Moon's Lover

« Béa… Tu n'es pas raisonnable, tu sais ça ? » commenta Raphaël.

La jeune femme se détourna de la fenêtre du salon et sourit. L'Archange était couché sur son canapé, une main sur les yeux, essayant de toute évidence de se protéger de la lumière.

« Ce ne serait pas plutôt toi qui exagère ? » interrogea-t-elle. « Il est à peine minuit moins le quart… »

Le médecin céleste grogna.

« Tout le monde ne peut pas être un oiseau de nuit. »

« Ou un paresseux incapable de se lever avant midi une heure ? »

Raphaël retira sa main et lui adressa un regard mi-exaspéré mi-attendri. Le sourire de l'ange aux ailes violettes s'élargit, ses yeux grenat pétillant de malice, avant qu'elle ne se retourne pour regarder à nouveau par la fenêtre.

« La lune gibbeuse. Drôle de nom, tu ne trouve pas ? Pourquoi gibbeuse ? »

Raphaël bâilla sans complexes.

« Gibbeuse… c'est un synonyme de bossue. La lune est gibbeuse, parce qu'elle a l'air d'avoir une bosse. »

La lumière jaune du plafonnier jetait des reflets caramel dans les cheveux bruns de Béatrice.

« Pauvre lune » fit-elle pensivement. « Bossue et seule dans le ciel de la nuit. »

« Et les étoiles, tu en fais quoi ? » rappela le guérisseur.

La jeune femme se retourna de nouveau.

« A ton avis, pourquoi la lune est-elle seule dans le ciel ? »

L'Archange brun la regarda d'un air inexpressif.

« Parce qu'une seule, ça suffit ? »

Elle sourit de nouveau et s'approcha du canapé.

« Peut-être… peut-être qu'avant, elle avait quelqu'un ? Quelqu'un qui l'empêchait de se sentir trop seule ? »

« Quoi, tu recommences avec tes histoires ? » rigola Raphaël en repliant ses jambes contre lui pour qu'elle puisse s'asseoir.

« Je croyais que mon imagination te rendait fou de moi ? » rétorqua-t-elle.

« Non, elle me rend seulement fou. Allez, continue. Amant ou simple ami, ce fameux quelqu'un ? »

« Comme tu préfères. Enfin… à cette époque, donc, la lune avait un compagnon. Et ils étaient heureux ensemble. Les plus heureux qu'on puisse imaginer. »

« Vraiment ? » commenta le médecin céleste à mi-voix, observant la jeune femme, le menton posé dans la main tandis que son coude reposait sur le dossier du canapé.

« Et comme tu t'imagine bien, leur bonheur a fait un jaloux… Le Grand Séparateur, qui voulait la lune à cause de sa beauté et de sa grâce. Alors il a dit à la belle, viens chez moi, dans ma maison des étoiles, je t'en donnerais pour te faire un collier, et tu seras plus splendide que le soleil lui-même. »

« Les femmes » ricana l'Archange. « Elles ne résistent jamais quand on titille leur vanité. »

Béatrice eut à son tour un petit rire.

« Si ça se trouve, elle voulait impressionner son compagnon. As-tu idée de ce qu'une femme est prête à faire, pour l'homme qui lui plaît ? »

« Oh arrête… J'imagine que c'était un piège ? »

« Eh oui. Parce qu'une fois que tu rentres dans la maison du Grand Séparateur, tu ne peux jamais plus en repartir. Et maintenant, la lune est piégée dans le ciel, condamnée à voir son compagnon errer sans elle, la pleurer et la supplier de revenir auprès de lui… mais elle ne pourra plus jamais être à ses côtés. »

Il y eut un moment de silence.

« Tu as le chic pour les fins lugubres » murmura le guérisseur, les yeux clos.

Béatrice rit de nouveau.

« Tu aurais préféré un happy end bien sucré, j'imagine ? »

« Pas assez… dans mon métier » bâilla Raphaël en posant la tête sur l'accoudoir.

La jeune femme sentit son sourire retomber.

« Oui, je sais. »

L'Archange ne répondit pas. Il s'était endormi. Béatrice le fixa avec attendrissement, puis exécuta un geste vif de la main pour éteindre la lumière.

Par la fenêtre, un rayon de lune s'insinua dans la pièce et tomba sur la longue chevelure de la jeune femme, les transformant en fils d'argent pur.

Inspiré par une scène du film X-Men Origins : Wolverine entre Logan et Kayla.