il fit volte-face et disparut en transplanant parmi la brume.
Ooo
C'était la quatrième bougie que Regulus allumait. Il était inquiet. Il n'avait ni eu de nouvelles de Barty pour lui annoncer la réussite de sa mission, ni eu le moindre signe de la part de Kreattur. La maison entière semblait silencieuse et un désagréable pressentiment l'empêchait de fermer l'oeil. Il arpenta sa chambre en long et en large, puis, n'en tenant plus, il appela son elfe.
– Kreattur.
Aussitôt, une petite silhouette apparut sur le sol, trempée. Kreattur toussota, recrachant une prodigieuse quantité d'eau glacée. Alarmé, Regulus attrapa le minuscule corps et le déposa sur son lit, parmi les couvertures réchauffées grâce à un ancien sortilège de confort permanent.
– Kreattur, répéta-t-il, le faisant sortir de sa léthargie. C'est moi, maître Regulus.
L'elfe était secoué de spasmes violents et repoussait une menace invisible. Il frissonnait tellement de terreur, que Regulus comprit la pleine étendue des « services » qu'avait dû lui demander son Maître.
– Kreattur, regarde-moi. (Couinant de désespoir, l'elfe de maison semblait se battre contre lui-même pour garder les paupières ouvertes) Raconte-moi où tu étais. Je veux que tu me racontes tout. C'est un ordre. Où t'as emmené le Seigneur des Ténèbres ?
