Merci pour vos reviews, ça motive ! J'espère que la suite de l'histoire vous plaira et je vous souhaite une bonne lecture !

Edward bailla sans aucune retenue. Juste en face, son compagnon de cabine lisait tranquillement le journal. Du moins, c'est ce qu'il laissait croire. Bien souvent, Roy Mustang se désintéressait des articles pour porter son attention sur son jeune subalterne, amusé par son ennui. Edward avait l'habitude de voyager avec son frère, pas avec son supérieur. Du coup il restait là, le coude appuyé contre le rebords de la vitre, à l'ignorer superbement depuis leur arrivée dans le wagon du train. Le Colonel l'imagina rire, plaisanter, ou tout simplement discuter le plus naturellement possible. Un comportement que l'adolescent aurait certainement eu s'il portait une armure et le prénom d'Alphonse. Mais non. Face à lui, le blondinet restait muet et semblait vouloir le rester jusqu'à la fin du voyage. Roy s'en retourna une fois de plus à son journal, incapable de briser le silence. Après tout, hormis quelques pics, rien ne lui venait pour entamer une conversation. Avaient-ils seulement échanger des propos sans aucune intention de se moquer depuis l'obtention du titre d'alchimiste d'Etat d'Edward ?

- Excusez-moi, dans combien de temps on arrive ? demanda celui-ci au contrôleur venu vérifier leur titre de transport.

- Oh, dans deux heures environ maintenant, assura le fonctionnaire.

Edward le remercia avec un grand sourire avant de se remettre à observer le paysage, l'air plus serein. Roy replia son journal, hésita une seconde, puis ne tint plus.

- Ma compagnie est aussi désagréable que ça, FullMetal ?

Il n'obtint qu'un haussement d'épaule en guise de réponse. Le Colonel opta alors pour une attaque plus frontale histoire d'au moins réussir à lui arracher quelques mots.

- Si tu crois que cette mission est plus agréable pour moi, tu te trompes. Me voilà flanqué du plus jeune, et surtout imprévisible, alchimiste d'Etat du pays pour régler une affaire jugée de la plus haute importance.

Bingo. Deux prunelles dorées ne tardèrent pas à le fusiller sur place.

- Le gamin imprévisible que je suis s'en voit vraiment navré, ironisa Edward avec froideur. Pourquoi ne pas contester ce choix et appelé l'un de vos coéquipiers "dignes de confiance" ? (Il prit soin d'appuyer sur cette partie).

- Je suis coincé sur ce point malheureusement. Je le redis, FullMetal : notre mission a été confiée par un haut gradé dont les ordres ne peuvent être discutés.

- Peu importe qui a donné l'ordre, vous n'auriez jamais contesté. Pour grimper rapidement les échelons il faut savoir courber le dos, n'est-ce pas ? Et savoir se servir correctement de ses subalternes accessoirement ...

Roy, abasourdi par la répartie agressive et blessante du jeune homme, voulut d'abord croire qu'il essayait de viser là où ça fait mal pour gagner leur duel verbal. Mais le ton glacial et le regard tout aussi accueillant le força à admettre qu'il pensait ce qu'il venait de dire. Du coup, sa propre humeur se détériora à grande vitesse.

- Tu insinues que je suis le type d'homme qui aime manipuler les autres et qui n'a aucun scrupule pour arriver à ses fins ?

- Pourquoi, ce n'est pas le cas ? s'étonna faussement l'adolescent en face de lui. Regardez vous dans un miroir un de ces quatre et faites face à la vérité, ajouta-t-il avec un sourire presque cruel.

Roy s'aperçut qu'il froissait son journal et fit un effort pour se détendre. Cette insolence ne devrait pas le blesser. Il savait très bien ce qu'il valait, que les paroles d'Edward ne décrivaient en rien la vérité. Après réflexion, c'était même normal qu'il lui sorte des propos de ce genre. Il n'avait jamais nié le fait qu'il l'avait aidé à devenir alchimiste d'Etat en partie parce qu'il savait que cela allait avoir une bonne influence sur sa carrière. Et le FullMetal connaissait aussi son ambition de devenir Généralissime à n'importe quel prix. Pas étonnant en fin de compte qu'il ait une si piètre opinion de lui.

- Je suis sûr, ajouta alors le plus jeune, qu'à peine arrivé vous me laisserez faire tout le boulot. Vous draguerez tranquillement tout ce qui bouge et, une fois la mission accomplie, vous vous arrangerez pour récolter une grande partie des honneurs. Un peu comme avec l'attaque du train par ce taré que l'armée avait viré.

En fait, le mépris qu'éprouvait l'aîné des Elric à son égard prenait décidément tout son sens. Edward ne le connaissait tout simplement pas assez. Où plutôt il n'avait eu l'occasion que de connaître ses mauvais côtés. Peut-être qu'en découvrant d'autres facettes de sa personnalité, le FullMetal se rendrait compte qu'il n'était pas le pire bâtard égocentrique du pays, de quoi sans doute le calmer un peu. Quelque part, c'était une nécessité de faire preuve de bonne volonté pour mieux s'entendre. D'habitude, leurs entrevues duraient le temps de rendre et lire un rapport. Là, ils allaient devoir se côtoyer pendant plusieurs jours, deux semaines peut-être, voire même un mois ou plus. Leur mission ne permettait pas de calculer.

Le militaire laissa son subordonné jouer les mauvaises langues pour se pencher sur les ordres reçus. Cela faisait quelques mois qu'une rébellion contre le gouvernement se levait à Amestris. Bien sûr, ce n'était pas la première fois, loin de là, mais ce coup-ci l'armée rencontrait vraiment des difficultés à arrêter ceux qui mettaient de l'huile sur le feu. D'ordinaire, les rebelles se lançaient très vite à l'attaque. Là, ils restaient sagement dans l'ombre sans pour autant demeurer inactifs. Ainsi, une menace grandissante planait sur les dirigeants du pays et il fallait l'étouffer avant d'en arriver à une guerre interne.

Mais pourquoi l'avoir choisit lui ? On lui avait répondu qu'il était l'un des maillons forts de l'armée et qu'il risquait donc moins sa vie qu'un autre dans cette entreprise. Mouais. Disons plutôt que c'était l'occasion de se débarrasser d'un élément qui montait justement trop rapidement dans la hiérarchie au goût de certains, voilà la vérité ! S'il se faisait tuer, c'était une aubaine pour pas mal de gradés. Et histoire de maximiser les chances que cela arrive, on l'avait séparé de ses coéquipiers habituels pour lui en donner un qui demandait du fil à retordre. Logique. Ne devoir rester qu'à deux pour agir en toute discrétion ? La bonne blague!

- Vous en faites une tête ! railla Edward en l'observant pester intérieurement. C'est parce que j'ai tiré au clair vos intentions de fainéanter au lieu de bosser ?

- Pas vraiment non, lâcha Roy d'une voix un peu absente. Disons plutôt que l'hypocrisie de certains ne cessera jamais de me dégouter.

Confus, Ed le suivit du regard sans rien dire lorsqu'il se leva pour sortir de la cabine. Etait-ce son imagination ou bien avait-il vraiment aperçu un semblant de lassitude mélangé à de la colère chez le Colonel ? Il se demanda un instant qu'est-ce qui avait bien pu le rendre aussi sérieux tout d'un coup, puis s'allongea sur la banquette. Ce n'était pas ses oignons après tout. Tant que cet enfoiré ne se déchainait pas sur lui pour évacuer ses soucis, il n'avait aucune raison de chercher à en savoir plus.

Oui. Aucune raison. Même si cela faisait sans doute déjà un bon quart d'heure que Mustang venait de partir. Il était sans doute aller draguer quelques passagères. C'était même étonnant qu'il n'ait pas commencé à le faire dès leur entrée dans le train. Il faudra qu'il le félicite d'avoir tenu aussi longtemps.

- Mais qu'est-ce qu'il fout ?! finit par s'énerver le blond au bout d'une demi-heure de solitude. Me dites pas que je vais devoir m'amuser à le chercher partout quand on annoncera que le train arrive en gare ?! Et après c'est moi le gamin ...

Il s'étira. Bordel, que c'était long ! Le temps passait quand même un poil plus vite quand le Colonel était là. À savoir pourquoi d'ailleurs vu qu'à part le regarder lire le journal et se disputer, il n'avait rien fait d'autre avec lui.

Il tourna la tête pour observer l'extérieur. Ils étaient maintenant dans le nord, plus de doute possible. Une fine couche de neige recouvrait les sapins et le sol. Il soupira. En plus de devoir supporter Mustang, il allait devoir redoubler d'attention. Le froid pouvait lui causer de graves dégâts à cause de ses automails. Vivement qu'Al et lui achèvent leur quête pour retrouver leurs corps d'origine. Il en était à repenser aux différentes aventures qu'il avait vécu d'hors et déjà avec son cadet lorsque la porte de la cabine s'ouvrit. Son supérieur venait enfin de revenir, tenant dans une main deux sachets à priori pleins à craquer.

- Je n'ai jamais vu une telle file d'attente dans un wagon restaurant, soupira Roy.

Edward sentit son estomac se réveiller à l'entente du mot "restaurant". Il était donc parti chercher de quoi manger ? Il aurait pu le prévenir au lieu de disparaitre sans rien expliquer ! En plus, ce goinfre avait pris de quoi nourrir un régiment à première vue. Il croisa les bras et toisa le Colonel avec son regard le plus moqueur.

- Ben dis donc, vous cachez bien votre jeu ! J'aurais jamais cru que vous pouviez manger autant ! Faites gaffe sinon votre image de play-boy va en prendre un coup !

- Qu'est-ce que tu racontes, FullMetal ? Les trois quarts sont pour toi ! déclara le dit play-boy en déballant des petits plats tous plus alléchants les uns que les autres.

Le militaire se retint d'éclater de rire lorsqu'Edward écarquilla les yeux, visiblement choqué qu'il ait pensé à lui. Puis la surprise laissa place à une crise de colère. L'adolescent l'accusa de vouloir le gaver sous prétexte que bien manger aiderait à le faire grandir, autrement dit qu'il avait eu l'audace une fois de plus de critiquer sa taille. En vérité, Roy connaissait l'appétit féroce du plus jeune (les factures de restaurant régulièrement envoyées au QG en témoignaient), et avait pensé que lui remplir la panse le rendrait plus "docile" au moins jusqu'à leur arrivée dans la ville du nord. Peine perdue on dirait.

La fin du trajet en train arriva une heure plus tard, au plus grand soulagement de nos deux protagonistes. Avant de descendre sur le quai, ils prirent soin de revêtir un manteau bien plus adapté à la température régionale. Edward avait transmuté pour l'occasion un manteau à l'exact identique de celui qu'il portait habituellement, hormis que de la fourrure ornait la capuche et que le tissu était plus épais. Mustang, lui, se contenta du manteau officiel des militaires affectés dans les régions enneigées, aussi noir que ses yeux et affublé également d'une fourrure au niveau de la capuche.

- La vache, c'est encore pire que ce que j'imaginais ! lâcha Edward en plein milieu de la gare. On se les pèles !

Roy approuva mentalement sans pour autant se laisser autant aller que son subordonné. Vous ne le verrez jamais se frotter les bras tout en grelottant, ça jamais ! Il savait garder la tête haute, classe oblige. Il avait une réputation à tenir.

- Avant tout autre chose, il faut trouver un hôtel où loger. FullMetal, tu es un spécialiste en la matière, n'est-ce pas ? Je te suis.

- Vous voyez ? Vous commencez déjà à me refiler tout le boulot ! lança Edward en pointant sur lui un doigt accusateur. Vous avez de la chance que je sois pressé d'être au chaud sinon je vous aurais laisser vous débrouiller, quitte à devoir vous retrouver congelé après !

Ed n'eut pas à chercher longtemps. Une auberge se trouvait non loin de la gare, prête à les accueillir. Il ne prit même pas la peine de jeter un œil sur les tarifs, sachant parfaitement qu'il ne verserait pas un sou de sa poche. Roy le suivit sans protester. Il était impatient de débuter sa chasse à l'homme, histoire de clouer le bec à bien des gens à Central. Séjourner dans un hôtel de luxe ou tout juste bon à recevoir des clients lui importait peu. Ils verront si Roy Mustang se laissera abattre aussi facilement ! Tôt ou tard, ces crapules corrompues devront l'admettre pour de bon : il était le prochain candidat au poste de Généralissime.

Un coup de coude le sortit de ses ruminations.

- Tenez, votre clé. M'en voulez pas, j'ai demandé à ce que nos chambres soient pas mal éloignées l'une de l'autre.

En montant les escaliers menant à l'étage, le Colonel lui fit savoir que ce n'était pas une très bonne décision. Si l'un d'eux se faisait attaquer durant la nuit, l'autre pouvait ne rien entendre ou arriver trop tard pour intervenir. Ce à quoi le FullMetal rétorqua qu'il savait se défendre tout seul et que, étant donné qu'il ne risquait pas de se mettre à pleuvoir dans une chambre, son supérieur en était tout autant capable. Leur collaboration promettait vraiment d'être fastidieuse ! Vivement que le lieutenant les rejoignent.

Parce que oui, contrairement à ce que pensait le blond et à ce qu'il avait laissé sous-entendre dans le train, il n'allait pas respecter les ordres jusqu'aux moindres détails. Il avait déjà pris quelques dispositions pour contourner les règles. Encore juste un peu de patience.

Il entra dans sa chambre pour prendre ses aises et laisser le temps à son jeune coéquipier d'en faire autant de son côté. Il observa les lieux et en retira que cela aurait pu être pire. Les meubles se limitaient au strict nécessaire (lit, armoire, table de chevet) et une porte donnait sur une salle de bain loin d'être spacieuse mais équipée du minimum vital. Le tout paraissait tout de même bien entretenu et cela constituait un bon point non négligeable.

Edward posa sa valise dans sa propre chambre, identique à celle de son supérieur. Cette auberge proposait un confort décent, assez sobre, largement suffisant. Un peu plus de luxe ne lui aurait tout de même pas déplu car l'armée devrait payer plus cher pour l'avoir forcé à devoir faire équipe avec Mustang. Mais bon, tant pis. D'ailleurs, il serait peut-être temps que son supérieur lui explique la raison de leur escapade dans le nord. Il ne savait presque rien hormis qu'il s'agissait d'une enquête pour laquelle on avait juger bon qu'il devait assister ce coureur de jupons incompétent. Une enquête sur quoi ? Aucune idée. Celui qui avait taper son ordre de mission ne s'était pas fouler. Un peu plus de détails seraient les bienvenus.

Avant d'aller réclamer des informations supplémentaires, il décida de faire quelques échauffements. Cela lui faisait toujours du bien après un long voyage en train, et puis cela l'aidait à évacuer la tension qui l'habitait depuis leur départ. il n'en revenait toujours pas d'être actuellement à des kilomètres de son frère, en compagnie de l'homme qui l'agaçait le plus au monde. Il commença à s 'étirer une fois son manteau jeté négligemment sur son lit. C'est vrai quoi, pourquoi lui ? Il aurait même préféré assister Armstong l'exhibitionniste.

On frappa à la porte. Occupé à fléchir une jambe et à en tendre une autre en positon accroupie, Edward n'interrompit pas son exercice pour donner l'autorisation d'entrer.

- FullMetal, tu as ...

Le militaire s'interrompit, stupéfait de surprendre son subordonnée en plein échauffement. Etant donné les circonstances, les yeux de Roy détaillèrent plus en détail la silhouette du blond. Le FullMetal, à première vue, pouvait paraître assez chétif, voire efféminé. Mais quand on regardait bien, on pouvait voir des muscles, discrets mais bien présents, se dessiner par exemple au niveau de ses bras. Cela lui ressemblait bien d'incarner en quelque sorte la force qui ne se dévoile pas tout de suite.

- Qu'est-ce que vous voulez ? finit par demander Edward sans le regarder, imperturbable dans sa séance d'étirements.

- Rien. Juste te prévenir que tu as quartier libre jusqu'à demain. Profites bien parce que dès le petit matin, je te traînes hors du lit pour que tu viennes boire un verre avec moi dans le bar le plus proche.

Ok. Pour la peine, cela valait vraiment le coup de ne plus bouger et de dévisager le Colonel avec une franche incrédulité.

- ... Pardon ?