Chapitre 17 – Un an

Toutes ces choses sont passées

Comme l'ombre et comme le vent.

Victor Hugo

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Un an. Aujourd'hui, cela fait un an jour pour jour. À son réveil quelques heures plus tard en ce 24 décembre, c'est la première chose à laquelle Tony pense.

Mais il n'est pas temps de s'appesantir sur son sort et l'année écoulée. Il a trop de choses à faire pour avoir des regrets et se remémorer les souvenirs.

Il trouve dans ses affaires de quoi grignoter un morceau. Sa main joue avec son téléphone pendant qu'il réfléchit à l'ordre des événements. Il repasse tout une dernière fois dans sa tête puis l'allume et compose un numéro.

- Suzanne ? C'est Angel.

- Angel ! Ça me fait plaisir de t'entendre. Je n'ai pas pu te parler avant de partir et je n'arrivais à te joindre.

- Avant de partir ?

- Oui, à cause de la neige, je suis partie plus tôt de la maison.

- Tu es déjà à Washington ?

- Oui, chez mon fils. Il est venu me chercher.

- Noël en famille ? C'est bien.

- Et toi ? Vas-tu le passer en famille ?

- C'est justement pour ça que je t'appelle. J'ai prévu d'offrir un chat à Chris pour Noël. À Washington. Et j'aurais aimé que tu t'en charges. Je suis pris par le boulot.

- Le travail, hein.

Il voit d'ici sa moue renfrognée à la mention du fameux travail qu'il effectue chez le Fantôme. Si Suzanne y reste pour sa part, c'est uniquement à cause de Chris. Elle désapprouve totalement les manœuvres de la Famille.

- C'est le dernier, après ce sera fini. J'emmène Chris loin de ces fous.

- Angel...

- Je vais aller chercher le chat et je te l'amènerai avec d'autres paquets pour ma famille. Je voudrais que tu leur fasses parvenir. S'il te plaît, je te demande ça comme un service !

- Ai-je dit que je refusais de t'aider ? Amène-moi le matou et les cadeaux, je leur donnerai tout, je te le promets.

- Je ferai un mot pour eux.

- J'y compte bien !

- Merci.

- De rien, mon grand. Je ne peux rien te refuser, tu le sais bien.

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Un autre qui ne peut rien lui refuser est Cameron Stern. Après avoir réglé les points pratiques au sujet des missiles, le lieutenant accepte sans mal de lui confier les clés de sa voiture.

Il est temps ensuite de récupérer le chat qu'il lui a confié, domicilié dans la cuisine jusque là. Le matou fête son arrivée par un concert de ronronnements. Tony le pose près de lui le temps de mettre dans le carton les quelques affaires du chaton. Quelques secondes qui lui suffisent pour disparaître de sa vue. Le jeune homme se voit déjà en train de ratisser la maison pour lui mettre la main dessus quand sa petite tête émerge de la poche de sa veste posée sur la chaise.

- Toi, tu vas bien t'entendre avec Chris.

Sans l'enlever de sa cachette, il passe le vêtement.

- Au moins, je sais où tu es, dit-il une main caressant sa tête l'autre tenant le carton.

Le chaton ronronne sous ses doigts. Tony le déloge de la poche une fois en voiture pour le déposer dans le carton près des autres paquets avant de prendre la route pour Washington.

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Retrouver la capitale lui fait toujours de l'effet. La direction qu'il prend ne l'aide d'ailleurs par à se tranquilliser l'esprit.

- Toi, commande-t-il quand il est arrivé au chat dans sa boîte, tu ne bouges pas de là. Et ne me fais pas ces yeux là !

Il quitte la voiture sans lui adresser un regard où il se doute qu'il va craquer. Or l'animal doit comprendre tout de suite qu'il n'est pas le maître. Pourtant une petite voix lui souffle qu'il risque de retrouver de nombreuses fois dans ses poches le chaton aux multiples couleurs tant qu'il sera assez petit pour loger à l'intérieur.

Le passage dehors le glace. Les hivers sont de plus en plus rigoureux depuis quelques années. Il s'empresse d'entrer dans l'immeuble de Timothy.

L'informaticien est avec les autres chez Gibbs aujourd'hui. Il est passé dans sa rue en venant. Il les a vus, tous, à l'intérieur. Un sapin était dressé, il y avait de l'animation. Il les aurait rejoints s'il n'y avait pas eu sa mission.

Il frappe à la porte de l'appartement du voisin de Tim. Quand McGee s'absente, c'est lui qui vient s'occuper de lui. Il explique à l'homme qui lui ouvre qu'il est venu récupérer Jethro. Le voisin le reconnaît. Il fronce les sourcils. Dans ses souvenirs, Timothy lui avait dit qu'il était mort. Il a peut-être mal compris. Quelque chose lui échappe, c'est sûr, mais il sait qu'il peut faire confiance à l'Italien. Alors Tony se retrouve avec un second animal dans sa voiture.

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Il est presque 20h quand il gare son véhicule dans la rue dont Suzanne lui a donné l'adresse il y a quelques temps déjà. Il repère la maison de son fils en commandant au berger allemand de ne pas bouger.

Du papier et quelques enveloppes ne quittent pas son sac à dos. Il s'en empare. Ses doigts jouent avec un crayon pendant qu'il réfléchit à ce qu'il va noter, puis il se décide.

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Salut tout le monde !

Je ne peux pas être présent avec vous aujourd'hui, mais j'ai quand même des cadeaux à vous remettre.

Chris, mon bonhomme, commence par le tien, c'est important.

Ziva, je sais que tu ne célèbres pas Noël, mais j'aimerais que tu fasses une exception cette fois.

Le bleu, comme j'ai appris que tu étais coincé chez Gibbs, j'ai pris l'initiative de passer chez toi récupérer ton chien. Je le garde avec moi. Je prendrai soin de lui rassure-toi. Tu le récupéreras bientôt. Abs, franchement, quelle idée tu as eu de l'appeler Jethro ! ? Devine à qui je pense quand je le regarde ? Ah non, va falloir qu'on ait une discussion à ce sujet, ce n'est pas possible ! Ne le prend pas mal Gibbs, hein !

Ducky, je te confie les paquets pour Dwayne et Jimmy.

Joyeux Noël !

Tony

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Il se relit. Satisfait, il glisse le feuillet dans une enveloppe. Il attrape le carton contenant le chaton et part sonner à la porte de la maison.

- Angel !

- Bonsoir, Suzanne.

- Tu arrives à temps pour manger.

- Qui te dit que je ne suis pas venu exprès pour ça ?

Elle rit puis avise le carton.

- Oh, il est adorable. On dirait qu'il est tout rapiécé avec ces couleurs.

- Tu crois que Chris l'aimera ? s'enquit-il avec une pointe d'inquiétude.

- Qui n'aimerait pas cet amour ?

- Merci d'avoir accepté de jouer les pères Noël.

- Ça me fait plaisir.

- Tiens, voilà la lettre à leur donner. Tout y est expliqué.

- Les autres cadeaux?

- Dans mon coffre. Je vais les chercher. Par contre, il faudrait que tu mettes le chat dans un paquet avant d l'emmener. J'en ai préparé un, il est percé et...

- Je suis sûr que tu as veillé à tout. Allons, amène-moi tout ça. J'en connais qui vont être ravis, ajoute-t-elle quand il les lui remet.

Tony repasse dans sa tête ce qu'il a acheté pour ses amis. Le chat pour Chris d'abord.

Pour Abby, il a prévu une bague en argent ornée d'un A et d'un T entrelacés calligraphiés à l'aide d'une pierre rouge sang. Les mots « frère et sœur » sont inscrits à l'intérieur.

Dwayne aura une chevalière au blason du NCIS. Il y a fait marqué un « Merci » qui définit toute la gratitude qu'il a pour lui d'avoir soutenu l'équipe pendant cette année.

Gibbs aura aussi un bijou avec le collier en argent et le pendentif similaire à une plaque de militaire. L'inscription indique « Semper Fidelis ». Au verso, sont gravés sept noms, les uns en dessous des autres : Abby, Chris, Ducky, Jethro, Tim, Tony et Ziva, surmonté du mot « Famille ».

Pour Ducky, c'est une montre à gousset en or. Il l'a choisi pour la citation de Goethe sous la date de fabrication « Rien n'a plus de valeur que ce jour ».

Pour Jimmy, il a plutôt décidé d'une montre bracelet dernière génération. Elle n'a pas d'option de géolocalisation, mais si le légiste se perd encore il lui offrira une boussole.

Tim déballera un porte-clé en forme de plume, celle de l'écrivain, ainsi qu'un manuscrit. Après sa visite chez lui où il l'a trouvé en train d'écrire, Tony s'est décidé à tenter l'écriture à son tour. Il a couché sur le papier tout ce qui lui est arrivé depuis un an. Il a adjoint une dédicace « Pour compléter tes blancs petit frère ».

Enfin Ziva découvrira un bracelet en argent. Plusieurs petits pendentifs sont accrochés tout autour. Il y a une étoile de David rappel au collier qu'elle a perdu et auquel elle tenait tant, rappel aussi à Israël, un aigle présent sur les plaques des agents comme le sceau du pays pour l'agence et sa naturalisation, la lettre Z initiale de son prénom, le chiffre neuf pour le nombre de langues qu'elle parle, un cœur qui est le symbole du dixième langage qu'elle maîtrise et de l'amour et l'amitié qu'elle porte à ses compagnons, une clé de sol pour sa maîtrise du piano et un téléphone clin d'œil de leur première rencontre avec le téléphone rose.

Il laisse Suzanne l'embrasser après lui avoir délégué le tout. Elle lui commande de faire attention. Il promet comme il l'a fait pour Gibbs, s'en va.

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Enfin il est de retour à la base à Norfolk. Jethro trépigne à ses pieds. Il veut jouer. Tony va lui en donner bientôt l'occasion. Il attend la confirmation du lieutenant Stern comme quoi ils sont en place.

Puis le berger allemand va semer le désordre dans la base. Il suffit pour ça de lui mettre dans la gueule un morceau de tissu en provenance d'un drapeau américain. En constatant la disparition celui qu'ils utilisent tous les matins pour lever au drapeau, les soldats vont avoir fort à faire. Et puis Tony fait confiance au chien pour les tenir occuper encore s'ils commencent à se désintéresser de lui.

L'attention détournée, charger le camion que le lieutenant à louer n'est pas compliqué. Les hommes chargés de la surveillance sont de leur côté. Une fois les caisses des armes dans le véhicule, il reste suffisamment de place à Tony pour y adjoindre la voiture qu'un autre marine a accepté de lui prêter. Il ne lui reste ensuite plus qu'à rejoindre le garage où il a ses quartiers pour prendre un repos bien mérité.

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Quelques heures plus tard, l'Italien est réveillé en sursaut.

- Couché, Jethro ! ordonne-t-il.

Il s'essuie sa joue que le chien vient de lécher. Comprenant ce que souhaite l'animal, il se lève.

Dehors, la neige a cessé de tomber. Il se félicite d'avoir offert un chat à Chris, au moins il n'aura pas besoin de le sortir.

D'ailleurs, il regagne le local avec plaisir. Il pose une gamelle remplie sur le sol. Il prend également de quoi se restaurer dans un placard ainsi que ses médicaments. Il en a plus qu'il ne devrait suite à une rechute au cours de l'année, rechute inévitable suite à sa rencontre avec Pedro Alcazar. Il chasse ses mauvais souvenirs, il doit rester concentré sur sa mission.

Il se prépare rapidement pour prendre la route en direction de New-York. Sur le siège passager, le chien de Tim regarde défiler la route avec entrain. Au volant, Tony voit défiler les heures et les kilomètres avec inquiétude. Le timing est serré.

Il s'arrête devant le bâtiment désaffecté new-yorkais où il compte dissimuler les armes qu'il transporte. Un transpalette et un monte-charge lui permettent de déplacer les caisses en sous-sol aisément.

Il stationne le camion là où il ne gênera pas quelques rues plus loin, en descend la voiture. Il a un œil pour sa montre, un sourire pour le chien. Ils seront à leur pour leur rendez-vous.