Je retrouve aujourd'hui le temps d'écrire, l'occasion de poster (enfin) la suite de cette histoire. Si vous avez lu les autres parties de Confiance et Trahison, l'attente doit être supportable et puis vous avez dû finir par oublier que cette fic est en cours, non ?

Quoiqu'il en soit, voici la suite avec trois nouveaux chapitres, un inédit avec quelques extraits des autres opus et deux des bonus qui se placent ici dans la chronologie de l'histoire.

Je ne sais plus à qui j'ai répondu pour les reviews, si j'ai oublié quelqu'un, mea culpa, j'espère que cette suite compensera. Mais tout de même merci à capucin, lessardster, PBG, JenAbs et Aelig !


Chapitre 4 – Six mois

Le temps ne cicatrise pas les outrages du temps.

Werner Aspenström

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Le temps passe trop vite. Hier encore, Tony riait avec ses amis. Aujourd'hui, il a l'impression de ne jamais les avoir connus.

Il a abandonné son masque de joyeux drille pour se forger une carapace impénétrable depuis qu'il s'est infiltré dans le réseau. Il a choisi de montrer au monde une autre de ses facettes, une qu'il dissimule habituellement. Certains diront qu'il a changé, d'autres mûri ou grandi. La vérité c'est qu'il a seulement fait apparaître une des faces cachées de sa personnalité.

Aux yeux du monde il est, était, un clown et un gamin immature. C'est sa façon de se protéger. Derrière ce masque, il est quelqu'un de sensible et mature, mais il ne le montre pas. Il a trop peur des réactions que cela pourrait occasionner. Il ignore comment il pourrait gérer ça.

Affalé dans le fauteuil du salon de ses quartiers, le jeune homme ne quitte pas des yeux l'extérieur. Tant de choses ont changé ces derniers mois. Tant et pourtant si peu.

Assis sur le tapis, Chris range ses jouets après avoir refait l'histoire des cow-boys et des indiens. L'enfant lève un visage heureux vers lui une fois que plus rien ne traîne. Il s'approche ensuite pour quémander un câlin. Sans hésiter, Tony le hisse sur ses genoux et l'entoure de ses bras. Il n'y a pas si longtemps, l'approcher l'aurait terrifié. Désormais il n'envisage plus sa vie sans ce petit bonhomme et les câlins font parties des meilleures, et rares, choses qui illuminent sa vie.

Au fil du temps, il a réussi à gagner sa totale confiance et à le faire parler alors que leur première rencontre ne laissait pas présager cette issue. Ça a d'abord été un « Oui » quand il a voulu savoir s'il pouvait jouer avec lui. Et puis c'est devenu de courtes phrases et de moins en moins d'hésitations.

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Un sourire plein de tendresse et d'amour pour le petit illumine ses traits. C'est rare de le voir sourire, à tel point que personne ne pourrait croire qu'il sait ce que ça veut dire. Depuis six mois, pour tous, il est l'impavide, l'homme au collier d'ange, froid, sarcastique et intraitable pour qui seul compte le travail. Celui qui a vite gravi les échelons et s'est fait une place de choix auprès du Fantôme et de son neveu. Il est celui qui commande et organise, rivalisant pour cela avec Lennoy Mencken, le fameux Dia que Pablo exècre.

Pablo Twain n'a pas les épaules pour être autre chose qu'un exécuteur. Le rôle de sous-fifre lui pèse cependant et Tony craint son caractère impulsif et emporté. Il a donc décidé de s'en faire un allié, de le préparer autant que possible à prendre la suite de son oncle même s'il ne l'espère pas. Ça a commencé par lui apprendre à parler correctement et il sait ne pas être le seul à apprécier de ne plus le voir massacrer leur langue. Même sa peste de sœur en est soulagé. Quant à sa mère... Christina Twain n'a de mère que le nom. Comment qualifier une femme qui n'a pas hésité à commanditer l'assassinat de son fils et de sa famille pour qu'il ne révèle rien à la police de leurs activités ? Qui ne regrette en rien d'avoir enterré son fils et sa belle-fille ? Qui est simplement irritée que leur rejeton ne les ai pas accompagnés dans la tombe ?

Quand les personnes avec qui l'on est forcé de composer sont de cette trempe, sourire est encore plus difficile et protéger un enfant une priorité absolue. Tony ne peut que se féliciter d'avoir persuadé Trent Kort de veiller sur sa famille du NCIS. Il maîtrise assez le personnage pour l'amener où il le veut. Heureusement puisque ses tentatives pour la contacter ont échoué, que ce soit à cause, directement ou non, de la CIA ou du réseau du Fantôme. Heureusement également car il aurait pu les perdre.

Kort veille sur l'équipe et il ne le fait pas seulement de loin. À plusieurs reprises il a dû intervenir pour les sortir d'un mauvais pas. La disparition de l'agent senior n'est pas étrangère aux risques et faiblesses de la part des agents du NCIS. Leur cohésion n'est plus et leur travail s'en fait parfois ressentir.

Tony doit admettre que sa mission est la première responsable de son silence face aux siens. Avouer la vérité aux autres c'est mettre en échec sa mission et condamner tous ceux auxquels il tient. Il ne peut garantir la sécurité de tous à chaque instant. La seule solution est de rester à distance.

Mais ça ne l'a pas empêché de les approcher tous au moins une fois. De loin. D'approcher l'un d'eux de plus près, plus souvent. CIA ou Fantôme, personne n'aurait pu l'empêcher de revoir Ziva après l'avoir vu aussi dévastée par sa mort.

Il avait réussi à apercevoir tout le monde de loin, dans la rue. Tous sauf elle. L'Israélienne a toujours été la plus douée pour savoir quand on la surveillait. Ce n'est finalement qu'au dernier endroit où il voulait se rendre qu'il a pu la détailler à sa guise.

Cela s'est passé un mois après son entrée dans le réseau, au cimetière d'Arlington. Lorsqu'elle se recueillait sur sa tombe.

Et ça ne s'est pas arrêté là.

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Ziva ne retient pas ses larmes. Elle les laisse dévaler sur ses joues. Diamants liquides reflétant la lumière du soleil.

Elle effleure la tombe du bout des doigts, faisant voler la mince couche de neige encore accrochée à la pierre. Le cimetière d'Arlington est bien silencieux en ce mois de février.

Elle s'agenouille et raconte sa journée, laissant le vent emporter ses paroles au loin.

Elle termine en murmurant un "Tu me manques" presque inaudible.

C'est lorsque elle se relève qu'elle aperçoit au loin sa silhouette. Il lui sourit et elle sourit en retour.

Ça ira maintenant, elle le sait.

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Régulièrement elle l'aperçoit dans la rue. Au milieu de la foule des passants, au détour d'une rue, aux abords du parc où elle se rend souvent, il est là. Il la regarde, parfois lui sourit. Mais il est toujours au loin. Et quand elle veut s'approcher, il disparaît.

C'est depuis ce jour, au cimetière, qu'elle le voit régulièrement.

Fantôme ? Hallucination ?

Elle l'ignore et n'est pas certaine de vouloir le savoir, car le voir lui fait du bien. Beaucoup de bien.

Elle a la sensation qu'il est toujours là, qu'il veille sur elle, qu'il l'a soutient quoi qu'elle fasse. Elle aime ce sentiment de sécurité, l'idée qu'il soit son protecteur.

Elle a seulement peur qu'il disparaisse, qu'il la laisse seule. Elle se dit parfois qu'il faut qu'elle en parle, qu'il y a de quoi se faire du souci pour sa santé mentale...

Mais elle ne le fait pas. Elle tient trop à ces rares moments où elle le voit.

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Tony ne sait trop qui est le plus demandeur de ces rencontres. Ça n'a pas vraiment d'importance. Il ne pourrait pas s'en passer, c'est surtout ça qui compte.

Quand il y réfléchit bien, elle aussi a droit à quelques sourires, même si Chris reste privilégié en la matière.

- Angel ? l'appelle l'enfant.

Il penche sa tête vers lui jusqu'à capter ses yeux, l'encourageant du regard à continuer.

- T'es triste ? ose enfant le garçon.

Il secoue la tête pour nier.

- Non, bonhomme, tout va bien.

Pas vraiment convaincu, le gamin noue ses bras autour de son cou et embrasse sa joue.

Tony ressert son étreinte autour de lui. Pourquoi faut-il que ce soit le plus jeune qui rassure l'autre ? C'est l'inverse qui devrait se produire. Et l'agent a soudainement un besoin irrationnel de sentir les bras de son père autour de lui comme il y a des années, comme il le fait maintenant avec Chris.