Chapitre 11 – Retour
Les départs ne comptent pas, seuls les retours méritent une larme.
Christian Mistral
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Tony entrebâille la porte de la chambre en silence avant de se glisser à l'intérieur. La lumière du soleil, tamisée les épais rideaux de velours bruns pendus aux fenêtres entrouvertes, confère à la pièce une atmosphère calme et apaisante, bienvenue après les événements de la nuit précédente. Quelques rayons parviennent toutefois à se frayer un passage quand le vent soulève le tissu, éclairant son centre où Chris tente de reconstituer un puzzle. La boite montre l'image d'un être fantastique blanc et noir sous un ciel d'un bleu énigmatique. Un ange le regard tourné vers le ciel dont il ne peut distinguer le visage.
L'agent sourit tout en refermant la porte. C'est un de ses rares sourires, privilège de l'enfant qui ne s'est pas encore aperçu de sa présence. Son visage se fait bienveillant tandis qu'il s'installe à ses côtés.
Le garçon se retourne vivement vers lui, apeuré. Puis, le soulagement et la joie se peignent sur son visage en le reconnaissant et il se jette dans ses bras.
Ils se mettent tous deux à la reconstitution du puzzle, sans qu'un mot ne soit prononcé.
Ce n'est qu'une fois achevé que l'enfant prononce un timide « Merci ». Les yeux de Tony pétillent de plaisir à ce mot. Sortir l'enfant de son mutisme est un défi de tous les instants, alors y réussir ne peut lui procurer que de la joie.
Il se relève tandis que Chris lui fait au revoir de la main. Sitôt la porte franchie, il redevient de marbre. Il a des choses à faire. La voix fluette de l'enfant ne le quitte pas alors qu'il avance dans les couloirs de la vaste demeure.
Son visage se ferme un peu plus si c'est possible en rejoignant la Famille. Il est l'impavide lorsque ses yeux tombent sur la pire personne du réseau. Celle qui est responsable du silence du petit garçon qu'il vient de quitter. Celle qui n'a aucun état d'âme et qui tire toute les ficelles contrairement à ce que les gens croient. Celle qui s'est chargée de supprimer son mari pour être plus libre de ses mouvements. Celle qui n'a pas hésité à faire assassiner son fils et sa belle fille, rendant un enfant orphelin, pour asseoir son pouvoir. Une personne qu'il hait de tout son être mais dont il ne doit pas attirer l'attention. Christina Alcazar-Twain.
- T'es en retard ! lance Pablo dont tout le côté droit du visage affiche une impressionnante cicatrice.
À ses côtés, Maria lui lance un regard dédaigneux mêlé de suffisance.
- Ce n'est pas à toi d'en juger, rétorque-t-il au neveu du Fantôme d'un ton cinglant.
- Aucune importance, tranche Pedro Alcazar, l'oncle du balafré et de la peste, l'essentiel c'est que tu sois là.
Cet homme d'un âge certain aux cheveux blancs, pas très grand, ne voit pas au-delà des apparences. Le chef d'un des plus grands réseaux criminels des États-Unis n'est en réalité qu'un pantin parfait pour une sœur manipulatrice et assoiffée de pouvoir. Cette sœur que l'homme de marbre qu'il est devenu déteste.
- Où est Dia ? demande-t-il.
- Pas là, répond l'affreux joyeusement.
Il n'apprécie pas le bras droit de son oncle et aime à le rappeler.
- Il avait du travail, explique le vieil homme.
Il acquiesce, imperturbable, et prend place sur un des sièges de la pièce tandis que le Fantôme évoque leurs affaires en cours.
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Il suffit d'un coup de fil pour que le travail pour le Fantôme prenne une autre tournure. Tony est adossé au comptoir du bar où il rencontre Trent Kort régulièrement. L'agent de la CIA entre telle une furie dans l'établissement. Il le rejoint à grandes enjambées, l'attrape et le plaque contre le mur d'un geste brusque sans se soucier des autres clients.
- Kort ? cherche à comprendre le jeune homme.
- Vous !
- Vous m'avez manqué aussi, Trent !
- Je vous hais !
- Déjà dit.
L'agent resserre sa prise, lui coupant le souffle.
- Déjà vu, commente-t-il au souvenir d'une scène identique dans l'ascenseur du NCIS peu après sa rencontre avec la Grenouille.
Cette fois, son équipe ne braque pas l'homme qui lui enserre le cou et il fait signe aux clients du bar qu'il contrôle la situation, les empêchant d'intervenir. Il reporte ensuite son attention sur l'assaillant.
- Si vous me disiez ce qui ne va pas ? Je pourrais peut-être vous aider.
- Ça m'étonnerait !
- Dans ce cas... vous pourriez me lâcher ?
Il tourne la tête vers la salle. Kort l'imite et prend soudain conscience de tous les regards braqués sur lui. Il le relâche en maugréant et prend la direction de la sortie. Tony se frotte le cou avant de lui emboîter le pas.
Dehors, le froid le saisit, le glace en un instant. Foutu mois de novembre !
Kort s'éloigne du bar des dockers. Bientôt les cargos et les conteneurs laissent la place à l'océan seul. Ils s'avancent vers l'étendue d'eau calme.
- Cet endroit me rappel des souvenirs, sourit Tony.
La neige recouvrait alors l'espace. Il était mourant. Il serait vraiment passé ad patres si l'agent ne l'avait pas trouvé à temps.
- Taisez-vous ! réplique ce dernier les nerfs à vif.
- Que se passe-t-il, Kort ? Un problème ?
- Eli David ! Voilà le problème !
- Eh bien ?
- À New-York, vous m'aviez dit que vous vous en occupiez !
- Non, là-bas je l'ai répété. J'avais dit avant que je m'en occuperai, à l'instant où vous m'en avez fait part. Et c'est ce que j'ai fait, je m'en suis chargé.
- Oh, ça non, je ne crois pas !
- Pourquoi ?
- Il a appelé Vance !
- C'était il y a deux jours ! Ça n'a eu aucune conséquence que je sache !
- Il l'a appelé !
- Et ?
- Il lui a dit qu'il savait ce qui clochait !
- Et il a dit ce que c'était ?
- Je...
- Non ?
- Il ne pouvait ni ne voulait lui dire pour l'instant, il voulait d'abord éclaircir certains points.
- Donc, il ne lui a rien dit. Alors où est le problème ?
- Ça ne vous suffit pas ?
- Écoutez, nous savions tous les deux qu'il découvrirait la vérité. Il n'en a pas fait part à Vance, c'est ce que vous vouliez, non ?
- Il n'aurait jamais dû savoir que quelque chose lui échappait ! David aurait dû se taire !
- Et ça lui aurait paru étrange ! Quant à ce cher directeur du Mossad, il aurait fait cavalier seul, peu importe ce que j'aurais dit ou fait.
- Donc vous lui avez tout dit ?
- Tout, non, mais une partie. Et je l'ai invité à appeler Vance pour lui faire savoir qu'il l'avait découvert.
- Vous êtes cinglé !
- Ôtez-moi d'un doute, c'est bien vous qui avez laissé traîner des informations pour que Fornell découvre la vérité sur Stone ?
- Parce que je savais qu'il en parlerait à Gibbs.
- Et que vous ne vouliez plus l'avoir dans les pattes. Seulement donnez un os à ronger à Gibbs et il va chercher à mettre la main sur l'ensemble du squelette !
- Je m'en suis rendu compte !
- D'ailleurs, en discutant avec Fornell, il a compris qu'il lui manquait une donnée. Souvenez-vous de leur conversation, celle que vous m'avez fait écouter, parce que bien évidemment vous les avez espionnés.
- Je venais de laisser Fornell découvrir la vérité sur Stone. Je devais m'assurer du devenir de cette information !
- Passons. Le fait que les israéliens soient écartés parce que Eli David est lié avec Leon Vance ne pouvait pas être une raison politique, pas seulement. Gibbs a compris que quelque chose leur échappait.
- Et maintenant le Mossad sait de quoi il s'agit !
- Non, seul Eli David le sait. Il est la seule erreur de votre plan.
- J'en connais une autre ! Un, devrais-je dire, siffle Kort en dardant son regard assassin sur lui.
- Mais il n'est pas là, moi oui, rétorque-t-il en pensant à lui-même en tant qu'Angel et non Tony.
- Je ne...
- Laissez-moi finir ! Je suis sur le point d'avoir ce qu'il faut pour faire tomber le Fantôme, alors laissez-moi mener cette mission comme je l'entends !
- Vous avez intérêt d'avoir des preuves solides.
- Ma mission, mes décisions. Foutez-moi la paix et j'avancerai plus vite ! Je ne vais pas m'enfuir en courant si c'est ce que vous craignez !
- Ce serait plutôt votre envie de tout leur dire qui m'inquiète !
- Ce serait suicidaire de ma part de le faire maintenant !
- Parce que vous ne pourriez plus rien gérer je suppose ?
- Exact. Pour l'instant je mène la danse.
- Sauf auprès du Fantôme !
- Là, vous avez tort.
- Ah oui ?
- Oui, mais vous n'avez pas besoin d'en savoir plus.
- Pourquoi ça ?
- Je ne suis pas suicidaire.
- Vous n'êtes pas... Attendez ! Vous être en train de me dire que...
- Que je vous manipule ? Non.
- Pourtant vous...
- Vous parler serait risqué de tout foutre par terre. Cette discussion est close. Sauf si vous souhaitez me parler d'autre chose, je vais y aller. Prenez-soin des enfants !
- Vous...
- À la prochaine Kort !
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Impavide, Tony contemple son miroir en silence, comme il le fait chaque soir depuis des mois. Il fixe son reflet longuement, tentant d'y trouver la solution à ses problèmes.
De nombreux personnages sont sur le devant de la scène en ce moment, depuis deux jours surtout. Il y a des menteurs, des manipulateurs, des profiteurs, des infiltrés, des fidèles, des hommes de mains et autres gens du même acabit. Chacun est pris jusqu'au cou dans cette machine infernale qu'est le Fantôme.
Plus le temps passe et plus elle accélère. Elle risque de s'emballer si ça continue ainsi. Si cela venait à arriver... il ne préfère pas y songer, mais les conséquences seraient dramatiques, c'est certain. Lui-même marche déjà sur un fil qui risque de rompre à tout instant, s'il ne chute pas avant.
Et dans tout ça, il y a lui, la clé de toute l'affaire, quelqu'un dont il ne sait plus que penser. Une personne qui peut faire tomber le Fantôme ou le rendre intouchable. Quelqu'un qui le concerne et en même temps qui n'a aucun rapport avec lui. Angel.
Ce joker est entouré de brouillard. Une brume qui s'étoffe à chaque carte posée sur le tapis. Il reste encore de nombreuses cartes à tirer, de nombreux tours à jouer, mais il a beau mener la partie pour l'instant, elle n'est pas terminée, tout peut basculer.
Bientôt, il devra abattre des cartes qu'il n'avait pas prévu de jouer si tôt. Il se doutait bien que ça arriverait, il connaît bien ses adversaires et ses partenaires. Mais cela ne l'arrange pas, car malgré tout il reste des inconnues. Il a beau avoir levé le voile sur certaines, il en reste encore, et pas des moindres.
Encore et toujours, tout n'est qu'une histoire de compromis et d'engagements divers.
Il aurait aimé que ce ne soit pas le cas.
Abandonnant son observation, il rejoint son lit. Il s'y effondre, épuisé par cette partie acharnée d'un jeu dont il peine à contourner sans cesse les plus importantes règles. Pourtant s'il ne le fait pas, il deviendra automatiquement le grand perdant de l'histoire et entraînera tous les autres joueurs dans sa chute, pour le meilleur ou pour le pire, selon les cas.
Mentir, dissimuler, jouer la comédie, se taire... tel sont ses fidèles amis depuis qu'il s'est assis à la table de jeu. Mais il en manque un dont il ne cesse de rêver depuis le début. Un qui le délivrera et placera par la même une épée de Damoclès au dessus de sa tête. Un qui est une en réalité. La vérité.
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C'est tel l'homme au visage sans expression que Tony pénètre dans le bureau du Fantôme. Le vieil homme, assis derrière son bureau, lui fait signe de s'installer face à lui.
- Je suis content de te voir ! dit-il.
- Un problème, monsieur ?
- Cesse de m'appeler comme ça ! Je te l'ai dit.
- L'habitude, Pedro.
- Passons. Je voulais savoir où tu en étais. Après l'appel de Thanksgiving, j'étais inquiet.
- Tout est sous contrôle.
- Vraiment ?
- J'ai fait disparaître ce qu'il restait de compromettant. Il est impossible de remonter jusqu'à nous.
- Tant mieux, j'ai déjà assez de problèmes en ce moment, je n'ai pas envie qu'on me rajoute le meurtre d'un marine sur le dos !
- Ted et Garceli ont mal fait leur travail avec Stinger, j'ai veillé à ce que cela ne puisse plus arriver.
- Merci mon garçon. Mais cela ne se serait pas produit si mon neveu choisissait mieux ses hommes. Il les a mal jugés, il a voulu aller trop vite comme d'habitude.
- Pablo a son tempérament.
- Tout comme sa mère. Christina n'a jamais été des plus calmes. Et Maria n'est pas mieux.
- Telle mère, telle fille.
- C'est ce qu'on dit. Sinon parle-moi de notre affaire.
- Langa a finalement révisé son jugement, il est d'accord. Mencken se charge des modalités.
- Lennoy saura se débrouiller j'en suis sûr, mais Langa m'aura donné des sueurs froides ! Tu as dû être convainquant pour qu'il accepte notre prix.
- Il a eu l'intelligence de comprendre que la négociation n'était pas envisageable.
- Vu la qualité de la marchandise, il n'avait pas intérêt du contraire !
- Dia sera intraitable.
- Comme d'habitude. C'est une qualité dans notre milieu.
- Mais ?
- Il est trop rigide. S'il n'apprend pas à lâcher du lest, cela finira mal.
- N'êtes-vous pas trop sévère ?
- Non. Je suis même en dessous de la vérité. Il n'est pas assez coulant, comme dis ma sœur, quant à Pablo, il est trop fonceur. Tu es bien le seul qui soit raisonnable. Ni trop vif, ni pas assez, tu es le mieux placé pour me succéder.
- Je ne crois pas que se soit possible !
- Laisse donc ton passé où il est. Je sais que je peux te faire confiance. Ne t'inquiète pas, tes origines ne seront pas un problème.
- Mais votre famille !
- C'est la tienne à présent ! Il suffit de voir Chris ! Tu es le seul qu'il accepte.
- Il y a vous aussi.
- Ce n'est pas la même chose. Moi je suis comme son grand-père, mais toi tu es son Papa. C'est comme ça qu'il te voit !
- Vraiment ?
- Crois-moi, je connais bien les gens.
- Sans doute.
- Tu as bien vu le puzzle qu'il a choisi au magasin !
- C'est vrai, il m'apprécie.
- Il t'adore ! Va donc le retrouver. J'ai encore des papiers à régler.
Les deux hommes se saluent et il quitte la pièce.
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Chris, le petit dernier de la famille du Fantôme, rejoint ravi celui qui vient d'entrer dans sa chambre. Le prenant dans ses bras, Tony le fait tournoyer en l'air. Rapidement, l'enfant rit aux éclats. Satisfait il le repose au sol.
Le garçon le prend par la main et l'entraîne vers une petite table en bois sur laquelle est posée le puzzle réalisé quelques temps auparavant.
Pointant successivement, le personnage représenté et la poitrine de l'adulte, l'enfant déclare un timide « Papa » qui fige l'homme et le rend de nouveau de glace.
L'enfant s'immobilise à son tour, pétrifié d'inquiétude. Conscient de la peur qu'il vient d'occasionner, Tony se détend et lui tend une main. Il n'y a qu'une seule réponse à ces quatre petites lettres.
- Si c'est ce que tu souhaites, murmure-t-il.
Chris hoche frénétiquement la tête de haut en bas.
- Alors si c'est oui, je suis d'accord !
Le garçon se jette à son cou, en proie à un bonheur incommensurable.
Tony étreint le garçon avec tendresse, heureux et un peu inquiet du rôle qui lui a été attribué. Dans son esprit retentit également une alarme. Autant il adore Chris et refuse de se séparer de lui, autant s'en occuper va lui amener des ennuis. Ses envies ne coïncident absolument pas avec la vie qu'il mène. Il va devenir un aimant à problèmes. Mais ne l'est-il pas déjà ?
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Ziva quitte son immeuble très tôt ce samedi matin. Comme presque tous les autres jours de la semaine, elle va courir. Le jour n'est pas encore levé mais ça ne la gêne pas, elle aime voir le ciel s'illuminer avec les premiers rayons du soleil et l'astre apparaître. Courir lui permet aussi de se vider la tête. Ça ne marche pas à chaque fois, mais ça a au moins le mérite de la calmer. D'autant que l'annonce de son père la veille l'a remuée.
Ses foulées l'amènent au parc, comme souvent. Un déluge d'émotions l'assaille alors qu'elle gravit la côte qui lui permettra d'admirer la ville.
Elle s'arrête avant d'atteindre le haut et se retourne. La vue sur la Maison Blanche est imprenable. Le Potomac se trouve un peu plus loin, et de l'autre côté de la rive il y a le Pentagone. Un sourire étire ses lèvres alors qu'elle voit le ciel se parer de couleurs vives.
- C'est beau, n'est-ce-pas ?
- Oui, répond-elle sans réfléchir, c'est magnifique.
Puis son sourire disparaît. Elle se retourne sur son interlocuteur.
- Tony ! s'exclame-t-elle.
Le jeune homme se tient en retrait. Il quitte le ciel des yeux pour les braquer sur elle.
- Bonjour Ziva. Ça me fait plaisir de te revoir.
Il est là, immobile, à la regarder. Il n'a pas changé. Seul son regard est étrange, lourd de secrets dissimulés.
Ziva s'est tue. Elle semble figée.
Et puis soudain elle se jette dans ses bras. D'abord surpris, son compagnon lui rend finalement son étreinte.
Il reste de longues minutes enlacées. Tous deux savourent ces retrouvailles.
Ils se séparent enfin.
- Allons nous asseoir, nous serons plus à l'aise pour parler.
Ils s'installent sur un banc un peu plus loin, le banc. Là où il a écrit ses lettres, là où elle a lu la sienne.
Le silence s'installe quelques instants. Il attend qu'elle commence. Seulement elle ne sait pas par où débuter. Jetant un regard au ciel, elle reprend ses esprits.
- Moi aussi je suis heureuse de te revoir, mais je ne pensais pas que ça arriverait un jour. Tu es censé être mort !
- Et cela doit rester ainsi pour l'instant.
Elle reprend totalement le contrôle d'elle même et débite d'un trait toutes ses interrogations.
- Pourquoi ? Et comment peux-tu être vivant ? Pourquoi m'avoir fait croire que tu n'étais pas réel ? Est-ce-que ça a un rapport avec le Fantôme ? Ou même mon père ? Es-ce-que...
- Stop ! Si tu veux des réponses, laisse-moi au moins le temps de te les donner !
Il prend une grande inspiration. Ses pensées rassemblées, sûr de ne pas en dire trop, il reprend la parole.
- Je ne peux pas tout te dire, pas pour l'instant, alors n'insiste pas.
- Que peux-tu me dire ?
- Si le Carpe Diem ne m'a pas tué, c'est grâce à mon séjour en Somalie. Le sérum de vérité de Saleem m'a sauvé la vie.
- Comment ?
- Une autre fois.
- Bien.
Il est rassuré de voir qu'elle n'insiste pas. Il lui doit tout de même d'autres explications, alors il change de sujet.
- Je t'ai fait croire que j'étais une hallucination parce que je ne pouvais pas te dire la vérité. Mais sache que j'ai toujours été sincère avec toi dans ces moments là. Tu te souviens de ce que je t'ai dit la première fois qu'on s'est revu ?
- Oui, que te voir de temps en temps ne me suffisait plus.
- C'est à moi que ça ne suffisait plus. J'ai commencé à t'observer au cimetière, je ne pouvais pas faire plus. En fait, je n'aurais même pas dû le faire, mais tu me manquais, toi comme tous les autres. Le jour où j'ai débarqué chez toi, j'avais eu une journée particulièrement difficile.
- C'est à dire ?
- Non, Ziva. Si j'évoque ne serait-ce qu'un seul détail de ma vie actuelle, je nous mets tous en danger.
Il est aussi réfractaire à l'idée de lui dire qu'il s'est fait torturé. Ce mot lui donne des frissons et les souvenirs sont pires que tout.
- Alors c'est tout ? s'énerve-t-elle. Tu me fais savoir que tu es vivant, que je dois garder le secret et rien d'autre ? Je dois me satisfaire de ça ?
- Non.
- Alors explique-moi ! Même si tu ne peux pas tout me dire, ne me laisse pas dans l'ombre !
Elle ressort le papier qu'il a laissé dans la poche de sa veste et le lit à haute voix.
- Tout a toujours été vrai. Ne cherche pas à comprendre. Garde le secret. Si je le peux, je t'expliquerai. Pardonne-moi Ziva. Tu venais de me réconforter, poursuit-elle, puis tu es parti sans rien dire. Ta veste était toujours sur mes épaules ! Et puis j'ai vu qu'elle était réelle. J'ai trouvé ton mot. As-tu une idée de ce que j'ai pu ressentir quand j'ai lu ton message ? J'étais perdue, je ne savais plus quoi penser !
- Et tu m'en voulais je suppose.
- Non. J'étais heureuse de te savoir en vie ! Mais maintenant, oui je t'en veux. J'ai besoin de comprendre, j'ai besoin d'explications ! Abby a remarqué qu'il s'était passé quelque chose, que j'étais différente. Et je ne suis pas sûre d'avoir réussi à la convaincre du contraire ! Tu n'avais pas le droit de me balancer ça comme ça et de partir comme si de rien n'était !
- Je sais.
- Et tu me demandes de te pardonner ? Mais je ne sais même pas de quoi je dois te pardonner !
- De t'avoir menti.
- Ce qui n'est que la partie émergée de l'iceberg. Une fois que je saurais tout, alors je pourrais t'en vouloir et peut-être que j'envisagerais d'accepter tes excuses puis de te pardonner.
- Abby a déteint sur toi !
- Et ça t'étonne ? Tu étais mort je te signale ! J'avais besoin de quelqu'un sur qui m'appuyer, quelqu'un qui ne soit pas totalement effondré ! Entre Abby et Ducky, le choix était rapide.
- La gothique plutôt que le psy, j'aurais sans doute fait la même chose.
- Tu ne me demandes pas pourquoi seulement eux ?
- Je le sais, j'ai gardé un œil sur vous. Personne n'aurait pu m'en empêcher ! Je sais que j'ai des torts, mais je ne suis pas le principal responsable. Bientôt je te dirais tout, absolument tout. Je te demande juste un peu de patience. Je révélerais la vérité aux autres également, à vous tous, en même temps. Je te le jure !
- Quand ?
- Avant la fin de l'année, mais quand exactement ? Je n'en sais rien. Je dois régler deux trois trucs d'abord. D'ici là, garde tout ça pour toi.
Il se lève. Il doit partir maintenant ou il ne partira jamais. L'Israélienne le retient.
- Attends !
- Ziva, je dois y aller.
- Je voudrais savoir une chose avant.
- Je ne peux rien te dire !
- Non, ce n'est pas sur ce que tu me caches.
- Vas-y alors.
- Pourquoi tu as continué à venir me voir ?
- Je te l'ai déjà dit, rappelle-toi.
- Que je me...
- Au revoir Ziva, prend soin de toi.
Il quitte le parc. Elle ne cherche pas à le retenir. Ce n'est qu'une fois qu'il a disparu de son champ de vision qu'elle trouve la réponse à sa question. Elle se souvient de leur conversation quelques semaines plutôt. « Tu me manquais ? » avait-il supposé. Et puis il avait rectifié sa phrase en « Je te manquais. » Bien que les deux soient vraies, seule la première est la réponse qu'elle cherche.
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Tony se tient devant son miroir une nouvelle fois, pensif.
Pablo Twain s'est envolé pour Los Angeles. Le balafré était en désaccord avec son oncle à ce propos. Accompagner Lloyd et Vigo pour la prochaine livraison n'est pas de son ressort. Mais Pedro Alcazar a encore en tête la mort du marine sur laquelle le NCIS a enquêté. Il refuse de prendre de nouveaux risques. Le neveu s'est au passage pris une leçon de Dia qui a pris plaisir à lui expliquer en détails sa mission. Tout cela l'inquiète.
Régulièrement, il retrouvent Pablo pour lui donné quelques conseils de savoir-vivre et ne plus avoir l'air d'une petite frappe. Il y a du travail, mais son élève apprend vite. Pour le futile en tout cas. Car il est clair qu'il n'a pas les épaules pour diriger le réseau bien qu'il n'attende que ça. Là est le problème. Pablo est imprévisible et le moindre désaccord peut dégénérer. L'agent craint de plus en plus de perde le contrôle sur lui. Il lui a expliquer que son allié était le temps, mais combien de temps patientera-t-il ?
Il jette un œil vers la chambre. Chris s'est endormi dans son lit et il ne veut pas le ramener dans le sien de peur de le réveiller. Il observe tendrement le garçon. Il a encore du mal avec la notion de "papa", mais il sait qu'il s'y fera. Du moins s'il arrive à rester en vie.
Ils ont recommencé le puzzle ce soir, les pièces assemblées donnant vie au majestueux être vêtu de noir dont les ailes blanches resplendissent sur le ciel d'un bleu magnétique.
Un ange. Voilà ce qu'il est. Chris le lui a rappelé. Le collier qu'il porte autour du cou le prouve également. Il est un ange, il est Angel, l'adversaire d'El Diablo. Il est l'homme de Kort, entraîné dans cette histoire contre son gré. L'infiltré de la CIA. Il est le bras droit du Fantôme et de sa famille, dont il joue le jeu, alors qu'il rêve seulement de tous les faire tomber. L'homme au visage impénétrable qu'il est devenu est le patron de Vigo et Lloyd, celui qui a permis aux agents du NCIS d'approcher le réseau, mais qui a dû les arrêter quand c'est devenu trop dangereux. Mais il n'est pas seulement ça, il est également celui qui s'est chargé d'Eli David lorsqu'il a compris l'essentiel et de sa fille en qui il a confiance. Il est l'homme aux cicatrices au niveau du cœur, dont une à la forme d'une étoile à six branches. Il s'appelle Anthony DiNozzo, c'est un agent du NCIS.
Aujourd'hui cet homme n'a plus qu'un objectif, protéger sa famille des fantômes, du diable et des agents ennemis au risque de se brûler les ailes.
Ils pensent qu'il est de leur côté, sous leur joug, mais Tony n'a jamais été fidèle qu'à sa famille du NCIS.
Pourtant il y a quelques jours encore plusieurs phrases passaient en boucle dans sa tête, certaines y passent encore. Elles disent :
- J'ai trahi ! Cela me parait irréel et pourtant c'est la vérité. Moi, un membre du NCIS, j'ai trahi. J'ai trahi d'une façon que je n'aurais pas pensée possible. Il existe de nombreuses formes de trahison. J'en ai expérimenté de nouvelles. Rien ne le laissait présager. Et pourtant…
Oui, la trahison peut prendre bien des formes. Mais maintenant tout va changer. Ceux qu'il a dû abandonner un temps sont redevenus ses seules priorités. Semper fidelis, bientôt tous vont comprendre l'importance de ces mots.
Son regard se fait meurtrier et ses lèvres s'étirent en un sourire moqueur. Il ne faut jamais, au grand jamais s'en prendre à sa famille de quelque façon que se soit. Si certains l'ont oublié, ils vont rapidement s'en rappeler et s'en mordre les doigts. Cette fois, il est vraiment de retour.
