Disclaimer : Les personnages ne m'appartiennent pas et sont issus du jeu Amour Sucré créé par ChinoMiko. Seule Hisae Amari et quelques autres sont issus de mon imagination.

Rating : T

Bonne lecture !

Esilia


CHAPITRE VI

La vie avait retrouvé son cours bien qu'un mince changement se soit opéré. Depuis la fameuse journée à la plage et suite à notre conversation si on peut nommer notre échange verbal ainsi, les rapports que Castiel et moi entretenions semblaient moins agressifs. Ne croyez pas pour autant que nous sommes copains comme cochons et que nous nous racontons nos petits secrets en pouffant de rire. Loin de là !

Nous nous évitons toujours, et lorsque la rencontre est inévitable nous nous disputons encore malgré les soupirs d'exaspération de nos amis. À chaque fois qu'une dispute éclatait je sentais le regard accusateur de Lysandre peser sur mes épaules me rappelant que je lui avais dit que j'allais faire un effort. Mais je devais être la seule à avoir remarqué que nos échanges bien qu'agressifs, avaient perdu un peu de leur mordant et de leur acidité. Était-ce parce que nous nous lassions un peu de cette situation sous tension ou que nos arguments tournaient en rond depuis un moment ? Je n'en savais trop rien même si mon subconscient me faisait remarquer que cela datait du jour où je l'avais ouvertement menacé s'il parlait de mes blessures aux autres. Lui avais-je fait peur ? Ridicule.

Deux semaines s'écoulèrent paisiblement pour les lycéens de Sweet Amoris. Ce qui n'était pas vraiment mon cas. Pendant ces deux semaines j'angoissais jusqu'à aujourd'hui. Car c'était maintenant que j'allais savoir si mon avenir allait prendre un tournant décisif dans les jours ou les mois à venir.

Sur le chemin du lycée ce matin-là, je ruminais mes pensées. J'avais en tête de multiples plans, idées et hypothèses qui se bousculaient quant à mon futur et chaque chose envisagée me paraissait plus invraisemblable que la précédente.

En entrant dans la salle de classe, personne ne fis particulièrement attention à mon arrivée. Les gens continuaient de s'installer tranquillement, en discutant avec leurs amis en attendant l'arrivée de l'enseignant. Nathaniel se dirigea alors vers moi un grand sourire accroché aux lèvres.

- Joyeux anniversaire Hisae ! Dit-il très fier de lui.

Je sentis mon visage s'empourprer rapidement tandis que quelques personnes se mirent à nous fixer. Ce fut Rosa qui réagit la première devançant d'une courte tête Iris.

- Comment ça c'est ton anniversaire aujourd'hui ?! Bon anniversaire ! Tu aurais au moins pu me le dire !

- Bon anniversaire Hisae alors !

Je lançais un regard furieux à Nathaniel qui souriait toujours comme un bienheureux.

- Comment tu as su ? Je ne crois pas te l'avoir dit il me semble.

- J'avoue, j'ai regardé dans ton dossier scolaire. Me répondit-il en essayant d'avoir l'air gêné.

Rosalya rouspétait à qui voulait l'entendre que c'était inadmissible de ne pas dire sa date d'anniversaire à une amie et qu'elle n'aurait jamais le temps d'organiser quelque chose de potable pour fêter ma majorité. Mes camarades de classes habitués à ses éclats de voix et connaissant son sens de l'organisation étaient, eux, tout à fait persuadés qu'elle réussirait à me préparer une fête digne de ce nom en quelques heures. Ce qu'elle commença à faire en invitant quasiment toute la classe chez elle pour le soir-même. Certains ne furent pas invités cordialement mais plutôt convoqués avec séquelles à prévoir en cas d'absence ; parmi eux se trouvaient Castiel, Nathaniel et moi. Car oui, même si cette soirée était en train d'être organisée en mon honneur, j'avais prévu de l'esquiver purement et simplement. J'avais l'habitude de ne pas fêter cet « évènement », à quoi bon quand on est seule et que cela nous remémore de mauvais souvenirs ?

Plus tard dans la journée, j'appris que Melody et Capucine se joindraient au groupe habituel ainsi que Dajan et Jade dont j'avais fait la connaissance quelques semaines auparavant. Il avait été prévu que chacun ramène un petit quelque chose afin d'avoir assez à manger pour tout ce petit monde.

Jusqu'à la sonnerie annonçant la fin des cours, je n'entendis que des personnes me souhaitant mon anniversaire et cela provoqua en moi une drôle de sensation. J'avais l'agréable impression d'avoir une boule de chaleur dans le ventre, chose que je n'avais pas eu l'occasion de ressentir depuis longtemps. L'excitation de Rosa était palpable à tel point qu'on avait l'impression que cette soirée était organisée pour elle. Rosalya m'avait ordonné d'arriver un peu après le reste des autres invités soit à 19h45 et non pas 19h30.

Sur le chemin du retour je pris le temps de flâner un peu au parc, j'avais besoin de réfléchir sereinement, chose que je n'avais pas pu faire lors de ces deux dernières semaines. Je m'installai sur mon banc de prédilection légèrement caché par les roseaux et j'explorai mes pensées.

Aujourd'hui je prenais dix-huit ans. J'étais majeure avec les conséquences que cela entraînait. À partir d'aujourd'hui je pouvais devenir une étoile à tout moment, selon le bon vouloir de ma mère. Je ne savais pas quand elle se déciderait enfin à faire ce à quoi elle s'était toujours refusée, mais il avait été convenu que cela ne se ferait pas avant ma majorité. Pour mon frère Hugh, qui est en réalité mon demi-frère, cela avait dû être fait bien avant sa majorité. Les circonstances n'étaient pas les mêmes et notre passé bien différent.

En soupirant je jetais un œil à mon deuxième portable. Aucun message. Aucun appel. Je soupirais de nouveau. J'attendais des nouvelles, pour savoir à quoi me préparer et connaître les plans de ma mère me concernant, mais pour l'instant c'était le silence radio le plus total. J'avais été ridicule de croire qu'elle aurait pu m'appeler pour me tenir au courant de ma situation.

Sur le trajet pour retourner à mon appartement je m'arrêtais chez un buraliste pour fêter mon anniversaire à ma façon. Je ressortis quelques instants plus tard, un paquet de cigarette dans la poche, un briquet dans l'autre.

L'heure fatidique arriva trop vite à mon goût. J'avais eu le temps de prendre une douche et de revêtir une robe légère car il faisait encore chaud en cette fin de mois d'octobre. En prévision, je pris un gilet et le fourra au fond de mon sac à main accompagné de mon tout nouveau paquet de cigarettes et de mon nouveau briquet. J'allais partir et claquer la porte quand je me souvins tout à coup que j'avais oublié quelque chose. Je fis donc demi-tour pour aller chercher les bonbons que j'avais prévu d'emmener. Après avoir pris ce qu'il me manquait, je repris mon chemin en lançant un vague bonjour à Annabelle qui sortait ses poubelles.

Je sonnais à l'heure prévue chez Rosalya qui m'ouvrit avec un grand sourire accroché aux lèvres. J'aperçus derrière elle Melody en grande conversation avec notre chère tête blonde qui occupait accessoirement le poste de délégué principal.

Rosalya s'écarta en lançant un grand « Elle est là ! ». C'était le signal de départ des embrassades apparemment. Tout le monde se leva pour venir me faire la bise et me souhaiter un joyeux anniversaire, même Melody bien qu'elle sembla un peu froide. Seul Castiel n'avait pas suivi le mouvement et ce n'était pas forcément un mal. Rosa qui elle s'était jetée sur moi, me fourra ensuite un verre de champagne dans une main et un paquet cadeau dans l'autre.

- A tes dix-huit ans ! S'exclama-t-elle en m'adressant un sourire éblouissant.

Je fixais le paquet, puis elle, puis à nouveau le paquet. Mes lèvres étaient scellées mais mon regard devait lui décrire ce que je ressentais. Je ressentais un étrange mélange de joie et d'appréhension. J'étais vraiment contente de recevoir autant d'attention de la part de quelqu'un, mais cela me faisait un peu peur en même temps. Je n'avais pas l'habitude qu'on me manifeste autant d'amitié et c'est pour cela que je paru aussi réservée.

Je posai mon verre afin de pouvoir ouvrir le paquet plus facilement. Mes yeux s'écarquillèrent en découvrant ce qu'elle m'avait offert.

- Comment tu as su ?!

- Je suis une détective hors pair !

J'étouffais un ricanement en repensant à sa pseudo filature de l'autre jour quand elle m'avait suivie au bar.

Kim s'était levée pour découvrir mon présent.

- Euh... C'est quoi en fait ? Non, en fait c'est quel groupe parce que je vois bien que c'est un CD, mais je n'arrive pas à lire le nom du groupe.

- C'est parce que c'est coréen. Ce sont les Super Junior.

- Comment ça se fait que tu écoutes de la musique coréenne ? Me questionna Nathaniel.

- Les miracles d'internet je suppose. Déclarais-je avec un sourire.

Mensonge éhonté. J'avais vécu pendant un certain temps en Corée du Sud et je les avais découverts là-bas. De ma vie en Corée, j'en avais gardé une passion pour ce groupe.

Nathaniel m'offrit un livre. Nous en avions discuté pendant notre soirée ensemble et je me souviens avoir dit que j'avais envie de le lire. Je lui adressais un grand sourire en remerciement. Il sembla légèrement embrassé et ses joues s'empourprèrent. Les autres m'offrirent des bricoles mais c'était l'intention qui comptait. À chaque cadeau reçu, je ressentais toujours cette joie qui était de moins en moins teintée d'appréhension. Je commençais seulement à comprendre qu'il était possible que certaines personnes tiennent à moi. Évidemment je n'avais rien reçu de la part de Castiel.

Une fois les cadeaux ouverts, la nourriture fut mise à disposition de tous et la soirée fut véritablement lancée. Je m'installai sur le canapé entourée de Rosa et Nathaniel, Dajan nous faisant face avec Violette.

- Rosa, comment tu as pu avoir un CD coréen en une journée ? Normalement pour en avoir un il faut au moins trois semaines pour qu'il arrive de l'autre bout du monde !

- Je l'avais commandé à Paris il y a deux semaines pour me faire pardonner pour l'histoire du bar. J'avais regardé dans ton Ipod pour savoir quoi prendre. Et comme j'ai appris que c'était ton anniversaire aujourd'hui, j'en ai profité pour te l'offrir.

- Ahh, d'accord ! Au fait merci Dajan pour ces perles mais elles sont énormes, à quoi elles servent ?

- C'est des décorations pour les cheveux en fait. M'indiqua ce dernier.

- Ahh, d'accord ! Mais comment elles se mettent ?

- Attends Hisae, je vais te montrer. Me proposa Violette.

Cette dernière se leva et se plaça derrière moi pour me montrer comment les enfiler facilement. Elle en profita pour toutes me les mettre. Je devais avouer que ça donnait un effet sympa. Je remerciais Violette qui retourna s'asseoir aux côtés de Dajan en murmurant que ce n'était rien avec un petit sourire timide accroché aux lèvres.

Rosa partit rejoindre Leigh et j'entamais une discussion avec Nathaniel. Nous étions tous deux affalés dans le canapé plongés dans notre conversation quand Nathaniel se raidit soudainement.

- Ça ne va pas ?

- Si, si, ne t'inquiète pas. Dit-il pour tenter de me rassurer.

- C'est vrai que ça en a tout l'air. Le raillais-je.

Il me lança un regard vaguement agacé avant de continuer.

- C'est Melody. Elle nous observe et elle se comporte étrangement.

Un rapide coup d'œil dans sa direction et je compris ce qu'il voulait dire par étrange. Elle nous dévisageait ouvertement, un air contrarié habitait ses traits. Je n'eus pas plus de temps pour essayer de la comprendre car un autre problème se posait à moi. Castiel.

Il était entré dans mon champ de vision et il semblait avoir pris un verre de trop pour rester pleinement maître de lui.

- Alors, comment ça va Hisae ? Tu t'es bien intégrée à ce que je vois. Je ne savais pas que tu avais craqué pour le délégué coincé. Toutes mes félicitations.

- Arrête Castiel, tu es ridicule là.

- Ahh non c'est vrai j'oubliais. Reprit-il. Madame reste seule. Elle n'a besoin de personne, hein.

- Sérieusement, tais-toi Castiel. Lui dis-je en commençant à m'énerver.

- Sinon quoi ? Attends, qu'est-ce que tu m'avais dit la dernière fois déjà ? Ahh, oui... Que j'allais le regretter.

- Ferme-la Castiel.

- Quoi, t'as peur que je raconte ce que j'ai vu ? Que tu t'es vautrée lamentablement ? Non, ça on s'en fout. T'as juste pas envie que tout le monde découvre à quel point tu te fous d'eux.

Il prit une voix plus forte avant de continuer.

- Non, parce que ce que vous ne savez pas, c'est qu'Hisae préfère...

- Ferme-la ! Tu comprends mieux comme ça ? Ferme-la Castiel ! M'écriais-je hors de moi.

- Non, vous fermez-la ! S'écria Kim. Vous me gonflez là avec vos histoires ! C'est toujours la même chose avec vous.

Rosa et Iris s'échangèrent un regard complice avant de se diriger vers nous. Rosa s'empara de moi tandis qu'Iris se chargea de Castiel. Nous nous laissions faire ne sachant ce qu'elles avaient en tête. C'est en voyant Iris s'engager dans la salle de bain à l'autre bout de l'appartement que je commençais à comprendre ce qu'elles avaient mijoté.

- Rosa, non, fais pas ça si tu ne veux pas avoir un meurtre sur la conscience !

- Rien à faire. Vous allez régler ça une bonne fois pour toutes, parce que c'est plus possible comme ça. Allez, tu peux le faire.

Je commençais à me débattre mais Kim vint à sa rescousse, et c'est ainsi que Castiel et moi nous retrouvâmes enfermés dans cette salle de bain. La condition pour que nous en sortions était simple. Nous devions régler nos différents.

Cette situation semblait avoir permis à Castiel de reprendre ses esprits et de reprendre le contrôle de lui-même. Après nous avoir consultés du regard à peine quelques secondes, nous nous jetâmes sur la porte. Elle était verrouillée de l'extérieur. Je me mis à tambouriner sur celle-ci en appelant Rosa, en lui promettant que je ne me disputerais plus avec lui et autres promesses fantaisistes. Lui cherchait une clé dans tous les recoins possibles de la pièce qui n'avait pas de fenêtres. Des pas se firent entendre dans le couloir, mais mon regain d'espoir retomba aussitôt.

- Tu peux tout essayer Hisae, mais vous ne sortirez pas d'ici tant que vous n'aurez pas régler votre problème. Personne ne viendra vous sortir d'ici sans mon consentement. Et ne compte pas non plus sur Nathaniel pour te sortir de là. Vous seuls pouvez vous tirez de là. Et Castiel, pas la peine de chercher d'autres clés je les aie toutes donc ne fouille pas dans mes affaires s'il te plaît.

Ce dernier poussa un soupir de frustration et laissa tomber ses recherches avant de s'énerver contre l'instigatrice de ce plan. Nous entendîmes les pas s'éloigner de nouveau et je me laissai tomber au sol contre la porte, tandis que Castiel s'assit sur le rebord de la baignoire. Un silence de plomb s'installa entre nous, personne ne voulant entamer la conversation pourtant inévitable. Je fixais le carrelage au sol attendant une intervention divine pour me sortir de ce pétrin. Manifestement après déjà un bon quart d'heure d'attente, j'avais pu en conclure que le miracle divin ne se réaliserait pas ce soir. J'allais devoir prendre les choses en main, car ce n'était pas Castiel qui allait le faire.

- Bon, j'ai pas envie de finir ma soirée coincée avec toi ici, alors tu vas m'expliquer bien gentiment pourquoi tu ne me supportes pas, d'accord ?

- ...

- Allez, mets-y du tien là ! T'étais beaucoup plus bavard tout à l'heure devant tout le monde.

- Tsss... Siffla-t-il entre ses dents. C'est vrai. Tu voulais pas que tout le monde te voies comme tu es vraiment, hein ?

- Comment ça, « comme tu es vraiment » ?

- Seule. Tu te fous complètement d'eux en fait, pas vrai ?

Je ne répondis rien, attendant qu'il développe son raisonnement.

- Tu fais la fille sociable, gentille et tout alors qu'en fait t'en a rien à faire d'eux et dès que tu peux, tu restes seule. Comme la dernière fois où tu as préféré rentrer chez toi à pied en boitant et en saignant de partout plutôt que de demander de l'aide à « tes amis ».

Encore une fois, je restais muette suite à sa tirade.

- Bah alors, tu dis plus rien ? Ça doit être parce que c'est vrai, hein ?

- Qu'est-ce que je t'ai fait Castiel ?

- Rien. T'as rien fait, et c'est ça qui me fait chier.

Là, je n'avais pas compris. Il a dû le voir d'après mon air étonnée.

- T'as débarquée ici, tu connaissais personne, tu vivais seule et t'as clairement fait comprendre que tu voulais rester comme ça en envoyant bouler tout le monde ou presque. Mais alors que t'avais rien demandé à personne, Rosa décide que sa prochaine mission allait être de te sociabiliser. Et là, tu nous refait le coup du « Laissez-moi tranquille, j'aime être seule ». Pour moi, pas de problèmes. T'es bien comme ça, OK. Mais, on sait pas pourquoi du jour au lendemain tu décides qu'en fait tu veux bien les intégrer dans ta vie. Et depuis, en façade tu as des amis et tu es heureuse alors qu'en fait tu restes autant solitaire qu'au début. Alors excuse-moi, mais ça moi je ne supporte pas.

- Qu'est-ce que tu ne supportes pas là-dedans ? Que je n'ai pas encore complètement changée ?

- Je m'en fous que tu changes ou pas. Dit-il en haussant les épaules l'air faussement blasé.

- Alors c'est quoi ?

- Lâche-moi.

- Ok.

- Tsss... Ça te ressemble pas de lâcher l'affaire comme ça. Me fit-il remarquer si aimablement.

- De toute façon, on ne sortira pas tant que tu m'auras pas dit pourquoi.

Un nouveau silence s'installa. Quelques instants plus tard des bruits de pas se firent de nouveau entendre.

- Alors ça en est où ? S'enquit Rosa.

- C'est fini. Répondis Castiel.

- Hisae ? C'est vrai ?

Je lançais un regard à Castiel. Celui-ci était tendu et semblait prêt à me sauter au cou en cas de mauvaise réponse de ma part. Tant pis, je prenais le risque.

- Non. On a pas fini.

- Qu'est-ce que tu racontes ? Ouvre-nous Rosa !

Mais c'était trop tard, elle avait déjà fait demi-tour.

- Qu'est-ce que t'as foutu ?! On aurait pu sortir. S'exclama-t-il en serrant les poings.

- Je veux ma réponse. On sortira pas tant que je ne l'aurais pas.

- T'es vraiment butée comme fille.

- Au moins autant que toi. Concluais-je d'un ton entendu.

Après un nouveau silence, Castiel décida d'enfin me livrer la raison de sa continuelle contrariété envers moi.

- Tu veux vraiment savoir pourquoi je te supporte pas ? Il n'attendit pas ma réponse, il était enfin lancé. Je te supporte pas, parce que tu es seule et tu es heureuse. Moi je suis seul, mais je l'ai pas vraiment choisi en réalité. Mes parents sont tout le temps barrés donc on a pris la décision que j'allais m'émanciper. Au début c'était cool, mais avec le temps ça me pèse trop lourd d'être tout le temps seul. Mon chien ça me suffit pas. Et moi, j'ai pas eu droit aux mêmes égards que toi. Toi, t'as jamais rien demandé et tout t'a été livré sur un plateau d'argent. Moi j'ai galéré pour avoir ce que j'ai aujourd'hui. Je n'avais que Lysandre et je m'étais mis tous les autres à dos. T'imagine même pas ce que j'ai dû faire pour pouvoir compter Rosa, Iris, Violette et Kim parmi mes amis. Alors, ouais ça m'a énervé de voir que toi qui ne voulait rien de tout ça, t'as eu tout ça sans rien faire et surtout que tu t'en foutais royalement.

- Je ne m'en fous pas.

- Même, qu'est-ce que t'as fait pour les mériter comme amis, hein ?

- Tu n'imagines pas à quel point j'ai pris sur moi.

- À d'autres. Ça marche pas avec moi.

- Mais tu crois quoi Castiel ! m'exclamais-je. Que ma vie est toute rose ? Tu crois vraiment que je l'ai choisi ? Tu crois vraiment qu'une gamine de treize ans décide d'elle-même de s'émanciper ?! Non, mais franchement ! C'est pas possible d'être aussi stupide ! Tu aurais dû le comprendre vu qu'apparemment toi non plus tu l'as pas vraiment choisi ! Non, mais mon Dieu, c'est pas possible d'être aussi borné !

- Tu te fous de moi ? Depuis le début tu répètes que tu l'as choisi !

- Oublie cette conversation.

- Non, c'est trop facile ! Alors maintenant tu t'expliques !

Je me mis à rire. Il croyait vraiment que j'allais lui étaler ma vie en long en large et en travers ?

- Je me suis déjà assez expliquée je trouve. OK, je l'ai pas choisi. J'ai toujours plus ou moins vécu seule, donc j'ai pas appris à être heureuse autrement. Je n'ai jamais cherché à avoir d'amis car ma situation me satisfaisait à l'époque. Mais maintenant je découvre que je ressens des choses que je ne connaissais pas avant. Je change, mais pas assez vite à ton goût visiblement. Alors, non je ne me fous pas d'eux, mais je n'y suis pas encore habituée, alors j'ai encore besoin de ma solitude, OK ? Ça te va comme explication ?

Pendant ma petite explication Castiel me fixais avec un visage neutre.

- Alors comme ça on se ressemble. Me dit-il avec un petit sourire ironique.

- Dans tes rêves. Lui répondis-je avec ce même sourire.

Après avoir appelé Rosa et lui avoir confirmé que nous avions discuté, nous avons été autorisés à sortir de cette maudite salle de bain. En sortant de cette pièce je glissais à Castiel qu'il avait intérêt à garder sa langue dans sa poche au sujet de cette conversation. Il me répondit que j'avais moi aussi intérêt d'en faire de même. Pour une fois nous nous comprenions.

En retournant dans le salon avec les autres, je pus m'apercevoir que certains étaient déjà partis. Je décidais de ne pas m'attarder d'avantage. Après avoir fait la bise à Nathaniel, Rosa et Leigh, je partis à la suite de Castiel sorti quelques instants auparavant.

La discussion que j'avais eu avec ce dernier avait eu le mérite de mettre les choses à plat, et nous avait permis de nous rendre compte que nous avions plus de points communs que nous le pensions.

En sortant de l'immeuble une fine brise soufflait me faisant frissonner. J'extirpais alors mon gilet du fond de mon sac et l'enfila avant de me diriger vers le parc pour mon rituel.

Je me réinstallai sur le banc où j'étais quelques heures plus tôt et tirai le paquet de cigarettes de mon sac. J'en sortis une et la coinça au coin de mes lèvres le temps que je trouve mon briquet dans mon fouillis. Une fois déniché, je l'actionnais et fixais la flamme produite. Cette flamme embrasa le tabac puis s'éteignis avant que mon briquet ne retourne dans le sac.

Je m'allongeais sur le banc et plongeais mon regard dans la galaxie illuminée de ces innombrables étoiles. Après quelques bouffées une sonnerie retentit. A tâtons je trouvais mon téléphone du lycée. Aucun message et aucun appel. C'était donc l'autre. Toujours à tâtons je dénichais mon deuxième portable. Un message. Hugh.

23H02 : Joyeux anniversaire Hisae. Je suis désolé qu'on ne soit toujours pas réunis cette année, mais tu sais que si tu as besoin de mes conseils, je suis là. J'ai eu Mère au téléphone, elle m'a chargé de t'annoncer qu'elle ferait une annonce te concernant avant la fin de ton année scolaire. Courage, plus que quelques mois.

Je reposais mon téléphone et finis ma cigarette avant d'en rallumer une seconde. Je fumais à chacun de mes anniversaires depuis mes treize ans. Une façon pour moi de marquer le moment où ma vie était partie elle aussi en fumée.

Les yeux rivés sur les étoiles, je me rendis compte que j'en deviendrais une dans moins de huit mois. L'angoisse me pris à la gorge et un sanglot m'échappa pour la première fois depuis mes treize ans.


J'espère que ce chapitre vous a plut !