Disclaimer : Les personnages ne m'appartiennent pas et sont issus du jeu Amour Sucré créé par ChinoMiko. Seule Hisae Amari et quelques autres sont issus de mon imagination.
Rating : T
Bonne lecture !
Esilia
Chapitre VII
Je me souviendrais encore longtemps de mon anniversaire célébrant ma majorité. Tellement de choses inespérées s'étaient passées et tant d'autres que j'attendais depuis longtemps n'avaient pas eu lieu. Il y a encore deux mois de cela, si l'on m'avait dit que je passerais cette journée entourée d'amis et qu'ils fêteraient mon anniversaire avec moi, je ne l'aurais jamais cru. Lors de cette journée, je m'étais rendue compte que l'on tenait au moins un peu à moi, en tout cas assez pour m'offrir des cadeaux. Même s'il ne s'agissait que de bricoles dans la plupart des cas, ils avaient une valeur particulière à mes yeux. Je me souvenais encore de la sensation que j'avais pu ressentir en les ouvrants. J'avais enfin pu savoir ce qu'était la joie. Certes, j'avais déjà connu ce sentiment mais plus depuis mes treize ans. Le redécouvrir dans ces conditions m'avait émue, moi qui ne pensait pas le revivre avant encore plusieurs mois. En contrepartie, je n'avais eu aucune nouvelle de ma mère.
J'avais attendu ce moment depuis que j'avais pris mon indépendance. A chaque coup dur, je me disais que cela irait mieux à mes dix-huit ans. A chaque anniversaire, je me disais que celui célébrant ma majorité serait enfin différent. Sur la fin, je comptais les jours me séparant encore de ce jour tant attendu. Mais une fois mon anniversaire arrivé, rien. Aucun signe, aucun appel, pas même un message. Rien, le silence radio le plus complet. Seul Hugh m'avait prévenue qu'il y aurait peut-être une annonce au cours de l'année. A croire que ce jour n'était important que pour moi. Ce jour devait être synonyme de la fin de ma solitude, mais il fallait croire qu'en réalité il n'en était rien.
Les semaines suivant mon anniversaire s'écoulèrent. Je restais toujours sans nouvelle de ma mère et en prime je n'arrivais plus à joindre Hugh tout comme le secrétaire personnel de ma mère si tendre et attentionnée. Je la soupçonnais fortement d'avoir bloqué ma ligne en direction de ces numéros. En attendant son bon vouloir, je me faisais un sang d'encre quant à mon avenir, ne sachant pas à quoi me préparer. Cela me pesait fortement sur le moral et Nathaniel commençait à me poser de plus en plus de questions. Comme celui-ci n'obtenait pas de réponse claire, il eut la brillante idée de se joindre à Rosalya qui elle aussi essayait de son côté de m'extirper des informations.
A présent, ils échangeaient leurs informations et leurs hypothèses essayant de découvrir ce qui me pesait autant. A les voir ainsi, ils me donnaient l'impression de jouer au Cluedo, eux dans le rôle des enquêteurs et moi dans celui de l'assassin traqué. Cela faisait à présent un mois que mon anniversaire était passé et presque autant de temps qu'ils me traquaient où que j'aille et épiant mes conversations. Une fois j'avais même entraperçus Rosalya essayant de récupérer mon courrier.
Plus ces deux-là s'entêtaient, plus ils devenaient irritants à mes yeux. Cette légère exaspération envers eux avait joué sur mon rapprochement avec Castiel. Suite à notre discussion dans la salle de bain, nous avons pu finir de mettre les choses à plat, chacun expliquant ce qui l'avait énervé chez l'autre. Nous nous sommes rendu compte que nous avions au moins deux points communs. Le premier était que nous nous étions émancipés par la force des choses, le second étant notre amour pour la musique. Certes, nous avions des goûts assez différents, lui écoutant du métal et du rock pur et dur, moi préférant le pop-rock ainsi que la K-pop ou pop coréenne, mais la passion était la même.
Comme je passais le plus clair de mon temps à éviter Nathaniel et Rosalya dernièrement, c'était presque naturellement que je m'étais rapprochée de Castiel. Au cours des soirées suivantes et pendant les repas pris tous ensemble, j'avais pu sympathiser avec lui. Notre relation commençait enfin à ressembler à quelque chose et nos conversations n'étaient plus seulement cordiales mais amicales.
Notre rapprochement était tel qu'il nous arrivait assez régulièrement de nous retrouver au parc en fin de journée. Lui en profitait pour sortir son beauceron prénommé Démon et moi pour prendre l'air. Parfois nous discutions de tout et de rien, d'autres fois nous critiquions Melody ou Ambre que nous ne portions pas particulièrement dans notre cœur ou nous nous moquions des méthodes d'investigations de Peggy qui nous suivait au sein du lycée dans l'espoir d'obtenir un scoop. Mais nous ne parlions pas forcément à chaque fois. Il nous arrivait de ne pas nous adresser la parole, chacun de nous ayant ses écouteurs sur les oreilles et cela nous convenait parfaitement. Nous n'étions plus seuls chacun dans notre coin, nous avions trouvé en l'autre un compagnon dans notre solitude. Lui ne cherchait pas à savoir ce qui me tracassait et je ne cherchais pas à comprendre la cause de la mauvaise humeur qu'il manifestait dernièrement. Un compromis qui nous convenait à tous deux.
Mais cet arrangement tacite entre nous en faisait rager au moins une. Ambre. Au fil des semaines, j'avais pu voir l'évoluer de son animosité envers moi. Plus je me rapprochais de Castiel et plus celle-ci devenait jalouse. Je m'étais fait la réflexion que cela avait eu au moins comme conséquence de diminuer le profond mépris de Melody envers moi.
Ces derniers jours Ambre semblait plus calme, mais mon instinct me soufflait qu'il n'en était rien.
Je jetais un coup d'œil à ma montre. 13h27. M*rde, je reprenais les cours à 13h30 normalement.
J'accélérais alors le pas ne voulant pas arriver en retard. Alors que je passais devant les salles de sciences un bruit à l'intérieur attira mon regard. Je n'eus que le temps apercevoir une chevelure blonde avant que la vitre n'explose en ma direction. Dans la précipitation je me suis jetée au sol en voulant éviter autant que possible les éclats de verre.
Nathaniel arriva juste à temps pour voir Ambre s'enfuir à toute vitesse. Celui-ci la regarda s'éloigner puis il croisa mon regard à travers mes mèches de cheveux. Je le vis blêmir jusqu'à atteindre la couleur d'un cachet d'aspirine avec quelques touches vertes sur les pommettes. Il s'agenouilla à mes côtés et remis une de mes mèches de cheveux en place et commença à panser mes écorchures aux bras.
- Je suis désolé, murmura-t-il. Tu t'es coupée en plus. Regarde-moi Hisae.
Je n'avais pas envie qu'il découvre mon visage. Je sentais le sang couler le long de ma joue, elle ne m'avait pas ratée et je ne voulais pas que Nathaniel se sente encore plus coupable.
- Regarde-moi.
- Non.
- Regarde-moi Hisae ! S'exclama-t-il en prenant mon menton en coupe pour faire pivoter mon visage vers lui.
Je préférais fermer les yeux pour ne pas voir son expression coupable. Il n'était en rien coupable d'avoir une telle sœur. N'entendant aucune réaction de sa part, j'ouvris de nouveau les yeux.
Il semblait comme figé. Sa main tenait toujours fermement le bas de mon visage et ses lèvres étaient pincées. Sans un mot, il leva sa seconde main pour éponger le sang qui continuait de se déverser de mes coupures notamment au front. Je repoussais cette main, mais il persista. Je le repoussais de nouveau n'ayant pas envie qu'il se sente obligé de prendre soin de moi.
Mais il ne l'entendait pas de cette oreille. Il approcha de nouveau sa main, son regard rivé au mien. Quelque chose dans ses yeux me persuada de me laisser faire. Sans un mot, il essuya le sang qui formait une traînée le long de ma joue. Il continua à prendre soin de moi en enlevant les bouts de verre qui me recouvraient. Puis il m'aida à me relever et m'emmena jusqu'à l'infirmerie. Pendant tout ce temps, il n'avait pas décroché un mot mais son regard était amplement suffisant. Ses yeux mordorés me demandaient pardon, ils s'inquiétaient de mon état, ils étaient pleins d'affections envers moi, mais surtout ils étaient honteux.
Je n'arrivais toujours pas a réalisé ce qu'il s'était passé. Ou plutôt qu'Ambre en soit arrivée là. C'était vraiment la seule chose qu'elle ait trouvé à faire pour se défouler contre moi ? Au lieu d'une bonne vieille dispute, elle avait préféré faire éclater une vitre à mon passage ?
Une fois que l'infirmière se soit déclarée satisfaite après avoir vidé la boîte de pansements, je pus retourner en cours. Un rapide coup d'œil m'appris qu'Ambre ne me faisait pas l'honneur de sa présence.
Je m'assis à côté de Nataniel qui évitait ostensiblement mon regard.
- Ce n'est pas de ta faute, ce n'est pas si grave. Lui dis-je en tentant de dédramatiser la situation.
- Si ça l'est, grogna-t-il entre ses dents.
- Non.
- Si. Affirma-t-il en plantant son regard dans le mien. Je m'en veux terriblement. Et peu importe ce que tu diras, ça en changera rien. J'ai ma part de responsabilité.
Je ne voyais pas où il voulait en venir, mais ma réflexion fut interrompue par l'entrée de la directrice dans notre salle.
- Mademoiselle Amari, veuillez me suivre.
Je pris mon sac et la rejoignit. Rosalya m'adressa un petit signe d'encouragement et Castiel fronçait les sourcils. Une fois arrivées dans son bureau, elle s'assit dans son grand fauteuil de faux cuir noir et me regarda sans prononcer un mot. Ne sachant que faire je pris également place sur un siège et j'attendis la suite.
- Mademoiselle, vous devez savoir pourquoi vous êtes ici ?
- Non madame.
- Je suis sûre que si.
- Pour la vitre ?
- Ahh, c'est vrai qu'il y a cela également. Commençons par ça alors.
Qu'est-ce qu'elle voulait dire par là ? Quel était l'autre sujet qu'elle voulait aborder ?
- Mademoiselle, reprit-elle, je me doute bien que vous n'avez pas fait éclater la fenêtre sur vous-même. Avez-vous vu qui a pu faire ça, parce qu'une vitre de cette taille ne se brise pas toute seule.
L'expression de Nathaniel me revint en mémoire. Je ne voulais pas lui causer plus de problèmes qu'il n'en avait déjà avec sa sœur.
- Non madame.
- Vous en êtes sûre ? Aucun détail qui pourrait nous aider à identifier le ou la coupable ?
- Non rien. J'étais trop occupée à éviter les éclats de verre.
- Très bien. Heureusement que nous sommes assurés, se murmura - t-elle ensuite.
Puis elle fouilla dans les papiers jonchant son bureau directorial à la recherche d'un document précis. Quand elle l'eu en main elle poussa un petit cri de triomphe en brandissant fièrement le papier.
- Je disais donc, avez-vous la moindre idée de votre présence ici mademoiselle Amari ?
- Pas plus que tout à l'heure.
Je restais sur mes gardes. Le document qu'elle avait en main semblait officiel et donc synonyme de problèmes en général.
La directrice prit ses lunettes et les posa sur le bout de nez afin de parcourir le document.
- D'après ce texte, me dit-elle, il semblerait que votre dossier pose problème. En vue du baccalauréat, il est normal pour le corps enseignant de procéder à une vérification des documents fournis lors de l'inscription. Hors, il apparaîtrait que votre carte d'identité n'est pas valable, ajouta-t-elle en me regardant dans les yeux.
- La date de validité est peut-être dépassée ? Tentais-je sans grande conviction.
- Vous ne m'avez pas comprise. Je n'ai pas dit qu'elle n'était plus valable, mais pas valable. En d'autres termes, soit votre carte vous a été donnée avec une erreur d'impression, soit elle est fausse. Vous allez devoir régler ce détail au plus vite afin que vous puissiez vous présentez au bac.
- Merci de m'avoir prévenue madame.
En sortant de la pièce, je me mis à la recherche d'un endroit relativement isolé. Le toit m'apparut comme une évidence. Castiel m'en avait montré l'accès quelques jours auparavant. Après avoir grimpé la volée de marches conduisant jusqu'à la trappe normalement fermée mais dont la serrure avait quelques faiblesses, je me hissais sur le toit de l'établissement.
Mon deuxième portable fut dégainé à la vitesse de la lumière, et parmi une liste de numéros qui m'avait fournie par le secrétaire de ma mère, je composais le numéro qui m'intéressait. Après quelques tonalités, une voix masculine se fit entendre.
- Allo ?
- Bonjour, je m'adresse bien au Ministre de l'éducation nationale ?
- Comment avez-vous eu mon numéro personnel ? Et qui êtes-vous ?
- Qui je suis n'est pas la question. Comment j'ai eu votre numéro non plus. Je n'ai qu'un mot à vous dire.
Je jetais un coup d'œil à la liste pour trouver ce fameux mot. Pendant ce temps le ministre continua de parler.
- Quoi, vous ne voulez plus allez en cours ? Allez, la plaisanterie a assez durée. Au revoir Mademoiselle.
- Je l'ai !
- Quoi donc ?
- Le mot. C'est « Armeline ».
Mon interlocuteur se tut et un silence gênant s'installa. Puis il reprit avec beaucoup d'hésitations dans la voix.
- Vous... avez bien dit... « Armeline » ?
- C'est ça. Bon je suis désolée mais je suis un peu pressée, alors on va faire vite.
- Bien Mademoiselle.
- Je veux qu'une de mes connaissances, Hisae Amari n'ait aucun problème lors de son inscription au bac. Elle a eu un problème avec sa carte d'identité, et elle n'apparaît pas dans le fichier. Et elle ne veut pas y apparaitre, je me suis bien fait comprendre ? Je vous demande simplement de la laisser s'inscrire même si sa carte n'est pas valide, vous pouvez faire cela pour moi ?
- Oui, oui. Pas de problèmes Mademoiselle.
- Bien. Au revoir alors.
- Attendez ! Présentez mes plus sincères salutations à Mme la Présidente je vous prie.
Je raccrochais sans lui répondre. Présenter ses salutations à ma mère ? Il faudrait encore que je puisse moi-même lui adresser la parole. Je ne lui avais pas parlé directement depuis des années. Je ne l'avais même pas eu au téléphone depuis que je vivais seule.
Je jetai un coup d'œil à ma montre qui m'apprit que ça ne valait pas la peine de retourner en cours qui finissaient dans vingt minutes. Mon sac en bandoulière sur l'épaule je redescendis du toit et sortis du lycée. En rentrant chez moi je décidai de flâner un peu parmi les boutiques du centre-ville. Une heure plus tard je poussai la porte de mon appartement. Entre temps mon porte-monnaie s'était allégé et mes bras s'étaient chargés de paquets. J'avais fait l'acquisition d'un ensemble veste de tailleur et pantalon noirs. Un sobre T-shirt blanc et une paire d'escarpins également noirs complétaient cette tenue. Cet ensemble était prévu pour une occasion spéciale. Le jour où ma mère ferait enfin ma présentation.
Un vibrement provenant de mon sac à main se fit entendre. Je me suis jetée sur mon deuxième portable pour vérifier si ce n'était pas un message annonceur de nouvelle, et comme cela était le cas depuis deux mois j'étais déçue. Ce n'était pas le bon téléphone qui vibrait. Un coup d'œil au mobile me servant au lycée m'apprit que j'avais un nouveau message de Nathaniel.
17h38 : Il faut qu'on parle.
Je lui répondis aussitôt pensant savoir de quoi il voulait discuter.
17h39 : Je n'ai rien dit à la directrice à propos de ta sœur, ne t'inquiète pas.
Quelques instants plus tard je recevais une réponse.
17h42 : Ce n'est pas de ça dont je veux te parler.
Il ne pouvait pas se montrer plus clair au lieu de me rabâcher qu'on doit parler ?
17h45 : De quoi tu veux discuter ? Ça peut attendre demain midi ?
17h49 : Ok, demain midi.
Sur cette décision, je partis prendre une douche et inspecter mes nouvelles coupures.
Mon corps était assez malmené ces derniers temps. Entre la chute de vélo qui m'avait bien esquintée et la vitre qui m'avait lardée d'éclats de verre ce matin, je n'étais pas gâtée. J'avais gardé de fines cicatrices au niveau des paumes et des coudes qui, je l'espère, s'estomperaient avec le temps. Moi qui avais toujours eu une corpulence dans la moyenne, j'avais désormais un petit ventre qui commençait à apparaître, conséquence directe des multiples soirées auxquelles j'avais participé. Des soirées où les chips, gâteaux apéritifs et autres gourmandises se trouvaient à foison. J'allais devoir faire un peu plus de sport, pensais-je avec fatalisme. J'avais horreur de courir parce que cela m'ennuyait profondément, je préférais faire des sports plus ludiques.
Avec précaution j'enlevai les pansements qui me recouvraient le visage. Un au menton, un sur la pommette, un sur l'arête du nez et le dernier au niveau de l'arcade sourcilière. Quand ce dernier fut retiré, le saignement reprit et je dus le remettre en catastrophe. Cette coupure semblait plus profonde que les autres.
Après une longue douche chaude qui avait permis à mes muscles de se détendre, je saisis mon ordinateur et comme tous les soirs depuis deux mois je guettais les moindres nouvelles sur le site officiel où ma mère ferait son annonce, sur les différents sites d'informations ou encore des forums très spécialisés. Et comme tous les soirs depuis deux mois, rien de nouveau. Après ces vérifications habituelles je traînais de site en site, finissant invariablement sur Youtube à regarder des vidéos qui n'avaient strictement rien à voir avec ma recherche initiale.
Comme toutes les nuits depuis deux mois, j'ai eu du mal à m'endormir, et comme à chaque fois je me réveillais en sursaut au beau milieu de la nuit pour vérifier mes messages. Cette absence de nouvelles commençait sérieusement à me peser autant sur le moral que sur ma santé. Je dormais peu longtemps et ce sommeil n'était pas réparateur. Quand Rosalya s'était rendu compte de mon état de fatigue, son interrogatoire s'était encore plus durci. Ses hypothèses étaient de plus en plus farfelues mais elles avaient le mérite de me faire sourire devant leur incongruité. Dernièrement d'après elle, soit je souffrais d'une maladie rare m'empêchant de parler de mes problèmes avec elle, soit je ne savais pas moi-même quel était mon problème car ma mémoire faisait un auto-nettoyage des mauvais souvenirs. Avant cela j'avais eu droit à l'hypothèse selon laquelle c'était le fait de m'être rapprochée de Castiel qui me mettait dans cet état,avec tous les sous-entendus salaces bien évidemment.
Le lendemain matin, à mon arrivée au lycée, Rosalya me gratifia d'un « Tu as une sale tête. » très amical. Malgré le fond de teint que j'appliquais, mes cernes étaient très marqués me donnant l'air d'un raton-laveur selon Rosalya ou d'un panda d'après Castiel. D'ailleurs en parlant de lui...
- Hey le panda ! Me héla-t-il.
- Je t'ai déjà dit de ne plus m'appeler comme ça Castiel ! Le réprimandais-je.
C'était mon nouveau surnom depuis quelques semaines. J'en avais horreur.
- Tant que tu dormiras pas plus, je t'appellerais comme ça, me dit-il avec un sourire goguenard aux lèvres. T'es pas venue au parc, tu étais où hier soir ? Tu mangeais des bambous et des feuilles d'eucalyptus ?
- Raah Castiel, tu me gonfles ! M'écriais-je en le frappant au bras.
- Bon plus sérieusement, qui t'as fait ça ? Une vitre ça n'explose pas tout seul, hein ? Ça tu peux nous le dire.Reprit-il d'un ton plus grave.
- Je sais pas.
- Allez, tu peux me le dire. Je pourrais même lui faire passer l'envie de recommencer si tu veux.
- Je ne sais vraiment pas.
Il me dévisagea et haussa les épaules.
- Je ne te crois pas. C'est obligé que tu aies vu qui a fait ça.
- Alors me croie pas. Lui rétorquais-je en haussant moi aussi les épaules avec désinvolture.
La matinée se passa sans encombre même si Nathaniel semblait vraiment distant avec moi, bien qu'il m'ait déclaré vouloir me parler. Rosalya l'avait également remarqué, elle m'en avait fait part pendant la pause. Cette fille était une incroyable pipelette mais elle était très observatrice dans les moments qui l'exigeaient.
Lorsque l'heure de la pause déjeuner arriva enfin, je pris Nathaniel par le bras et l'entraîna dans un coin reculé de la cour. Nathaniel était l'une des personnes qui m'étaient le plus proche ici, et le voir ainsi me serrait le cœur. Je ne savais pas ce qu'il se reprochait, ni ce qu'il avait à me dire, mais une chose était sûre, je le ferais parler.
- Alors, qu'est-ce que tu devais me dire Nathaniel ? Lui demandais-je.
Son regard restait obstinément rivé au sol depuis notre arrivée dans ce coin de la cour.
- Allez, dis-moi ce qui ne va pas. S'il te plaît.
Il prit une profonde inspiration et me répondit.
- Je suis désolé Hisae, tout ça est de ma faute.
- Qu'est-ce qui est de ta faute ?
- Pour hier. Ambre n'aurait jamais fait ça si je n'avais pas accepté.
- Accepté quoi ?
J'étais perdue. Nathaniel avait accepté que sa sœur explose une vitre sur mon passage ?
- Le chantage d'Ambre.
- Explique-moi.
Il marqua une courte pause avant d'entamer son explication.
- Tu sais... Ambre ne te portes pas vraiment dans son cœur. Elle t'avait dit de ne pas t'approcher de Castiel et moi, mais tu n'en a pas tenu compte. Et je ne te reproche rien là-dessus ! Au contraire ! Mais Ambre n'a vraiment pas apprécié que tu ignores ses avertissements. Alors elle a voulu te donner une leçon. Elle n'est pas du genre à attaquer de face, mais elle est plutôt adepte des petits coups sournois. Le plan qu'elle avait imaginé avait besoin de ma complicité. Son but était de faire une bêtise dans le lycée et te le mettre sur le dos. Moi je devais te coller et faire un rapport à la directrice, c'est tout. Mais la petite bêtise qu'Ambre devait faire n'avait rien à voir avec une vitre brisée ! Si tu savais comme je m'en veux d'avoir accepté ! Si je n'avais pas accepté de la couvrir, jamais elle n'aurait fait ça, et jamais tu n'aurais été blessée par ma faute !
- C'était quoi son chantage ?
- Je t'ai déjà dit que je la martyrisais quand nous étions petits, et que mes parents avaient gardé l'habitude de la croire elle et pas moi. Elle est chouchoutée par mes parents et ils boivent ses paroles. Or, elle a découvert notre sortie au bar de la dernière fois. Et cette fois-là, je n'avais pas eu le droit de sortir mais je l'avais quand même fait. Une des seules fois où je désobéissais à mon père. Et Ambre a décidé d'utiliser ça comme moyen de pression sur moi. J'avais tellement peur de la réaction de mon père que j'ai préféré cédé et te faire porter le chapeau. Mais maintenant je me rends compte à quel point cela était stupide et j'ai terriblement honte de moi. Tu n'as pas à me pardonner pour ça, je sais bien que c'est inexcusable.
- Nathaniel, regarde-moi.
Comme il ne relevait toujours pas les yeux vers moi, je pris son menton entre mes doigts et l'obligeait à me faire face.
- Écoute-moi. Je ne t'en veux pas. Ce n'est pas toi qui m'as fait ça, d'accord ? La prochaine fois qu'elle te menace ainsi, laisse-la faire et préviens-moi simplement. Je ne veux pas te mettre dans une position difficile entre ta sœur et moi.
- Mais...
- Il n'y a pas de mais qui tienne. Ce n'est pas à toi que j'en veux et ce n'est pas toi qui es l'éternel responsable des actes de ta sœur. Si ton père ne te croit pas, moi je te crois.
Je lui donnais une petite tape sur la tête comme à un enfant à qui on annonce que tout est oublié, en ajoutant que nous n'en parlerons plus dorénavant.
Alors que j'allais m'éloigner, il me retint par le bras et m'attira contre lui. Il me murmura à l'oreille d'une voix douce qu'il était vraiment désolé. Puis il m'écarte un peu de lui pour faire en sorte que nos regards puissent se croiser.
- Je ne te laisserais plus jamais tomber Hisae. Maintenant, tu pourras toujours compter sur moi. Quoi qu'il arrive, tu pourras te confier à moi si tu en a envie. Je serais là pour toi si en a besoin. Je te le promets.
Il m'avait faite cette promesse d'une voix grave qui intensifiait le sérieux de ses dires. Ses yeux mordorés me fixaient attendant une réaction. Sauf que je n'avais pas la moindre idée de comment réagir à ça.
- Euh... C'est gentil... Merci... Ben, si tu as besoin de parler, je peux t'écouter. Après je pense que je serais une très mauvaise conseillère, je préfère te prévenir. Je ne suis pas très douée pour gérer ma vie personnelle et mes multiples problèmes relationnels, alors gérer la vie d'un autre ne sera pas très concluant à mon avis.
Il me lança un petit sourire en pouffant légèrement comme pour se moquer gentiment de moi.
Une sonnerie retentit.
Nathaniel observa Hisae sortir son portable de son sac mais celui-ci n'affichait aucun appel en cours. Elle jeta alors ce premier portable par terre avant de fouiller frénétiquement dans son sac. Elle semblait très excitée et nerveuse en sortant de son sac un deuxième portable qu'il ne lui avait encore jamais vu. Les joues rougies par la frénésie et l'excitation, elle s'excusa auprès de lui et s'éloigna pour prendre l'appel en toute discrétion.
Nathaniel se demandait à quoi pouvait lui servir deux portables et pourquoi elle avait l'air aussi chamboulée en se rendant compte qu'il sonnait. Mais ce qu'il avait surtout en tête à ce moment, c'était qu'Hisae était vraiment naïve au niveau sentimental.
N'importe qui d'autre aurait compris qu'il s'intéressait un minimum à elle, mais pas elle. Il sourit à cette pensée en secouant vaguement la tête. Il s'était bien rendu compte que la jeune femme n'avait pas ce genre de sentiment à son égard mais cela ne l'empêchait pas de l'apprécier un peu trop elle et sa réserve, ses secrets, son passé un peu flou, son sourire qui pouvait être aussi lumineux qu'un éclat de soleil et tant d'autres petites choses qui faisaient qu'elle était comme un souffle d'air frais dans le cœur de Nathaniel.
J'espère que ce chapitre vous a plut ! N'hésitez pas à me donner vos impressions !
