Chapitre 12

Le lendemain, Oromis testa à l'épée Eragon et Murtagh. D'abord l'un après l'autre face à lui puis Eragon contre Murtagh et, enfin les deux en même temps contre l'elfe. Horreur! Mon protecteur peine à esquiver les deux attaquants, quand soudain Murtagh lança une attaque vers ses côtes gauches. Oromis ne voyait pas le coup venir, trop occuper à se défendre contre Eragon. Sans hésiter, je me jetai devant lui pour prendre l'attaque à sa place. Une douleur que je n'aurais pas sentie si sa lame n'avait pas été protégée, me coupa le souffle. Je relevai ma tunique pour examiner ma blessure. Une entaille de l'épaisseur de Zar'roc fendait mon corps, on aurait dit que j'étais une sculpture cassée. Murtagh ne cessait de s'excuser. Je lui disais que ce n'était pas grave, la fissure se refermait déjà. Tout comme la veille, si Oromis ressentait de la gratitude ou n'importe quel autres sentiments, il n'eut aucune réaction, il restait impassible. Il n'était pas obligé de se sentir redevable vis à vis de mes actes. Le simple fait d'être près de lui, de l'aider m'emplissait d'un bonheur sans borne et me transportait de joie. Il me gratifia d'un petit merci. Il nous expliqua ensuite que Murtagh et Eragon s'entrainerait pendant une heure le matin au camp d'entrainement des elfes avant de venir ici. Puis, ce sera une heure de Ringmar, quand à moi, j'en ferais deux. En fin de matinée, on débattra sur des sujets compliqué pour développer nôtre logique. On étudiera la grammarie tout l'après-midi. Après l'explication de notre emplois du temps, il nous ordonna d'aller nous laver. Les trois dragonniers commencèrent à se déshabillés. Je m'éloignai rapidement pour ne pas les voir et pouvoir me « laver » sans qu'eux puissent me voir. Ça m'aurait beaucoup moins dérangée s'il n'y avait eu que Oromis, je sais qu'il n'est pas du genre voyeur, il a passé ce stade. Mais il n'était pas seul, alors je m'en vais. Je plongeai dans l'eau, par rapport à mon corps elle est tiède, mais elle doit être glacée pour les autres. Je suis tellement froide que des cristaux de glace se forme autour de moi. Je me détendais plus que je ne me lavais, de toute façon, je ne me suis plus salie depuis que je suis un vampire. Je retournai à l'A Pic de Tel'naeir. L'après-midi se déroula sans autre incident de ce genre. Une fois Saphira, Thorn et leurs dragonniers partit, j'expliquai à mon protecteur que j'avais quatre heures d'apprentissage avec Rhünon et que je revenais après. Il acquiesça sans protester. Je me rendis chez la forgeronne. On commença part de la théorie : propriétés de tel ou tel alliage, quel température choisir etc... Puis durant les deux heures suivantes, je mis en pratique ce que je venais d'apprendre. Une magnifique pioche trônait sur l'établie à la fin de la séance. Elle était certes aussi simple qu'une pioche humaine, sans propriété elfique. Mais cela viendrait avec le temps, pour une première fois, c'était déjà pas mal. Je rentrais a l'A Pic. Oromis m'attendait:

-Tu as bien travailler?, dit-il.

-Oui Oromis-elda, j'ai fais une pioche et appris beaucoup de choses.

-J'en suis heureux.

Un lourd silence s'installa, puis il ajouta:

-Tu sais, si tu veux en parler, tu peux. Je t'écouterais sans t'interrompre.

En parler? En parler de quoi? De ma solitude? De mon rejet? A lui? A mon protecteur? Pas question! Jamais de la vie! Je préfère tout garder pour moi et me transformer en bombe à retardement. Je lui cause déjà assez de soucis comme ça. En plus, il a accepté que je vive chez lui!

-Non, ça iras. Merci beaucoup.

-Comme tu veux.

Ce n'est pas mon maitre. Un maitre apprend à ses élèves, il ne les défend pas comme il l'a fait pour moi avec Islanzadí hier. Je l'admire, il me protège des autres sans hésitations, quitte à défier la reine elle-même. Je veux lui rendre la pareille, pas m'imposer encore plus.

-Parles-moi de ton passé, demanda t-il.

-D'accord, soupirai-je, je suis née en France, j'y ai vécue une enfance normale avec Valentin jusqu'à l'âge de 13 ans. Je déménageai alors au Canada, là-bas une jeune femme du nom d'Angel me pris comme élève pour apprendre à canaliser mes pouvoirs. C'était la seul personne que je connaissais à posséder les mêmes pouvoirs que moi. Étrangement, son prénom ressemble à celui d'Angela l'herboriste. Elle mourus i ans, ou 4, je ne sais plus depuis combien de temps je suis ici. Donc, il y a quelques mois je suis retournée en France. Un jour je me suis faite attaquée par un vampire et vous savez la suite.

-Oui. Tes pouvoirs, les utilises-tu encore?

-En partie, oui. Je ne me sers plus des pouvoirs d'explosion et de télékinésie. Je réduis au plus possible la téléportation, reste les prémonitions que je ne contrôle pas.

-Pourquoi veux-tu oublier cette partie de toi?

-Pas l'oublier, la laisser dans son monde, je ne suis plus la même depuis mon arrivée en Alagaësia. Je veux ressembler aux gens de ce monde, m'y adapter, et pour cela je dois faire la distinction entre mes deux mondes. Cette magie n'est pas naturelle ici, je ne suis pas naturelle.

-Je vois.

Oups, il m'a eu, je lui ai dévoilée une partie de mes sentiments. Tant pis, je me mur dans un mutisme et ne réponds à ces questions que par le strict minimum.

-Que représente Valentin à tes yeux?

Pardon? Valentin? A mes yeux? Pourquoi cela? Qu'est ce qu'il s'est passé? Que lui veut-il? Et zut, il m'a encore eu: mutisme effacé.

-Un ami d'enfance.

-Rien de plus?

-Rien de plus.

-Je ne t'en demanderais pas plus aujourd'hui. Je peux avoir ma chanson?

-Oui, bien sur.

Je lui jouais cette fois le neuvième générique de Fairy Tail ( Eikyu no kisuma feat. : watch?v=7N0ahoFUm0I&feature=related )

-Dans quelle langue est-ce?, demanda t-il.

-En japonnais, c'est un générique de manga: Fairy Tail. J'ai toujours été passionnée par la magie, et c'est un manga avec pleins de magiciens et de dragons.

-Tu dois être contente ici alors?

-Je suis au paradis! Depuis que je suis toute petite je sentais que je la magie existait. Je suis heureuse. Surtout depuis que je vous ai rencontrée.

Et flûte! Combien de bêtises vais-je encore sortir? Si les vampires pouvaient rougir, il y a longtemps que je serais devenue une tomate bien mûre. Oromis dût remarquer mon embarra, car il dit:

-Bon, je vais aller dormir.

Il me donna quatre parchemins et se coucha.

Les deux semaines suivantes s'écoulèrent de la même manière. Le soir lorsqu'on discutait, il me demandait souvent des précisions sur ma vie, quelques fois, il me racontait comment était la vie du temps de l'age d'Or, mais il ne parlait jamais de lui. Et je ne voulais pas le forcer, s'il ne voulait pas en parler avec moi, c'est son droit, après tout, moi aussi je ne voulais pas lui parler de mes souvenirs douloureux, même s'il arrive à me tirer les vers du nez presque à chaque fois. Je m'améliorais un peu plus tous les soirs avec Rhünon, je commençais déjà à forger des objets avec un peu de magie elfique. En ancien langage, chaque mot entendu était retenu et compris. Puis un beau jour, Oromis modifia nôtre programme. Au lieu de faire trois heures de débat, nous en ferions deux et pendant la troisième, nous méditerions. Il nous emmena dans la forêt vers endroit où les arbres étaient plus espacés et formaient une mini-clairière. Il nous fit asseoir en tailleur et nous dit:

-Ouvrez vôtre esprit et écoutés, observés, lorsque vous n'entendrez plus rien, revenez me voir.

Je connaissais ce principe, je l'ai utilisé à Farthen Dûr. Survoler les esprits de tout le monde pour savoir s'il y a des magiciens. Je m'exécutai donc, je rencontrai d'abord Oromis qui avait également ouvert son esprit pour voir si l'on y arrivait. Puis vint Eragon et Murtagh qui essayaient de se détendre et … rien d'autre. Pas une seul conscience non-végétale, elles s'étaient enfuis à mon arrivée. Mon protecteur l'a aussi remarqué. Je revins à moi déçue, triste et blessée de savoir que même la nature me rejette.

« Suis-moi sans faire de bruit », me dit Oromis dans ma tête

On retourna à l'A Pic de Tel'naeir sans que les deux frère ne le remarque.

-Bon, on va commencer un nouveau débat, expliqua t-il comme si ce qui venait de se passer n'avait pas eu lieu, pour toi, les débats ne servent pas à développer ta logique. Si tu n'avais pas de logique et que je te posais cette question : « Pourquoi combats-tu Galbatorix? » que me dirais-tu?

-Je vous dirais que je le combats parce que c'est comme ça, qu'il tue beaucoup de gens et qu'il doit mourir.

-Et si je répliquais que nous aussi nous allons tuer beaucoup de gens pendant l'invasion de l'Empire.

-Je vous répondrais après une nuit de réflexion que même si nous prenons la vie de beaucoup d'innocents, nous ne pourrons jamais faire autant de mal que Galbatorix en un siècle.

-Parfait, c'est exactement la réaction que vont avoir nos jeunes dragonniers tout à l'heure. Tu vois, tu as déjà la logique. Les débats te servent à t'accepter tel que tu es dans ce monde. Si je te dis « Pourquoi combats-tu Galbatorix? », que me réponds-tu réellement?

-Je le combats parce que c'est un monstre au sens propre du terme. Je ne suis pas un monstre, je ne fais pas de mal aux gens, lui si. Il torture des personnes sans défenses pour le plaisir! Je combats pour que l'Alagaësia puisse vivre en paix, pour que je puisse vivre en paix. Pour que les elfes arrêtent de me haïr, pour qu'ils ... m'acceptent.

Cette révélation me fit un choc. Oromis avait raison, une fois de plus.

-Puis-je te demander de me chanter une autre chanson?, dit-il pour changer de sujet.

-Si vous voulez.

Je lui chantai cette fois les génériques 5 et 7 de Fairy Tail ( Egao no Mahou : watch?v=jwAgykxeDE4 et Evidence : watch?v=eq9CZvwITrQ )

-C'est fantastique! J'adore t'entendre chanter!

Il … adore … m'entendre ... chanter? Je suis trop heureuse. Il m'a fait un compliment! Mais, l'heure est presque finis et je n'ai pas le temps de me réjouir encore plus. Eragon et Murtagh étaient déjà à la lisière de la forêt.

-Demain nous commencerons la magie, me dit-il à voix basse juste avant qu'ils n'arrivent.

La magie? Youpi, enfin! Je vais pouvoir me perfectionner et réserver quelques surprises à mon protecteur. Je veux qu'il soit fière de ce que je suis devenue grâce à lui, à sa compréhension, à sa gentillesse, à tout ce qui fait de lui que je l'admire. Je veux qu'à la fin de son apprentissage, que plus aucun elfe ne doute de ses choix comme la reine l'a fait l'autre fois. L'après-midi passa très vite. Le soir je chantai ma chanson quotidienne et la nuit ne fût qu'une seconde. Le lendemain, après le déjeuner, on fit trois heures de grammarie et enfin on sortit. Oromis s'approcha de la rivière et dit:

-Eau, élèves-toi et forme une boule. Avance tout droit.

Eragon se prit l'eau de plain fouet avant d'avoir pu réagir, et il est maintenant tout trempé. L'elfe recommença vers Murtagh.

-Eau, contournes-moi et retourne à ton point de départ.

-Repars, ajouta Oromis.

Murtagh n'avait pas prévu cela et fut également trempé.

-C'est mieux, dit Oromis, mais pas suffisant.

Il recommença une dernière fois, vers moi. Ne me voyant pas réagir, il sourit. Puis:

« Eau, arrêtes-toi et flottes au dessus de ma main », pensais-je.

Je me forçai à boire une gorgée avant de renvoyer la boule à son expéditeur. Le sourire d'Oromis s'effaça et ce fut lui qui pris une douche et non moi cette fois. Il éclata de rire, suivis de près par tout le monde. Puis il demanda:

-Comment as-tu fais? Est-ce ta magie?

-Non. Dès le premier cours de Brom, j'arrivais un peu à utiliser l'ancien langage par la pensée. Depuis, je m'entraine tous les jours.

-D'accord, alors tout ce que je vous dirais, tu vas l'appliquer mentalement, car savoir maitriser cette technique ne suffit pas, il faut également utiliser les bons sorts au bon moment.

-Bien sur Ebrithil

On continua à lancer quelques sorts basique et à travailler la théorie. C'était très intéressant. On étudiait l'eau, puis, un peu l'air. Le feu ne viendrait que plus tard.

Plus les semaines passaient, plus je me rapprochais de mon protecteur. Il saura bientôt tout de moi. Je m'appliquais à la perfection. Je lui facilitais la tache avec moi. Il commençait à s'ouvrir à moi. Un jour il me dit:

-Loukiana, tu sais que je suis un estropié, que j'ai été blessé par Galbatorix il y a un siècle.

-Oui.

Mais pourquoi me parle t-il de ça? J'espère que ce n'est rien de grave.

-Savais-tu également que cette chose va me tuer?

-Pardon?

-Oui, chaque crise m'affaiblit un peu plus, me prend mon énergie vitale. Je n'en ai plus pour très longtemps.

-Non, non! Je vous interdit de mourir, pas après m'avoir sortit de l'ombre. Vous m'avez sauvé la vie en m'accueillant, en étant gentil avec moi. Vous êtes mon protecteur! Je n'ai pas encore pus rembourser ma dette.

-Ne pleures pas.

-Je ne peux pas pleurer!, lui crachai-je à la figure, amer.

-Je ne t'ai pas dis cela pour que tu t'apitoies sur mon sort! J'ai fais mon temps et je dois l'accepter.

Sa réplique me scotcha sur place. Il ne voulait pas me voir triste. Donc il ne m'a pas défendue juste comme ça, il y a quelque chose derrière. Mais … mais, j'ai l'impression que mon cœur se brise en mille morceaux. Cependant, si c'est ce qu'il souhaite, alors je lui obéirais.

-Combien de temps?, essayais-je de dire en reprenant mon calme.

-Quelques semaines, trois mois tout au plus.

-Que voulez-vous?

-Je n'ai pas peur de mourir. Ce dont j'ai peur, c'est de ne pas pouvoir terminer l'entrainement d'Eragon et de Murtagh. Et j'aimerais que tu le finisses pour moi en récupérant ma mémoire.

-Vous me prenez vraiment pour un disque-dur vous les elfes, répliquais-je en me forçant à rire.

Bien sur, je ne le pensais pas.

-Je ne comprends pas.

-Rhünon-elda m'a également donnée sa mémoire pour que ses connaissances ne soient pas perdues. Un disque-dur est un appareil de mon monde qui peut stocker beaucoup de données. Oui, vous pouvez me faire partager vôtre mémoire, mais tout comme pour Rhünon, j'enfermerai vos souvenirs et ne les déverrouillerais qu'à vôtre décès.

-D'accord.

Il s'exécuta, faisant les mêmes gestes que la forgeronne.

-Ah, autre chose, je vais travailler plus longtemps à la forge, il va falloir me préparer les parchemins à l'avance.

Un éclair de tristesse de tristesse traversa son regard gris profond.

-Si tu veux.

En fait Rhünon à doubler mes heures d'apprentissage tout à l'heure. Cela ne m'enchantais pas au début, mais depuis qu'il vient de me dire qu'il allait mourir, ça m'arrange. Je vais tout faire pour le sauver. J'y pensais déjà avant grâce à mes quelques souvenirs restant du roman, mais je n'imaginais pas que c'était si grave. Comment vais-je supporter le monde sans lui? Au cas ou j'échouerais, il faut que je m'éloigne de lui, de mon protecteur, je sens déjà la dépression venir si jamais je le perd en étant proche de lui. Je n'ai pas le droit d'échouer. Je ne me permettrai pas de vivre dans le cas contraire. Ce plan doit fonctionner, je vais arrêter mes lectures du soir pour le perfectionner s'il le faut, mais pas question qu'il n'y ait ne serait-ce qu'un seul mot de travers. Oromis était là, assis devant moi, calme et serein. Ne pouvant supporter cela plus longtemps, je m'enfuis en courant. En me retournant, je vis une larme couler sur sa joue.