Cette année-là, un tournant majeur se produit dans votre relation. Vous n'en avez pas conscience mais vous vous rapprochez, vous devenez amies. Pas encore proches, il y a encore trop d'histoire entre vous mais tout laisse croire que ce sera possible. Peut-être un jour ... Celui où vous avouerez à l'autre que vous ne brûlez qu'en sa présence, que vous ne vous sentez vivre qu'à ses côtés. Tu as envie de gratter l'allumette, de te rapprocher, de jouer avec le feu. Tu sais que cela peut signifier votre fin mais tu as enfin compris. Vous vivez dans un mensonge et peu à peu le feu se meurt. Il va falloir le réanimer. Tu as envie de l'aimer mais tu n'as jamais su t'y prendre. Tu as ouvert les yeux. C'est dangereux. Vous êtes là toutes les deux, sachant que le plaisir vous brûle un peu plus tous les jours. Vous étiez faites pour vous rencontrer et pourtant tu ne peux te résoudre. Tu as envie de plus, tu ne sais juste pas le demander. Parfois, tu as l'impression d'être à genoux, priant pour une autre issue. Si seulement tu avais le courage de la prendre à part et de lui souffler : brûle avec moi ce soir.
Tu ne sais pas ce qui te prend ce soir-là. Tu t'observes dans le miroir avant de fermer les yeux. Tu te sens mal mais tu ne peux te résoudre à faire demi-tour. Elle ne sera pas là, tu le sais déjà. Tu t'en es assurée. Elle garde Henry pendant que tu sors. Tes amis sont surpris de ton choix de costume mais ton imitation d'elle en tailleur est si criante de vérité qu'ils en pleurent de rire. C'est Halloween, tout le monde fait la fête et elle n'est juste pas la bienvenue – pas encore. Tu ne te lasses pas de l'attention et te laisses griser. Ton cœur saigne à les voir se moquer de cette femme qu'elle n'est plus : l'evil queen. Elle qui a tout fait pour l'effacer de l'esprit collectif, toi tu viens de détruire ses efforts en une soirée. Mais ce n'est pas comme si elle l'apprendra jamais, n'est-ce pas ? Tu aurais peur de sa réaction si c'était le cas mais pas ce soir. Non, ce soir, tu as déjà trop bu pour te sentir encore coupable. Le courage liquide qui circule dans te veines te pousse même à monter sur le bar pour hurler ta tirade.
Tu ne remarques pas le silence soudain de la foule, regardant un point à ta gauche, vers l'entrée. Finalement, tu l'as sentie toi aussi, tu as voulu te retourner mais ton cerveau ne t'obéit déjà plus. Tu ne t'arrêtes pas. Tu n'y arriverais pas. Tu sens le soupir collectif quand elle s'enfuit. Tes yeux se ferment. Tu l'as trahie toi aussi. Tu as essayé de l'aimer à distance et tu as juste réussi à cultiver la haine entre vous. La ville murmure : elle n'est pas digne de confiance, elle le mérite. Toi tu veux juste les faire taire, tu veux juste leur rappeler que c'est entre vous deux. Tu aimerais pouvoir l'attraper et l'emmener loin de ses gens qui ne la traiteront jamais comme la reine qu'elle mérite d'être. Sauf que ce soir, le coup de poignard est venu de toi alors tu ne peux pas. C'est entre vous, c'est à cause de toi. Ils ne savent pas, ils peuvent juste deviner. Ils te l'ont dit : vous êtes faites pour vous détruire, vous êtes faites pour vous aimer. Tu ne vas pas bien, tu essaies de rester forte devant ta bêtise. A l'intérieur, tu hurles, tu brûles.
