Comme quoi faut pas désespérer, voilà la suite avec trois chapitre ! J'espère que ça vous plaira !


Chapitre 10 – Révéler

Beaucoup de vérités auxquelles nous tenons dépendent avant tout de notre propre point de vue.

Star Wars (Obi-Wan Kenobi)

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Mentir, il n'en est plus capable. Il ne peut plus le faire avec Ziva. Ça lui fait bien trop de mal. Il doit lui dire la vérité. Cette résolution, il la fait en quittant l'appartement de la jeune femme.

Il la revoit agrippée à ses bras, détendue pour la première fois depuis des mois. Il se souvient de sa vie il y a un an. Il pense à sa situation aujourd'hui. Aux mots de son père aussi.

- Quand leur diras-tu ? s'est à nouveau enquit Senior lors de leur dernière rencontre.

- Quand je pourrais.

- Tu dois le faire, Junior. Maintenant.

- C'est compliqué, Papa, tu le sais.

- As-tu vu Ziva ?

- Oui.

- Alors tu sais pourquoi tu dois lui dire.

- Je ne peux pas.

- Tu ne peux pas ou tu ne veux pas ?

- Les deux.

- Junior, elle va mal. J'ai eu Abby au téléphone cette semaine, elle ne va vraiment pas bien. Et je ne parle pas des autres !

- Tu as eu Abby au téléphone ?

- Qui d'autre appeler pour parler de toi ?

- Bonne remarque.

- Il faut que tu leur dises.

- …

- Junior !

- Je sais ! Mais imagine si j'étais vraiment mort, ça ne t'inquiète pas de voir que personne n'aurait fait son deuil ?

- Ils l'ont fait. Ziva l'aurait terminé si tu n'étais pas revenu, et je ne te reproche en rien cela.

- Alors quoi ?

- Ils savent que cette histoire est plus complexe qui n'y paraît. C'est pour cette raison qu'ils agissent tous si bizarrement. Si tu étais vraiment mort, ils auraient fait leur deuil et seraient passés à autre chose, difficilement certes, mais ils auraient réussi.

- Tu imagines des choses.

- Ils savent que quelque chose n'est pas normal.

- Quoi ? Un petit ange est venu leur parler à l'oreille ?

Senior avait louché sur le collier à son cou mais n'avait pas répondu. Leurs regards s'étaient croisés et Tony avait eu sa réponse. Il avait dû admettre que le New-yorkais avait raison.

C'est pourquoi il va dire la vérité à Ziva. S'ils méritent tous de savoir, c'est clairement urgent pour elle. Alors il organise une soirée de Thanksgiving différente de ce qu'il a prévu. Il fuit New-York pour la capitale et se poste au bout de la rue où habite Gibbs.

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Ziva est la première à quitter les lieux. Il est tôt encore. Tony voit confirmer sa décision, elle est au plus mal et doit savoir la vérité.

Il suit sa voiture de loin, certain qu'elle ne le repérera pas dans l'état où elle se trouve. Rapidement, il comprend qu'elle se dirige vers le parc, il choisit un autre chemin et met les gaz.

Quand Ziva arrive, son cœur bat la chamade. Il a griffonné quelques mots sur un morceau de papier et coupé son portable. Il ne peut pas rester près d'elle, il a trop de choses à faire. Alors plutôt que d'annoncer la vérité et de fuir il a choisi une autre option. Elle l'arrange bien il doit dire. Lui faire face après lui avoir appris que pendant des mois il lui a menti n'est pas une idée qui le ravit.

Ziva est installée sur une banc. Le banc où il a été Tony pour la dernière fois avant d'entrer dans le réseau du Fantôme. Il se rappelle les lettres données à Brad pour qu'il les remette à l'équipe. Comme un clin d'œil au passé, il a de nouveau une lettre à donner, pour dire qu'il est en vie cette fois.

L'Israélienne contemple la capitale qui s'étale devant elle, scintillante de mille feux dans la fraîcheur de la nuit. Elle frissonne dans sa robe de soirée. Ses yeux sont brillants de larmes contenues. Il n'y a que lui pour la faire passer du rire aux larmes en une fraction de seconde et il culpabilise encore tandis qu'il s'approche.

Une goutte d'eau dévale sa joue. Elle l'essuie du revers de sa main, mais c'est déjà trop tard, une autre la rejoint. Les larmes envahissent son visage sans bruit.

Il se place devant elle. Elle détourne la tête. Il lève une main lentement.

- Je n'aime pas quand tu pleures, dit-il avec douceur et tristesse.

Sa paume s'appose sur sa joue. Il ramène son visage vers lui, tente d'accrocher son regard.

- Laisse-moi, Tony, implore Ziva le regard au loin.

Il ignore ses propos et essuie les larmes de ses pouces.

- Je ne peux pas Ziva, déclare-t-il enfin.

Un regard sombre le transperce soudain, tandis qu'une voix cinglante retentit.

- Parce que je ne veux pas ? C'est ça ?

- Non, répond calmement Tony malgré la lame qui lui transperce le cœur, parce que je ne le veux pas.

Elle éclate d'un rire faux.

- Je ne vois pas où est la différence !

- C'est normal, continue-t-il doucement.

Elle affiche une moue incrédule. Tony sourit et ôte sa veste de cuir pour la déposer sur ses épaules. Ses frissons s'apaisent. Il s'installe à côté d'elle et sans réfléchir la prend dans ses bras. Elle se calme instantanément. Il ferme les yeux et serre les lèvres en songeant à ce que son attitude signifie.

- Pourquoi est-ce-que je te vois ? se désespère-t-elle. Je ne suis pas normal, n'est-ce-pas ?

Il ne répond pas et la serre plus fort contre lui. Elle s'accroche autant à lui que lui à elle. Comme deux naufragés s'agrippent à leur bouée de sauvetage.

Les minutes passent.

Finalement il la relâche. Il doit partir. Il ne peut pas ce soir.

Alors il se met face à elle. Il passe sa main dans ses cheveux et dépose un baiser sur son front. Leurs visages l'un contre l'autre, ils semblent apaisés. Le jeune homme effleure la bouche de sa compagne de ses lèvres, avant de se séparer totalement d'elle. Elle soupire de dépit tandis qu'il se redresse.

- Pardonne-moi, souffle-t-il avant de perdre tout courage.

Sans qu'elle ait le temps de réagir, il disparaît dans la nuit.

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Il faut du temps à la jeune femme pour retrouver totalement ses esprits et quitter le parc. Elle s'approche de son véhicule quand une voix l'interpelle.

- Mademoiselle, attendez !

Elle se retourne alors qu'un homme s'approche d'elle. Il lui tend une feuille pliée en quatre.

- C'est tombé de votre poche.

Elle le remercie et s'empare du feuillet. Elle le déplie tandis qu'il s'éloigne. Quelques lignes y sont inscrites à main levée.

Tout a toujours été vrai.

Ne cherche pas à comprendre.

Garde le secret.

Si je le peux, je t'expliquerai.

Pardonne-moi Ziva.

Il n'y a pas de signature, mais elle n'en a pas besoin. Elle sait de qui sont ces mots. Elle relève la tête sans comprendre.

Elle ne bouge pas, trop confuse pour réagir. Soudain la phrase de l'homme qui l'a interpellée résonne dans sa tête. Un mot retient son attention, poche. Sa robe n'en porte pas. Elle baisse les yeux.

Elle chancelle et se retient à sa voiture, alors que tout se bouscule dans sa tête. La veste de cuir noir est toujours sur ses épaules.

Elle cherche du regard aux alentours sans trouver quoique se soit. Elle relit le mot sans parvenir à former une pensée cohérente. Ses yeux font des vas et viens entre la veste, le mot et le parc. Ses doigts effleurent ses lèvres. Elle tressaille.

Trois mots émergent finalement du chaos régnant dans son esprit.

Trois mots dont elle a perdu la saveur depuis longtemps.

Trois mots qu'elle goûte avec prudence et délice.

Trois mots qui disent « Tony est vivant ».

Ziva lève les yeux vers le ciel. Elle ose un sourire. Pour la première fois depuis des mois, elle a le sentiment que tout va aller mieux.

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Tony est l'homme au visage constamment fermé lorsqu'il avance doucement entre les allées du cimetière d'Arlington. Il prend place devant une pierre blanche. Il peine à distinguer le nom gravé dans la pénombre, pourtant il ne le connaît que trop bien.

Il s'accroupit et réarrange les roses immaculées auxquelles s'accroche l'humidité de la nuit. Le froid le transperce mais il ne déroge pas à son habitude et reste impassible.

Ce soir la vie de nombreuses personnes va prendre un tournant décisif. Pour certains c'est déjà le cas, pour d'autres cela reste à faire. Il le sait, il en est le responsable.

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Alors que les premières lueurs de l'aube apparaissent à l'horizon, Eli David décroche son téléphone. Il est levé depuis longtemps, pourtant il se demande qui peut bien vouloir le joindre à une heure pareille. La voix qui le salue en hébreux a de quoi le réveiller plus que toute autre nouvelle.

- Shalom, directeur David.

- DiNozzo ! s'exclame-t-il sans y croire.

- Ça fait longtemps.

- Oui, articule-t-il passé le temps de la surprise.

- Je serai bref. Vous avez reçu les dossiers de Leon Vance. Vous avez compris que j'étais vivant.

Par réflexe, l'Israélien ouvre le tiroir droit de son bureau. Sa main effleure le rapport d'autopsie lu des dizaines de fois de celui qui l'appelle. Les yeux fermés il revoit certaines lignes, ce qui est noté et surtout ce qui manque. Car il n'est nulle part fait mention d'une étoile de David gravée dans la chair au niveau du cœur. Celle qu'il a laissé en souvenir à l'agent il y a des mois de ça. Celle qui lui a permis de comprendre ce que cachait la CIA. De le supposer du moins.

- Je n'en étais pas sûr jusqu'à votre appel, dit-il en rouvrant les yeux.

- Personne ne doit savoir, directeur, martèle Tony. Il y a trop en jeu pour que cette information soit révélée.

- De quoi parle-t-on exactement ?

- Bientôt vous saurez, mais d'ici là personne ne doit savoir. C'est une question de vie ou de mort. Pas seulement pour moi, directeur, pour mon équipe aussi.

- Pour Ziva.

- Oui, pour Ziva également.

- Dites m'en plus.

L'agent hésite une seconde.

- Je suis infiltré dans le réseau du Fantôme, lâche-t-il enfin. Trent Kort en est responsable. La CIA ne connaît pas mon identité, ça doit rester comme ça pour l'instant. Le NCIS ne doit pas être au courant.

- Ils attendent de mes nouvelles.

- Appelez-les. Dites-leur que vous avez trouvé ce que la CIA cache mais que vous ne pouvez leur en faire part pour l'instant.

- Leur dire que je n'ai rien trouvé serait plus simple.

- Ils prendraient des risques pour en savoir davantage. En agissant comme ça il y a moins de risques pour eux.

- D'accord, je le ferai.

- Je vous recontacte bientôt. Au revoir, directeur.

Eli n'a pas le temps de répondre, Tony a déjà raccroché. Il repose le combiné complètement abasourdi et se laisse aller dans son fauteuil. « C'est impossible ! Je ne peux pas y croire ! » voilà les deux phrases qui repassent en boucle dans sa tête suite à cet appel. Car il y a une nette marge entre supposer l'agent en vie et l'avoir au téléphone.

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Tony accroche une rose à sa veste avant de se redresser. Elle tranche avec ses habits sombres, comme sa dernière décision rompt avec ses choix habituels. Dans chaque cas, elle est pourtant la petite lueur qui éclaire l'obscurité, celle qui va révéler ce qui l'entoure.

Il ouvre de nouveau le répertoire de son téléphone. Le contact du nouveau coup de fil est Vigo Ruiz, un homme du Fantôme à Los Angeles dont il est le référent. Il lui ordonne de couper tout contact avec Jason Grahn et Nelly Chase, les alias de G Callen et Kensi Blye. La branche californienne du NCIS doit être loin du réseau dans les semaines qui viennent. Il a déjà trop de choses à gérer pour ne pas surveiller aussi les angelenos.

Son téléphone coupé, il reprend sa route. Son pas est lent. Il semble porter le poids du monde sur ses épaules tout à coup.

Cet air ne dure pas. C'est un Angel à la mine réjouie qui met le contact sa moto enfourchée. Il a réussi sa mission avec succès jusqu'à présent. Il peut se réjouir, il va maintenant pouvoir se consacrer pleinement à son objectif.

Néanmoins son regard reste éteint. La joie n'atteint pas ses yeux. C'est même l'appréhension qui se met à y briller. Le dernier acteur de ce soir va rentrer en scène. Sera-t-il à la hauteur ?

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À New-York, un téléphone sonne. Pedro Alcazar décroche tout en observant, ému, sa famille. Sa sœur et ses enfants sont en train de rire. Dans une autre pièce, son petit-neveu dort depuis longtemps.

À peine Tony a-t-il commencé à parler que ses sourcils se froncent. Ce qu'il entend n'est absolument pas de bon augure.

- Je ne sais pas si je vais réussir à rattraper les erreurs de Ted et Garceli, lui explique-t-il. Le meurtre d'un marine n'est pas vraiment simple à dissimuler.

- Si Pablo faisait correctement son travail, grince-t-il.

- Ne soyez pas trop dur avec lui, tempère l'agent alors qu'il fait tout pour monter les deux hommes l'un contre l'autre.

- Fais ce qui faut, Angel. Je te fais confiance.

- Je m'en occupe.

- Tiens-moi au courant.

- Comme toujours.

- Une dernière chose.

- Oui.

- Merci. Je ne sais pas ce que je ferais sans toi, mon garçon.

- Vous auriez tenté le yoga ?

- Ah, Tony, tu n'imagines pas à quel point je suis heureux que tu fasses partie de la famille !

- Le plaisir est pour moi, ment l'agent avant de clore la conversation.

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Tony prend place devant sa glace.

Il affiche une moue satisfaite. Cette nuit, tous les personnages ont rempli leurs rôles.

Un sourire moqueur apparaît sur ses lèvres. Il est de retour.