Voilà enfin la suite de cette histoire. Je doute que le prochain chapitre arrivera plus rapidement, d'autant qu'aussi peu de suivi ne motive pas. Je finirai l'histoire pas d'inquiétude, mais il va sans doute falloir prendre votre mal en patience.
WJ, PBG, lessardster, je ne vous remercierai jamais assez d'être là et de commenter l'histoire. Vous êtes fantastiques !
Chapitre 3 – La Famille
Une vraie rencontre, une rencontre décisive, c'est quelque chose qui ressemble au destin.
Tahar Ben Jelloun
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La neige. Elle recouvre tout le paysage. C'est avec difficulté que les bâtiments et les véhiculent tentent de faire concurrence à ce blanc immaculé. Eux, comme les hommes.
Debout sur le trottoir, Tony embrasse du regard un endroit qu'il ne reverra sans doute jamais. Un lieu où des personnes l'ont sauvé. Un lieu où il a aussi été plongé en enfer. Car être coupé de son monde, de sa famille et de ses amis pour des criminels, ça ne peut être que ça.
Il réajuste sur son épaule un sac sur le dos contenant quelques affaires, ordonnance et médicaments. Il a beau partir, il ne quittera jamais vraiment l'hôpital. Les anti-rejets qu'il doit prendre sont à vie. La neige lui rappelle cet univers blanc et aseptisé, cet endroit qui le coupe de tout. Il la déteste pour cela.
Pablo Twain attend qu'il le rejoigne près de sa voiture, une Mercedes noire qui n'est pas sans lui rappeler certains véhicules du NCIS. Il secoue la tête. Non, il ne doit plus penser à l'agence. Il doit occulter son passé, s'approprier celui d'Angel. Il n'a pas d'autres solutions ou il mourra vraiment cette fois.
Le trajet dure longtemps. Les heures passent sans qu'il s'en rende vraiment compte. Pablo a renoncé à faire la conversation depuis longtemps. Une station de radio se charge de briser le silence, alternant flash info et tubes du moment.
La tête posée contre la vitre, Tony a fermé les yeux. Bercé par le ronronnement du moteur, il sombre dans un demi-sommeil que le moindre bruit suspect éveille. Malgré la fatigue, il mémorise le chemin pour atteindre la demeure des Twain. Il connaît bien la ville où elle se trouve pour y avoir vécu des années. New-York restera toujours celle qui l'a vu grandir. Celle où son père vit en ce moment même.
Il réprime des souvenirs et le goût amer du regret pour se redresser et faire face à l'immense villa devant laquelle ils viennent de se garer. Le passé est le passé. Il doit faire avec. L'oublier dans ce cas précis.
Un homme au costume impeccable vient les rejoindre sur l'allée gravillonnée. Pedro Alcazar, l'oncle de Pablo et, il le devine au premier coup d'œil, le fameux patron dont lui a parlé Kort. Le sexagénaire l'approche pour le saluer avec chaleur. Tony sait qu'il doit rester sur ses gardes, mais il lui semble que le Fantôme dont on lui a parlé est moins impressionnant qu'il ne devrait l'être. Moins effrayant surtout.
Il n'aime pas ça. Si cet homme est un des plus recherché du pays, il ne devrait pas accueillir à bras ouverts un parfait étranger, qui plus est avec une sincère bonne humeur. Non, cet homme, ce Fantôme, est dangereux. De part la réputation qu'il lui connaît, il devrait être plus méfiant. Ou bien est-ce justement ça le but ? Le faire douter dès les premières secondes pour le manipuler à sa guise ensuite ?
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Après un rapide tour du propriétaire et des rencontres brèves des membres de la maisonnée, Pablo s'arrête devant une porte de la maison.
- Ici, c'est tes quartiers, dit-il. À c't'étage, y a aussi les larbins. En dessous, c'est pour moi et mon oncle. La chieuse que t'as vu tout à l'heure...
- Ta sœur.
- Ouais. Elle crèche avec ma mère dans une aile de la baraque. Les gars ont leurs propres appart ailleurs.
- Et Dia ?
- Il habite en ville aussi. C'est mieux pour tout l'monde. J'te laisse t'installer. On parlera business demain. Si t'as besoin, j'suis dans le salon. Y a un match à la télé.
- Ok.
Il l'abandonne à ses quartiers. Tony ouvre la porte.
Une vaste pièce sommairement meublée est éclairée par des portes-fenêtres. Des rideaux de velours bruns sont écartés pour permettre à la lumière d'entrer. Il devine à sa gauche la salle de bain malgré la porte fermée. À sa droite deux chambres sont accolées. De légers bruits sont audibles dans celle de gauche, comme des objets qu'on entrechoque. Il fronce les sourcils et s'approche tandis qu'au dehors les chiens aperçus en arrivant se mettent à aboyer.
Un enfant de trois ou quatre ans est installé sur le lit. Ses mèches blondes tombent devant ses yeux bleus fixés sur des cubes en bois dont chaque face affiche un graphisme différent. Il tente de les remettre en ordre pour former une image. Tony s'avance un peu, poussant la porte. L'absence d'huile faire crier les gonds. Le garçon sursaute.
Dès qu'il l'aperçoit, il saute au sol pour se terrer dans un coin de la chambre. Il tremble de tous ses membres en le voyant approcher. Tony n'a jamais eu le feeling avec les enfants, tout comme avec les animaux. Il l'a assez dit à ses amis. Et voilà qui se retrouve face à un enfant alors que les dobermans de l'extérieur aboient sans interruption pour il-ne-sait-quelle-raison. Tentant de se faire entendre du petit, il essaye de se présenter. Cela renforce seulement les tremblements. Alors il sort, sans un regard en arrière, pour trouver Pablo et avoir des explications. Et le moins que l'on puisse dire c'est que les réponses le laisse coi.
- Ouais, c'est Christopher, le gamin de mon frère. Lui et sa femme sont morts l'an dernier. Le mouflet est muet, enfin c'est ce qu'on pense vu qu'il parle jamais. Il crèche dans la chambre à côté de la tienne, mais t'inquiète on va le virer au grenier, tu seras tranquille.
Tony n'est pas certain de ce qui est le plus indigne, ce qu'il dit du petit ou le ton badin qu'il emploie. La façon dont il a craché le prénom de l'enfant annonce la couleur de toute manière. Surtout vu ce qui suit quand il demande qui s'occupe de lui.
- Ben personne ! Y a bien Suzanne, la cuisinière, qui lui sert à manger, mais sinon il reste tout seul dans sa chambre. Des fois mon oncle le fait dîner avec nous, mais c'est rare.
Il réussit à convaincre Pablo qu'il peut laisser le garçon dans la chambre à côté de la sienne, que ça ne posera aucun problème. Il se renseigne ensuite auprès de la fameuse Susanne. C'est une brave femme d'une soixantaine d'années, elle se charge également des courses, du ménage... C'est une bonne à tout faire. Elle ne s'occupe pas seulement de la cuisine. Elle lui apprend qu'elle se charge de monter les repas au petit, que celui-ci à quatre ans. Il s'habille et s'occupe seul, malgré son jeune âge. Elle ne l'aide que pour se laver, un soir sur deux. Elle est surchargée de travail.
Tony retourne dans ses quartiers abasourdi. En voyant le regard apeuré du garçon quand il retourne dans sa chambre, il décide de prendre les choses en main. Il s'assoit contre le montant de la porte et commence à parler.
- Alors tu t'appelles Christopher à ce qu'on m'a dit. Moi c'est Angel.
Le garçon se replie un peu plus sur lui-même.
- Je peux t'appeler Chris ?
L'enfant relève la tête, surpris.
- Ça veut dire oui ?
Un très léger acquiescement lui fournit sa réponse.
- Alors Chris, on va devoir cohabiter ensemble. Ma chambre est à côté de la tienne. Tu sais, je ne suis pas très doué avec les enfants, en fait je n'y connais rien, mais si tu veux on peut devenir amis. Ou essayer au moins.
Chris l'observe attentivement. Tony pointe du doigt les cubes.
- Tu veux que je t'aide ?
L'enfant réfléchit, semble hésiter, puis se lève. Il part s'installer sur son lit. Il attend ensuite une réaction de la part de l'adulte.
- J'arrive.
Tony se lève et prend place à côté de l'enfant qui tressaille.
- Je ne vais pas te faire de mal, rassure-toi.
Il attrape un cube et le fait pivoter.
- Ce n'est pas le bras du prince qu'il te manque ?
Chris tend sa main timidement vers la pièce en bois. Sans brusquerie, Tony lui dépose dans la main. Ils se mettent à reconstituer le jeu.
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Les jours qui suivent, l'adulte et l'enfant s'apprivoisent. Tandis que l'un découvre son nouveau travail, l'autre apprend à lui faire confiance. Ils ont conscience d'être seuls face au reste de la famille, que seul l'autre leur apportera l'aide dont ils ont besoin. C'est étrange, pourtant c'est comme ça. Tony sait depuis l'instant où il a posé les yeux sur l'enfant que rien ne pourra se passer comme il l'a imaginé. Son intention de renouer le contact avec les autres est écartée, pour le moment. Il ne peut pas leur dire qu'il est vivant, pas avec Chris dans l'équation. Le garçon n'a rien demandé dans cette histoire. Il apprend même rapidement qu'il y est une victime. Il ne peut pas le repousser. Personne n'est là pour lui. Même si ça le terrorise, il doit l'aider. Et cela se produit bien plus vite et mieux que ce qu'il pouvait penser.
Au bout d'une semaine, ils mangent ensemble. Tony l'aide à s'habiller, à se laver les dents, il le lève et le couche... L'enfant est propre, et a l'habitude de se débrouiller seul. Cela l'arrange bien. Le premier problème qu'il rencontre au cours de sa mission concerne le bain du gamin. Parmi tous ceux auquel il a pensé jusque là, autant dire que ce n'est pas celui-ci qui est venu en tête. Mais le Fantôme lui fait confiance, ses hommes le traitent avec respect. Tout n'est pas simple bien sûr, mais suffisamment pour qu'il n'ait pas à garder une arme sous son oreiller ou surveiller ses arrières à chaque instant.
Il n'a jamais assisté Suzanne pour cela, elle ferme toujours la porte de la salle de bain dans ces moments là. Il comprend et respecte ce choix. Elle conserve la pudeur de l'enfant, qui de toute façon refuse que quiconque soit présent. Seulement quand la vielle femme décrète un jour que c'est son tour, là, il se sent complètement désemparé.
Elle a préparé Chris à ce que se soit lui qui s'en charge, heureusement. Quand le soir arrive, c'est le garçon qui lui explique par gestes ce qu'il doit faire car il ne peut y arriver seul. L'agent se rend alors compte que ce n'était pas si compliqué que ça. Enfin, tout est relatif vu qu'il ressort trempé de la salle d'eau sous les rires de son petit protégé.
Son protégé. C'est ce qu'il est au bout de quelques jours. Il est même davantage au fil des semaines. Il est sa bouffée d'oxygène dans cet univers où son seul contact avec l'extérieur s'appelle Trent Kort et n'arrive qu'une à deux fois par mois.
Ses cheveux clairs et ses yeux bleus n'ont rien de commun avec le reste de la famille. Il tient énormément de sa mère. Elle aussi avait cette chevelure blonde tirant sur le châtain et ce regard azur. C'est une des raisons pour lesquels l'enfant est mis à l'écart. Il n'a rien à voir avec la Famille. Tony le regarde avec tendresse alors qu'il s'est endormi. C'est lui sa famille à présent. Même s'il le voulait il ne pourrait pas partir maintenant, car peu importe le deuil affligeant ses proches ou sa mission, la chose la plus importante entre toutes reste Chris.
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