Le premier réflexe de Junno quand on est sortis de sa chambre, a été de claironner à l'intention de Yuichi (et sûrement de Kame toujours enfermé dans sa chambre), que j'étais désormais chasse gardée. Ca m'a fait rigoler, parce qu'après ça, il se baladait dans la maison en me regardant avec des airs de propriétaire. Et Tatsu le couvait d'un regard réprobateur genre « t'es pas obligé de faire ça » ou style « tout le monde a pas besoin d'être au courant ». Je pense qu'il a un genre d'instinct de propriété, mais ça me dérange pas plus que ça.

Ce soir, ça vire même au comique quand, à table, Tatsu et lui décident en même temps de me prendre la main, pare que du coup, j'ai les deux prises et je peux plus bouffer. Je me marre.

- Hé les gars, relax je vais pas m'envoler, vous savez.

- Désolé, fait Tatsu en me lâchant immédiatement, le rouge aux joues.

Je lui ébouriffe les cheveux en souriant et chope mes baguettes avec ma main droite, vu que Junno, lui, a gardé la gauche dans la sienne.

- Ju', tu vas garder Yuya-chan prisonnier ?

- Bonne idée, fait-il d'un air tendu.

- Ouais mais nan, fais-je en riant encore. On est pas dans la même section à la fac je te rappelle. Mais t'en fais pas va, je rentre le soir.

Sur ces mots, je dégage doucement ma main et lui caresse la joue pour le rassurer. Je pige pas pourquoi il a l'air si tendu d'un coup, alors que c'est toujours le flegme personnifié. C'est presque inquiétant. Au point que je peux pas m'empêcher de lui souffler :
- Ca va ?

- Oui pourquoi ?

- Je sais pas... T'as l'air... Enfin t'as pas l'air dans ton assiette là.

- Ah... Nan mais ça va, t'en fais pas. C'est gentil de te faire du mouron mais je vais bien.

J'ajoute rien, mais on me sortira pas de l'idée qu'un truc cloche. Il est pas comme d'habitude. Du coup, en sortant de table, je décide d'aller interroger Tatsu. Je me glisse dans son atelier et l'y attend. J'en profite pour jeter un œil sur mon portrait, je suis curieux. La vache, il a super avancé ! Le Yuya du tableau et totalement en couleur maintenant et il a tout restitué de moi. De mes trois grains de beauté au dessus de la lèvre supérieure, jusqu'à l'air passionné que j'ai quand je chante. C'est impressionnant. Je me retourne en entendant la porte s'ouvrir.

- Yuya ? Qu'est ce que tu fais là ? demande-t-il en me voyant dans son sanctuaire.

Lui aussi a abandonné le –chan.

- Il faut que je te parle de quelque chose, tu as un peu de temps ?

- Hai.

- Le tableau est magnifique au fait.

- Merci... fait-il en rougissant.

Le voir faire fait ressurgir les interrogations concernant son comportement et je décide de tirer ça au clair aussi tant que j'y suis.

- Mais avant... je peux te poser une question personnelle ?

- Je t'écoute.

- Pourquoi tu as si peur des contacts ? Et pourquoi tu es gêné pour à peu près tout ?

Mes questions semblent le mettre encore plus mal à l'aise si c'est possible. Il se dirige vers la fenêtre, l'ouvre et regarde dehors, mais je vois ses doigts s'agripper les uns aux autres.

- Tatsu ? C'est difficile à ce point d'en parler ?

- J'ai... Quand j'étais enfant, commence-t-il en me tournant toujours le dos, mes parents... me battaient. Ca a duré des années... jusqu'à ce qu'une institutrice remarque mes marques de coups... J'ai été retiré à leur garde mais... c'était trop tard... Depuis...

Quelle horreur... Comment des parents peuvent faire ça à leur enfant ? Je comprendrais jamais. Et ça me révolte tellement que j'ai envie de leur faire subir la même chose pour qu'ils voient ce que ça fait !

- C'était il y a combien de temps ?

- Il y a plus de quinze ans...

- Et tu... fuis les contacts depuis plus de quinze ans ?

Il hoche la tête.

Je comprends mieux pourquoi Junno a parlé de l'avoir apprivoisé. Ca a vraiment du être difficile. Autant pour l'un que pour l'autre.

Désolé pour lui, je m'approche et l'enlace par derrière. Je le sens tressaillir violemment, mais il se dégage pas et je pose mon menton sur son épaule. Le truc que je peux pas faire avec Junno vu sa taille.

- Je suis désolé pour toi, dis-je. Mais tu lutte contre ta phobie, c'est déjà très bien. Avec le temps, tu finiras peut-être par la vaincre.

- Peut-être oui.

Il y a un blanc, mais j'essaye pas de le briser. Je câline tendrement mon aîné pour essayer de le détendre un peu et comprend que j'y suis arrivé quand je le vois tourner la tête pour avoir un baiser. Que je me hâte de lui donner, avec un bonheur indescriptible. Et c'est là que je remarque que ce baiser est salé. Il peut pas y avoir cent raisons à ça.

- Shhhhhht... Calmes-toi, ne pleure pas... dis-je en effaçant ses larmes des pouces. Désolé de t'avoir forcé à raconter ça... Mais on te fera jamais de mal, Tatsu. Jamais. Et on laissera personne t'en faire non plus.

Il hoche de nouveau la tête, renifle et esquisse un sourire.

- Tu voulais me parler de quelque chose ?

- He ? Ah heu oui, fais-je en le lâchant, viens, on va s'assoir.

On prend tous les deux place sur son lit et il me regarde.

- Je voulais savoir si tu avais remarqué quelque chose de bizarre chez Junno.

- De bizarre ?

- Oui. T'as pas remarqué qu'il avait l'air nerveux quand on était à table ? Et qu'il voulait pas me lâcher ?

- Ah ça. C'est normal en fait.

Je tique.

- Normal ?

- Hum. Il a fait la même chose avec moi au début. Il a peur de pas... comment dire... de pas réussir à te retenir.

- He ?

- Du coup, il va te coller comme de la glue pendant quelques semaines, avant de réaliser qu'il a rien à craindre.

- Mais pourquoi il craint ça ? Il a aucune raison.

- Apparemment, d'après ce que j'ai compris, il s'est fait jeter plus de cinquante fois pour des raisons diverses. Du coup, quand il sort avec quelqu'un, il a toujours peur que ça recommence.

- Plus de cinquante fois ? La vache, le pauvre... Ben décidément, il nous est tous arrivé des trucs chelous... Comment t'as fais pour qu'il arrête de flipper ?

- Je n'ai rien fais de spécial. Quand il s'est rendu compte que je n'allais pas voir ailleurs et que je ne le quittais pas, il s'est arrêté tout seul.

- Et ça a pris combien de temps ?

- Un mois.

- Ouch...

J'aime pas qu'on me scotche, alors ça va pas le faire je crois. Je peux à la rigueur tenir une semaine en me forçant, mais au-delà, je garantis plus mes réactions et encore moins mon humeur et mon caractère.

Je vais craquer. Je sais ni où, ni quand, ni comment, mais je vais craquer, c'est sûr... Jusque là j'ai rien dis, je l'ai laissé me suivre jusqu'à la salle de cours, le midi dans le parc, le soir pour rentrer, dans mes moindres pas à la maison... C'est tout juste s'il me suit pas aux toilette quoi. Franchement, là j'en peux plus, ma patience est à bout Et pourtant, dieu sait que je me suis retenu de l'envoyer bouler pendant ces deux dernières semaines.

- Ca suffit ! explosé-je, faisant sursauter tout le monde, Junno y compris.

- Yuya ? Ca va pas ? demande-t-il d'ailleurs.

- Non ça va pas ! Comment ça pourrait aller ?! Tu te rends compte que c'est totalement ridicule de me suivre partout comme un toutou ?! Merde, Junno, je vais pas m'envoler ! Et si j'ai accepté de sortir avec toi aussi, c'est pas pour te larguer comme ça, alors fais-moi plaisir, lâche-moi un peu !

Il me regarde d'un air totalement ahuri. J'avais pas prévu d'exploser comme ça ni d'être aussi virulent, mais je crois que j'aurais pas pu tenir plus longtemps, il fallait que ça sorte.

- Mais...

- Nan c'est bon ! Tu arrête maintenant ! Tatsu a peut-être supporté ça, mais je suis pas comme lui ! J'ai besoin d'air, tu m'étouffe !

Il a l'air tout déconfit. Ca m'ennuie un peu pour lui, mais au moins maintenant, il sait ce que je pense.

- T'avais tellement l'air de bouillir de l'intérieur ces derniers temps, que je me demandais quand ça allait péter, lance Kame.

Il a fini par se remettre du départ de Koki, mais il est souvent morose maintenant.

- Moi aussi, je me posais la question, fais Yuichi.

- Pourquoi vous lui avez rien dis alors ? demandé-je.

- C'était pas à moi de le faire, répondent-ils en cœur.

Faux frères...

- Je t'étouffe ? C'est à ce point ? relève mon second petit ami d'une voix triste.

- N'importe qui étoufferait, Junno, reprends-je en tentant de pas laisser transparaitre mon agacement. Merde, t'es plus vieux que moi, t'aurais du le piger tout seul. Etre en couple, c'est pas s'étouffer l'un l'autre, c'est respecter la liberté de chacun. Percute ça un peu, ajouté-je en poussant son front avec mon index.

Il répond pas, mais il a l'air tellement désabusé, que je peux pas rester fâché contre lui.

- Si t'as pigé, ça va, fais-je, bougon.

Je vais pour aller à la cuisine, quand j'entends sonner à la porte.

- J'y vais, dit Yuichi qui s'était assis dans le canapé pour jouer à son truc sur smartphone.

Il descend l'escalier et ouvre la porte. Des voix familières me parviennent alors.

- Bonjour, est ce que Tegoshi Yuya est là ? fait celle de Tomo nii-chan.

- Heu, qui le demande ? fait celle de Yuichi.

- Ses frères aînés, répond celle de Ryo nii-chan.

- Il est là ou pas ? demande celle de Taka nii-chan.

Merde ils sont venus tous les trois. Me voilà bien.

- Yuya ! Descend, sale gosse ! crie Ryo.

Je grimace. Toujours aussi aimable et sympa... Mais si j'y vais pas, ça va être ma fête tôt ou tard... Comment gâcher une journée... Je soupire et descend alors que Yuichi tente de leur faire la leçon :

- Vous avez beau être ses frères, ça ne vous donne pas le droit de...

- Laisse tomber, Yuichi, ça sert à rien d'essayer de les raisonner, fais-je en arrivant. Si, pour mes frères, ça leur donne tous les droits de.

- Oi sois poli, sale gosse !

En les regardant, je me répète en boucle ce que m'a dit Koki avant de partir « te laisse pas marcher dessus par tes vrais frères ». Je me redresse donc et leur fais face dignement.

- Bonjour, fais-je en m'inclinant légèrement.

- Il t'en as fallu un temps ! fait Taka.

- Je pouvais pas deviner que vous alliez débarquer, me défends-je.

- Et t'as l'intention de nous laisser dehors ? C'est pas comme ça qu'on t'as élevé, petit ingrat ! fait Tomo.

Je retiens un soupir.

- Rien t'oblige à les faire entrer si tu veux pas, Yuya-chan, fait gentiment Yuichi en les ignorant royalement, ce qui me fait plaisir.

- Ce sera pire si je le fais pas, crois-moi...

- Comme tu dis, dit Ryo.

Sur ces mots, il bouscule littéralement mon ami, le faisant presque tomber et s'engage dans l'escalier.

- Oi ! Vous parlez de politesse mais t'as vu ce que t'as fais ?! Fais gaffe, merde ! m'exclamé-je alors, avant de reprendre plus doucement pour Yuichi. Ca va ?

- Ouais t'en fais pas.

- Depuis quand tu l'ouvre toi ? interroge Tomo. Il est où le gamin qui a peur de son ombre ?

- Il existe plus. Ici au moins je suis respecté. Et apprécié à ma juste valeur.

Mes paroles déclenchent leurs rires. Ils se foutent de moi, comme toujours.

- Qu'est ce qui se passe en bas ? fait alors la voix de Junno dans les escaliers.

J'ai jamais été aussi content de l'entendre. Ni de le voir même si je l'ai engueulé y'a pas longtemps. Il descend, dominant tout le monde de sa haute stature. Surtout Ryo qui est même plus petit que moi, bien que ce soit pas de beaucoup. Mais vu sa grande gueule, je doute que la taille de mon second petit ami suffise à l'impressionner.

- C'est qui celui-là ? fait Taka, comme toujours méfiant.

Junno s'apprête à répondre, mais je le fais à sa place.

- Mon petit ami.

Mes trois frères s'entreregardent… et explosent de rire.

- Impossible ! fait Tomo qui est toujours le plus rapide à se payer ma tête. Qui voudrait d'un gringalet trouillard comme toi ? Personne.

Comme toujours, ses paroles me blessent, mais je fais de mon mieux pour le cacher.

- Si vous êtes venus pour vous foutre de ma gueule, c'était pas la peine, vous pouvez repartir, me rebellé-je.

- Oi pour qui tu te prends, morveux ? fait Ryo en me chopant sans ménagement par les cheveux. Tu crois que parce que t'es parti de la maison tu peux nous parler comme ça ? Un peu de respect ! Oublie pas tout ce que tu nous dois !

- Ca suffit ! tonne alors Junno en attrapant le bras de mon aîné pour le tordre dans son dos.

Ca a le mérite de faire cesser leurs rires.

- Je me fous que vous soyez ses frères, ses pères ou n'importe qui, j'ai pas l'intention de vous laisser le maltraiter, que ce soit physiquement ou psychologiquement. C'est compris ?

Comme mes frères répondent pas assez vite à son goût, il appuie un peu plus sur le bras de Ryo, qui grimace franchement de douleur.

Craignant qu'il le lui casse, je décide d'intervenir. Je l'ai jamais vu si en colère. D'ailleurs je crois que je l'ai même jamais vu vraiment en rogne. Je le pensais trop doux pour en être capable, mais visiblement, je me plantais.

- Ju', c'est bon, c'est rien, j'ai l'habitude. Tu vas lui péter le bras.

- Je veux pas que tu aie l'habitude de te faire tyranniser, Yuya ! Tu vaux mieux qu'un tapis sur lequel ils peuvent s'essuyer les pieds !

- Lâche-le quand même. S'il te plait.

Je l'implore, j'en ai tout à fait conscience, mais je préfère ça aux emmerdes XXL qui l'attendent s'il continue comme ça. Mes frangins sont loin d'être n'importe qui.

Mon copain lâche Ryo, qui le foudroie du regard.

- Ca tu vas me le payer très cher, qui que tu sois… crache-t-il entre ses dents.

- Nii-chan non s'il te plait, ne t'en prends pas à lui, fais-je en m'agenouillant pour supplier le plus rancunier de mes aînés. Je t'en prie. Il voulait juste me protéger.

- Yuya, relève-toi, qu'est ce que tu fabrique ? s'effare Junno.

Mais j'en démords pas et reste ployé au sol, la tête seule levée vers Ryo.

- Allez Ryo, notre cher petit frère te supplie, intervient Taka. Fais pas ta mauvaise tête.

- Hum… Mouais, cède l'aîné de mes aînés. Mettons qu'il s'est rien passé.

Oh oh… Il a lâché l'affaire vachement vite, ça sent pas bon. D'habitude, je dois le supplier sur tous les tons pendant plus d'une heure avant qu'il s'estime satisfait et laisse tomber.

Je me relève et le regarde d'un air inquiet.

- Me regarde pas comme ça, grogne-t-il.

- Hum.

- Bon, on peut entrer ou vous avez l'intention de nous faire rester dans l'entrée pendant des heures ? questionne Tomo.

- C'est clair que c'est pas le sens de l'hospitalité qui vous étouffe, ajoute Taka.

Et là, je sens bien que Junno a juste envie de les étriper ou au moins de les envoyer bouler. Moi aussi d'ailleurs, mais vaut mieux pas.

- Venez, me contenté-je de dire en pressant la main de mon second petit ami dans la mienne.

Le trio infernal nous emboîte le pas dans l'escalier et je sens leur regard dans mon dos. Ca me donne presque des sueurs froides.

Quand on arrive au salon, Kame est venu aux nouvelles lui aussi et Tatsu nous observe en silence.

- C'est qui ceux-là ? demande mon sempai en les regardant alternativement.

- Mes frères, Kame. Voilà Tomohisa, Takahisa et Ryo.

Au moment où je le présente, un sifflement admiratif jaillit de la bouche de Tomo.

- La vache, tu t'es bien démerdé, petit frère. T'as trouvé le moyen de vivre avec des canons. Tu nous les présente ?

Ne pressentant rien de bon, je m'exécute pourtant.

- Voilà Kazuya qu'on appelle Kame, Yuichi que vous avez vu en bas, Junno dont le prénom complet est Junnosuke et Tatsuya, mon second petit ami.

Il y a un blanc, ils se regardent à nouveau et explosent encore de rire. J'en ai marre, c'est toujours la même chose…

- Tu voudrais nous faire croire que TOI, tu sors avec deux canons à la fois ? se marre Taka. T'es trop marrant, petit frère !

- Il ne plaisante pas, rétorque Tatsu, les sourcils froncés.

- Nan nan nan, impossible. Aucun mec intelligent sortirait avec un demeuré comme Yuya.

- Il est complètement idiot et il a aucun talent en quoi que ce soit. Bon à rien, mauvais en tout comme on dit. En plus de ça, il est parfaitement inutile dans une maison, ajoute Ryo.

Je sais depuis longtemps ce qu'ils pensent de moi, pourtant, les entendre sortir tout ça à ceux que je considère davantage comme mes frères qu'ils le seront jamais, me fait un mal affreux. Je déglutis péniblement et m'apprête à fuir dans ma chambre pour me planquer sous ma couette comme je l'ai toujours fais dans ce genre de cas, quand mes quatre amis s'exclament en cœur :

- Ca suffit !

- Vous devriez avoir honte de raconter de telles horreurs sur Yuya-chan, dit fermement Yuichi.

- il est très loin d'être inutile et il est bien plus intelligent que vous. La preuve c'est que lui n'est pas inutilement cruel. Il est gentil, amical et il se soucie des autres, dit Kame.

- Et c'est faux de dire qu'il n'a aucun talent. Il chante comme un ange, dit le mien d'ange.

- Sans compter qu'il cuisine aussi très bien, renchérit Junno. Vous êtes ses frères mais vous le connaissez pas.

En parlant chacun pour prendre ma défense, ils se sont regroupés autour de moi, comme un cercle défensif… et je me sens aimé et à l'abri parmi eux, malgré la méchanceté de mes aînés. Du coup, les larmes que je m'efforçais de retenir jusqu'ici, se mettent à couler. Mais c'est pas des larmes de douleur. Plus maintenant. Là, ce sont plutôt des larmes de reconnaissance et d'affection pour ces quatre garçons qui m'ont apporté plus d'affection en quelques semaines, que mes véritables frères dans toute ma vie. Ils ont jamais supporté que leur père m'adopte quand j'étais tout petit, alors ils me le font payer chaque jour.

- Et voilà, il chiale encore. Putain, Yuya, t'es vraiment qu'une lavette, assène Ryo.

Je m'abstiens de répondre. Qu'est ce qu'ils peuvent comprendre à ce que je ressens ? Rien du tout, parce qu'il faudrait qu'ils aient un cœur pour ça.

Pourtant, malgré ma résolution de rien faire, l'un de mes compagnons bouge soudain. Comme dans un rêve, je vois tatsu marcher droit sur lui et je réalise ce qui vient de se passer qu'en voyant Ryo tenir son nez qui pisse le sang : mon petit ami a mis à profit ses talents de boxeur pour me défendre physiquement et a collé une droite à mon aîné.

- Putain, il m'a pété le nez ce connard !

- Les connards c'est vous, rétorque Kame en me faisant passer derrière lui par sécurité. Et lâches en plus pour vous en prendre à plus jeune et plus faible que vous. Maintenant cassez-vous et revenez plus jamais.

Le regard de Tomo nous parcours avec haine.

- Vous allez tous amèrement regretter tout ce que vous avez fait, gronde-t-il entre ses dents à l'intention de mes amis, avant d'ajouter à mon adresse : On va faire de ta vie un enfer, Yuya. Quand on aura fini avec toi, tu regrettera d'être né.