Le jour n'était pas levé depuis longtemps sur les Hamptons, mais déjà, les domestiques s'activaient dans le manoir des Grayson.

Alors que Margaux s'affairait à se maquiller, Daniel, lui, sortait tranquillement du lit. Pas besoin pour Margaux de demander à son amoureux s'il avait bien dormi: elle savait qu'il n'avait pas fermé l'œil de la nuit.

Elle comprenait parfaitement l'angoisse de son mari, toutefois, à la place de se retourner toute la nuit dans le lit, elle en avait profité pour travailler.

La française vint rejoindre Daniel qui remuait de sombres pensées dans son esprit, assis sur le bord du lit.

-On ne peut rien changer au passé, lui dit-elle pour le calmer. Ça ne sert à rien d'envisager le pire.

-C'est impossible de ne pas y penser, dit-il sans la regarder.

-Essaye au moins, dit Margaux en l'embrassant avant de retourner à son maquillage.

Le soleil chatouilla le nez d'Isabelle qui se réveilla en souriant. Elle regarda son cadran et bondit de son lit, prête à s'attaquer à une autre journée. Elle ouvrit sa penderie et consulta ses choix de vêtements.

Ce n'était pas les choix qui manquaient, Isabelle avait de tout!

Elle finit par enfiler une chemise bleu qui s'agençait à merveille avec le bleu de ses yeux et des shorts blanches en jeans.

À cette heure, ses parents étaient déjà partis pour le travail alors, elle ne fut pas surprise de devoir déjeuner seule. Isabelle était habituée de manger seule.

Ses parents étaient souvent absents à cause de leur travail et puis, même si elle l'aurait voulu, ni sa grand-mère ni son grand-père n'auraient pu venir manger avec elle pour une raison fort simple: son grand-père était mort et sa grand-mère était internée dans un centre psychiatrique depuis des lustres.

Isabelle n'avait vu sa grand-mère que quelques fois dans sa vie. Avant qu'elle ne devienne folle, ça devait être une femme impressionnante, surtout à cause de son statut, mais maintenant? Elle n'était plus qu'une vulgaire personne bourrée de médicaments qui, lorsqu'elle était réveillée, ne parlait que d'un seul sujet: Le crash du vol 197.

Isabelle venait de terminer son déjeuner lorsque quelqu'un entra dans la pièce en s'exclamant:

-Si ce n'est pas ma nièce préférée!

Se reconnaissant, Isabelle tourna se retourna et sourit à la vue de sa tante.

Charlotte Clarke était, selon sa nièce, une jeune femme dans la trentaine très à la mode, toujours très souriante et enjouée. Ce matin-là, elle avait revêtu une robe moulante zébrée blanc et noir qui lui allait à merveille. Comme tout ce qu'elle portait, lorsqu'on y pensait bien.

Alors qu'Isabelle allait ouvrir la bouche, la sonnerie d'un cellulaire retentit et Charlotte lui fit signe d'attendre un moment avant de s'éclipser pour prendre l'appel.

Elle revint quelques minutes plus tard, l'air un peu contrariée.

-C'est le centre où ta grand-mère est placée, expliqua-t-elle à la jeune fille. Il semblerait que ta grand-mère veut me voir. Je vais devoir y aller, veux-tu rester ici ou tu veux venir avec moi?

-Je vais venir, dit Isabelle en haussant les épaules.

Victoria n'avait pas beaucoup changé depuis la dernière fois où Isabelle l'avait vu, c'est à dire, il y avait presque deux ans. Peut être était-elle seulement plus vieille et ridée.

-Maman, j'ai amené Isabelle, lui dit Charlotte. Ta petite-fille.

-Bien sur Charlotte, je sais qui est Isabelle! s'exclama-t-elle indignée. Comment vas-tu ma chérie? Ça fait un bail que je ne t'avais pas vu, ton père n'est pas très friand dans les visites de centre on dirait...

-Il est très occupé, répondit poliment Isabelle.

Elles continuèrent à parler de la pluie et du beau temps, mais Isabelle n'était pas folle: elle savait que sa grand-mère voulait dire quelque chose d'important à sa tante. Quelque chose qu'elle n'était pas supposée entendre. Elle prétendît aller s'acheter un jus et sortit de la chambre.

Comme elle l'avait prédit, sa grand-mère changea aussitôt de registre. Elle ne pouvait pas bien entendre à travers la porte mais elle cru entendre le mot prison et secret. Rien de très rassurant...

-Pourquoi papa est à la télé? demanda Isabelle.

Charlotte leva les yeux de son cellulaire et puis regarda en direction de la télé. Elle sauta presque du divan pour aller éteindre le téléviseur.

-Hé! s'exclama Isabelle. Pourquoi je ne peux pas voir? C'est mon père quand même!

-Je... C'est des choses de grand, répondit Charlotte embarrassée.

-C'est ça, comme si je n'étais pas assez grande pour comprendre ce que mon père fait! s'exclama Isabelle en sortant en trombe du salon pour se rendre à sa chambre.

C'était assez facile de trouver des informations lorsque celle-ci passait au bulletin de nouvelles, Isabelle en eu la preuve. Elle n'eut pas besoin de chercher très longtemps pour découvrir de quoi son père parlait. Un ancien employé qui s'était retrouvé en prison pour une étrange affaire de complicité de meurtre.

En regardant la photo présentée dans l'article, Isabelle trouvait que l'homme aux cheveux blond et aux yeux bleus ressemblait plus à un adolescent qu'à un meurtrier. Il avait même l'air gentil.

Elle cliqua sur une photo au bas de la page et découvrit un portrait de l'homme entouré d'une femme et d'un homme. Ils avaient tous l'air très heureux. La femme, une châtaine aux yeux bruns était magnifique, l'homme qui posait fièrement à ses côtés l'était aussi. Ses cheveux bruns étaient coupés courts, ce qui le rendait plutôt mignon, mais c'était ses yeux qui le rendait très beau: des yeux bleu océan.

Isabelle ferma la page et sortit à l'extérieur, ne voulant pas trop discuter avec sa tante.

Elle marchait depuis peut être quelques minutes, perdu dans ses pensées lorsqu'elle fonça dans quelqu'un. Elle releva la tête, surprise, et retint son souffle.

-Excusez-moi, lui dit l'homme. Je ne regardais pas où j'allais.

-C'est correct, moi non plus, lui répondit Isabelle en le dévisageant.

Il allait reprendre son chemin lorsqu'elle lui demanda:

-Excusez-moi mais, qui êtes-vous?

L'homme parut surpris mais répondit tout de même:

-Nolan Ross.